B186-Nos voyages au Paraguay (1).

Article de Henri Viaud-Murat.

Nous reprenons ici les comptes-rendus des trois voyages que nous avons effectués au Paraguay entre 2003 et 2005. Quoique déjà un peu anciens, ils pourront néanmoins intéresser certains d’entre vous.

Premier voyage.

Chers frères et sœurs et amis !

Nous voici de retour d’un voyage de deux semaines au Paraguay. J’ai hâte de vous raconter notre séjour, au cours duquel le Seigneur nous a grandement bénis et encouragés !

Petite présentation du pays :

Le Paraguay est situé au cœur de l’Amérique du Sud, « coincé » entre la Bolivie, le Brésil et l’Argentine. Sa superficie représente 406.750 km2 (trois quarts de la France), pour une population légèrement inférieure à 6 millions d’habitants. Il est délimité en grande partie par de puissants fleuves, comme le Rio Parana et le Rio Paraguay. Si le Paraguay ne bénéficie pas d’un accès direct à la mer, il dispose de 3.100 km de voies navigables, qui aboutissent au Rio de la Plata, en Argentine. Le climat est tropical à subtropical. Le Paraguay est un pays faiblement industrialisé. Le PNB par habitant s’élevait à 4.600 US $ en 2001 (environ le quart du PNB par habitant de la France). 45 % de la population active est employée dans l’agriculture et l’élevage. L’agriculture paraguayenne produit du coton, du sucre de canne, du soja, du maïs, du blé, du tabac, des légumes, de la viande et des produits laitiers. Les matières premières naturelles du Paraguay sont le bois, le manganèse, le minerai de fer, le calcaire, et surtout l’énergie hydroélectrique, provenant du barrage de l’Itaipu, le plus grand du monde. A titre d’exemple, le Paraguay consomme environ 2 milliards de KWh par an, pour une production de 53 milliards, presque entièrement vendue aux pays voisins, principalement le Brésil, qui a financé les travaux pour obtenir des prix avantageux sur l’électricité produite !

La population :

Contrairement à certains de ses voisins comme le Brésil et l’Argentine, la population du Paraguay est remarquablement homogène, et composée à 95 % de « mestizos », métis d’Espagnols et d’Amérindiens, principalement Guaranis. La population est à 90 % Catholique, les 10 % restants étant composés de Mennonites et de membres de diverses dénominations Protestantes et Evangéliques. Selon les sources que nous avons interrogées, les Chrétiens évangéliques représenteraient actuellement entre 3 et 5 % de la population totale (contre environ 30 % pour le Brésil voisin).

Pourquoi notre voyage ?

L’an dernier, dans le Sud-Est, nous avions fait la connaissance de Bruno, un Chrétien français, de sa jeune femme Mirta, Paraguayenne, et de leurs quatre filles, Carolina, Pierrette, Camille et la petite Andréa, qui venait de naître. Ils étaient en vacances chez la famille de Bruno, que nous connaissions déjà depuis peu. Bruno s’était installé au Paraguay depuis plusieurs années, abandonnant la gestion d’une affaire familiale prospère. Il avait acheté des terres, réunissant peu à peu 820 hectares, sur lesquelles il cultive essentiellement du soja et du maïs, et élève près d’un millier de têtes de bétail, pour la viande. Son hacienda se situe à proximité immédiate du barrage d’Itaipu, près de la ville d’Hernandarias et de l’endroit où se rencontrent les trois frontières du Paraguay, du Brésil et de l’Argentine, au Sud-Est du Paraguay.

Hernandarias est une ville de 30.000 habitants, construite juste sous le barrage d’Itaipu. Elle est située à une quinzaine de kilomètres de la ville frontière de Ciudad del Este, 250.000 habitants, centre national de contrebande et de trafics en tout genre, et, quelques kilomètres plus loin, au-delà du fleuve Parana, de la ville frontière brésilienne de Foz de Iguaçu, 250.000 habitants également, à proximité des très célèbres chutes de l’Iguaçu, parmi les plus belles du monde.

Retournés au Paraguay, Bruno et Mirta nous avaient invités à venir passer chez eux une quinzaine de jours, pour approfondir notre communion fraternelle, et pour pouvoir étudier directement les églises chrétiennes et la manière dont le Seigneur œuvrait dans ce pays, et en Amérique latine en général. Mon désir était de pouvoir rencontrer des pasteurs paraguayens pour leur parler de la croix et de la marche par l’esprit, mais nous n’avions rien planifié pour cette visite, ni Bruno ni moi, préférant laisser le Seigneur nous conduire dans Ses plans. Nous n’avons pas été déçus !

Deux mois avant de partir, avec mon épouse Elke, nous nous sommes sérieusement remis à l’étude de l’espagnol, dont nous avions quelques notions. Nous avons pu étudier 60 leçons de l’Assimil d’espagnol. Sur place, j’ai été très étonné de n’avoir presque aucune difficulté à comprendre la plupart des Paraguayens, à soutenir des conversations spirituelles, et même à prêcher en espagnol à certaines personnes ou groupes. J’ai, en quelque sorte, expérimenté ce que pouvait être une forme de « don des langues », par la grâce du Seigneur !

Après un voyage de plus de 24 heures, et une escale de plus de 5 heures à Sao Paolo, nous atterrissions à Foz, à 6 heures de décalage horaire de Paris, le 26 mai dernier. Nous étions accompagnés de Mario, le père de Bruno, qui en était à son 27e voyage au Paraguay ! Après avoir joyeusement déjeuné en famille dans un restaurant local, où nous avons pu apprécier la qualité et la variété des viandes locales, Bruno nous conduisit dans sa villa du Parana Country Club, entre Hernandarias et Ciudad del Este. Il s’agit d’une immense zone résidentielle de luxe, entièrement close, abritant plus de 400 villas hollywoodiennes, et gardée par une trentaine de miliciens armés jusqu’aux dents. Compte tenu des coûts de la construction, entre dix à vingt fois moins élevés qu’en France, Bruno avait pu faire construire une grande et belle villa. Au début de son séjour au Paraguay, n’étant pas encore converti, il menait grand train. Etant passé par une profonde conversion, après un événement tragique dans sa vie, il s’était tout d’abord senti culpabilisé, en tant que Chrétien, de vivre dans des conditions aussi luxueuses, comparativement au niveau de vie des Chrétiens paraguayens en général. A présent, il considère que ses biens appartiennent au Seigneur, et qu’il n’en est que le gestionnaire. Il s’efforce de les gérer en écoutant la voix de l’Esprit, en faisant le plus de bien possible autour de lui, notamment au niveau de la famille de sa femme Mirta, et de son personnel.

Pour vous permettre de mieux comprendre comment le Seigneur nous a conduits, le mieux est de vous faire un compte-rendu quotidien de chacune des journées de notre séjour.

Mardi 27 mai 2003 :

Pendant la nuit du lundi au mardi, le Seigneur me parle clairement, pour me montrer que j’étais avant tout ici pour écouter et pour voir, afin de comprendre comment vivent les membres de Son Eglise au Paraguay. J’en fais part à Bruno, qui m’amène acheter un calepin vert, afin d’y consigner mes notes et mes observations journalières.

Au début de la matinée, deux pasteurs locaux viennent voir Bruno chez lui : le pasteur Rolando, et un autre dont je n’ai pas retenu le nom. Ce dernier s’intéresse à un petit bus que possède Bruno, et vient discuter avec lui d’un échange éventuel avec une voiture possédée par son église, que Bruno pourrait passer à l’un des membres de son personnel. Rolando me questionne beaucoup sur les raisons de notre visite au Paraguay. Je peux leur parler de la croix et de la marche par l’esprit, ce qui intéresse beaucoup Rolando. L’autre pasteur semble plutôt préoccupé par autre chose. Bruno est ravi de voir que le Seigneur conduit toutes choses de cette manière !

Bruno m’emmène ensuite visiter une église pentecôtiste du mouvement Palabra Abierta, dirigée par le Pasteur Martial. Ce dernier nous accueille à bras ouverts, manifestement ravi qu’un Chrétien de France vienne de si loin pour connaître ses frères du Paraguay. Nous faisons la connaissance de son épouse Mirian, et d’un certain nombre de membres de son église, dont un ancien militaire de forte carrure, ingénieur civil, et poète à ses heures. On nous fait visiter la petite école chrétienne gérée par l’église. Deux groupes d’une vingtaine d’élèves chacun sont entassés dans deux petites pièces. Les moyens sont très modestes, mais les enfants sont très studieux et disciplinés.

L’école regroupe 100 élèves, de 5 à 12 ans, alors que l’église elle-même ne comprend qu’une trentaine de membres. Six professeurs s’en occupent. Les élèves prennent leur repas sur place. Le pasteur me fait visiter avec fierté sa minuscule cuisine, où s’affaire une Chrétienne souriante, qui me présente le repas frugal mais complet qu’elle allait offrir aux enfants à midi.

Tout le monde n’a pas accès à l’éducation au Paraguay. Beaucoup d’églises ont donc décidé d’ouvrir des écoles chrétiennes, pour assurer un enseignement général de base, et pouvoir annoncer le message de l’Evangile aux enfants et à leurs parents. Ces écoles sont hélas payantes, ce qui en limite l’accès aux familles qui disposent d’un minimum de moyens. Les enfants le savent, ce qui explique leur assiduité et leur désir d’apprendre. Je me sentais bien loin de l’attitude souvent désabusée et peu motivée de beaucoup de nos écoliers ou collégiens français !

L’école de cette église a d’ailleurs été créée à la suite d’une dissidence au sein d’une autre école chrétienne d’Hernandarias, le Collège Emmanuel, considéré comme « trop cher » par une partie du personnel enseignant. Ils ont donc créé une nouvelle école moins chère, mais aussi avec beaucoup moins de moyens. Les enfants viennent de toutes les origines, et leurs parents ne sont pas toujours convertis (5 % de familles chrétiennes seulement). Cela leur donne l’occasion de témoigner aux parents et de les attirer au Seigneur. Les familles catholiques ne manifestent pas d’opposition à l’enseignement chrétien que leurs enfants reçoivent.

L’école utilise un manuel scolaire conçu et édité par l’église de Pensacola, aux Etats-Unis. Ce manuel est très bien, mais cher, 100.000 guaranis par manuel, soit environ 15 $ (1 $ vaut environ 1 euro, ou un peu moins actuellement). Les droits de scolarité mensuels sont de 10 $, ce qui représente une somme importante pour beaucoup de familles, environ 5 à 10 % de leurs revenus mensuels.

Nous finissons la matinée par une visite de l’église. Le bâtiment, relativement délabré par rapport aux normes européennes, abrite l’école au rez-de-chaussée, et la salle de réunions au premier. La salle est spacieuse. Elle pourrait recevoir plus d’une centaine de personnes. Il y a une trentaine de chaises de jardin en plastique blanc. Les tôles métalliques du toit forment le plafond, mais je remarque qu’on a commencé à installer un bâti en bois pour un faux plafond encore inachevé. Un petit bureau est en construction à l’entrée de la salle.

Comme nous n’avons pas eu le temps de parler en profondeur avec le pasteur et son épouse, nous prenons rendez-vous chez Bruno pour le lendemain.

Nous allons déjeuner dans l’hacienda de Bruno, en compagnie d’Ismaël, le Directeur Paraguayen du Collège chrétien Emmanuel, dont la fille, qui vit en France, est mariée avec le neveu de Bruno. Ismaël est un Chrétien fidèle et un homme d’une prévenance et d’une gentillesse extrêmes. Son épouse est notaire, et ils ont consacré leur existence et la plus grande partie de leurs revenus à créer et développer ce collège chrétien. Je lui demande son témoignage.

Ismaël possède une formation d’Ingénieur chimiste. Il a commencé à faire carrière dans l’industrie. Après la conversion de son épouse, il n’a pas immédiatement accepté le message de l’Evangile. Lorsque le pape Jean-Paul II est venu au Paraguay, en 1987, Ismaël s’est rendu à la capitale, Asunción, persuadé que cet homme de Dieu allait le fortifier dans la foi. Il en est revenu terriblement déçu par la sécheresse du message et son manque complet de contenu spirituel. Il s’est converti peu après. Cela lui permet de témoigner à des Catholiques que c’est le pape qui a été, d’une manière inattendue, à l’origine de sa conversion !

Son épouse et lui ont senti grandir en eux un projet divin : prendre soin des enfants et gagner leurs âmes à Dieu. Leur but était d’apporter à ces enfants une éducation chrétienne, tout en leur assurant un enseignement général de qualité. Ismaël me dit que le problème essentiel, pour lui, est de former des disciples du Seigneur.

Actuellement, le Collège Emmanuel, créé en 1992, enseigne 280 enfants, de la maternelle au baccalauréat. Le personnel comprend 30 professeurs, dont la moitié sont chrétiens, et 7 membres du personnel administratif. Il est difficile de recruter des professeurs capables qui soient réellement chrétiens.

Les droits de scolarité mensuels sont de 20 $ pour la maternelle à 45 $ pour le secondaire. Le Collège Anglo-Américain, le plus huppé de la ville, fait payer des droits mensuels de 100 $. Quarante élèves du Collège Emmanuel, dont les familles ont des revenus insuffisants bénéficient de bourses. Ismaël ne veut pas renvoyer les élèves dont les familles ne payent pas. Il faut savoir que le salaire minimum mensuel au Paraguay est de 150 $, et que le salaire moyen avoisine 200 $ (ou euros). Un professeur du collège gagne en moyenne 170 $ par mois (100 $ dans les écoles publiques). Je pense aux revendications de nos enseignants français… Quand j’ai dit aux Paraguayens que les Français étaient en train de manifester parce qu’ils ne pouvaient, ou ne voulaient pas, vivre avec une retraite de 1.000 à 1.500 $ par mois, ils en étaient rêveurs !

Les élèves travaillent de 7h du matin à 14h30, plus deux soirées par semaine. Ils déjeunent sur place, soit à la cantine, soit en prenant leur repas personnel. L’enseignement biblique est intégré dans les programmes ordinaires des cours. Tout le collège doit assister obligatoirement à un culte hebdomadaire dans la grande salle de réunions, avec enseignement biblique. Ismaël estime que 10 à 15 % des élèves sont convertis. Comme la plupart des familles ne sont pas chrétiennes, Ismaël attache beaucoup d’importance au fait de travailler avec les parents de tous les élèves, pour les évangéliser, et leur apprendre les principes d’une bonne éducation de leurs enfants. Il est conscient du fait que l’éducation des enfants devrait fondamentalement se faire au sein des familles.

Malgré de nombreux problèmes de croissance et de financement, notamment de nouveaux bâtiments pour les enseignements techniques, le Collège Emmanuel a été une réussite. Il a fait des émules. Actuellement, 4 ou 5 écoles chrétiennes existent dans la proche région. Dans tout le Paraguay, il y a 129 écoles chrétiennes actuellement, contre 11 il y a 10 ans. Certes, il y a le désir sincère d’apporter un enseignement chrétien à des enfants. Mais le fait que toutes ces écoles soient payantes, et souvent chères, représente un problème important pour la population pauvre, et un risque de dérive pour certains responsables d’églises en quête de financements !

Ismaël est conscient de ce problème financier, et du fait que son Collège est considéré comme un collège « de riches ». Il aimerait, quand ses moyens financiers le lui permettront, construire un établissement gratuit pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer.

Cet entretien me permet de comprendre quels sont les problèmes essentiels de cette école chrétienne paraguayenne :

 – Difficulté de recruter des enseignants véritablement chrétiens (50 % seulement).

– Difficulté de conduire à Christ la majorité des élèves (10 à 15 % seulement).

– Difficulté de travailler avec les familles.

– Problème de l’intégration d’un enseignement chrétien dans un enseignement général. Un collège chrétien n’est pas une église. L’un des objectifs essentiels du Collège Emmanuel est de dispenser un enseignement de qualité. Alors qu’un enseignement chrétien devrait normalement être surtout dispensé au sein des familles et des églises.

– Problème du coût relativement élevé des études. Pourtant, les droits de scolarité ne suffisent pas à répondre à tous les besoins financiers du collège. Le Directeur Ismaël et son épouse Benigna sont souvent sur la corde raide. Je ne peux manquer de me poser une question : est-il possible qu’un tel collège puisse devenir une œuvre chrétienne gratuite, financée exclusivement par la foi ? Dans l’affirmative, quelles seraient les conditions spirituelles à remplir pour que le Seigneur pourvoie intégralement à tous les besoins ?

Il n’en reste pas moins que ces élèves sont éduqués dans une authentique atmosphère chrétienne, surtout grâce à l’engagement et à la consécration des responsables du collège, et de la présence de nombreux professeurs chrétiens. De précieuses semences sont semées dans les cœurs. Elles ne pourront manquer de germer au temps convenable.

Nous en profitons pour visiter la « ferme » de Bruno. Il a effectué des travaux considérables depuis dix ans pour aménager ses 820 hectares d’un seul tenant. Il a creusé un lac alimenté par une petite rivière, tracé des routes, clôturé l’ensemble et les parcelles intérieures, construit de nombreuses maisons pour lui et le personnel, des hangars pour le matériel, un silo, un corral pour les 1000 bovins, etc… Je dis à Bruno que si cette propriété se trouvait en France, elle pourrait merveilleusement servir à toutes sortes de rencontres chrétiennes. Comme nous avons un fardeau pour tous les Chrétiens isolés que nous visitons en France, nous sommes à la recherche d’un endroit où nous pourrions organiser des rencontres fraternelles, où pourraient se rendre régulièrement ces isolés, pour se fortifier dans la communion fraternelle.

Nous faisons aussi la connaissance de Walter, le nouveau mécanicien de Bruno, qu’il vient de recruter. C’est un Allemand, un Chrétien authentique, qui a parcouru le monde pour apprendre tout ce qu’il pouvait apprendre, et qui sait réellement tout faire, depuis démonter un bulldozer jusqu’à cuire du pain « integral » à la manière allemande… Toutefois, étant originaire d’une famille de hobereaux de Prusse orientale, ses manières tranchantes et son sens aigu de l’ordre et de l’organisation avaient déjà commencé à fortement perturber certains membres du personnel de Bruno, qui devait faire face à une menace de fronde. J’apprécie la manière franche et directe de Bruno pour aborder et régler les problèmes humains, sans complaisance ni favoritisme. Il souhaite s’entourer d’un maximum de Chrétiens dans son exploitation, et a demandé au Seigneur de lui en envoyer. Walter semble être une réponse à cette prière, même s’il y a encore quelques « angles à limer » ! C’est une occasion pour tous de progresser dans l’apprentissage de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit !

Mardi soir à 19 h, nous nous rendons à la réunion d’un groupe de maison, chez la belle-mère de Bruno, la maman de Mirta. Presque toute la famille de Mirta est convertie, à l’exception de son père, qui a quitté son foyer et résiste encore au Seigneur. Une quinzaine d’adultes sont présents, et un bon nombre d’enfants. C’est le Pasteur Martial qui préside la réunion, bien que la famille de Mirta ne fasse pas partie de son église. Martial s’efforce de faire participer tout le monde, mais je sens bien que tous attendent que le pasteur prenne l’initiative et dirige la réunion. Ce n’est pas vraiment la liberté de l’Esprit, bien que l’ensemble de la réunion se déroule dans une atmosphère très sympathique. J’ai l’occasion de donner un court message d’exhortation. Les cœurs sont très ouverts au Seigneur. L’une des personnes présentes vient d’être guérie d’un double cancer aux seins, par une intervention surnaturelle du Seigneur. Martial en est tout excité, et annonce avec fougue d’autres miracles et prodiges.

Mercredi 28 mai :

En début de matinée, le comptable de Bruno vient le visiter pour les formalités de fin de mois. J’en profite pour avoir un entretien avec lui. C’est un homme calme et posé, un Chrétien véritable, qui me raconte brièvement son témoignage. Il reconnaît qu’il y a au Paraguay une action réelle du Seigneur. Pour lui, l’une des raisons de l’ouverture des cœurs est la pauvreté relative de ce pays. Ses habitants ne sont pas distraits des réalités spirituelles par toutes les sollicitations matérialistes des pays riches. Ils ne disposent pas d’un système éducatif performant, ni d’un système de protection sanitaire et sociale semblable à celui de la France. Ils se tournent donc plus naturellement vers le Seigneur dans leurs besoins.

Un peu plus tard, nous recevons la visite du Pasteur Martial et de son épouse Mirian. Martial a vraiment un cœur pour le Seigneur. Il s’est converti relativement tard, et n’est pasteur que depuis environ un an. Par amour pour les enfants, il a voulu ouvrir, au sein de l’église qu’il dirige, une école chrétienne moins chère que le Collège Emmanuel. Mirian était professeur au Collège Emmanuel. Elle l’a quitté avec cinq autres professeurs, pour s’occuper de la nouvelle école. Les écoles chrétiennes semblent jouir d’une bonne réputation dans le pays.

Martial m’avoue qu’il dispose de 50 à 60 $ de revenus mensuels. Son problème essentiel en ce moment est le manque de véhicule. Il se déplace beaucoup à pied ou en bus. Je lui demande s’il prêche la dîme. Il me répond par l’affirmative, comme le font tous ses collègues pasteurs. Bruno me dira par ailleurs qu’au Paraguay beaucoup de gens se proclament facilement pasteurs, réunissant quelques familles autour d’eux, et vivant de la dîme récoltée. Je me rends compte que le modèle biblique d’organisation et de fonctionnement de l’Eglise, tel qu’il est décrit dans la Parole de Dieu, n’est pas plus appliqué au Paraguay qu’en France. Beaucoup de ces pasteurs ne tardent pas d’ailleurs à prendre l’habitude de tout diriger, et à calquer leur comportement sur certains stéréotypes pastoraux : tics de langage et gestes « onctueux ». Je reconnais là l’une des œuvres d’une chair qui n’est pas crucifiée, et la nécessité urgente d’annoncer le message de la croix et de la marche par l’esprit !

Toutefois, Martial aime véritablement le Seigneur et Le recherche de tout son cœur, dans le jeûne et la prière. Il m’invite à prêcher dans son église samedi et dimanche prochains. En partant, il me demande instamment de prier pour lui et pour Mirian, pour l’église Palabra Abierta, et pour l’école Mizpa.

Voici leur adresse : Pasteur Isabelino Martial Martin Chaer et sa femme Mirian, Iglesia Palabra Abierta, Avenida Peru c/Juan & O’Leary, Casilla de Correo 007, Hernandarias, Paraguay (Tél : 0631-23001).

Dans le courant de la journée, Bruno m’emmène visiter son « Refugio de los Ninos » (Refuge des enfants). Il a acheté un terrain et une maison dans un quartier pauvre, et y a construit un refuge pour les enfants des rues. Le refuge est très bien aménagé, avec des dortoirs pour les enfants qui seraient réellement abandonnés dans les rues, et un grand préau couvert sous lequel sont construits des tables et des bancs en maçonnerie carrelée. Le refuge accueille en moyenne une vingtaine d’enfants par jour. La plupart ne sont pas des enfants abandonnés, mais des enfants des familles pauvres du quartier. Au refuge, ils sont nourris, parfois habillés, et ils reçoivent un petit enseignement général, ainsi qu’un enseignement biblique de base. Ce sont deux sœurs et un jeune frère de Mirta, Jorge, qui s’occupent du refuge. Jorge me montre fièrement les petits cahiers sur lesquels il fait travailler et dessiner les enfants. Je suis vraiment ému de voir ce garçon de vingt ans à ce point consacré au Seigneur et au bien spirituel de ces petits enfants privés de presque tout !

Jeudi 29 mai :

Visite impromptue du pasteur Rolando. Bruno m’explique que ce comportement est très fréquent au Paraguay. Les gens viennent vous voir sans prévenir, et cela ne les dérange absolument pas si vous n’êtes pas là, même s’ils ont fait un long déplacement à pied ou en bus. Vous pouvez aussi inviter chez vous quelqu’un, qui n’hésitera pas à venir avec deux ou trois personnes qu’il a lui-même invitées ! Cela a son charme, mais peut aussi compter des inconvénients !

Rolando a 38 ans. Il est marié et père de 5 enfants. Il chante et joue très bien de la guitare, comme beaucoup de Paraguayens. Bruno me dit que sa femme a aussi une voix magnifique. Rolando me paraît très ouvert et pose une multitude de questions. Il a beaucoup lu et semble avoir une grande capacité d’assimilation. Toutefois, il me semble aussi que beaucoup de ces connaissances n’ont pas été intégrées dans sa vie spirituelle pratique.

Bruno m’explique que les Paraguayens vous affrontent rarement. Ils sont toujours d’accord avec vous, même si, par la suite, vous vous rendez compte qu’ils n’ont pas changé d’opinion. Il faut donc connaître la culture de ce pays. Selon Bruno, les Paraguayens vivent souvent au jour le jour, se contentant de peu, et ne se hâtent guère. Rien n’est jamais grave pour eux, et ils ne se mettent pas facilement en colère en général. Pour des Européens toujours actifs et préoccupés de leur avenir, cela peut sembler de la légèreté et de l’irresponsabilité. Le tempérament des Indiens Guaranis est souvent mélancolique et taciturne, plutôt doux et calme. S’ils exécutent bien ce qui leur est demandé, beaucoup ne sont pas portés à prendre des initiatives, ni à chercher à améliorer constamment leurs compétences techniques ou professionnelles. C’est vraiment l’opposé de la culture allemande, par exemple ! Je cite la culture allemande pour préparer la suite de mon récit ! Toutefois, selon Bruno, cette culture paraguayenne est aussi l’occasion, pour des Européens, de remettre en cause certaines de leurs sources incessantes de stress !

Rolando nous parle avec fougue de certaines manifestations « puissantes » qu’il a pu vivre en fréquentant des milieux touchés par le « réveil » de Toronto, poussière d’or, gens qui tombent comme des mouches, etc… Je lui réponds que ces manifestations ne m’intéressent absolument pas, sinon pour les dénoncer comme des choses qui distraient les Chrétiens des questions essentielles, c’est-à-dire de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit. Cela semble le toucher, et il est d’accord avec moi. Je lui demande s’il ne peut pas nous conduire ce soir dans une bonne église de Ciudad del Este. Il en est ravi, et reste dîner chez Bruno.

Après dîner, vers 19h30, il nous conduit dans l’église dont il attend apparemment beaucoup. Il nous conduit devant un immense bâtiment de deux étages, doté d’une grande salle à chaque étage. Nous montons au premier, attirés par le son fracassant d’une sono réglée apparemment à fond. Il y a bien 3 à 400 places. Trois pasteurs occupent l’estrade. L’un d’eux prêche de tout son cœur. Mais la sono est tellement forte que je ne saisis que quelques bribes de son message. Je compte dix adultes et quelques enfants dispersés dans cette immense salle. Après un message enflammé sur certains épisodes du ministère de Jésus, un deuxième pasteur prend le relais, tout aussi enflammé, dans un style parfaitement pentecôtiste. Rolando fait grise mine. Il nous explique que nous sommes en milieu de semaine et que c’est l’hiver (il doit faire 16 ou 17 degrés à 21 heures !). Je suis quand même un peu surpris, moi qui m’attendais à me trouver en plein milieu du réveil sud-américain !

Après la réunion, une petite femme âgée s’approche de nous et vient affectueusement nous serrer la main avec un grand sourire. Ce simple contact fraternel illumine toute cette soirée !

Comme il n’est pas très tard, Bruno nous conduit à l’église du Pasteur Bobadilla, président de l’association des pasteurs de Ciudad del Este. Il nous fait aimablement pénétrer dans son bureau, constellé de photos et de diplômes divers. C’est un homme jeune et portant beau, très affable. J’en profite pour l’interroger sur les églises de la région. Le pasteur m’explique qu’il y a près de 360 églises chrétiennes dans la ville et ses environs, pour une population d’environ 350.000 habitants. La moyenne des membres est de 40 personnes, ce qui est peu. Cela représente de 15 à 16.000 Chrétiens, soit 4,5 % de la population. C’est peu par rapport au Brésil voisin, mais cela représente un chiffre 10 fois plus élevé qu’en France. La moitié des pasteurs sont inscrits à l’association des pasteurs, soit environ 150 à 180 pasteurs. Ils s’efforcent de garder le contact entre eux, et d’organiser des actions en commun. Le pasteur Bobadilla m’invite à participer à une rencontre des pasteurs mercredi prochain. Ils préparent une campagne avec l’Association Billy Graham. Il me semble que ce serait l’occasion idéale pour leur parler, si le Seigneur le conduit.

Toutefois, cette réunion me laisse sur ma faim. Malgré l’amabilité et la chaleur de ce pasteur, je ne ressens pas dans mon esprit une communion spirituelle authentique avec lui. Bruno m’explique que le pasteur était venu le trouver pour qu’il l’aide financièrement à lancer un nouveau mouvement très prometteur : « El Plan de 1.000 dias » (Le plan de 1.000 jours). C’est un plan ambitieux à l’échelle de toute l’Amérique latine, qui regroupe dans son Comité Exécutif les sommités évangéliques de la région, dont Luis Palau, le Billy Graham Sud-Américain. Bruno, après avoir consulté la documentation, n’a pas donné suite, convaincu qu’il s’agissait d’efforts humains pour gagner le monde.

Le but de ce mouvement est d’inviter les Sud-Américains à connaître et à accepter les moyens de régler la crise économique et spirituelle actuelle. Il s’agit de les inviter à accepter Christ, mais aussi de former des « lions » capables de conseiller, et d’apporter des réponses aux problèmes pratiques des gens. Ces « lions » doivent revêtir un uniforme. Ils disposent d’un local qui leur sert de permanence, et de matériel de base pour leur action : traités, documents pratiques sur lesquels revient le leitmotiv : « Si tu veux, tu peux ! »… : « sortir de la crise économique », « régler les conflits au sein de ton couple », « résoudre les problèmes avec tes parents ou tes enfants », etc…

Tout est très bien organisé et suivi, mais je n’ai pas besoin de consulter longtemps le dossier de ce projet pour discerner à quel point il est entre les mains des hommes, et laisse bien peu de place à l’action du Saint-Esprit !

Vendredi 30 mai :

Nous bénéficions depuis notre arrivée d’un soleil magnifique, et de températures qui seraient chez nous estivales. La seule différence concerne les heures du lever du jour (vers 5 h 30) et de la tombée de la nuit, très brutale (vers 17 h). C’est l’hiver.

Nous déjeunons en famille sur la terrasse, devant le golf du Country Club. Mario, le père de Bruno, désire depuis plusieurs jours que nous fassions une étude sur l’Apocalypse, mais nous en avons à chaque fois été empêchés. Le moment semble propice, et nous entamons l’étude dans le salon.

Quelques minutes après, je vois Jean se présenter à la porte-fenêtre. Jean est une très ancienne connaissance de Mario (qui le connaît depuis près de 50 ans) et de Bruno. C’est un homme d’affaires français établi au Paraguay. Il a été à l’origine de l’installation de Bruno dans ce pays. Il a 87 ans, mais semble encore très bien. Il vient de passer 15 jours aux prises avec un zona extrêmement douloureux, au point de penser que sa fin était venue. Mario et sa famille priaient pour lui depuis des dizaines d’années, mais il ne s’était encore jamais donné au Seigneur. Je constate qu’il est très affaibli. Dès ses premières paroles, il nous dit qu’il veut parler du Seigneur, et qu’il a eu l’occasion de réfléchir, au cours de sa maladie, de tout ce que Mario et Bruno avaient pu lui dire dans le passé.

Je sens qu’il faut l’aider à prendre une décision. Nous lui reparlons de l’amour de Jésus-Christ et de sa mort expiatoire pour les pécheurs. Il est très ému. Je me lève, lui prends la main, et lui passe un bras autour de l’épaule. Je lui propose de faire pour lui une prière de repentance et d’acceptation du Seigneur Jésus, et de manifester simplement s’il est d’accord ou non, quand il aura entendu la prière. Il avoue qu’il ne voudrait pas donner à Dieu l’impression de venir à Lui parce qu’il est dans le besoin, et craint de ne pas être sincère. Je le rassure, en lui affirmant que le Seigneur Jésus est toujours près, dans Son amour, à nous accepter tels que nous sommes, quand nous venons à Lui avec un cœur ouvert et sincère. Il accepte aussitôt que je prie. Après la prière, il nous dit simplement : « Je suis d’accord ! » Puis il se lève, et nous dit avec un grand sourire : « A présent, je suis des vôtres ! » Bruno et Mario en avaient les larmes aux yeux. La présence du Seigneur était réelle. Combien Sa grâce est grande ! Il avait entendu les prières qui étaient montées depuis longtemps pour cette âme. Il avait aussi utilisé cette maladie pour parler au cœur de cet homme, et m’avait utilisé pour le petit « coup de pouce final ». Nous rendons grâce au Seigneur pour ces moments si importants.

Bruno reçoit peu après un coup de téléphone de l’hôpital, où l’une des sœurs de Mirta a emmené l’un des enfants du refuge, qui s’était blessé à l’oreille. Nous nous rendons dans un quartier en cours d’aménagement, où l’on venait de construire un nouvel hôpital, à proximité de l’abattoir. Quand nous arrivons, le petit avait déjà été soigné. Il avait quand même fallu lui faire 4 point de suture. Bruno m’explique qu’ici, on n’est admis à l’hôpital que si l’on paye d’avance. Les installations me semblent propres, mais très sommaires. Nous allons ensuite acheter quelques médicaments à la pharmacie qui se trouve juste en face de l’entrée de l’hôpital. Rien à voir avec nos pharmacies européennes et l’abondance de nos médicaments !

Le petit, pieds nus, donne sagement la main à la sœur de Mirta, qui l’entoure comme le ferait une maman. Il est très sérieux et ne se plaint pas, nous regardant à la dérobée d’un air étonné. De retour au refuge, nous bavardons avec la maman de Mirta, qui s’occupe aussi de la cuisine, heureuse de participer ainsi à une œuvre pour le Seigneur. Nous parlons avec quelques petits enfants intimidés. Ils me rappellent beaucoup les enfants Tziganes que nous avons pu connaître en France : cheveux noirs, teint cuivré, grands yeux étonnés… J’admire la manière dont un gamin de 5 ou six ans s’occupe de son petit frère de 2 ans. Il le porte en permanence et s’en occupe comme s’il était sa mère !

Bruno vient d’apprendre que la femme de son nouveau jardinier, Chrétien lui aussi, vient d’accoucher pendant la nuit. Il nous propose d’aller les visiter. Le jardinier et sa famille habitent dans le quartier des « campesinos », pauvres paysans qui occupent (illégalement) un lopin de terre, y construisent une baraque, et y survivent comme ils le peuvent. Nous finissons par trouver le jardinier, qui nous reçoit en souriant. Le gros 4×4 Chevrolet de Bruno fait un peu sensation dans ce quartier !

Le jardinier a déjà deux petites filles, qui accourent et nous dévisagent avec surprise et intérêt. Le lopin de terre est propre et assez bien entretenu. Le jardinier y fait pousser quelques légumes et du manioc, base de l’alimentation paraguayenne. Il nous fait entrer dans sa maison. Imaginez un cabanon en bois de 2,50 mètres sur 4. Pour seul mobilier, un lit double dans un coin, sur lequel reposent la jeune mère, qui me paraît avoir à peine 18 ans, et le nouveau-né, bien emmailloté. Dans l’autre coin, de la pièce, à même le sol en terre battue, une marmite est posée sur un feu de bois. Quelques racines de manioc cuisent dans l’eau bouillante. J’ai l’impression de revivre la scène de la Nativité ! Nous prions et demandons au Seigneur Sa bénédiction sur cet humble foyer. En partant, nous laissons au jardinier quelques billets de banque pour améliorer l’ordinaire de la famille ; faible somme pour nous, mais importante pour lui, qu’il reçoit avec reconnaissance, sans se départir de son éternel sourire.

Les accouchements se font en général à la maison, car bien peu de ces pauvres gens ont les moyens de payer les frais de clinique ou d’hôpital. Ils peuvent aussi faire venir chez eux une sage-femme indépendante, mais, là encore, il faut payer. Beaucoup de femmes du peuple accouchent donc seules chez elles, ce qui explique le taux élevé de mortalité infantile : près de 3 % des enfants meurent à la naissance.

L’un des frères de Bruno, M., possède lui aussi une grande hacienda à proximité de la sienne. M. est responsable en France de l’affaire familiale, mais vient de plus en plus souvent au Paraguay, au moins deux fois par an, pour s’occuper de sa ferme. Il apprécie beaucoup la paix qu’il y trouve, et la liberté dont on peut jouir dans ce pays, encore exempt de la plupart des contraintes administratives que nous pouvons avoir en Europe, malgré la corruption généralisée.

Bruno m’explique que ce jardinier va travailler pour son frère, et sera sans doute logé à la ferme, dans une maison en dur dotée de tout le confort : eau, électricité, sanitaires, etc… C’est aussi de cette manière que lui et son frère tentent d’aider leurs employés. Tout l’argent dont ils disposent ne serait qu’une goutte d’eau dans l’océan, s’ils le distribuaient à tous les pauvres qui les entourent. Ils s’efforcent donc de comprendre de quelle manière le Seigneur veut qu’ils l’utilisent, avec sagesse et discernement, ce qui n’est pas toujours facile.

De retour chez Bruno, nous parlons un peu avec Graziella, la petite bonne, qui a commencé à travailler depuis peu pour Bruno et Mirta. Elle a 20 ans et déjà deux enfants. C’est une orpheline qui a beaucoup souffert dans sa jeune vie. Elle se dit mariée, mais elle et son mari n’ont encore fait aucune formalité pour régulariser leur mariage, parce qu’ils n’en avaient pas les moyens. Nous dirions qu’elle vit en concubinage, mais elle se considère comme mariée. Son mari ne travaille pas et garde les enfants dans leur cabanon en bois. Elle gagne 800.000 guaranis par mois (120 $), et se considère à présent comme très heureuse. Ils vont pouvoir régulariser leur situation. Elle est chrétienne et doit se faire baptiser le dimanche de notre départ du Paraguay. Son mari est déjà baptisé. Graziella fait son travail en silence, et son visage un peu triste s’illumine d’un grand sourire chaque fois que nous la saluons.

En milieu d’après-midi, nous allons visiter l’hacienda de M., le frère de Bruno. 1200 hectares pour 1200 têtes de bétail. C’est le ratio normal : une tête par hectare. M. ne fait que de l’élevage. Nous faisons connaissance du tractoriste, Juan, et de Stéphane, le régisseur français. Nous visitons cette immense propriété, proche de celle de Bruno, tout en étant très différente quant à la végétation et la topographie. Juan appartient à une église évangélique de frères, de type darbyste. Ce sont des Chrétiens très stricts, assez légalistes, mais, selon Bruno, « beaucoup plus intègres et sérieux que les autres ». Le jeune fils de Juan, 14 ans, chrétien lui aussi, nous fait visiter le grand poulailler dont M. lui a confié la gestion. Il y élève des poules, des cailles et des faisans. L’installation est très bien faite, avec salle d’incubation pour les poussins.

Bruno m’explique que ce jeune garçon avait été placé par M. au Collège Emmanuel, tous frais payés pendant un an. Mais le jeune n’avait pas tenu longtemps, devant les moqueries de certains des élèves issus de famille riches, qui le traitaient de bouseux. Il avait préféré retourner à la ferme, et s’occuper du poulailler. M. l’a chargé de commercialiser les œufs pour se faire un petit pécule. Mais comme il ne sait pas trop se débrouiller dans ce domaine, et que la ferme est relativement isolée, c’est Bruno qui lui achète régulièrement tous les œufs à chacune de ses visites !

Au passage, j’admire les confortables maisons des familles du personnel, qui n’ont rien à voir avec les cabanons en planches qu’elles occupaient auparavant. Ce sont manifestement des familles heureuses.

Le soir, nous faisons à nouveau une réunion familiale chez Bruno, dans l’espoir de reprendre notre étude de l’Apocalypse. Mais Mirta commence la réunion en posant une question qui la poursuit depuis quelque temps : « Qu’est-ce que le baptême du Saint-Esprit, et comment parler en langues ? » Nous décidons de prendre le temps d’étudier sérieusement cette question.

J’explique à Mirta que tous les Chrétiens nés de nouveau possèdent le Saint-Esprit. Mais le baptême du Saint-Esprit est autre chose que la conversion, comme nous le voyons dans les Actes des Apôtres, dès le chapitre I. Jésus explique à Ses disciples que le baptême du Saint-Esprit est un revêtement de puissance pour le témoignage. Au chapitre 2, les disciples furent TOUS remplis de l’Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que le Saint-Esprit leur donnait de s’exprimer. Ces langues étaient des langues connues de ceux qui entouraient les disciples, mais inconnues de ceux qui les prononçaient. Puis, dans Actes 8, 10 et 19, nous voyons que le baptême de l’Esprit n’était pas automatiquement accordé à la conversion, mais qu’il était normalement recherché et accordé dès le début de la conversion.

J’explique à Mirta que les deux seules conditions bibliques pour obtenir le baptême dans le Saint-Esprit sont les suivantes : le demander avec foi, et avoir un cœur obéissant. Lorsque ces conditions sont remplies, le Seigneur nous demande simplement de croire qu’Il répond à notre prière, dès le moment où nous la Lui offrons. Nous devenons dès lors capables de parler en langues, puisqu’il ne s’agit pas de notre capacité, mais de la capacité du Seigneur, auquel nous devons simplement céder nos organes vocaux, pour qu’Il S’en serve. Cette capacité de parler en langues doit simplement être exercée dans la foi, et nous ne devons pas nous attendre que le Saint-Esprit nous saisisse, comme si nous étions des médiums. Nous devons collaborer intelligemment et dans la foi avec Dieu.

Mirta est convaincue par la lecture de la Parole, et par la simplicité de ces explications. Les choses de Dieu sont simples, à la portée des enfants. Ce sont les hommes qui les compliquent avec leur théologie, leurs doctrines et leur incrédulité ! Nous commençons à prier. Elle se met aussitôt à louer le Seigneur en langues. Le Saint-Esprit confirme à mon cœur qu’il s’agit bien du don biblique des langues, car j’ai reçu le don de discernement des esprits, et j’encourage Mirta à demander aussi les dons d’interprétation des langues et de prophétie, comme Paul nous exhorte à le faire dans 1 Corinthiens 14.

Je constate une fois de plus que la foi vient de ce que l’on entend, et ce que l’on entend vient de la parole de Christ. Je préfère enseigner une heure, et prier cinq minutes avec un exaucement concret, que prêcher cinq minutes et prier une heure sans aucun résultat !

Nous rendons tous grâce à Dieu pour Sa fidélité, conscients que le Seigneur nous fait vivre des moments privilégiés !

Samedi 31 mai :

Bruno nous emmène voir le Pasteur Angel, chez le frère Luis, qui travaille au barrage d’Itaipu. Le pasteur Angel nous attend devant la maison de Luis, une belle maison sur les hauteurs de Ciudad del Este. Les grands-parents de l’épouse de Luis sont d’origine française et allemande. Deux de ses enfants sont d’ailleurs roux, ce qui trahit leur origine en partie européenne. Comme Luis n’est pas encore arrivé, nous l’attendons à ,l’intérieur, et je demande à Angel son témoignage.

Angel a fait des études supérieures en Gestion d’entreprise et en Psychologie, comme moi. Il a connu le Seigneur dans les Assemblées de Dieu, qu’il a quittées après quelques années. Quand il est entré dans le ministère pastoral, il a accepté un poste de pasteur adjoint au Centro Familial, la plus grande église évangélique de Ciudad del Este, dont le pasteur principal était très autoritaire et dominateur. Au bout d’un an, Angel était très découragé, et a présenté sa démission, qui a finalement été acceptée. Il pensait pouvoir quitter le Centro Familial en douceur, mais il a fait l’objet d’attaques violentes et de calomnies féroces après son départ, au point qu’il a abandonné toute idée de poursuivre un ministère. Il a repris un travail, très abattu sur le plan spirituel. Mais le Seigneur l’a surnaturellement restauré, et l’a renouvelé dans son appel pastoral. Il a commencé des réunions de maison avec une ou deux autres familles. Le groupe s’est rapidement accru. Il a fallu créer une école du dimanche pour les nombreux enfants, ce qui a nécessité la nomination d’un trésorier. Comme le groupe devenait de plus en plus nombreux, ils ont envisagé de s’installer dans un bâtiment.

Un jour, en passant devant un ancien restaurant-discothèque désaffecté, la femme d’Angel a le sentiment que le Seigneur leur réserve ce bâtiment. Ils s’arrêtent pour jeter un coup d’œil. Le propriétaire se trouve justement sur les lieux. Angel et sa femme demandent au Seigneur un signe : si le propriétaire accepte de louer ces lieux pour y abriter une église, ils considèreront que c’est le Seigneur qui leur ouvre la porte. Le propriétaire accepte aussitôt. Il leur dit même que cette discothèque lui a causé beaucoup d’ennuis, qu’elle a été un lieu de perdition, et qu’il est heureux de la louer à une église !

Le groupe de maison s’y est donc installé, occupant tout d’abord les salles les plus petites, où tout était à nettoyer et à refaire. Ils sont à présent une centaine d’adultes et 60 enfants. Angel prêche à la radio, 1h30 par semaine d’enseignement, le soir, et 1h d’évangélisation par semaine, à 5h du matin.

Angel me dit qu’il a compris que l’église du Seigneur ne consiste pas à servir au sein d’une dénomination. Il a la vision du Corps de Christ, et veut travailler au perfectionnement des saints. Il m’avoue qu’il est considéré en général comme un « homme dangereux » par la majorité des autres pasteurs, parce qu’il refuse d’entrer dans le moule traditionnel. Il est l’exception qui confirme la règle.

Selon Angel, l’action du Seigneur en Amérique du Sud, et en Amérique latine en général, est réelle. Mais il s’agit plutôt d’une moisson d’âmes que d’un réveil véritable. Beaucoup de gens se convertissent en réponse au message de l’Evangile. Mais beaucoup de fausses doctrines et pratiques se sont infiltrées à côté de ce message de l’Evangile, par manque d’un véritable enseignement. Trop de gens se laissent impressionner par les manifestations spectaculaires et les expériences, qui ne sont que des modes charnelles, comme souffler pour faire tomber, pousser, crier s’agiter, etc…

Sur ces entrefaites, Luis arrive. C’est le musicien du groupe. Il chante et joue divers instruments. Il nous dit que son ministère, c’est la « guerre spirituelle » par la louange. Selon lui, le Paraguay est très opprimé spirituellement par les puissances des ténèbres. Il pratique depuis 10 ans une louange « de combat ». Connaissant certaines séductions dans ce domaine, je me méfie un peu.

Angel intervient fort justement, pour dire que la « guerre spirituelle » exige des conditions préalables. Notre cœur doit être pur et humble, et nous devons avoir une bonne attitude envers le Seigneur. Sinon, ce combat spirituel n’aura aucun effet, et pourrait même être très dangereux pour ceux qui le pratiquent.

Luis est d’accord, mais cite quelques témoignages, notamment celui d’une ville complètement fermée à l’Evangile, qui s’était ouverte après un combat spirituel intense. Angel garde une position équilibrée. Selon lui, nous ne devons pas nous engager dans une guerre spirituelle si Dieu ne nous y appelle pas formellement. Il insiste sur le fait que nous devons tout d’abord porter du fruit et avoir un caractère conforme à celui du Seigneur Jésus : ceux qui pratiquent le combat spirituel doivent manifester le fruit de l’Esprit. Il cite le cas d’un ministère qu’il a connu personnellement, très engagé dans la guerre spirituelle. Mais le caractère de cet homme n’était pas sanctifié. Il voyait des démons partout, souffrait d’un complexe de persécution, et finit par avoir des tendances à la dépression et au suicide dans sa vie privée.

Nous ne pouvons qu’approuver Angel. C’est pour toutes les raisons qu’il a développées que nous sommes persuadés que le message fondamental du Seigneur au monde et à l’Eglise est le message de la croix, de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit. Inutile d’aller plus loin ou de faire autre chose, si ces fondements ne sont pas fermement établis ou restaurés.

Nous déjeunons tous ensemble au Collège Emmanuel, où nous attendent Ismaël et son épouse Benigna. Il n’y a pas de cours, mais la cuisinière, chrétienne elle aussi, est venue nous préparer le repas, excellent. Nous pouvons visiter tout le collège, bâti sur un grand terrain arboré. Les classes sont impeccables et bien équipées, avec une salle d’informatique et une antenne satellite. De nouveaux bâtiments sont en construction (« par la foi », nous précise Ismaël), pour abriter les laboratoires de physique et de chimie.

Ismaël et Benigna forment un couple très sympathique. Ils ont englouti la quasi-totalité de leurs biens personnels dans la construction et le développement de ce collège chrétien.

Le soir, à 19 heures, première réunion dans l’église du Pasteur Martial. C’est Mirta qui me traduit. Elle s’acquitte très bien de sa tâche, et y prend manifestement goût. Je remercie le Seigneur de la manière dont Il pourvoit à tout.

Il y a une quarantaine de personnes dans l’église. La réunion commence par un long moment de louange. C’est Abel, le beau-fils de Martial, qui accompagne les louanges à la guitare. La fille de Martial, l’épouse d’Abel, dirige la louange d’une manière très dynamique. Vous ne serez pas surpris par le thème de ma prédication : notre position en Christ, la nature de notre nouvelle naissance en esprit, la crucifixion de notre vieille nature, et l’apprentissage de la marche par l’esprit. Tout cela semble très nouveau à l’auditoire, qui me semble écouter très attentivement, et recevoir le message avec un cœur grand ouvert. J’emploie un langage très simple pour que tout le monde comprenne bien. Après le message, Martial fait un appel, et nous prions assez longuement pour tous les problèmes de ceux qui se sont avancés. Martial annonce d’une manière assez emphatique la réunion « toute spéciale » du lendemain, avec Sainte Cène. A la fin de la réunion, tous nous manifestent une affection réelle. Entre hommes, nous nous embrassons à la paraguayenne : une forte étreinte avec beaucoup de tapes dans tout le dos. En riant, Bruno me dit que c’est pour vérifier si quelqu’un n’a pas une arme cachée quelque part !

Dimanche 1r juin :

Bruno a invité chez lui l’Allemand Walter et toute sa famille, pour un culte familial. Ils arrivent en bus vers 10h30, n’ayant pas de voiture, et Bruno les ramène avec son véhicule depuis l’entrée du Country Club. La femme de Walter, Maguy, Paraguayenne, s’est convertie la première, et a conduit son mari au Seigneur, au début de leur mariage, il y a une vingtaine d’années. Ils ont trois filles de 19, 17 et 9 ans. Walter a beaucoup bourlingué, avant de se fixer au Paraguay. Il a eu beaucoup de mal à trouver des emplois stables, à cause de son intransigeance à refuser toute corruption et à ne pas participer aux combines et aux malversations qui lui étaient proposées. Il y a quelques mois, un nouveau Président, Nicanor, a été élu au Paraguay. Il est apparenté à la famille de Maguy. On a donc offert à Walter un poste très bien payé à Asunción, la capitale. Mais il a refusé, car les conditions offertes n’étaient pas parfaitement honnêtes. Dernièrement, le Seigneur l’a conduit à Bruno, qui l’a recruté comme mécanicien, pour entretenir ses cinq tracteurs, ses deux moissonneuses-batteuses, sa pelleteuse, son bus de 25 places, son bulldozer et son parc de véhicules. Walter est très heureux de travailler pour un chrétien comme Bruno. Mais comme il ne supportait pas le désordre et la manière de travailler des employés de Bruno, il a voulu y mettre de l’ordre à la manière prussienne, ce qui ne convenait certainement pas, ni à la mentalité paraguayenne, ni au témoignage chrétien. Bruno a dû le reprendre avec amour, mais fermement, pour qu’il donne l’exemple et accepte de prendre patience envers le personnel. Walter a accepté avec humilité de se remettre en question, et d’apprendre à crucifier sa chair !

Maguy est une chrétienne dynamique et engagée. Elle a la parole facile et commence à nous « évangéliser » avec ferveur ! Je prends une guitare pour tenter de chanter quelques cantiques français, que personne ne semble connaître. Cela n’empêche pas le culte de se dérouler dans la liberté de l’Esprit.

Au bout d’un moment, nous voyons arriver trois inconnus, venus de je ne sais où : le Pasteur Miguel Angel, accompagné d’un jeune paraguayen, et d’un jeune Australien. En fait, c’est Walter qui les avait invités, sans prévenir Bruno. Sur ce plan, Walter s’est bien adapté aux mœurs paraguayennes !

En bon pasteur, Miguel Angel tend à distribuer la parole, et à prendre la direction du culte, qui perd un peu sa liberté. Pourquoi donc tant de pasteurs ne laissent-ils pas l’Esprit conduire ? Il est vrai qu’il a beaucoup d’aisance. Il chante et joue très bien de la guitare, comme tant de Paraguayens, et il n’éprouve aucune gêne à nous le prouver. Comme nous sommes invités à déjeuner à 40 km de là, nous n’avons pas le temps de faire vraiment connaissance, mais nous prenons rendez-vous pour le lendemain chez Miguel Angel.

Nous partons chez Germaine, une Alsacienne mariée à un Paraguayen, qui vit dans une ferme complètement isolée, aux abords d’un affluent de la rivière Iguaçu. Ismaël nous accompagne avec son vieux pick-up. Mario, le père de Bruno, et grand ami d’Ismaël, monte auprès de lui. Nous commençons par emprunter une « autoroute » à péage, qui a été construite sur une trentaine de kilomètres, et qui se prolonge ensuite par la route nationale aboutissant à la capitale, à 300 km de là. Bruno m’explique que cette autoroute a été concédée, moyennant quelques pots-de-vin, à des entrepreneurs privilégiés, qui touchent à présent le produit des péages. C’est d’autant plus intéressant pour eux que tous les automobilistes qui veulent se rendre à la capitale sont obligés d’emprunter cette autoroute !

Au km 30, nous sortons de l’autoroute et empruntons une piste de terre. Dix kilomètres de latérite poussiéreuse, et nous parvenons à la ferme de Germaine. Alsacienne énergique, elle a reconstitué dans ce Paraguay profond un bout de son Alsace natale, qui revit dans certains décors, tissus et objets, dont un magnifique poêle à bois en fonte émaillée, qui ne sert que pour les quelques semaines de la fraîcheur relative de l’hiver austral ! Son mari, Pedro, est un homme d’une gentillesse et d’une douceur rares. Ils ont un fils, Luis, 14 ans, qui fréquente le collège Emmanuel.

Autour de quelques plats typiquement paraguayens, Germaine nous raconte son histoire, hors du commun. Il y a une vingtaine d’années, elle était la femme d’un entrepreneur français, qui prospérait du côté d’Hyères. Un jour, sur un coup de tête, ils ont tout quitté pour venir acheter 90 hectares au Paraguay, et s’y installer avec leur fils et leur fille. Mais, moins de deux ans plus tard, son mari, qui s’ennuyait au Paraguay, a décidé de retourner en France, avec sa fille. Le fils l’a rejoint peu après, laissant Germaine seule dans sa ferme. Ayant goûté à la liberté du Paraguay et à la vie saine au grand air au milieu de ses vaches, elle n’avait pas voulu suivre son mari. La rupture fut consommée, et Germaine épousa Pedro, le contremaître Paraguayen de leur exploitation. Par la suite, son premier mari, qui avait repris son métier d’entrepreneur en France, s’électrocutait en touchant une ligne à haute tension avec sa grue.

En 1999, Germaine fut agressée par des bandits en regagnant seule sa ferme. Déguisés en policiers, les bandits arrêtèrent sa voiture sur la piste de terre, à quelques kilomètres pourtant du poste de police, situé près du terminal de l’autoroute. Ils lui demandèrent son sac et son « escopete » (sa carabine). Elle n’avait pas l’escopete. Ils tentèrent donc de lui arracher son sac. L’un d’eux lui donna un coup de crosse sur le visage. Sans le vouloir, il fit partir le coup, qui tua accidentellement l’un de ses acolytes. Les bandits prirent peur et s’enfuirent, emportant le sac. Germaine reprit la route vers sa ferme. Mais elle voulut récupérer son sac, qui contenait son passeport et tous ses papiers. Elle rebroussa chemin, et rattrapa les bandits qui couraient sur la route.

Elle nous dit : « J’étais comme enragée, et je voulais les écraser tous ! ». Quand ils l’ont vue foncer sur eux, ils ont sauté sur le bas-côté, et l’un d’eux a tiré six coups de sa carabine. L’une des balles est entrée dans le haut du bras de Germaine, a traversé l’épaule, et s’est logée contre la colonne vertébrale. Elle fut instantanément paralysée, le pied collé sur l’accélérateur. Heureusement que la route était toute droite à cet endroit ! C’est alors qu’elle fit cette prière : « Mon Dieu, aide-moi ! »

Elle fit un effort surhumain de volonté, et parvint à ôter son pied de l’accélérateur, et à tirer tout doucement sur le frein à main. Attirée par le bruit, la police est arrivée. Germaine fut conduite à l’hôpital. Le médecin déconseilla l’opération pour extraire la balle, mal placée, ce qui fait que Germaine se promène toujours avec sa balle dans le dos. C’est alors que le père de Bruno, Mario, qui se trouvait au Paraguay à cette époque, alla la visiter à l’hôpital, lui rendit témoignage, et lui offrit une Bible. Puis il perdit Germaine de vue. C’était la première fois qu’il la revoyait.

Mario fut ravi d’apprendre, de la bouche même de Germaine, qu’elle n’avait pas cessé de lire chaque jour sa Bible, et de prier le Seigneur qu’Il conduise et dirige sa vie. Son mari Pedro partageait sa foi. Germaine et Pedro nous firent visiter leur ferme. Ils s’occupent de 38 belles vaches laitières et disposent d’un matériel relativement moderne (matériel réfrigérant, trayeuses électriques). On vient leur chercher le lait régulièrement à domicile. Ils cultivent quelques fruits et légumes, et semblent parfaitement heureux.

Je me rends compte qu’ils manquent énormément d’enseignement et de communion fraternelle. Ils ne savaient même pas que des Chrétiens devaient passer par un baptême d’eau par immersion. Mais le Seigneur les a pris tels qu’ils étaient, et les avait gardés jusqu’à ce jour. Ils avaient bien tenté de contacter quelques petites églises évangéliques des environs, situées en pleine campagne, mais le style pentecôtiste ne leur convenait pas, et ils n’avaient pas insisté. Comme Germaine avait beaucoup de questions, et que nous devions partir pour le culte chez Martial, nous avons pris rendez-vous chez Bruno pour le vendredi suivant. Car leur fils Luis était en pension en ville chez une Chrétienne, et ils allaient le chercher chaque week-end au Collège Emmanuel.

Qu’elle était loin, l’Alsace natale de Germaine, qui a tout de même pu parler un peu allemand avec ma femme, Allemande d’origine ! Mais elle ne regrette rien ! C’est au Paraguay que l’attendait le Seigneur, dans des circonstances assez dramatiques !

A 18h, nous retournons à l’église de Martial, pour le culte de Sainte Cène. Quand nous arrivons, la réunion a déjà commencé depuis plus d’une demi-heure, par un long moment de louange, toujours conduite par la belle-fille de Martial. C’est Ruben, l’un des anciens, qui préside. Nous sommes accueillis avec une grande chaleur et de vigoureux applaudissements, qui me dérangent un peu. Pourquoi ne pas applaudir de la même manière la petite mémé qui est entrée un peu furtivement et qui s’est assise à l’arrière ?

Je reprends mon message sur le même thème que la veille, toujours très bien traduit par Mirta. Ce message de la croix et de la marche par l’esprit touche profondément les cœurs. Nous finissons par une sainte Cène très solennelle. Tous les participants s’approchèrent de l’estrade. Après une longue introduction du pasteur, on nous distribue un morceau de pain et une coupelle de vin, chacun attendant que le pasteur invite l’assemblée à consommer ensemble le pain, puis le vin. Malgré l’ambiance un peu religieuse et le manque de simplicité, je dois reconnaître que nos frères et sœurs prenaient cette sainte Cène avec un grand respect et une profonde ferveur. A la fin, plusieurs me disent que ce message les avait profondément touchés, et nous manifestent une affection sincère.

Lundi 2 juin :

En début de matinée, nous bavardons un peu avec la petite bonne, Graziella. J’avais commencé depuis quelques jours à prier pour elle et sa famille. Je le lui ai dit, et elle a été stupéfaite en l’apprenant. J’ai même cru qu’elle allait s’évanouir de surprise. Elle ne s’imaginait pas que le « pasteur de France » pouvait s’intéresser à sa vie au point de prier pour elle ! Cela me prouve que beaucoup de Paraguayens ont une très faible estime d’eux-mêmes. Je considère cela plutôt comme une forme d’humilité, que nous ne rencontrons que rarement en France ! Je crois que c’est cette humilité qui les rend aussi plus ouverts au message de l’Evangile. Graziella me dit qu’elle travaillait auparavant chez une famille libanaise, très dure avec elle. Elle avait prié pour que le Seigneur lui donne un autre travail, et avait été recrutée par Bruno et Mirta. Depuis lors, elle « ne pouvait pas être plus heureuse » !

Nous partons avec Bruno dès le début de la matinée rencontrer le Pasteur Miguel Angel et ses deux jeunes amis paraguayen et australien. Le pasteur nous reçoit dans sa maison du centre ville de Ciudad del Este. La maison est spacieuse, et le pasteur dispose d’une voiture, ce qui est rare. Je lui explique que nous sommes venus au Paraguay pour écouter et voir comment vivent les Chrétiens dans ce pays. Je lui demande donc son témoignage.

Miguel Angel a 46 ans et s’est converti à 15 ans, au cours d’une campagne de Luis Palau. A 16 ans, il s’intéressait déjà à la radio et aux émissions chrétiennes. A 22 ans, il se rend au Brésil pour y suivre les cours d’une Ecole Biblique. Il s’y marie avec une Brésilienne, fille d’un pasteur de Porto Alegre, très connu localement. Puis il revient au Paraguay, et passe 12 ans au Chaco, au milieu des communautés mennonites. L’ancien dictateur Stroessner avait attiré au Chaco, région semi-désertique du nord-ouest du Paraguay, des Mennonites d’origine allemande, qui avaient mis en valeur cette région. Actuellement, il y a plusieurs villes mennonites au Chaco. Les Mennonites ont créé de nombreuses exploitations agricoles. Ils ont aussi lancé et développé toute une industrie laitière, renommée au Paraguay.

Etant d’origine pentecôtiste, Miguel Angel trouvait que les Pentecôtistes étaient trop préoccupés par les dons spirituels, et voulait apprendre les fondements d’une vie chrétienne solide chez les Mennonistes. Toutefois, leurs 8 dernières années au Chaco furent très difficiles pour Miguel Angel et sa famille, car les relations étaient tendues avec leur pasteur mennonite, autoritaire et légaliste. On finit par lui proposer la direction de la Société Biblique du Paraguay. Il l’accepta et distribua pendant deux ans des Bibles dans tout le pays, en résidant à Asunción, la capitale. Mais il sentait que ce n’était pas sa place définitive.

Après deux ans, quelqu’un lui propose d’être candidat au poste de pasteur d’une église mennonite du Chaco. Trois candidats étaient en présence. Miguel Angel est élu, mais de justesse. L’élection fut très conflictuelle. En octobre 2001, Miguel Angel se rend le premier au Chaco pour préparer le terrain pour sa famille. Il y trouve une église profondément divisée. Les mennonistes traditionalistes lui reprochaient son origine et ses tendances pentecôtistes, tandis que d’autres voulaient une ouverture plus grande de leur église. Finalement, l’église se divisa. 100 membres partirent pour créer une église « vraiment » Mennonite, tandis que Miguel Angel se retrouvait avec 20 membres. Après avoir beaucoup prié et cherché la direction du Seigneur, Miguel Angel demanda à être réintégré au sein des Assemblées de Dieu, mais avec un statut pastoral spécial. Il désirait travailler non comme pasteur d’une église établie, mais comme défricheur d’églises nouvelles, en commençant par des groupes de maison chez lui.

Miguel Angel voulait travailler de manière relativement indépendante, sans être soumis à la structure traditionnelle des Assemblées de Dieu. Il me dit que les A.D. sont très légalistes au Paraguay et au Brésil. Miguel Angel me dit que sa « vision » est celle du Royaume de Dieu et du Corps de Christ. Il veut enseigner chez lui des nouveaux convertis, pour en faire des disciples. Toutefois, contrairement au pasteur Angel que nous avons rencontré précédemment, Miguel Angel reste membre des Assemblées de Dieu et est soutenu par elles. Je lui demande si, finalement, les groupes qu’il veut créer ne seront pas réintégrés au sein des A.D. quand ils auront la taille suffisante pour constituer une « église » ayant pignon sur rue, mais il me semble éluder un peu la réponse.

Miguel Angel travaille beaucoup avec la radio. Comme son objectif est d’évangéliser, il programme des émissions très courtes (5 minutes) sur des radios qui ne sont pas chrétiennes. Car, selon lui, seuls des Chrétiens écoutent des radios chrétiennes. Il espère ainsi capter l’attention des auditeurs et les attirer au Seigneur.

Miguel Angel croit à l’importance des structures d’église bien établies, et au charisme d’un « leader » fort. Sur ce point, nous nous opposons. Il est vrai que tant que les Chrétiens n’auront pas appris à marcher par l’esprit en crucifiant la chair, ils auront besoin de structures et de leaders forts.

Miguel Angel connaît et apprécie les œuvres de Watchman Nee. Mais il me signale qu’il existe un mouvement fondé sur les enseignements de Watchman Nee, et qui se répand assez rapidement en Amérique Latine. Hélas, les responsables de ce mouvement sont en train de créer une nouvelle dénomination. Ils considèrent toutes les dénominations comme membres de la Babylone spirituelle, et poussent les Chrétiens à les quitter pour se joindre à leur mouvement. Watchman Nee n’apprécierait certainement pas ! Comment peut-on commencer par l’esprit et finir ainsi dans la chair ? L’épître aux Galates nous montre comment cela est possible ! On peut recevoir une doctrine juste et l’appliquer dans la chair, ce qui est le comble pour la doctrine qui nous parle de la crucifixion de la chair !

Je demande ensuite à l’un des deux jeunes, Oscar Dionisi, 26 ans, de me donner son témoignage. Il a rencontré le Seigneur dans une église baptiste. Puis il a fréquenté une église pentecôtiste assez légaliste. A 14 ans, il s’est écarté du Seigneur, voulant vivre sa vie dans le monde, le rock, etc… Sa grand-mère continuait à beaucoup prier pour lui. A 18 ans, il accepte de revenir dans le groupe de jeunes d’une église chrétienne. Il reprend vie et devient bouillant, au point qu’à 21 ans, selon ses termes, il était « presque pasteur » ! Il reçoit un appel et passe 4 ans dans une école biblique à Rio de Janeiro, au Brésil. Il sentait qu’il avait besoin, en allant dans cette école, d’être à l’écoute le Seigneur, car il avait été trop actif, comme la Marthe de l’Evangile.

Il rencontre ensuite un pasteur presbytérien, qui lui conseille d’aller compléter sa formation biblique aux USA. Il s’y rend, et le Seigneur pourvoit à tous les frais. Une sœur lui prophétise qu’il sera en bénédiction à beaucoup. Il retourne à Asunción, où il prêche depuis deux ans, en secondant un pasteur. Mais son cœur était resté à Ciudad del Este, où il vient de revenir.

Il me dit que son brûlant désir est de gagner des âmes au Seigneur et de faire partager à tous l’enseignement approfondi qu’il a reçu. Selon lui, il est très facile d’amener des gens à la conversion au Brésil, alors que c’est très difficile au Paraguay, dont les habitants sont méfiants. Je trouve très touchant ce jeune homme de 26 ans qui veut servir le Seigneur de tout son cœur et gagner à Christ ses compatriotes. Je ne lui dis pas que ce que désire le Seigneur, c’est d’apporter la vie de Christ et non des connaissances bibliques. Mais je crois que le Seigneur connaît son cœur et saura le guider dans Ses voies. Je voudrais simplement que plus de jeunes Français de 26 ans aient un tel zèle pour Jésus-Christ !

Je demande ensuite à Brad Hawkes, le jeune Australien, de me donner son témoignage. Lui aussi a 26 ans. Sa mère est Suédoise, et son père Australien. Il est né près de Sydney. Ses parents divorcent quand il a 3 ans. Cela le marque profondément. Sa mère se remarie avec un Anglais quand il a 5 ans. Son père se remarie de son côté. Les enfants restent avec le père. A dix ans, sa famille quitte Sydney. Son père commence à fréquenter une église anglicane, avec son frère. Toute la famille se convertit. Mais leur église est très rigide. A l’âge de 11/12 ans, Brad commence à fumer et à mener une double vie, jusqu’à 14 ans. Il fréquente toujours l’église, tout en vivant dans le monde. Après l’âge de 14 ans, il quitte tout. L’église était remplie de Chrétiens qui donnaient un mauvais témoignage. Quand sa famille s’est convertie, c’était trop tard pour Brad, qui vivait déjà une vie de péché. Il a commencé à se droguer et à vivre avec une fille. Il savait qu’il y avait un Dieu, mais ne voulait pas Le suivre.

Lorsqu’il fut âgé de 20 ans, il retourna dans l’église, « pour faire plaisir » à sa famille, parce qu’un pasteur Suédois était en visite. Il s’y convertit pour de bon. Il reçut une profonde conviction de péché, demanda et accepta le pardon du Seigneur. Sa vie changea radicalement. Il retourna vivre dans sa famille. Un oncle l’invita en Suède, ou il resta 3 ans, et suivit les cours d’une école biblique pendant deux ans. Il passa ensuite un an avec Oscar Dionisi, dans 6 pays d’Amérique du Sud. Il était parti au départ pour 3 semaines au Paraguay, pour apprendre l’espagnol et chercher la volonté de Dieu. Le Seigneur lui ouvre alors des portes. Il travaille comme interprète, en marchant par la foi. Il repart en Suède pour travailler, mais Oscar le rappelle. Depuis, ils parcourent ensemble les églises (70 réunions en quelques mois), dans différents milieux, évangélisant et exhortant les églises.

Je demande à Brad ce qu’est devenu son frère. Il me répond qu’il s’était converti, mais qu’il avait abandonné le Seigneur, et qu’il vivait dans le péché, l’occultisme et la rébellion. Il s’appelle Nick. Pensez à lui dans vos prières !

Brad allait repartir en Australie dans deux mois. Il veut étudier pour être professeur d’Anglais, et utiliser ce diplôme pour travailler avec les enfants dans les écoles. Comme il a souffert de voir sa famille brisée, il veut travailler pour aider les enfants et les familles en difficulté.

Pensez également à eux dans vos prières, selon que le Saint-Esprit vous conduira, ainsi qu’à tous ceux que nous décrivons dans ce compte-rendu !

Pour terminer, je reparle avec le Pasteur Miguel Angel du réveil sud-américain. Miguel Angel est certain que le Seigneur agit dans toute l’Amérique latine. Mais, selon lui, la croissance des églises est numérique, et non spirituelle. Il y a beaucoup de superficialité, et un grand manque d’enseignement sérieux. Beaucoup d’églises travaillent à défendre leurs intérêts particuliers, et ne travaillent pas réellement pour l’œuvre du Seigneur. Les dénominations cherchent l’unité, mais cette unité est très superficielle.

Les églises n’ont donc pas pu maintenir le résultat des campagnes d’évangélisation. Elles ont aussi introduit des doctrines et pratiques qui ne sont pas bibliques. Par exemple, la plus grande église de Ciudad del Este, 600 membres, a introduit le système des G12. Cette église attire beaucoup de monde, mais les doctrines et pratiques des G12 sont très dangereuses, et souvent non-bibliques.

On ne peut donc pas dire que nous nous trouvons en présence d’un véritable réveil en Amérique latine. Les cœurs des populations sont très ouverts, mais on enlise les âmes gagnées à Christ dans des systèmes humains qui étouffent l’action de l’Esprit. C’est encore l’Eglise visible qui est responsable de ce gâchis, car ses conducteurs, très souvent, ne dispensent pas droitement la Parole de Dieu. Je rappelle à Miguel Angel que, selon Ephésiens 4, l’unique mission des différents ministères donnés par Dieu à l’Eglise est de conduire les saints « à l’état d’hommes faits, à la mesure de la stature parfaite de Christ ». Une telle mission n’implique-t-elle pas que tous les ministères aient parfaitement compris de quelle manière atteindre eux-mêmes cette stature, afin de pouvoir aider les autres à l’atteindre ? La réponse à cette question semble pourtant évidente !

Bruno me ramène à la maison. Il se rend à sa ferme, et revient avec Walter, qu’il avait invité à déjeuner. Nous pouvons entendre d’autres aspects du témoignage de Walter. Issu d’une famille noble prussienne, il s’était engagé à 20 ans dans les commandos de choc. Il voulait recevoir l’entraînement le plus dur. Mesurant 1m85, il pesait à l’époque 120 kilos ! Il en perdu aujourd’hui près de 40 !

Par la suite, il devint mercenaire dans divers points chauds du globe, dont au Vietnam. Il gagnait à l’époque des dizaines de milliers de dollars par mois. Il a participé aux combats les plus durs. A un moment donné, au Vietnam, son unité d’une trentaine d’hommes a été pratiquement anéantie, au point qu’il a demandé à l’un des survivants de le tuer, avant que les « Viets » ne les capturent. L’arme s’est enrayée, et il s’en est sorti. Après des années de cette vie terriblement mouvementée, il est venu en Amérique latine, voulant rompre avec sa vie passée et recommencer une nouvelle vie. Après quelques mois au Brésil, il s’est fixé au Paraguay, pays qui lui semblait paisible. Il s’y est marié avec Maguy. Peu après, ses anciens camarades ont retrouvé sa trace. Il faisait ses courses dans un magasin, quand quelqu’un derrière lui l’a apostrophé : « Coronel ! » (Colonel !) C’était son nom de guerre. Il a senti son sang se glacer. L’homme lui a proposé un nouveau contrat de mercenaire à 35.000 $ par mois. Mais il a refusé net. Sortant le couteau qu’il portait à la ceinture, il se l’est appliqué sur la gorge, en disant : « Plutôt me trancher le cou que de recommencer ! » L’autre n’a pas insisté, et on l’a laissé tranquille. Puis il s’est converti, et est devenu doux comme un agneau, à part, comme le dit Bruno en souriant, « encore un peu de chair prussienne à crucifier ! » J’admire la grâce de Dieu, et la manière dont Lui seul peut transformer les hommes les plus durs pour en faire Ses disciples dociles ! C’est cela, une vraie nouvelle naissance !

Le soir, je fais la connaissance chez Bruno de Dany, le chef du groupe Rocas Vivas (Pierres Vivantes). Il est aussi le chanteur du groupe, s’accompagnant de la guitare. Ce groupe musical, composé de cinq frères, était célèbre au Paraguay, et même en Amérique latine, comme groupe de Rock. Un jour, tout le groupe s’est converti, et il s’est transformé en groupe musical chrétien. Plus tard, l’un des frères, Salomon, a quitté le groupe pour poursuivre un ministère d’évangéliste indépendant. Il a été remplacé par un autre musicien chrétien. Dany et tout le groupe ont souffert de cette séparation.

Bruno a énormément aidé le groupe au début de sa création. Il leur a offert un petit bus entièrement équipé, tout le matériel pour les campagnes, une estrade démontable pour les concerts en plein air, et même une remorque-cantine pour les repas. Le groupe a ensuite rencontré de nombreuses difficultés, qui semblaient causées plus par les réactions de la chair que par des attaques de Satan. Dernièrement, le groupe était complètement découragé et envisageait de se dissoudre.

Nous bavardons avec Dany, qui ne laisse rien paraître de ses soucis, et nous parle avec enthousiasme de leur « dernière » campagne d’évangélisation, dans la ville de Santa Rita. Plus tard, nous apprendrons que cette dernière campagne datait déjà du mois de décembre 2002. Dany nous donne une vidéo de cette campagne. Cette ville de 30.000 habitants a été fortement remuée par la mission d’évangélisation. Le maire s’est converti avec toute sa famille. Dany estime que près de 5.000 personnes ont assisté aux diverses réunions, et qu’une centaine de personnes se sont converties. Une trentaine d’églises avaient accepté de collaborer à cette campagne.

Plus tard, nous avons l’occasion de parler de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit. Je vois Dany profondément touché par ce message. Les yeux embués de larmes, il accepte humblement de reconnaître qu’il ne vit pas cette vie crucifiée. Il est avide d’en savoir plus, et veut que tout le groupe nous rencontre au plus tôt. Il me dit avec émotion : « Nunca se predica ese mensaje ! Nunca ! » (On ne prêche jamais ce message ! Jamais !) Et il en reconnaît aussitôt l’importance cruciale. Nous prenons rendez-vous pour le surlendemain à 9h.

Mardi 3 juin :

Bruno m’emmène visiter de Directeur de la plus grande entreprise agricole privée de la région, l’entreprise Santa Rosa. Cette entreprise achète et commercialise les productions de soja, de maïs et de blé des agriculteurs de la région, et vend des semences et toutes sortes de produits destinés à l’agriculture et à l’élevage. Elle rencontre certaines difficultés devant l’arrivée massive des géants américains, qui rachètent toutes les entreprises qu’ils peuvent racheter. Son Directeur est un ami de Bruno, un Catholique charismatique fervent. C’est un homme considéré par tous comme bon et juste, très respecté par son personnel pour son témoignage humain.

Je rencontre un homme très sympathique et ouvert, qui me parle avec enthousiasme des week-ends spirituels qu’il passe au sein de son mouvement charismatique. Des centaines de Catholiques y assistent. Ce qu’il me raconte me montre que les églises évangéliques ne sont pas les seules à vivre des choses intéressantes. Tant que les églises évangéliques rechercheront des expériences, elles subiront la concurrence du Catholicisme, qui peut très bien vivre les mêmes expériences. Nous l’avons bien vu avec le mouvement de Toronto, qui a touché aussi des églises catholiques. Mais si nous nous limitons à la Parole de Dieu et à l’obéissance à la Vérité, l’Eglise Catholique ne pourra plus nous suivre, sans scier la branche sur laquelle elle est assise ! Combien toutes ces expériences sont trompeuses !

Je demande au Directeur ce qu’il pense, en tant que Catholique charismatique, de l’action du Seigneur au sein des églises évangéliques de sa région. Il ne conteste pas cette action, mais il me dit aussitôt qu’il voit deux problèmes majeurs : 1) les divisions constantes entre toutes les églises évangéliques, 2) le mercantilisme et l’appât du gain d’un trop grand nombre de pasteurs. Plus tard, Bruno me dira que ce Directeur a tapé dans le mille, et que c’est le mauvais témoignage de trop de Chrétiens qui freine l’acceptation de la vérité. Certes, les raisons invoquées par ce Directeur me semblent être surtout des prétextes à ne pas accepter lui-même toute la vérité, mais son analyse était quand même exacte.

Je dis au Directeur que lorsque je parle à des Catholiques, mon seul souci est de leur parler du Seigneur Jésus et de Sa Parole. J’insiste sur le fait que le plus important, pour un disciple du Seigneur Jésus, est d’avoir une relation personnelle vivante avec le Seigneur, et de donner un véritable témoignage chrétien. Le Directeur est entièrement d’accord avec cela, ajoutant même que ce qui l’avait le plus intéressé dans ses contacts fréquents avec Bruno, c’était le fruit que ce dernier manifestait dans sa vie, l’amour, une joie constante, et la vie de Christ. N’est-ce pas cela qui devrait être notre meilleure « campagne d’évangélisation » ?

Je propose au Directeur, en terminant, de prier pour lui et sa famille, dans son bureau. Il accepte avec empressement, en me disant qu’il me l’aurait demandé si je n’avais pas pris les devants. Il me tend les mains avec effusion, et je prie de tout mon cœur pour lui et sa famille. Il est très ému. J’ai le sentiment que d’autres portes auraient pu nous être ouvertes toutes grandes si nous étions restés plus longtemps !

Le soir, vers 18 h 30, nous nous retrouvons tous chez Ismaël et Benigna, qui nous avaient invités à dîner. Ils habitent une belle maison à Hernandarias. Nous passons une délicieuse soirée de partages et de communion fraternelle, autour d’un feu de cheminée allumé plutôt pour la forme ! Ismaël veut encore m’entendre donner un message sur la croix et la marche par l’esprit. Je ne me fais pas prier ! Pour Mario, le père de Bruno, il s’agit d’une révélation profonde et radicale. Compte tenu de son âge et de sa santé fragile, il n’avait pas pu se rendre aux diverses réunions où j’avais prêché ce message. Ce soir, il a compris. Il me dit plus tard avec un mélange de joie et de tristesse : « Tant d’années à tourner en rond dans ma vie chrétienne, alors que tout est là, dans ce message et dans l’œuvre parfaite de Christ ! Pour moi, c’est comme si je recommençais une vie nouvelle en Christ ! C’est presque comme une nouvelle naissance ! » Pourquoi ce message n’est-il donc pas plus souvent prêché, et même uniquement prêché ?

Le Seigneur me parle alors clairement, et me fait comprendre que ce serait à présent mon seul et unique message. Tous les autres aspects de la vie chrétienne devraient être reliés au message de la croix, seule puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient en Jésus-Christ ! C’est là, dans l’apprentissage pratique de la crucifixion de notre chair, que tous nos problèmes seront réglés. Nous n’avons rien d’autre à faire qu’à comprendre et à accepter l’œuvre parfaite de Christ !

Mercredi 4 juin :

A 9 heures du matin, le groupe Rocas Vivas arrive au grand complet. A ma grande joie, il est aussi accompagné de Salomon, le frère qui les avait quittés pour suivre un ministère d’évangéliste indépendant. Au début, l’atmosphère est un peu gênée. Ils s’assoient en silence et semblent attendre que quelque chose se passe. Pour les mettre à l’aise, je leur raconte une partie de mon témoignage, en leur expliquant de quelle manière le message de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit avait bouleversé ma vie. Tous dressent l’oreille. Je sens que les problèmes personnels que j’évoque ont été, ou sont encore les leurs, et qu’ils doivent penser que la solution qui m’a permis de les régler les concerne donc aussi. Peu à peu, la présence du Saint-Esprit se fait plus solennelle. Dany me demande de leur parler des fondements d’une véritable unité spirituelle, telle que Jésus la demande à Son Père dans Sa prière de Jean 17.

Tous sont émus aux larmes, et les mouchoirs sortent des poches. Salomon prend la parole et demande pardon à Bruno pour certaines choses qu’il confesse. Dany en fait autant. Le Saint-Esprit opère des réconciliations. L’amour de Dieu nous enveloppe et nous unit. Nous sommes tous très émus. Je leur dis que j’aurais tant aimé travailler avec eux si j’étais resté au Paraguay. Je ressens alors un appel du Seigneur.

Après leur départ dans la joie, un peu plus tard, j’en reparle à Bruno, et je commence à lui exposer le projet qui germait dans mon cœur. Manifestement, des portes nous sont grandes ouvertes, et, si le Seigneur ne nous en empêche pas, notre responsabilité est d’aller de l’avant. Je propose à Bruno de réfléchir à un projet simple, pour un prochain voyage au Paraguay : nous prendrons des contacts avec diverses églises, en comptant qu’un certain nombre de pasteurs m’inviteront à parler de la croix et de la marche par l’esprit. Puis nous choisirons quelques pasteurs et responsables motivés et fidèles, pour les enseigner en profondeur, afin qu’ils puissent à leur tour confier ces vérités à d’autres hommes fidèles, qui soient prêts à les vivre dans leur vie. Le message de la croix pourrait ainsi se répandre, et répandre avec lui la vie du Seigneur. Nous pourrions utiliser toutes les installations déjà disponibles, soit à la ferme de Bruno, soit ailleurs, avec très peu de moyens et d’investissements. Si le Seigneur nous le permettait, nous pourrions ainsi organiser plusieurs séminaires à des groupes restreints, afin de faciliter l’échange et le partage.

Bruno accepte l’idée tout de suite. Pour lui, il s’agit même d’un exaucement à ses prières personnelles. Je lui propose de revenir au Paraguay en janvier 2004, pour au moins deux mois. Il trouve que c’est trop loin, et voudrait nous voir revenir plus tôt ! Il nous faut prier et demander la direction du Seigneur. Mais nous ressentons tous les quatre, ma femme et moi, Bruno et son épouse, la paix dans notre cœur à ce sujet. Que le Seigneur dirige à présent ! Qu’un certain nombre de ceux qui lisent ce compte-rendu puissent être également touchés dans leur cœur pour prier pour ce projet, afin que nous restions dans la volonté du Seigneur !

Vers 15 heures, nous recevons la visite de Stéphane, le régisseur français de la ferme de M., le frère de Bruno. Ce dernier avait eu souvent l’occasion de parler du Seigneur à Stéphane, qui semblait intéressé à un moment, mais qui s’était distancé par la suite. Stéphane est marié à un Paraguayenne, et ils ont un petit garçon.

Stéphane s’était bien préparé, et venait avec toute une batterie de questions, souvent profondes, qui montraient que son cœur était travaillé. Nous nous isolons pour discuter calmement. Il se sent en confiance et s’ouvre réellement. Il me décrit sa vie, ses interrogations et ses problèmes, et je peux très librement répondre à ses questions, lui parler de l’amour du Seigneur, et lui exposer à nouveau le message de l’Evangile et le plan du salut. A la fin de notre entretien, plus de quatre heures plus tard, je lui propose de prier pour lui. Je lui dis : « Stéphane, pour ne pas te prendre par surprise, voici ce que je vais demander pour toi : que ton cœur soit touché par le Seigneur, et que tu acceptes tout ce que Jésus a fait pour toi, pour Le suivre et Le servir. Ecoute ma prière, et dis-moi simplement si tu es d’accord ou pas avec ce que je vais demander ». Après avoir attentivement écouté ma prière, il me dit simplement : « Je te remercie ». Je lui dis : « Tu es d’accord avec ce que j’ai demandé ? » – « Je ne t’aurais pas dit merci si je n’étais pas d’accord ! »

Je sais que Stéphane a encore beaucoup de chemin à faire. Mais je suis dans une joie profonde au terme de cet entretien. Pouvez-vous prier pour lui et pour sa famille, afin que le Seigneur fasse une œuvre complète dans leur vie ?

Le soir, je dois prêcher dans l’église de maison du Pasteur Miguel Angel, à son invitation. Cette fois, Mirta est restée à la maison avec les enfants, et c’est Bruno qui m’interprète. Savez-vous quel a été le thème de mon message ? Mais vous le savez déjà : la vie crucifiée et la marche par l’esprit !

Une douzaine de personnes sont présentes. Miguel Angel nous dit que ce sont tous des jeunes convertis. L’un des hommes présents manifeste un tel intérêt qu’il m’interrompt plusieurs fois pour poser des questions, ce que j’apprécie toujours. Il s’agit d’un avocat converti depuis six mois, grâce au témoignage de l’un de ses anciens camarades d’études, avec lequel il faisait autrefois la noce ! A la fin de la réunion, il me dit tout haut, d’une voix de stentor : « J’en ai plus appris ce soir qu’en six mois de discussions avec mon pasteur ! » Walter et son épouse étaient également présents, et sont aussi très touchés par le message.

L’avocat me prend à part, et me donne rapidement son témoignage. Comme il est Chrétien, son travail d’avocat devient très difficile, compte tenu de la corruption généralisée, qu’il ne veut plus pratiquer ! Au Paraguay, il semble que beaucoup de magistrats et d’avocats rendent et pratiquent une justice au bénéfice du plus offrant !

Voici les coordonnées téléphoniques de ce frère avocat, marié et père de six enfants :

Ricardo Ortiz : Tél : 061-503787. Portable : 0973-595-464

Jeudi 5 juin :

Bruno et Mirta décident de nous offrir une « journée détente », quoique nous ne soyons nullement stressés ! Ils nous proposent d’aller visiter les célèbres chutes d’Iguaçu, au Brésil. Elles sont sans doute parmi les plus belles du monde, sinon les plus belles.

Nous repassons le pont sur le Parana, et passons au Brésil. Le changement est complet. Le type racial des habitants est complètement différent, la ville de Foz de Iguaçu paraît plus riche, plus moderne et mieux achalandée.

Bruno et Mirta nous laissent devant l’entrée du chemin aménagé qui conduit aux chutes. Ils nous attendront avec leurs filles au centre commercial construit à la sortie du chemin, deux kilomètres plus loin.

Il y a très peu de touristes. Nous sommes en hiver. Compte tenu de la taille imposante des multiples installations construites pour accueillir les touristes, ceux-ci doivent être très nombreux en été ! Nous ne sommes pas bousculés, et nous pouvons effectuer notre promenade en toute tranquillité.

Nous n’avons pas de mots pour décrire cette merveille de la nature et de la création de notre Dieu. A cet endroit, le fleuve Iguaçu, qui sert de frontière entre le Paraguay et l’Argentine, atteint près d’un kilomètre et demi de large. Par plus de 250 chutes de toutes les tailles, il franchit un immense affaissement de terrain sur deux étages, dans un grondement profond, « le bruit des grandes eaux » qui caractérise la voix de Dieu dans la Bible !

Ce jour-là, le ciel était couvert et pluvieux. Mais, lorsque nous sommes arrivés devant les chutes, les nuages se sont dégagés, et un rayon de soleil est apparu, faisant resplendir plusieurs arcs-en-ciel dans la brume. Les Brésiliens ont construit dans le lit de la rivière une rampe pédestre qui s’avance jusqu’au cœur des chutes. Au bout de cette rampe, nous avons l’impression d’être submergés par ces déluges d’eau qui tombent de toutes parts autour de nous. Sur notre gauche, presque à portée de mains, un énorme mur d’eau bouillonnante jaillit d’une falaise se plusieurs dizaines de mètres de haut, et se jette à nos pieds dans un vacarme assourdissant. Nous ne pouvons que louer le Seigneur pour les merveilles de sa création !

Nous prenons quelques photos et rejoignons Bruno et sa famille. A Foz de Iguaçu, sur le parking du supermarché Big, filiale de Carrefour, nous restons dans la voiture, Bruno et moi, pendant que nos épouses font les courses, et nous reparlons de nos projets.

Le soir, nous tentons de reprendre notre étude, sans cesse interrompue, de l’Apocalypse. Mais, après quelques minutes, Mario, vaincu par la fatigue, s’endort sur le sofa. Ce sera encore pour une autre fois ! Il m’avait dit, un peu plus tôt : « Maintenant que j’ai compris la clef, tout ce que je lis dans les épîtres s’éclaire sous un jour nouveau ! Comme si je redécouvrais la Bible ! »

Vendredi 6 juin :

Germaine et son mari Pedro nous rendent visite chez Bruno, à 10 h du matin. Ils sont tous deux très ouverts. Germaine avait préparé des questions, et nous avons longuement parlé du péché, du salut par la foi, de la nouvelle naissance, et du baptême. Manifestement, leur cœur est grand ouvert, et ils veulent aller plus loin avec le Seigneur. Quelle joie de voir la Parole du Seigneur reçue sans résistance, et acceptée sans difficultés ! Combien ces brebis ont besoin de bons bergers pour les enseigner dans les voies du Seigneur !

Mais le Seigneur l’a promis : Il s’occupera Lui-même de Ses brebis, et les enseignera Lui-même par Son Esprit et Sa Parole (Ezéchiel 34) !

L’après-midi, je retourne avec Bruno à la ferme. Nous retrouvons notre frère Walter en plein travail dans l’atelier. Il nous parle de l’appel qu’ils ont reçu, sa femme et lui, pour s’occuper des couples en difficulté. Il nous dit avec fierté qu’ils ont réussi à réparer 35 couples brisés. Il est vrai qu’ils peuvent offrir le bon témoignage de leur propre couple !

Deux gauchos à cheval s’approchent. Ce sont deux des vachers de Bruno. Ils ont tout à fait l’allure de cow-boys, le grand lasso pendu à la selle. Ils viennent dire à Bruno que, la nuit dernière, deux brebis ont été volées dans l’enclos des moutons. Ils demandent ce qu’il faut faire. Leur pensée était de monter la garde pendant la nuit, l’escopete à la main. Ce sont deux vachers catholiques, mais qui s’intéressent à l’Evangile. Walter a commencé à faire des réunions avec le personnel, car il loge sur place pendant la semaine pour le moment, et rentre chez lui tous les week-ends.

Bruno explique à ses vachers que des Chrétiens ne peuvent pas employer la force de cette manière. S’il faut tenter de retrouver les coupables, c’est pour comprendre pourquoi ils ont agi ainsi. S’ils avaient faim, il leur donnera les brebis. Bruno explique aux vachers qu’il faut employer des moyens spirituels, et prier Dieu de leur donner Sa solution. Il leur donne ensuite une Bible à chacun, car le Pasteur Miguel Angel lui avait fourni un carton de Bibles. C’était touchant de voir ces deux grands gaillards à cheval, tenant respectueusement leur Bible à la main d’une manière un peu gauche, acquiesçant à tout ce que leur disait Bruno, et finissant par partir lentement sur leur monture, l’air pensif !

En rentrant chez Bruno, nous y retrouvons Mario en grande conversation avec Ismaël et une jeune Anglaise, Marion Boast, qui nous semble âgée de 35 ans environ. Elle pétille de la joie du Seigneur. Elle ne tarde pas à nous raconter son témoignage. Elle est venue par la foi au Paraguay, il y a sept ans. Elle évangélise en s’occupant de l’éducation des enfants en milieu rural. Elle visite les écoles pour y vendre ou y distribuer du matériel scolaire de base. Cela lui donne des portes d’entrée pour évangéliser, et elle nous affirme que les portes sont grandes ouvertes dans les écoles de l’Etat.

Il y a 16 mois, elle a eu un accident de santé. Brusquement, elle a senti quelque chose éclater dans son cerveau. Elle a su plus tard qu’il s’agissait de deux ruptures d’anévrisme, avec hémorragie cérébrale grave. La douleur était intense. Des amis l’ont conduite à l’hôpital. Mais les médecins, ayant diagnostiqué son état, l’ont déclarée perdue. Elle s’est sentie mourir et a perdu connaissance.

Elle s’est vue monter au ciel dans un tunnel de lumière, puis est arrivée devant une porte immense, splendide, très haute et très large. Elle est entrée, et s’est trouvée dans un « pays » d’une beauté indescriptible. Elle voyait des couleurs inconnues sur la terre, toutes sortes de fleurs et d’oiseaux magnifiques. Elle avait l’impression à la fois de se trouver dans un pays inconnu, extraordinaire, comme un splendide endroit de vacances, et aussi dans la maison de son Père, où tout lui appartenait, et tout était à découvrir. Elle a vu couler auprès d’elle un ruisseau à l’eau pure et claire comme du cristal. C’était un monde réel, tangible, en trois dimensions. Mais le plus merveilleux était de sentir partout la présence de Dieu. Elle a commencé à pleurer. Elle n’a pas vu le Seigneur, mais sentait partout Sa présence.

Après un moment, elle a entendu la voix de Dieu, qui lui laissait le choix, soit de rester dans le Ciel, soit de retourner sur la terre. Le Seigneur lui a dit : « Choisis ! Mais quelle décision, selon toi, Me glorifiera le plus ? » Elle répondit : « Seigneur, je préférerais rester avec Toi. Mais je sais que ce qui Te glorifieras le plus, c’est que je retourne sur la terre. Car il y a encore des membres de ma famille à sauver, des gens à qui je dois encore parler de Toi… Je choisis de revenir sur la terre… »

Puis elle se réveilla dans son lit. Son état était toujours aussi désespéré. Son côté gauche était paralysé. Ils l’ont tout de même conduite à la capitale, Asunción, pour tenter une opération de la dernière chance. Mais elle savait qu’elle devait vivre. Peu à peu, ses forces sont revenues, la paralysie a disparu, et elle a été surnaturellement et complètement guérie.

Il y trois mois, elle est retournée en Angleterre pour faire des examens de contrôle. Le médecin qui lui a fait des radios du cerveau, et qui les a comparées aux radios prises au Paraguay, n’en croyait pas ses yeux, et ne voulait pas accepter qu’il s’agissait de la même personne, tellement les dommages antérieurs étaient graves !

Marion ne pouvait s’empêcher de parler à tout le monde de son expérience, parfois jusqu’à 20 fois par jour, dans la rue, dans le bus, partout ! Elle me parla avec tristesse des faux réveils de Toronto et de Pensacola, et du manque de soif pour le Seigneur dans tous nos pays occidentaux. Elle me dit aussi que, hélas, beaucoup de gens la considéraient comme folle. A la suite de cette expérience, ses parents et l’un de ses frères se sont convertis, mais tous n’acceptent pas son témoignage.

Dans le courant de la soirée, nous recevons la visite de Ruben, ancien dans l’église de Martial, accompagné de son épouse et de leur fils adoptif d’environ sept ans. C’est un petit garçon des rues, qu’un jour son propre père a abandonné en plein centre ville, en lui disant de l’attendre là, et il n’est jamais revenu. Ruben et sa femme se sont pris d’affection pour ce petit, et l’ont adopté. Ils ont aussi un grand fils de 19 ans. Ruben est Argentin d’origine. Il a connu la délinquance, et la prison dans les quartiers de haute sécurité. Après sa conversion et son mariage avec son épouse paraguayenne, ils sont allés s’installer au Paraguay, où il travaille comme mécanicien.

Nous avons dîné ensemble, avec Marion, passant un merveilleux moment de communion fraternelle. En tant qu’Argentin, Ruben était d’accord pour dire que tous ces réveils sud-américains, dont on parle tant en Europe, ne sont pas de véritables réveils. Certes, beaucoup d’âmes sont très ouvertes à l’Evangile et se convertissent, mais ces âmes sont ensuite prises en charge par des pasteurs qui sont, pour la plupart, prisonniers des systèmes religieux et des organisations humaines.

Je suis persuadé que si toutes ces séductions et ces fausses doctrines et pratiques réussissent à se répandre dans l’Eglise, c’est parce que le message de la croix et de la marche par l’esprit n’est ni prêché ni vécu. Trop de Chrétiens se laissent impressionner et séduire par des manifestations et des expériences qui ne sont pas confirmées par la Parole de Dieu. Même si ces expériences sont puissantes et douces à vivre, n’en tenons aucun compte ! Tout est déjà dans la Bible et dans l’œuvre parfaite accomplie par Jésus ! Nous n’avons besoin de rien d’autre !

L’épouse de Ruben nous a avoué que, depuis plusieurs mois, elle était profondément découragée par la situation des églises. Elle restait chez elle, en proie à la dépression. Elle priait Dieu qu’il envoie quelqu’un qui puisse apporter un message qui la relève. Elle est retournée à l’église quand elle a su que Martial avait invité un prédicateur Français. Elle nous a dit que c’était le message de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit qui l’avait relevée et qui lui avait redonné la joie du Seigneur. Depuis lors, elle n’arrête plus de chanter et de louer le Seigneur ! Gloire à Dieu !

Samedi 7 juin :

En début de matinée, Bruno m’emmène en voiture faire un tour aux « halles » de Ciudad del Este, sous une pluie tropicale. C’est un grand quartier composé de boutiques et d’échoppes construites de bric et de broc, où l’on peut trouver de tout : toutes sortes de fruits et de légumes, et de la viande en abondance, qui pend aux étals en plein air. Certaines rues sont transformées en torrents de boue rouge, dans laquelle tout le monde patauge. C’est vraiment pittoresque.

C’est aussi le jour de l’anniversaire de Walter, 48 ans, ainsi que celui de l’un des frères de Mirta, Alberto. Walter nous a tous invités à la ferme pour une grillade. Avec les membres de la famille de Mirta et les amis de Walter, nous sommes bien une cinquantaine de personnes. Plusieurs se sont affairés depuis des heures à tout préparer. Quant à Walter, il a lui-même confectionné un énorme gâteau à la crème, « eine echte deutsche torte ! » (un vrai gâteau à la crème allemand !)

Nous faisons la connaissance du frère Crosta et de sa famille. Il est d’origine italienne. Il est horticulteur-paysagiste, ce qui lui donne beaucoup d’occasions pour témoigner. Il parcourt les campagnes, aidant les paysans à améliorer leurs techniques agricoles. Il a compris ce qu’est la véritable Eglise Corps de Christ, et travaille en dehors de toute dénomination. Nous travaillons dans le même esprit. C’est un frère qui donne une impression de puissance tranquille et de solidité à toute épreuve dans le Seigneur. Il est rempli de la Parole de Dieu qu’il cite à tout moment. Il promet, si nous revenons au Paraguay, de m’emmener « en tournée » ! Je bavarde un moment en anglais et en espagnol avec le fils aîné des Crosta, Hernando, qui a commencé des études supérieures en gestion.

Il y a là aussi notre ami l’avocat Ricardo, ainsi que le Pasteur Miguel Angel et sa famille. Ce dernier ne peut à nouveau s’empêcher de prendre en mains et de diriger les partages. Il faut vraiment qu’il apprenne à se débarrasser de l’idée que nous avons besoins de « leaders », et laisser l’Esprit conduire ! Mais il est bien disposé. Je crois qu’il saura apprendre du Seigneur la bonne leçon. C’est encore un aspect de la chair qui doit être apporté à la croix ! Nous passons toutefois un très agréable moment de communion fraternelle.

Quand nous rentrons chez Bruno, à 19 h, nous y retrouvons Marion Boast, ainsi qu’Ismaël, sa femme et leur fille. Marion nous parle de son ministère au Paraguay. Elle loue une petite chambre dans les bâtiments d’une église de Ciudad del Este. Le pasteur a mis également une salle à sa disposition, et elle y recueille les enfants du quartier. Depuis trois semaines qu’elle a commencé ce travail, les enfants affluent, sans qu’elle ait besoin de faire la moindre publicité. La première semaine, ils étaient 8, la deuxième semaine 24, et la troisième semaine 35 ! Elle doit limiter l’accueil à ce nombre pour le moment.

Quand elle est revenue d’Angleterre, elle s’est arrêtée en Espagne, où elle s’était convertie. Elle a pu donner son témoignage aux élèves d’un collège espagnol. Elle leur a dit aussi à quel point ils étaient privilégiés de recevoir une éducation de cette qualité, que bien peu pouvaient recevoir au Paraguay. Elle les a donc exhortés à manifester leur reconnaissance en travaillant le mieux possible. Ces élèves ont été tellement touchés par ce qu’elle leur a dit qu’ils ont fait toutes sortes de petits boulots, ont recueilli l’argent qu’ils avaient gagné, et lui ont envoyé 60 Euros au Paraguay. Cette somme fut suffisante pour qu’elle puisse entièrement équiper sa petite classe avec tout le matériel scolaire nécessaire : cahiers, crayons, gommes, etc… U n mois plus tard, elle reçut de ces enfants un nouveau mandat d’une cinquantaine d’euros. Avec cette somme, nous dit-elle, elle allait pouvoir acheter 35 uniformes pour ses élèves. Car, au Paraguay, tous les élèves des établissements d’enseignement ont des uniformes.

Marion leur donne un petit enseignement général, ainsi qu’un enseignement biblique. Elle les nourrit à midi. Elle a commencé à prendre des contacts avec des supermarchés locaux pour qu’ils lui passent des produits invendus et encore en bon état. C’est aussi pour elle l’occasion d’entrer en contact avec les familles. Elle ne savait pas que Bruno a créé un refuge pour enfants, et désire de le visiter. Certainement, son apport sera précieux dans ce domaine aussi ! Voyez-vous de quelle manière le Seigneur met Ses enfants en relation ?

Si vous désirez l’aider, ne lui envoyez pas de colis. Il n’y a aucun service de distribution postale au Paraguay. Les colis n’arrivent pas très vite, et risquent de ne pas correspondre à ses besoins. En revanche, en prenant contact par e-mail avec elle et lui envoyant un mandat, elle peut acheter sur place tout ce dont elle a besoin pour les enfants.

Avant de passer à table, Ismaël me demande à nouveau de donner un message sur la croix et la marche par l’esprit ! Il est insatiable ! Pour que tout le monde comprenne, je prêche en anglais, moi le Français, et Marion, l’Anglaise, me traduit en espagnol ! Dans la famille de Dieu, il n’y a plus de barrières de langues, ni de barrières quelconques ! Je vois que Marion est elle-même très touchée par le message. Elle a l’humilité de nous dire : « Ne croyez pas que, parce que je suis montée au Ciel, je sois meilleure que vous ! Moi aussi, j’ai besoin d’apprendre ! »

Je demande à Marion de m’envoyer le récit de son expérience par courrier électronique, car je désire le publier sur notre site Parole de Vie. Elle vient de nous envoyer un court message, ainsi rédigé : « Je crois que vous êtes bien rentrés en France et que tout va bien pour vous. Juste ce petit mot pour vous dire que j’ai été vraiment bénie et encouragée de vous rencontrer, toi et ton épouse, au cours de votre voyage au Paraguay. Le message de la puissance et de la réalité de l’œuvre de la croix m’a profondément touchée. J’ai reçu aujourd’hui une lettre de nouvelles du ministère de David Wilkerson. Dans cette lettre, il disait notamment que nous sommes assis avec Christ dans les lieux célestes. C’est là notre position. Quand Jésus a dit que tout était accompli, cela signifie que tout est bien accompli ! Combien cela est vrai ! Je vous enverrai bientôt mon témoignage concernant ma visite au Ciel. Je veux juste le remettre un peu en forme. Que Dieu Lui-même continue à vous conduire dans tout ce qu’Il tient en réserve pour vous, dans tous les domaines ! C’est vraiment une vie aventureuse que d’être conduit par l’Esprit ! Bien affectueusement, Marion ».

Dimanche 8 juin :

Jour de notre retour ! Comme ces deux semaines ont vite passé ! Et, pourtant, il s’est passé tant de choses !

A 9 h, nous recevons une ultime visite du Pasteur Rolando. Il est venu à pied pour me voir encore une fois avant de partir. Nous passons encore une heure ensemble. Il a tellement de choses à partager ! Il me demande de prier pour lui, et je lui demande de prier pour moi. Il a l’enthousiasme d’un enfant. Il me dit qu’il a compris l’importance du message de la croix, et qu’il a même commencé à le prêcher, avec des résultats ! Je lui fais bien comprendre qu’il ne s’agit pas simplement d’une doctrine, mais d’une vie nouvelle, de la vie de résurrection de Christ, qui ne peut se manifester qu’au travers de la mort de notre chair. Rolando me dit que quand nous reviendrons, il m’emmènera partout, au Brésil, en Argentine, où il va souvent prêcher, à Buenos Aires. Je suis obligé de le calmer ! Bruno veut le ramener en voiture juste avant notre départ, mais il refuse et repart à pied.

Bruno et toute sa famille au grand complet nous accompagnent à l’aéroport de Foz de Iguaçu. Nous embrassons les membres de la famille de Mirta qui restent. Samedi matin, nous avions embrassé la petite bonne Graziella, qui aurait bien voulu nous faire rencontrer son mari et nous inviter à son baptême. Mais nous sentons que ce n’est qu’un au revoir. Si Dieu le veut, en janvier prochain, nous reviendrons pour de nouvelles aventures dans l’Esprit, à moins que le Seigneur revienne avant, ce qui serait de loin de meilleur ! Nous Lui rendons grâces de nous avoir fait vivre ces précieux instants de communion fraternelle dans Son amour !

Arrivés à Roissy, après 20 heures de voyage, escales comprises, nous retrouvons l’atmosphère matérialiste et contestataire de notre France, qui nous semble bien loin du Seigneur. Nous sommes partis au milieu des grèves, nous rentrons au milieu des grèves ! Au Paraguay, 10 familles pourraient vivre à l’aise avec notre SMIC !

Après une heure et demie de retard de notre TGV, nous nous entassons dans les wagons surchargés. Une famille occupait les sièges que nous avions réservés. Tout le monde se serre pour partager les places disponibles. La famille en question avait adopté deux jolies petites chinoises, ce qui nous permet d’entamer une conversation qui finira par… la prédication de la croix ! La maman est très intéressée par notre témoignage. Que le Seigneur conduise cette famille au grand cœur à Son merveilleux Royaume !

Avant la fin de l’année, nous devrions retourner en Guyane, pour un séminaire sur la famille. Quelle occasion splendide de parler de la croix et de la marche par l’esprit !

D’ici là, pendant toute la période de l’été, nous recevrons de nombreux frères et sœurs dans notre refuge de la Lozère. Merci de prier pour nous. Trois jours après notre arrivée, nous recevions déjà, pour le week-end, un couple d’Anglais établis près de Poitiers, que nous avions déjà visités l’an dernier. Ils font partie de ces Chrétiens fidèles qui vivent isolés, parce qu’ils ne peuvent plus accepter le carcan des systèmes religieux et humains. Ils manquent de communion fraternelle. Lui est ingénieur en mécanique, elle est médecin, et travaille à 60 % de son temps dans la médecine préventive à l’Université de Poitiers. Ils sont à présent éleveurs de moutons !

Si vous faites partie de ces Chrétiens isolés de plus en plus nombreux, ne vous découragez pas ! Le Seigneur a promis de pourvoir Lui-même à tous vos besoins. Nous vivons dans une époque qui ressemble à celle de Noé ou à celle de Lot. C’étaient, eux aussi, des isolés, mais le Seigneur avait l’œil sur eux, et les a arrachés au jugement. Il fera de même pour tous Ses enfants qui veulent Lui rester fidèles, et qui s’attachent avant tout à garder Sa Parole !

Chers amis, que le Seigneur vous accorde aussi Sa grâce ! Son retour est réellement proche ! Il pourrait être imminent. En tout cas, quelle que soit l’heure de Sa venue, soyons prêts ! Sachons que le Ciel qui nous attend dépasse en splendeur tout ce que nous pouvons imaginer, car il est rempli de la présence manifestée de Dieu. N’oublions jamais non plus que l’Enfer est tout aussi réel, et que Dieu a déjà tout fait pour éviter à tous les hommes de s’y précipiter, grâce au sacrifice de Son Fils Jésus-Christ à la croix ! Prions pour que les yeux des aveugles s’ouvrent, et que les oreilles des sourds entendent !

Que le Seigneur vous garde tous dans l’amour de la vérité, et qu’Il nous apprenne tous à marcher par l’esprit nouveau qu’Il nous a donné en Jésus-Christ !

Henri et Elke Viaud-Murat

Compte-rendu de notre second voyage au Paraguay.

Dimanche 11 janvier 2004

Arrivée à 14h30 à l’aéroport de Foz de Iguaçu au Brésil, après un voyage de près de 34 heures. Nous voyageons avec Jeanne, apparentée à Bruno. Bruno et sa famille nous accueillent avec une allégresse que nous partageons. Nous allons directement chez eux, au Parana Country Club. Nous sommes curieux de voir ce que le Seigneur nous a préparé, car nous Lui avons tout remis. Mon désir est de rencontrer des pasteurs et responsables d’églises, pour partager avec eux sur les thèmes de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit.

En fin d’après-midi, nous allons dans l’une des églises évangéliques d’Hernandarias, celle d’Ismaël, le Directeur du Collège chrétien Emmanuel, dont la fille a épousé le neveu de Bruno.

A notre arrivée, la réunion est déjà commencée. C’est une femme qui dirige. Nous arrivons au moment où un groupe de jeunes présente une chorégraphie. Cinq garçons et trois filles en robes longues et blouses vaporeuses. Puis une jeune fille brésilienne, qui nous explique qu’elle a un ministère dans la danse, présente seule une chorégraphie. Très gracieuse. Mais je ne sens pas l’Esprit dans tout cela. Je ne veux pas juger selon l’apparence, mais cela ne satisfait pas mon esprit.

Puis la femme qui dirige se lance dans une prédication assez longue. Son thème central est que nous devons être des « conquistadors ». Elle développe longuement ce que doit être le caractère d’un conquistador, pour gagner des âmes, des villes et le pays tout entier au Seigneur.

A la fin, elle fait un appel très sentimental. Presque toute l’église se lève et s’approche. La voix de la prédicatrice se fait très aiguë et lancinante. Jeanne ne peut plus le supporter et se lève pour nous attendre au-dehors.

A la fin de la réunion, au moment de sortir, Bruno me présente le pasteur, qui me demande si j’ai été « béni ». Je préfère ne pas lui répondre publiquement.

Lili, la sœur de Mirta, la femme de Bruno, est touchée par une remarque d’une sœur qui lui demande des nouvelles de son bébé, qu’elle vient de perdre à la suite d’une naissance prématurée. Elle se met à pleurer, mais son jeune mari, Alcide, la console très affectueusement. Lui-même a été déstabilisé et culpabilisé par le message, au point qu’il avoue à Bruno par la suite qu’il ne veut pas se joindre à une église pour le moment. Il a trois mois de conversion !

Il est vrai que, dans l’ensemble, nous avons été assez attristés par cette réunion. Est-ce avec cela que l’on peut nourrir le peuple du Seigneur ? Nous voyons trop de signes évidents d’une apostasie subtile. Le plus triste, c’est que la plupart des Chrétiens présents avaient l’air de trouver tout cela très bien.

Lundi 12 janvier

Juste après le petit-déjeuner, visite impromptue d’Oscar, l’ancien militaire poète, accompagné d’un pasteur brésilien, le Pasteur Francisco, actuellement en charge d’une église d’Hernandarias. Nous parlons de la marche par l’esprit, et le pasteur m’invite à parler dans son église jeudi prochain à 19h30. Oscar est très sincère, mais encore bien désireux de paraître. Le pasteur Francisco, en revanche, nous semble très ouvert aux choses de l’Esprit. C’est un homme calme et discret.

L’après-midi, visite du pasteur Rolando, que nous revoyons avec plaisir. Il a réellement soif du Seigneur, mais semble encore pris dans les filets d’un système religieux dont il a du mal à se dégager. Il nous fait un beau récital de cantiques en s’accompagnant à la guitare. Il a une très belle voix et joue très bien. Marcel, un français voisin de Bruno, est présent avec sa femme Michèle. Le soir, après le dîner, nous raccompagnons Rolando chez lui. Il nous présente son épouse et ses cinq enfants, de douze à trois ou quatre ans. Nous ne restons pas longtemps, il est déjà tard. Je me demande comment peuvent vivre ces familles souvent si démunies, sans voiture, dans une ville où les distances sont immenses, même si les transports collectifs sont assez bien organisés. Rolando marche beaucoup ! Bruno lui propose de donner quelques cours de guitare à Alcide. Cela lui permettra de recevoir quelques fonds, et, surtout, de venir chez Bruno au moins trois fois par semaine. Il est très désireux de rester en contact avec nous.

Mardi 13 janvier

Nous déjeunons avec toute la famille, ainsi que Lili et son mari Alcide. Lili semble assez soucieuse et fermée.

L’après-midi, nous partons tous visiter la grande estancia de Bruno. Les juments viennent de mettre bas, et nous admirons une demi-douzaine de petits poulains, dont certains ont à peine quelques jours. Bruno a fait de cette estancia, au fil des années, un endroit vraiment magnifique. Il lance l’idée d’organiser dans cette ferme des rencontres avec un petit groupe de pasteurs et leurs familles, pour passer quelques jours dans la communion fraternelle, autour de la Parole. Nous remettons cette idée au Seigneur.

Nous décidons aussi avec Bruno de nous retrouver tous les matins, pour commencer la journée par un moment de partage et de prière. Nous nous couchons assez tard.

Vers deux heures du matin, Bruno vient frapper à la porte de notre chambre. Alcide vient de téléphoner : sa femme, Lili, vient d’être saisie d’une sorte de crise démoniaque. Elle pleure et rit d’une manière incontrôlable, et semble ne plus être consciente de son entourage. La mère et les frères et sœur de Lili l’ont transportée au refuge pour enfants dont s’occupe Bruno, et ils ont appelé à l’aide. Nous décidons d’y aller d’urgence.

En arrivant au refuge, nous trouvons Lili allongée, et en prise à des crises alternées de rires et de larmes. Elle ne nous reconnaît pas. Il est évident qu’elle est sous une emprise démoniaque. Nous commençons à prier. Je m’assois sur le bord du lit, et je lui prends la main. Je demande de l’huile, et je lui fais une onction au nom du Seigneur. A voix basse, j’ordonne à cet esprit de la laisser tranquille et de partir. Nous continuons à prier tranquillement. Quelques minutes plus tard, elle se calme, ouvre les yeux et nous reconnaît. Je lui dis : « Lili, ne t’inquiète pas ! Jésus est là, Il t’aime et Il veut te faire du bien. As-tu quelque chose à Lui dire ? » Elle me répond dans un souffle : « Oui, que je L’aime ! » Nous lui donnons à boire. J’en profite pour partager brièvement la Parole avec toute la famille assemblée, et nous passons ce court moment dans la présence du Seigneur.

Bruno est très interpellé et encouragé par cette expérience, qui fait sauter en lui un certain nombre de craintes et de blocages.

Lili et Alcide venaient de perdre leur enfant, un fils né prématurément et mort trois jours après la naissance. Ils avaient été très affectés par ce drame, mais le Seigneur était glorieusement intervenu pour leur apporter Sa consolation et Son soutien. Le soir même de la mort de son fils, Alcide chantait des cantiques de louange au Seigneur. Dans les larmes, mais dans la paix de l’Esprit. Notre Dieu est puissant !

Mercredi 14 janvier

Nous passons une heure à partager et à prier avec Bruno, pour présenter la journée au Seigneur. Pendant le déjeuner, Bruno parle à son voisin Marcel et à sa femme Michèle, qui viennent tous les matins en visite, de ce qui s’était passé pendant la nuit. En plein milieu du petit-déjeuner, Rolando arrive avec un pasteur chilien, qui travaille au Paraguay depuis 18 ans, le Pasteur Pedro. Je suis étonné par la mine sombre et sévère de ce pasteur, qui me semble avoir une expression très dure, avec des yeux noirs perçants comme des couteaux. Je suis un peu sur mes gardes.

Nous nous mettons à part avec Bruno, Rolando et Pedro. Bruno demande au pasteur chilien ce qu’il veut. La réponse m’étonne : « Parler affaires. Mais si tu veux parler de choses spirituelles, pas de problèmes non plus, au contraire ! »

Il présente à Bruno un projet, qu’il affirme venir du Seigneur : un négoce de pierres semi-précieuses qui, broyées, donnent un produit apprécié dans l’industrie des cosmétiques et du « maquillage ». Bruno l’écarte assez rapidement, et la conversation s’engage sur des sujets spirituels. Pedro s’enflamme très vite. Il parle tellement fort que, de loin, on a l’impression d’une altercation. Bruno ne lui mâche pas ses mots, et dénonce les méfaits du « système religieux », avant de me présenter comme celui qui est venu apporter un message libérateur, le message de la croix. Je n’aime pas trop la tournure de cette conversation. Pedro tente manifestement de se justifier et de justifier son ministère, en décrivant certains des exploits qu’il a accomplis au service du Seigneur, dont une résurrection d’entre les morts. Il a aussi gagné près de « cent prostituées par an pour le Seigneur »… Il m’écoute à peine quand je prends la parole pour commencer à lui exposer ce que je suis venu faire. J’attends que tout se calme.

Finalement, l’atmosphère se détend, Bruno sait trouver les mots pour calmer son interlocuteur. Je peux dire quelques mots. Du coup, Pedro s’enflamme, mais de manière positive. Il m’invite à prêcher dans son église le dimanche suivant, et me dit qu’il va réunir ses « leaders » pour une réunion spéciale de partage sur ce que Dieu m’a mis sur le cœur. Il me dit même en partant qu’il pense que cela annonce peut-être le « grand réveil » annoncé pour le Paraguay par certains prophètes ! Je sens que cela ne va pas être facile de travailler ici dans ces conditions ! Ce qui m’importe, c’est de faire ce que le Seigneur nous a envoyé faire, même si ce n’est que transmettre le message de la croix à quelques hommes fidèles, qui pourront le transmettre à d’autres à leur tour !

Rolando m’invite aussi à prêcher dans son église, samedi et dimanche en quinze. Nous prenons également rendez-vous avec lui pour le lundi 19, pour aller rencontrer un autre pasteur. Pedro repart, et Rolando reste déjeuner avec nous.

Après déjeuner, nous continuons à converser avec Rolando et Alcide, et j’ai l’occasion d’approfondir avec eux le message de la marche par l’esprit. Puis Rolando repart avec Alcide, et nous allons avec Jeanne au refuge pour enfants dont s’occupe Bruno, à Hernandarias. Mon épouse Elke reste se reposer.

Nous passons un long moment au refuge. Ces petits enfants sont merveilleux. Il y en a une trentaine. Ils sont curieux et intimidés par tous ces étrangers. Jeanne prend des photos, et tous les enfants se mettent à chanter quelques cantiques à tue-tête. Nous décidons de revenir le lendemain, en leur apportant quelques friandises. Suni, la grande sœur de Mirta, s’occupe de ce refuge avec l’aide de Jorge, son jeune frère, et de Lili. Ils apportent aux enfants des rudiments d’enseignement biblique, des compléments alimentaires, et, surtout, l’amour dont beaucoup semblent manquer. Mirta nous explique qu’il y a dans beaucoup de ces familles de la violence et toutes sortes de problèmes.

Nous visitons ensuite la maman de Mirta, Ruffina, qui habite tout près, et nous improvisons une petite réunion avec ceux qui sont présents. Il y a là les jeunes frères et sœurs de Mirta. Tous sont assez intimidés. Nous leur posons quelques questions, mais les réponses ne fusent pas ! Bruno se demande si c’est de la timidité, de la passivité, ou un manque de soif pour les choses du Seigneur. Peut-être tout cela à la fois. La maman de Mirta est une femme bien accrochée au Seigneur, qui prie fidèlement pour toute la famille. Elle s’attend à ce que toute sa famille vienne au Seigneur.

Son mari avait été poignardé et assassiné quelques mois auparavant, juste après notre première visite au Paraguay. Il avait quitté la famille pour mener une vie de débauche dans des quartiers mal famés de Ciudad del Este. Pris dans une rixe, il avait été poignardé, au moment même où sa famille priait pour lui dans la maison de Ruffina, avec Bruno et Mirta. Bruno lui avait dit peu avant : « Souviens-toi de Jésus, Arnolfo ! Même sur ton lit de mort, tu peux crier à Lui ! » Quand Jorge était venu reconnaître le corps de son père, il avait vu qu’il avait le visage baigné de larmes. Les témoins lui avaient dit que son père avait levé les bras au ciel avant de mourir, et s’était mis à pleurer. Tous étaient convaincus qu’il était parti avec le Seigneur.

Nous décidons de faire une petite réunion avec les jeunes le lendemain à 16 heures. Je prends un moment Lili à part. Elle me dit qu’elle sait qu’elle a été libérée. Je l’encourage à ne pas se laisser impressionner par les manœuvres d’intimidation et les mensonges de Satan, et de rester attachée à la vérité de la Parole.

En fin d’après-midi, au moment où Bruno, sa famille, Jeanne et Elke partaient pour faire les commissions au « Big » (le « Carrefour » local), l’allemand Walter et sa famille débarquent ! (voir la lettre 21). Comme je devais rester à la maison, nous passons une heure et demie à discuter et à parler des choses de Dieu. Walter avait quitté son emploi de mécanicien dans la ferme de Bruno, et se trouvait actuellement sans travail. Selon lui, il ne pouvait plus supporter la manière de travailler des ouvriers paraguayens. Selon Bruno, Walter n’avait pas pu adopter la souplesse nécessaire pour faire passer en douceur les réformes, et manquait de certaines compétences. Mais nous passons un bon moment à échanger et à parler de la croix et de la marche par l’esprit !

Je suis émerveillé de voir comment le Seigneur a conduit ces premiers jours ! Nous Lui avons remis entièrement ce séjour. Nous Le laissons conduire. Nos plans sont constamment bouleversés et modifiés par divers « imprévus », dans lesquels nous voyons la main du Seigneur !

Jeudi 15 janvier

Après notre moment de prière, Bruno et moi, nous montons déjeuner avec toute la famille et les plus proches voisins. Ces moments sont très agréables. La communion fraternelle est réellement un don précieux ! Je crois vraiment qu’elle est l’aboutissement parfait de l’amour fraternel !

Je passe une bonne partie de la matinée à répondre à des courriers électroniques et à mettre en ordre mes notes, ainsi que le compte-rendu journalier de notre voyage.

L’après-midi, à 16 heures, réunion des jeunes chez Ruffina, la maman de Mirta. En passant, Alcide rencontre un jeune voisin de 21 ans et l’invite à venir. Il hésite un moment, et promet de venir, ce qu’il fait effectivement. Nous nous retrouvons à une douzaine. Je n’ai aucun traducteur, mais le Seigneur m’aide à prêcher en espagnol. Carolina, l’aînée de Bruno et de Mirta, qui a une dizaine d’années, m’aide à un moment où je cale. Elle continue à me traduire très bien, puisque je m’efforce d’employer des mots très simples. Le message lui aussi est simple. Je parle de l’amour merveilleux de Jésus, et du désir du Seigneur de nous remplir de cet amour, dont le monde et l’Eglise ont tellement besoin. Puis je propose à Alcide de prendre la relève, et il fait sa première prédication. Il est rempli du Saint-Esprit, et s’en tire très bien. Après quelques échanges sur des questions diverses, nous fêtons l’anniversaire de Gladys, le petite belle-sœur de Mirta. Ruffina est aux anges, et nous avoue que c’est le plus bel anniversaire qu’elle a jamais vécu !

Nous avons le temps de rentrer nous changer pour aller à l’église de Francisco, qui nous accueille sur le seuil. C’est une belle petite assemblée. La salle ne tarde pas à se remplir. Après quelques cantiques, j’ai l’occasion de partager le message de la croix, et de la nécessité de marcher par l’esprit, c’est-à-dire dans l’amour pur de Jésus et dans le fruit de l’esprit. Le message passe très bien. Oscar nous dit qu’il a réuni une petite équipe de pasteurs, qui viendront lundi chez Bruno pour partager la Parole avec nous.

Vendredi 16 janvier

Vers 10 heures, nous partons, Bruno et moi, pour l’estancia. Il doit vendre une quinzaine de vachettes à un boucher. En arrivant, nous trouvons le boucher, le chauffeur du camion et un employé en train de nous attendre. Bruno va s’occuper d’une livraison de gas-oil, et je reste avec les trois hommes. Je leur parle directement du Seigneur. Ils acceptent aussitôt la conversation, et le Seigneur me donne tous les mots nécessaires pour faire passer le message de l’Evangile !

Une fois les vachettes vendues, Bruno a l’occasion de témoigner à un jeune adolescent qui était venu aider pour l’opération. De mon côté, je peux témoigner à un vacher, très intéressé par l’Evangile. Nous décidons avec Bruno d’organiser une réunion de tout le personnel de l’estancia intéressé, dès le lendemain. Nous prévenons plusieurs membres du personnel. Nous partons ensuite en voiture dans les champs, et nous rencontrons trois ouvriers saisonniers assis à l’ombre, en train de siroter leur téréré (sorte de thé glacé à base de plantes locales). C’est l’heure de la pause. Bruno donne quelques consignes, puis leur demande s’ils sont Chrétiens. Tous les trois acquiescent. Ils appartiennent à une Assemblée de Dieu. Ils sont ravis de participer à la réunion du lendemain. Il faut venir en plein cœur du Paraguay profond pour trouver trois Chrétiens sous un eucalyptus, en pleine campagne !

De retour à Hernandarias, nous allons ensuite faire quelques formalités avec Bruno. Nous avons à cœur d’aller visiter Jean, cet ancien homme d’affaires français de 88 ans qui s’était converti à notre dernière visite (voir la lettre de nouvelles 21). Il nous reçoit très gentiment. Il nous confesse qu’il a été guéri après notre dernière visite, et qu’il a à présent la paix dans le cœur. « Je sais que je suis près de l’éternité ! » Nous l’exhortons dans le Seigneur. Voyant sa piscine, je lui parle du baptême. Dès que j’ai fini, il nous dit : « Alors, quand puis-je être baptisé ? » Il nous repose la même question avant notre départ. Je lui parle aussi du baptême de l’Esprit, et nous décidons de nous revoir dans les jours qui suivent. Il nous dit : « Je vais préparer une bouteille de champagne ! » Je suis réjoui dans mon cœur de voir l’action du Seigneur !

Samedi 17 janvier

Vers 10 heures, nous partons tous en famille pour l’estancia. Nous devons rencontrer tout le personnel intéressé et passer la journée à témoigner du Seigneur.

Dès notre arrivée, nous avons l’occasion de témoigner à un nouveau boucher qui vient acheter quatre vachettes. Avec humour, Bruno me présente comme un spécialiste de la « carne » (viande » en espagnol, et aussi « chair »). J’ajoute qu’il s’agit de la « carne humana ». A la fin de la pesée et du chargement des vachettes sur le camion, nous avons le temps de parler du Seigneur aux personnes présentes, et Bruno en profite pour rappeler ses objectifs spirituels aux membres de son personnel présents. Je suis toujours étonné de la facilité avec laquelle les gens acceptent ici de parler du Seigneur. Quelle différence avec la France !

Nous allons ensuite avec Valdo, le contremaître brésilien de Bruno, rencontrer un groupe d’ouvriers agricoles qui sarclaient les champs de maïs. Ils sont six, dont cinq déjà Chrétiens. Avec le maçon de Bruno et son fils étudiant, Valdo et quelques autres, nous nous retrouvons avec Bruno à l’ombre des mandariniers, et nous nous asseyons en rond sur des planches ou à même le sol. Nous sommes dans un endroit dominant le lac, et la vue est magnifique.

Nous passons un merveilleux moment dans la présence sensible du Seigneur. Bruno explique à tout son personnel quel est son désir : offrir à tous la possibilité de connaître le Seigneur, en toute liberté, et pouvoir aussi offrir au monde qui nous entoure un vrai témoignage chrétien, pour que tous puissent voir ce que peut faire le Seigneur dans un endroit où Il est connu et respecté.

Il me laisse la parole. Je me contente de donner mon témoignage, et de parler de ce qui nous attend au Ciel. Je leur propose de nous retrouver chaque samedi matin au cours des deux mois suivants, pendant une heure ou deux, pour parler du Seigneur à tous ceux qui le désirent. Tous sont immédiatement d’accord, et je sens que ce n’est pas pour faire plaisir au patron. Le Seigneur travaille manifestement dans les cœurs, et je ressens Sa présence solennelle. Je suis ému de voir ces hommes si pauvres et si démunis, qui triment sous le soleil pour un salaire qui n’a rien à voir avec notre SMIC, désirer parler des choses du Seigneur en toute simplicité.

A la fin de notre rencontre, je peux parler en privé à quelques-uns. Je suis étonné de ma facilité à m’exprimer en espagnol. Les mots viennent tout naturellement, et je sais que cela vient du Seigneur. Je parle avec Santiago, l’un des ouvriers, qui n’est pas converti. Il est marié, avec cinq petits enfants, et habite Hernandarias. Il est désireux de connaître le Seigneur. José, converti depuis cinq ans, me parle de son désir de marcher dans la sanctification, et m’invite à parler dans son église. Nous prenons rendez-vous pour le samedi suivant.

A 12h30 nous allons déjeuner dans la maison de Bruno, près du lac de l’estancia. Le fils de la sœur aînée de Mirta, Emilio, est présent. C’est un jeune de 15 ans, apprenti à l’estancia, le visage ouvert et souriant. Il a déjà déjeuné et attend sagement que nous ayons fini. Au dessert, nous pouvons commencer à parler avec lui de ce qui l’intéresse : connaître le Seigneur.

Il n’a jamais connu son père, qui l’a abandonné. Je lui demande ce qu’il sait de Jésus. Il me répond : « Pratiquement rien ! » Nous lui expliquons en détail le plan du salut. Il écoute attentivement, reçoit la Parole sans aucune résistance. Nous lui parlons du baptême. Il comprend et manifeste son désir d’obéir au Seigneur et d’en témoigner par le baptême. Nous décidons de le baptiser cet après-midi même, en invitant tout le personnel de l’estancia, hommes, femmes et enfants.

Quelle joie de voir un cœur de 15 ans aussi ouvert ! Emilio me dit en me fixant de ses yeux noirs : « Le plus important, c’est de marcher avec le Seigneur ! »

A peine avons-nous terminé avec Emilio que se présente Ronaldo, un Brésilien employé dans une coopérative qui fournit Bruno, et qui avait manifesté le désir de nous rencontrer. Il avait téléphoné pendant la semaine à Bruno pour prendre rendez-vous avec nous, pour parler du Seigneur. Nous passons plus d’une heure et demie à lui expliquant le plan du salut et à répondre à toutes ses questions. Il nous dit à la fin : « Je suis convaincu que c’est le chemin de Dieu, le chemin de la vérité. Je vais réfléchir à tout cela. Je sais ce qu’il faut faire. Je reprendrai contact avec vous ! »

Nous nous dirigeons ensuite vers le petit lac aménagé par Bruno, à l’ombre d’une longue pergola couverte de chaume. Les petits enfants du personnel viennent les premiers. Il y a là Estella, Marilena, Freddy, Cristiano et d’autres dont j’ai oublié les noms. En attendant les adultes, nous parlons de Jésus à ces petits. Je leur demande de me dire ce qu’ils demanderaient à Jésus, si le Seigneur leur disait qu’Il voulait leur faire un cadeau. Estella répond aussitôt : « Una bicicleta ! » Freddy répond de même. Cristiano et Marilena voudraient un « camion » ! Que ces petits sont naturels malgré leur timidité, et qu’ils sont beaux ! Bruno me dit : « Je sens qu’il va falloir acheter une cargaison de « bicicletas ! »

Les parents et les grands enfants arrivent, très intimidés. Ils finissent par s’approcher. Je leur annonce l’Evangile, et leur explique la signification du baptême auquel ils vont assister. Nous nous dirigeons avec Emilio vers le petit embarcadère, et je plonge Emilio tout ému dans l’eau rougeâtre de l’étang. En sortant, Gladys, sa tante, vient en pleurant l’embrasser et le féliciter.

Bruno parle ensuite à tout son personnel, et sait trouver les mots justes pour toucher les cœurs, et leur expliquer ce qu’il ressent dans son propre cœur. Tous sont très touchés. Deux des femmes présentes disent publiquement qu’elles trouvent « très bien » ce qui est en train de se passer.

Je leur commente quelques versets de la fin des Evangiles de Matthieu et de Marc. A nouveau, nous ressentons la solennelle présence de Dieu et nous constatons le travail du Saint-Esprit dans les cœurs. Je sens que tout le personnel apprécie la simplicité de ces moments, que je n’oublierai jamais. Je crois que nous aurons de bonnes réunions au cours des samedis suivants !

L’un des vachers, Sebastiano, qui n’avait pas pu assister au début de la réunion, manifeste son intérêt. Il a déjà accepté le Seigneur récemment, mais veut parler du baptême avec moi. Je peux parler une bonne demi-heure avec lui, lire les passages de la Bible qui parlent du baptême, et lui montrer ce qui se passait dans l’Eglise primitive. Il est convaincu, mais veut encore réfléchir et parler avec un pasteur paraguayen en guarani, la langue locale, parce qu’il ne parle pas très bien l’espagnol. Je suis tellement heureux de voir son cœur grand ouvert et son désir ardent de suivre le Seigneur !

Je peux dire que c’est la première fois que je rencontre en une seule journée autant de personnes désireuses d’entendre parler du Seigneur !

A la fin de cette journée mémorable, je peux dire que je m’attends à de grandes choses de la part du Seigneur. A Lui soit toute la gloire !

Dimanche 18 janvier

La matinée se passe tranquillement. Nous restons chez Bruno. C’est le jour où arrivent de France les enfants de Marcel et de Michèle, pour quelques semaines de vacances. Bruno et sa famille vont vers 11h30 à l’aéroport de Fos de Iguaçu pour les accueillir. Elke et moi nous restons à la maison avec Jeanne.

Nous sommes invités dans l’église du pasteur Pedro à 17 heures. C’est celui qui était venu visiter Bruno mercredi dernier et qui avait eu avec lui un échange assez vif. En passant, nous prenons Rolando, sa femme Maria, et leur petit dernier Elias. Nous sommes entassés à douze dans le 4×4 de Bruno !

Arrivés à l’église à l’heure, il n’y a que deux ou trois personnes. Un ancien nous dit que le pasteur est chez lui, malade. Nous partons, Bruno, Rolando et moi, pour aller prier pour lui. Il nous reçoit en assez bonne forme. Il nous explique qu’il était malade depuis au moins quinze jours, mais que toutes ses douleurs avaient disparu mercredi dernier, au moment où il est entré dans la maison de Bruno. Depuis, il allait beaucoup mieux. Il nous dit qu’il ira à la réunion, et nous prions pour lui. Rolando, en bon pentecôtiste, fait une prière tonitruante, alors que nous ne sommes que quatre dans le petit salon.

La réunion à l’église dure en tout près de trois heures ! L’atmosphère est très légaliste, hommes à gauche et femmes à droite. L’ancien qui dirige n’arrête pas de hurler des exhortations, des louanges et des prières. Ce bruit me dérange, et je reste tranquille. Je ne participe pas à toute cette agitation.

Une heure après le début de la réunion, nous voyons arriver le pasteur Pedro, très théâtral. Il s’agenouille devant l’estrade et reste prosterné un moment, comme s’il entrait dans le « lieu Très-Saint ». Je ne veux pas juger, mais je sens que tout cela n’est pas fait dans l’esprit. Il monte lentement sur l’estrade, en s’arrêtant un moment au pied des marches.

Il invite Maria, la femme de Rolando, à chanter, accompagnée par son mari. Elle a une voix magnifique, et une véritable onction. Hélas, son mari prend la suite et détruit immédiatement l’onction par ses cris et son agitation. Quel dommage !

Près de deux heures après le début de la réunion, on me laisse la parole. Je suis traduit par Bruno. Je demande à rester au pied de l’estrade, au niveau de l’assemblée. Je prêche mon message unique : la chair, l’esprit, la croix, la victoire sur le péché, et la marche par l’esprit. L’église reçoit bien. A la fin, le pasteur fait un appel, et presque toute l’église s’approche. Pedro est très ému. Il me prend à part et me dit, les larmes dans les yeux : « J’ai 44 ans de vie chrétienne, et j’ai fait trois ans d’école biblique. Je peux te dire que c’est la première fois que j’entends ce message ! Ce soir, je suis né de nouveau ! » Je comprends qu’il veut dire que c’est tellement fort pour lui qu’il compare cette expérience à une nouvelle naissance. Il est enthousiasmé. Il veut réunir des pasteurs et des anciens d’autres églises pour écouter ce message de la croix, et m’emmener prêcher au Brésil et au Chili ! Je reste tranquille, car je sais que seule la volonté de Dieu s’accomplira.

Nous finissons la soirée dans la joie et la paix. Bruno n’arrête pas de me dire combien il se réjouit de ces moments que le Seigneur nous donne ! Cela fait deux ou trois semaines qu’il a entrepris un « jeûne de Daniel », avec des légumes bouillis. Cette fois, nous dit-il, son jeûne est conduit par Dieu, et il a perdu plus de 25 kilos sans efforts. Dieu lui a clairement parlé pour lui dire : « C’est par moi ! C’est par moi ! C’est par moi que tu y arriveras ! » Il est persuadé que son problème de surcharge de poids est réglé. Encore un fruit de la marche par l’esprit ! Gloire à Dieu !

Lundi 19 janvier

Après le petit-déjeuner, nous recevons la visite du Pasteur Antonio, un Argentin installé au Paraguay depuis 17 ans. Nous sentons immédiatement que nous sommes en parfaite communion d’esprit. Il vient nous présenter son projet : évangéliser toutes les communautés d’Indiens Guaranis installées le long du fleuve Paraguay. Il faut trois jours de bateau pour atteindre sa base, un campement sommaire près du fleuve, dans le Chaco oriental. Les indigènes de cette région ont le cœur très ouvert à l’Evangile. Ils n’ont jamais été évangélisés, sauf par quelques missionnaires, il y a plus de 50 ans. Ces derniers étaient arrivés en bateau. Les plus âgés des membres de la population s’étaient mis à pleurer quand ils ont vu arriver en bateau les nouveaux missionnaires, se souvenant de leurs contacts avec les premiers Chrétiens. Antonio veut organiser une coopérative de pêcheurs pour commercialiser les poissons, ainsi qu’une petite ferme pour apprendre aux indigènes certaines techniques agricoles. Ils sont aussi en train de construire une école, et donnent les soins les plus élémentaires à une population très démunie.

L’après-midi, le Seigneur nous accorde une grâce particulière. Bruno venait de nous raconter ce qui lui était arrivé dans la matinée. Il devait vendre un lot de vachettes à un boucher en gros, mais le marché lui avait échappé. Pourtant, Bruno avait besoin de cette vente. Mais le boucher lui avait dit qu’il préférait acheter un lot appartenant au voisin de Bruno, Marcel. Nous lui proposons de prier, mais Bruno était réticent à nous faire prier pour un sujet aussi trivial. Nous prions tout de même, Jeanne, Elke et moi.

Un moment plus tard, arrive notre ami Ismaël, le Directeur de l’Ecole Chrétienne Emmanuel, dont la fille a épousé le neveu de Bruno. Nous parlons avec lui d’un projet de faire imprimer ma petite brochure sur « La marche par l’esprit », qui vient d’être traduit en espagnol par Mirta, la femme de Bruno. Ismaël nous dit qu’il connaît un bon imprimeur, et nous partons aussitôt pour l’imprimerie.

A peine sortis de la maison de Bruno, nous « tombons » sur le boucher en gros, qui arrête notre voiture, et qui dit à Bruno que, finalement, il lui prend aussi son lot de vachettes ! Non seulement cela, mais il les lui paye cash en dollars, et d’avance, ce qui n’est jamais arrivé à Bruno ! L’exaucement a été rapide !

A l’imprimerie, nous nous mettons d’accord avec l’imprimeur, qui imprimera un premier tirage de 1.000 exemplaires. Nous pourrons les distribuer largement aux pasteurs et responsables d’églises. Dans sa générosité, Bruno insiste pour régler la facture. Je suis toujours émerveillé de la manière dont le Seigneur agit ! Qu’il est bon de Le laisser agir, Lui qui a tout préparé d’avance ! Que de dégâts quand nous voulons diriger nous-mêmes l’œuvre du Seigneur !

A peine sortis de l’imprimerie, nous passons devant une église baptiste, que nous indique Ismaël. Le pasteur de cette église se trouve justement devant son église, comme s’il nous attendait. Ismaël demande de nous arrêter, et nous faisons connaissance. Le pasteur manifeste le désir d’entendre le message de la croix et de la marche par l’esprit, et nous échangeons nos adresses. Encore une porte qui va sans doute s’ouvrir !

De retour chez Bruno, nous racontons à Jeanne de quelle manière le Seigneur a exaucé pour les vachettes, et elle saute de joie !

Le pasteur Antonio nous rappelle au téléphone pour nous dire qu’il viendra demain matin à 9 heures avec le pasteur principal de son église, le Pasteur Angel, que nous avions déjà rencontré lors de notre première visite. L’après-midi, Oscar doit nous amener cinq ou six pasteurs pour un premier « cours », selon son expression, sur la croix et la marche par l’esprit. Le programme de la journée prochaine est déjà établi !

Mardi 20 janvier

On me donne des nouvelles de Candido, ce jeune jardinier Chrétien que nous étions allés visiter en avril dernier dans son misérable taudis, alors que sa femme venait d’accoucher. Marcel, le voisin de Bruno, l’avait recruté comme jardinier, et il vit à présent sur son estancia, dans une belle petite maison avec tout le confort, et un bon salaire. Il est heureux et sorti d’affaire !

Nous recevons à 9h30 la visite du Pasteur Angel et du Pasteur Antonio, déjà venu hier. Je revois avec plaisir le Pasteur Angel, que j’avais déjà rencontré lors de notre première visite. C’est un homme jeune, très mûr, qui a fait l’objet d’oppositions féroces, et même d’attentats. Dieu l’a gardé. L’église dont il s’occupe est actuellement celle qui a le « vent en poupe » à Ciudad del Este, ce qui représente à la fois une bénédiction, et un grand danger. Nous sommes dans le même esprit. Il m’invite à prêcher dans son église les samedi 31 janvier et dimanche 1er février. Nous passons un bon moment ensemble, dans l’unité de l’esprit.

Nous finissons la matinée à l’estancia. Bruno a beaucoup de choses à régler. Il nous demande avec humour d’arrêter de prier, parce qu’il a trop d’acheteurs à présent pour son bétail, alors que cela faisait plus de six mois qu’il en cherchait !

L’après-midi, nous recevons finalement deux pasteurs et deux anciens. Bruno n’étant pas arrivé tout de suite, je commence à m’expliquer et à enseigner en espagnol, et je suis étonné de voir comment le Seigneur m’aide à m’exprimer de plus en plus facilement. Ce message de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit est réellement percutant. C’est vraiment la réponse divine et biblique à tous les problèmes de l’Eglise ! Nos frères veulent revenir après-demain pour une nouvelle session.

Vers 18 heures, nous retournons à l’imprimerie pour vérifier les premières épreuves du livre. Tout est très bien fait, et Bruno commande 1.000 exemplaires « pour un premier tirage ». C’est véritablement le Seigneur qui nous ouvre les portes.

Mercredi 21 janvier

Après le petit-déjeuner, auquel se sont joints les voisins Marcel et Michèle, nous allons avec Bruno au Collège Emmanuel, parce que Ismaël devait m’aider à faire les formalités à la mairie pour un permis de conduire paraguayen. En l’attendant, le peux parler avec sa secrétaire, une jeune brésilienne de 28 ans qui me raconte son témoignage. Je prends son adresse Internet pour la donner à ma fille Sophie, je ne sais pas pourquoi.

A la mairie d’Hernandarias, Ismaël me présente de nombreux Chrétiens qui y travaillent. Le bureau de l’un d’entre eux est tapissé de feuilles blanches couvertes de versets bibliques tirés sur ordinateur. Manifestement, il n’est pas interdit de parler de « religion » ici ! Mon permis est établi en moins d’une heure. La seule chose qui les intéressait était mon groupe sanguin.

Ismaël me conduit ensuite avec un jeune homme dans un long périple à travers la ville, pour visiter plusieurs marchands de voitures. Le jeune homme veut travailler avec lui comme chauffeur de bus scolaire, et ils veulent voir s’ils peuvent trouver un bus d’occasion en bon état. Dans le dernier garage visité, nous en trouvons un qui ferait parfaitement l’affaire. Je demande à Ismaël s’il dispose de l’argent ou s’il faut prier pour l’avoir. Il me répond qu’il faut prier. Nous en profitons pour parler du Seigneur au jeune chauffeur, dont la femme est chrétienne. Il hésite encore à s’engager, mais il est tout à fait bien disposé.

De retour chez Bruno, nous voyons arriver Rolando et sa femme Maria, qui a une si belle voix, et leur petit Elias. Je demande à Maria son témoignage. Elle me dit qu’elle ne se préoccupait pas du tout des affaires du Seigneur dans son adolescence. Mais, un jour, alors qu’elle se trouvait chez elle, elle a entendu une voix audible lui dire par trois fois « Lis la Bible ! » Etonnée, elle s’est retournée pour voir qui lui parlait, mais elle n’a vu personne. La voix a ajouté : « Tu dois te repentir de tes péchés ! » Elle a commencé à lire la Bible, et s’est convertie toute seule, par l’action directe du Saint-Esprit !

Rolando a l’air abattu, et reste assis dans son coin sans mot dire, ce qui est inhabituel.

Vers 15h30, nous nous rendons chez Jean pour le baptiser dans sa piscine. Benigna, la femme d’Ismaël, et Michèle, tiennent absolument à assister au baptême. Elles connaissent Jean depuis si longtemps qu’elles ont du mal à croire qu’il veuille se faire baptiser. Il faut dire que Jean, 88 ans, ancien entrepreneur et homme d’affaires, a beaucoup bourlingué. Mais sa conversion est réelle.

Nous faisons une courte réunion, en présence aussi d’un jeune couple paraguayen, qui habite dans la maison de Jean. Lui est informaticien et elle coiffeuse. Ils ont un petit bébé magnifique de 4 mois. Je leur présente le plan du salut, et leur explique la signification du baptême : notre mort et notre résurrection en Jésus-Christ, l’abandon de notre vie passée, et notre départ avec Jésus dans une vie nouvelle.

Avec humour, Jean nous dit : « Avec tous les péchés que j’ai faits, il va falloir me garder un peu plus longtemps sous l’eau ! »

Je baptise Jean dans sa piscine, et je le lâche sous l’eau, mais il ne remonte pas aussitôt ! Il flotte un moment entre deux eaux. Bruno commence à s’inquiéter, et je dois aller le chercher et le remonter, tout souriant !

Après le baptême, nous prions un moment. Jean, assis à mon côté, fait une courte prière à voix basse, que je suis le seul à entendre. Il dit : « Seigneur, je vous remercie pour tout ! »

Puis je reçois une vision, ce qui m’arrive rarement. Je vois le ciel ouvert, et une belle maison en train d’être construite. Des anges sont en train de l’achever en riant. Je sais qu’il s’agit de la maison de Jean, que Jésus a préparée pour lui au ciel. Cette maison est bien plus belle que toutes les maisons du Parana Country Club ! Je raconte la vision, et Jean est très ému. Avec son humour habituel, il nous dit : « Avec toutes les maisons que j’ai construites, je m’y connais ! »

Le jeune couple est touché à son tour. Tous deux me demandent de repasser chez Jean pour leur reparler du salut et du baptême. Ils veulent aussi se faire baptiser, et présenter leur bébé au Seigneur pour qu’Il le bénisse. Nous promettons de revenir.

En revenant chez Bruno, Rolando et sa femme sont toujours là. Bruno les raccompagne chez eux en début de soirée. De retour, il nous dit qu’il a passé un moment chez eux, et qu’il était attristé de voir dans quelle situation ils vivaient, presque dans ma misère. Rolando vit d’expédients et de petits boulots. Il court toujours après quelques sous pour boucler son maigre budget. Il est victime de l’enseignement reçu ici, selon lequel un « vrai » pasteur ne doit pas travailler de ses mains pour gagner sa vie. Ce ne sont pas les quatre ou cinq familles de son église qui peuvent subvenir à ses besoins ! Bruno est plein de compassion, mais il sait qu’il n’est pas appelé à boucher tous les trous financiers qui peuvent être causés par une mauvaise attitude vis-à-vis du Seigneur.

Je suis persuadé que si nous vivons dans une communion réelle avec le Seigneur, si nous sommes dans Sa volonté, et si nous fuyons le péché et le compromis, Dieu doit pourvoir à nos besoins élémentaires, et nous ne manquerons ni de quoi manger ni de quoi nous vêtir. Comment ont vécu les Hébreux dans le désert ? Dieu n’accomplit-Il pas des miracles en faveur de ceux qui se confient en Lui ?

Chaque jour ici est l’occasion d’assister à de nombreux miracles, à des conversions, à des baptêmes, à des vies changées. Qui peut accomplir cela, sinon le Seigneur ? Nous sommes simplement entrés dans Ses plans préparés d’avance, et nous ne pouvons que Lui rendre gloire !

L’imprimeur a téléphoné à Mirta pour lui confirmer que la première édition du livre sur la « marche par l’esprit » sera prête d’ici la fin de la semaine. Pour moi, il s’agit encore d’un miracle !

Dans le courant de la journée, un nouveau boucher se présente à Bruno pour lui acheter du bétail ! Bruno peut lui vendre un lot de taureaux qui restaient invendus depuis des mois. Il nous dit en riant : « Arrêtez de prier, c’est trop ! »

Jeudi 22 janvier

Ce matin, Alcide, le mari de Lili, la sœur de Mirta, veut un entretien avec moi. Il désire ardemment être baptisé de l’Esprit. Il est baptisé d’eau depuis quatre mois à peine et fait de grands progrès dans le Seigneur. Nous parlons longuement. Je lui explique ce qu’est le baptême du Saint-Esprit, puis nous prions. Il me dit : « Je sais que je l’ai reçu ! Je vais parler en langues, c’est sûr ! Si ce n’est pas maintenant, ce sera pour bientôt ! » Il est dans la foi !

 Au moment de passer à table pour déjeuner, arrivent le pasteur Pedro et sa femme. C’est celui qui avait été percuté par le message de la croix dimanche dernier dans son église. Il me dit qu’il a réfléchi profondément chez lui à ce message, et qu’il n’arrête pas d’être travaillé par le Seigneur.

Il m’avoue avec humilité que pendant ses 43 ans de vie chrétienne et pastorale, il n’a jamais eu la victoire sur la chair. Il n’osait pas prêcher sur la croix, parce qu’il connaissait sa vie privée, et ne pouvait pas parler de quelque chose qu’il ne connaissait pas. Il me disait à quel point il s’était lamenté de voir les Chrétiens de son église continuer à vivre dans la chair sans pouvoir changer. Il disait à sa femme : « Regarde ta mère, et la mienne : toute une vie de chrétiennes, et elles n’ont pas changé ! Maintenant, je sais qu’il est possible de changer et de marcher par l’esprit ! » Sa joie et son enthousiasme étaient débordants. Il voulait m’emmener dans son pays, le Chili, pour prêcher partout ce message. Je lui ai répondu que c’était sa responsabilité, puisqu’il était Chilien.

Il nous reste à prier pour que ce message pénètre profondément dans les cœurs et qu’il passe pleinement dans la vie pratique de ceux qui l’entendent !

J’ai à peine le temps de déjeuner rapidement, vers 14 heures, que deux nouveaux visiteurs s’annoncent : le frère Crosta et son fils. C’est un ingénieur agronome, un homme qui a des idées très justes dans le Seigneur, mais qui a un gros problème : il parle trop, et ne sait pas écouter. Je l’écoute patiemment pendant une heure, jusqu’à ce que les quatre pasteurs et anciens qui étaient déjà venus avant-hier s’annoncent. Jusqu’à plus de 18 heures, nous échangeons très fraternellement sur le thème de la croix et de la marche par l’esprit. Ils sont ravis d’avoir reçu le livre en espagnol. Nous passons un bon moment dans la communion fraternelle, malgré les discours un peu longuets de notre frère Crosta. Il faudra que je trouve une occasion pour lui parler en privé !

Le soir, nous faisons avec Bruno, Mirta et leurs quatre filles un merveilleux culte, dans la joie et la paix du Seigneur. J’accompagne les chants avec la guitare, et les petites font éclater leur joie. Je leur raconte une histoire de la vie de Jésus, écoutée avec beaucoup d’attention. Puis nous prions.

Pendant le culte, le téléphone sonne. Ce sont quatre pasteurs de la capitale (Asuncion, à 350 kilomètres de là) qui s’annoncent pour le lendemain, dès 8 heures ! Nous sommes tranquilles, c’est le Seigneur qui a préparé tout notre programme ! Nous avons hâte de connaître ce qu’Il a préparé. Nous ne demandons qu’une chose : continuer à Le laisser diriger, et Lui demander de nous ouvrir des portes toute grandes au merveilleux message de la croix !

Vendredi 23 janvier

Finalement, ce sont deux pasteurs qui arrivent vers 8h30, avec la femme de l’un d’eux. Les autres ont dû repartir d’urgence à Asuncion. Nous passons près de deux heures à échanger. Je veux savoir comment ils exercent leur ministère de pasteurs, et nous passons un long moment à parler du message de la croix et de la marche par l’esprit. Ils sont très intéressés et m’invitent à Asuncion.

Je demande à l’un des pasteurs son témoignage, qui est intéressant. Il s’était converti jeune, puis avait abandonné le Seigneur pour retourner dans le monde, la drogue et la délinquance. Un jour, alors qu’il était à moitié ivre dans la rue, une Chrétienne s’est approchée de lui pour lui dire : « Repens-toi de tes péchés et reviens au Seigneur, sinon, dans quinze jours, tu seras jugé ». Il s’est moqué d’elle, et n’a pas tenu compte de cet avertissement. Quinze jours plus tard, il se trouvait dans une rue en train de voler un véhicule. Un voisin l’a repéré, et a téléphoné à la police, qui l’a incarcéré. Dans la prison, il est revenu au Seigneur. Après avoir purgé sa peine, il a décidé de se consacrer au service du Seigneur et est devenu pasteur dans le Chaco, une région semi-désertique, dans une agglomération qui comprend quelques centaines de personnes. Très intéressé par le message de la croix, il nous dit à la fin qu’il va l’approfondir, parce qu’il sent que c’est ce message qu’il faut prêcher pour édifier les Chrétiens sur le roc.

Ismaël arrive ensuite, et me demande de discuter avec lui sur la croix. Je lui donne un exemplaire du manuscrit traduit par Mirta, pour qu’il le lise et le corrige. Ce sera trop tard pour cette édition, mais cela servira pour la prochaine, s’il y en a une autre !

Dans l’après-midi, nous recevons la visite d’une femme de l’Argentine, qui est missionnaire dans la grande ville proche, Ciudad del Este, et qui a un appel pour évangéliser les musulmans. Il y a là une forte colonie libanaise. Je l’interroge sur le fameux réveil en Argentine. Elle nous confirme qu’il y a eu effectivement une grande moisson d’âmes. Son église à Cordoba est passée de 400 membres à 800, puis à 1.000, pour atteindre rapidement 8.000 membres. Le pasteur a alors décidé de construire un grand bâtiment. Mais elle reconnaît que la plupart des âmes gagnées sont reparties, faute d’enseignement. Comment un seul pasteur peut-il s’occuper de 8.000 brebis ? Finalement, il en est reparti presque autant qu’il en est arrivé. Je lui demande si la croix est prêchée. Elle avoue que non. Les messages les plus populaires concernent les guérisons et les miracles, et la prospérité.

Le soir, nous recommençons notre culte en famille, avec, cette fois, Graziella, la petite bonne, qui est aussi convertie. Bruno exulte de voir cette allégresse se manifester dans la simplicité !

Samedi 24 janvier

Encore une journée mémorable ! Le matin, vers 1àh30, nous sommes tous partis pour l’estancia, avec deux voitures, en emmenant Graziella, la petite bonne, et Tali, la cuisinière. Nous devons rencontrer à 11 heures toute l’équipe des « braseros » (ou peones), des travailleurs manuels et ouvriers agricoles. Nous nous retrouvons à une douzaine sous le même bosquet de mandariniers, au-dessus du petit lac, dans un cadre merveilleux, rafraîchis par une petite brise. Bruno me traduit en espagnol, et Jorge, son jeune neveu, le traduit en guarani, la langue locale, car plusieurs ne comprennent pas bien l’espagnol. C’est émouvant de voir tous ces hommes rudes écouter la Parole. Presque tous sont déjà convertis. Certains ne sont pas baptisés, et presque aucun n’a de Bible. Nous leur distribuons les Bibles que nous avons emmenées.

Je donne un message simple, centré sur Jésus-Christ et Son amour pour nous tous. Tous sont très touchés. A la fin, je fais un appel, et Santiago, qui résistait au Seigneur depuis longtemps, se prononce publiquement pour Jésus. Il donne sa vie au Seigneur, et accepte le baptême. Nous le baptiserons samedi prochain. Jose, l’un des ouvriers, termine par une belle prière qui vient de son cœur. Quelle bénédiction ! Je serais allé au Paraguay pour une seule âme à gagner, et voilà que le Seigneur n’arrête pas de nous en donner !

Nous déjeunons tous en famille. Après le déjeuner, Suni, la sœur de Mirta, veut un entretien avec moi. Elle est harcelée par des pensées de culpabilité, et ne sent plus la présence du Seigneur comme au début de sa conversion. Je l’encourage à continuer à marcher par la foi, même si elle ne sent rien. Nous prions un moment. Pendant la prière, un pénible mal de tête qu’elle avait jusque-là disparaît instantanément, à sa grande joie. Elle ne me dit rien sur le moment, mais le confesse à sa sœur après. Le Seigneur la renouvelle.

Nous nous dirigeons ensuite vers les abris de chaume près du petit lac. Peu à peu, le personnel arrive, par familles entières. Sebastiano, l’un des « vaqueros » (vachers), arrive en carriole à cheval avec sa femme et ses enfants ! Le petit frère de Mirta, Carlito, 11 ans, demande le baptême depuis longtemps. Je parle un moment avec lui, et je me rends compte qu’il a bien compris l’Evangile, et qu’il désire marcher avec Jésus. Peut-on lui refuser l’eau du baptême ? Je le baptise dans l’étang aux eaux rougeâtres. Je vous le Seigneur travailler les cœurs. C’est au tour de Carolina, la fille aînée de Bruno et de Mirta, à demander le baptême. Dès qu’elle est sortie de l’eau, nous prions pour les deux jeunes baptisés.

Je donne alors un message très simple sur la fin des temps, et sur tout ce qui est annoncé par la Bible. J’annonce le salut en Jésus-Christ, en faisant un appel à suivre le Seigneur.

Dès la fin du message, Aïda, la fille aînée d’un autre vaquero, qui avait écouté attentivement et silencieusement, se lève publiquement et demande le baptême. Elle aussi accepte le Seigneur de tout son cœur. C’est une belle jeune fille de 16 ans qui s’engage avec Jésus, et je la baptise à son tour. Tout le monde est très remué, en particulier les parents d’Aïda, qui n’étaient pas convertis. Je m’attends encore à de bonnes choses. Nous leur rappelons que nous ferons des réunions ici tous les samedis. Manifestement, ils attendent ces réunions et s’y préparent. Je rappelle aux enfants présents qu’ils peuvent demander au Seigneur de leur faire un cadeau. Ce sera bientôt l’occasion de les réjouir et de leur faire une belle surprise de la part du Seigneur !

Jeanne est très émue. Elle fait une dernière prière qui sort tout droit de son cœur. Elle prie aussi pour la femme de Sébastiano, qui doit accoucher le mois prochain, et qui avait quelques problèmes pendant sa grossesse.

Combien nous rendons grâces au Seigneur pour toutes Ses bontés ! Il nous fait vraiment vivre des moments très particuliers. Nous ne méritons rien. Combien est grande Sa bonté avec nous !

En rentrant, nous passons à l’imprimerie prendre livraison des 500 premiers livres de « La marche par l’esprit » en espagnol. Le Pasteur Pedro téléphone à Bruno, pour dire qu’il viendra demain pour prendre livraison d’une cinquantaine d’exemplaires qu’il veut distribuer dans son église.

Cela fait bien 10 jours qu’il ne pleut pas, ce qui est anormal. Les cultures commencent à souffrir. Jeanne a prié pour qu’il pleuve aujourd’hui, mais nous avons demandé que la pluie ne tombe pas pendant nos réunions au grand air.

Nous avons à peine le temps de rentrer à Hernandarias et de nous doucher que nous voyons les nuages s’amonceler. Nous devons partir à 19h30 pour l’église du Pasteur Rolando. A peine partis, une pluie battante commence à tomber. Arrivés à l’église, nous voyons celle-ci plongée dans le noir. Une panne de courant ! L’église est une grande bâtisse qui pourrait contenir plusieurs centaines de personnes. Elle est inachevée, les portes et les fenêtres ne sont pas posées, faute d’argent. Tout est ouvert à tous les vents.

La pluie est tellement violente sur ce toit de tôles que nous devons hurler dans nos oreilles pour nous faire comprendre. Rolando se lamente : sa soirée est « à l’eau » ! Lui qui avait invité tant de monde ! Il faut dire que, quand il pleut ici, les gens ne se déplacent pas, car ils n’ont pas de véhicule en général, et les rues de ces quartiers sont transformées en torrents de boue.

Nous nous retrouvons à treize personnes pour ma première réunion dans l’obscurité : Rolando et ses cinq enfants, Bruno, Jorge et Carolina, et trois autres hommes, dont l’un des frères de Rolando. Nous attendons un bon quart d’heure, mais le déluge et le vacarme ne se calment pas. Je propose à Rolando de nous réunir en un petit cercle bien étroit, et de commencer à chanter et à louer le Seigneur, en s’accompagnant de sa guitare. Il a vraiment une voix magnifique, et ses enfants chantent avec entrain. La pluie se calme un peu, et je peux donner un message très simple sur Noé et Lot. Noé le fidèle a pu sauver toute sa famille avec lui, ce qui ne fut pas le cas de Lot, qui était juste, mais qui avait fait des compromis dans sa vie. Nous sommes à la fin des temps, époque que Jésus compare à celles de Noé et de Lot. Le Seigneur nous demande d’être fidèles, car Il veut nous éviter les jugements de l’Apocalypse.

La présence du Seigneur est très forte. Après la prière finale. Rolando me fait signe : son voisin, un jeune homme que j’avais à peine remarqué dans l’obscurité, veut donner sa vie au Seigneur ! Quelle surprise ! Il s’appelle Rafael. Je m’approche de lui et je lui dis : « Que veux-tu demander au Seigneur ? » Il me répond : « Changer ! » C’est un jeune drogué. Nous prions tous pour lui, convaincus que le Seigneur va lui donner une vie nouvelle. Je l’exhorte et l’encourage à revenir demain, pour notre deuxième réunion ici. La présence de Dieu est tellement forte et solennelle que nous restons en silence un bon quart d’heure devant le Seigneur, Le laissant agir dans les cœurs. Bruno est très ému, comme nous tous. C’est le genre de réunions que nous aimons, dans la simplicité du Seigneur.

Prions pour tous ces nouveaux convertis ! Pour Jean, qui s’est fait baptiser à 88 ans, pour Emilio, pour Carlito, Carolina, Aïda. Et aussi pour ce jeune Rafael ! Que le Seigneur les fasse vraiment marcher dans Sa vie nouvelle, et qu’ils soient des témoins puissants pour Lui, toute leur vie, et jusqu’à Son retour !

Demain, cela fera deux semaines que nous sommes au Paraguay, et les événements spirituels se précipitent ! Combien nous aimerions vivre de telles choses en France ! Mais les cœurs de nos compatriotes se sont endurcis. Nous vivons dans l’abondance et nous ne pensons plus au Seigneur. Mais il est toujours possible de se réveiller de cette torpeur spirituelle, pour se tourner vers le Seigneur !

Dimanche 25 janvier

Nous partons de bonne heure au Brésil, pour le marché aux légumes, qui n’est ouvert que ce jour-là. Passée la frontière, nous entrons dans un autre monde. Au Brésil, il y a une profusion de races et de couleurs. Plus de richesse aussi, mais une atmosphère déjà plus semblable à celle de l’Europe. Je préfère la tranquillité du Paraguay !

Je profite d’un moment de calme pour répondre à notre abondant courrier et m’occuper un peu du site Internet. Mais nous avons de nombreux problèmes avec les connexions, qui ne s’établissent pas facilement.

Le soir, réunion à 20 heures chez le Pasteur Rolando. Il fait très beau, et l’électricité est revenue. Il y a plus de monde qu’hier, mais guère plus : une vingtaine de personnes en comptant les enfants. Mais je crois qu’il y a tous ceux que le Seigneur a invités ce soir-là.

Rolando en profite pour reprendre le rôle du parfait pasteur ! Tout est bien réglé et minuté, introduction, chants, prières, témoignages, dans le plus pur style pentecôtiste. (Que mes frères pentecôtistes ne se formalisent pas ! Le problème, ce n’est pas le « style pentecôtiste » en lui-même, c’est quand il n’est pas conduit par l’esprit !) Manifestement, l’organisation humaine ne peut pas créer l’onction, même si elle peut stimuler les émotions.

Je prêche sur la repentance, la croix et la marche par l’esprit. L’électricité est coupée plusieurs fois au cours de la soirée, et je finis mon message dans le noir. Nous prions pour les besoins individuels dans l’obscurité, mais cela ne nous empêche pas de prier de tout notre cœur pour tous ceux qui s’avancent ! Le jeune Rafael est revenu, et il écoute attentivement le message. Je suis heureux de le revoir. Une partie de mon message lui est directement adressée, et je crois que le Seigneur lui a ouvert le cœur.

Lundi 26 janvier

Nous remettons la journée entre les mains du Seigneur, comme chaque matin. Qu’il est bon de laisser tous nos programmes entre les mains du Seigneur et de Le laisser diriger !

Au petit déjeuner, Bruno charge Alcide, le mari de Lili, la sœur de Mirta, d’aller visiter les importateurs de jouets et de bicyclettes pour enfants, pour comparer les prix et prévoir un achat groupé pour les enfants du personnel de l’estancia. je sens qu’il va y avoir des heureux, et qu’il y en a qui vont bientôt remercier le Seigneur !

Bruno doit partir à l’estancia pour faire préparer le chargement d’un lot de « toritos ». J’hésite à l’accompagner, et finalement je sens qu’il me faut rester. A peine Bruno parti, on vient me prévenir que quatre personnes viennent d’arriver : les deux pasteurs de vendredi dernier, dont Pablo et son épouse, et une sœur paraguayenne qui s’occupe des enfants des rues depuis trois ans : elle les reçoit chez elle, leur donne à manger comme elle le peut, les enseigne dans le Seigneur, et leur organise diverses activités. Ce ne sont pas des enfants abandonnés, mais, comme leurs parents sont absents toute la journée, ils sont complètement livrés à eux-mêmes. Ils mangent quand ils le peuvent et comme ils le peuvent. Il y en a beaucoup comme cela ici.

Nous discutons avec les deux pasteurs, qui nous expliquent en quoi consiste leur ministère. Celui qui est établi dans le Chaco nous montre des photos de sa communauté. Ce sont des Chrétiens très simples, qui vivent de très peu. Les réunions se font souvent au grand air, assis sur des bancs de bois grossier. Nous sommes loin de l’opulence de beaucoup d’églises occidentales !

Tous restent déjeuner avec nous. Bruno rentre de la ferme, et propose que nous fassions une petite réunion à l’intérieur de la maison, qui bénéficie de l’air conditionné. Il faut dire que nous sommes en plein été et que la chaleur est souvent étouffante. Aujourd’hui, il ne doit pas faire loin de 40° à l’ombre.

Nous décidons de prendre la cène ensemble. Comme il y a quelques nouveaux baptisés qui ne l’ont jamais prise, Bruno me demande de faire un petit enseignement sur ce thème.

Le Pasteur Rolando et sa femme Maria arrivent sur ces entrefaites. Ils participent à la louange avec nous. Maria possède une voix magnifique et une onction réelle.

Un nouveau pasteur se joint à nous : Pedro, qui est devenu un enthousiaste du message de la croix. Il vient prendre livraison de 80 exemplaires du livre qui vient d’être imprimé. Lui aussi a une voix magnifique et s’accompagne à la guitare. Je suis étonné du nombre de chanteurs et de musiciens de qualité que nous rencontrons ici !

Peu à peu, la présence du Seigneur se fait puissante, et nous finissons la louange par un moment d’adoration pleinement conduit par le Saint-Esprit. C’est Lui qui nous a tous réunis de cette manière imprévue. Jeanne est tellement submergée par l’émotion qu’elle doit aller un moment dans sa chambre.

Pedro, Pablo, et le pasteur du Chaco repartent avec une cargaison de livres qu’ils veulent distribuer à tous les pasteurs de leur voisinage. Rolando et Maria nous proposent d’aller visiter un couple chrétien en difficulté. Le foyer venait juste de se réconcilier après un épisode très douloureux de séparation, et le mari était actuellement très malade. On l’avait opéré d’une tumeur douloureuse dans la cloison nasale, et il y avait des complications.

Avant de partir, une surprise ! Tous me présentent un magnifique gâteau avec des bougies allumées ! J’avais oublié que c’était mon anniversaire, 63 ans, et un cœur de 20 ans pour le Seigneur ! Je suis très touché par leur attention et l’amour dont je suis l’objet !

Nous partons à quatre, Pablo, Maria, Bruno et moi. Notre sœur nous reçoit, mais son mari veut rester dans sa chambre. Il savait que nous allions venir, et ne voulait pas nous voir. Nous parlons un moment à notre sœur, et je lui explique calmement le message de la croix. La présence de Dieu se manifeste à nouveau. Brusquement, nous voyons le frère malade sortir de sa chambre. Il a le nez enflé et ne peux respirer. Il semble fiévreux et abattu.

Nous continuons à parler tranquillement du Seigneur, de Sa bonté, de Son amour. Brusquement, le frère malade se met à pleurer. Il nous dit : « Je sens la présence de Dieu… » Nous sommes tous très émus. Je demande de l’huile pour faire à notre frère une onction d’huile au nom du Seigneur. Je m’attends à une guérison, et à recevoir bientôt de bonnes nouvelles de ce frère !

Nous raccompagnons Rolando et Maria chez eux. En passant à un carrefour, Bruno achète à un marchand ambulant une petite piscine démontable en plastique, avec armature métallique, pour les enfants de Rolando.

Quelle joie en arrivant dans leur maison ! Les enfants sont heureux de nous revoir et disparaissent derrière la maison avec leur piscine. L’une de leurs filles nous dit avec un grand sourire : « J’avais prié pour une piscine ! » Elle a été exaucée ! Quelle joie de voir le bonheur de ces enfants !

Nous finissons la soirée invités à dîner chez Michel et Martine. Eux aussi me souhaitent mon anniversaire. Leur fils Stéphane est allé à Ciudad del Este à la meilleure pâtisserie de la ville pour nous ramener un superbe gâteau ! Nous finissons la soirée en parlant abondamment des choses du Seigneur.

Mardi 27 janvier

Nous restons tranquillement à la maison. Il y a beaucoup à faire pour répondre au nombreux courrier électronique. Nous pouvons aussi prier pour la suite des événements !

L’après-midi, nous recevons la visite du groupe Rocas Vivas. Ce sont les quatre chanteurs que nous avions rencontrés au cours de notre premier voyage. Nous sommes tous très heureux de nous revoir. Ils sont sur le point de partir en Argentine pour une campagne d’évangélisation, et voulaient nous revoir avant. Ils sont très intéressés par la marche par l’esprit. Je leur laisse un petit stock du livre qui vient d’être publié, pour le distribuer aux pasteurs qu’ils vont rencontrer.

Nous passons ensuite un long moment à louer ensemble le Seigneur, et ils nous chantent quelques chants et cantiques magnifiques, accompagnés par deux guitares.

En partant, ils me proposent de faire quelque chose ensemble avant notre retour : réunir le maximum de pasteurs et d’anciens pour leur parler de la croix et de la marche par l’esprit. Nous leur promettons de prier pour ce projet.

Mercredi 28 janvier

Nous avons eu aujourd’hui la visite du comptable de Bruno, que j’avais déjà rencontré lors de notre premier voyage. C’est un Chrétien solide aux idées claires. Il me parle de son pays et de ses habitants : « Extérieurement, les Paraguayens vous diront toujours que tout va bien. Mais, en fait, ils sont souvent dans une grande détresse, intérieure et cachée. Ils ne vous diront jamais que cela ne va pas. Mais ils ont un grand vide dans le cœur. Ils ont besoin du Seigneur ». Il me prose de rencontrer son pasteur, car il voudrait que je vienne prêcher dans son église. Je lui dis : « Mon message est très simple : la repentance, la croix, et la marche par l’esprit ». Il apprécie, sachant que c’est le cœur de l’Evangile.

Un autre couple arrive avec leurs trois enfants. Lui est une vieille connaissance de la famille de Bruno. Sa femme est professeur de guarani dans un collège. Ce sont des Catholiques qui s’ouvrent à l’Evangile. Nous passons un bon moment à parler du Seigneur. Ils veulent me faire rencontrer les élèves du collège pour leur donner témoignage. Je serais ravi de pouvoir le faire !

Le pasteur Rolando est venu donner sa leçon de guitare à Alcide. Quand il a fini, il se jette littéralement en riant sur moi, et me soulève. Il me dit qu’il a pris contact avec un pasteur qui fait actuellement une croisade publique à Asuncion, la capitale, et que ce pasteur souhaite me faire prêcher les 10 et 11 février prochains. Je préfère les contacts individuels et en petits groupes aux réunions devant des grandes foules. Nous prierons, et, si c’est la volonté de Dieu, nous irons.

Nous passons encore la soirée avec Bruno et sa famille, à chanter et louer le Seigneur. Les filles sont avides des histoires que je leur raconte, et en redemandent tout le temps. Quatre paires d’yeux noirs me suivent avec attention et émotion. Qu’il est bon de parler de l’amour de Jésus à ces petites, qui ne l’oublieront pas en grandissant !

Bruno a un accès de tristesse, car il vient de faire quelques expériences négatives avec quelques « Chrétiens » qui lui ont rendu un mauvais témoignage, dont un pasteur venu lui soutirer encore de l’argent. Nous le réconfortons. Je lui rappelle que le Seigneur est un juste juge : ceux qui refusent de se repentir, après avoir été au bénéfice de la patience et de l’amour du Seigneur, seront sévèrement jugés. Notre tâche est d’annoncer la Parole à tous, et ceux qui ont des oreilles pour entendre entendront !

Bruno en vient à douter de la conversion de la jeune Aïda. Il a des doutes sur l’honnêteté de ses parents. Le Seigneur connaît toutes choses, et mettra en lumière tout ce qu’il y a dans les cœurs !

Jeudi 29 janvier

Je pars avec Bruno pour faire quelques formalités à Hernandarias, et pour aller à l’estancia. On lui a téléphoné de bonne heure qu’il y avait eu une « tormenta » (tornade tropicale) avec un orage de grêle, et il se demande s’il y a eu des dégâts sur les cultures de soja, qui vont bientôt être moissonnées. Il veut aussi parler au « vaquero », le père de Aïda, pour mettre les choses au clair.

Bruno se rend dans la maison du « vaquero », et demande un entretien avec lui et sa femme. Nous saluons la petite Aïda, qui est tout heureuse de nous voir. Je demande à Aïda ce qui s’est passé dans son cœur samedi dernier. Elle me dit simplement que cela faisait longtemps qu’elle voulait marcher avec le Seigneur, et qu’elle avait été touchée samedi dernier. Elle avait alors décidé de se faire baptiser.

Bruno parle franchement au « vaquero », lui rappelle dans quel esprit il veut travailler. Il veut la franchise et l’honnêteté. Il pose ensuite clairement la question au « vaquero » et à sa femme : « Si vous avez volé quoi que ce soit ou menti, dites-le moi franchement, et je pardonnerai ». Ils affirment qu’ils n’ont rien à se reprocher, et que les soupçons de Bruno sont infondés. Bruno les croit. Je leur rappelle que le Seigneur revient réellement très bientôt, et que nous devons Le suivre de tout notre cœur. Ils nous disent alors qu’ils ont eux aussi été touchés par le message de l’Evangile, et qu’ils veulent se faire baptiser samedi prochain ! Nous devons faire confiance au Seigneur et Le laisser agir dans les cœurs.

Nous faisons un tour en voiture dans l’estancia. la « tormenta » n’a fait que très peu de dégâts : une branche d’arbre cassée, et quelques plants de maïs un peu couchés. Rien de grave.

De retour chez Bruno, nous trouvons le Pasteur Pedro en grande discussion avec nos épouses. Il leur a donné son témoignage, qui vaut la peine d’être connu ! Converti assez jeune au Chili, il a fait quatre ans d’école biblique, avant d’aller au Brésil, puis au Paraguay. Il raconte comment il a obtenu par la foi sa maison et sa voiture, même dans la couleur qu’il désirait. Quand il a rencontré celle qui allait devenir sa femme, il a tout de suite compris que c’était celle que le Seigneur lui destinait. Trois jours après l’avoir rencontrée, il est allé demander sa main à ses parents. Ceux-ci ont refusé, invoquant sa jeunesse. Il faisait plus jeune que son âge. Le père de la jeune fille voulait qu’il ait une situation, et qu’il soit un peu plus âgé. Il a dit à Pedro : « Quand tu auras 21 ans et une situation, on verra ! » Pedro lui a répondu : « Vous me promettez de me donner votre fille en mariage quand j’aurai plus de 21 ans et une situation ? » – « Oui ! » Alors Pedro a sorti sa carte d’identité, pour prouver qu’il avait 22 ans, et qu’il était déjà diplômé Ingénieur civil. Le père a tenu sa promesse, et trois mois plus tard, le temps da faire les papiers, ils se mariaient. Bien entendu, la jeune fille aimait aussi Pedro !

Pedro est allé ensuite exercer son ministère dans une ville du Paraguay où il n’a pas tardé à déranger les autorités catholiques locales. Un jour, le commissaire de police est venu l’arrêter, et le conduire devant un groupe de religieux et de responsables catholiques, réunis comme dans un tribunal. Ils voulaient le menacer et le réduire au silence. Pedro ne s’est pas laissé intimider. Il leur a prêché l’Evangile clairement. Puis le commissaire l’a conduit dans un lieu isolé, a sorti son pistolet, et lui a dit : « Je t’ai conduit ici, parce que j’ai la mission de te supprimer. Mais je ne peux pas le faire, parce que j’ai été touché par ton message, et j’ai décidé de suivre le Seigneur ! » Puis le commissaire a ordonné à sa troupe de policiers qui l’accompagnaient de le suivre dans sa conversion, sous peine de représailles sévères ! Une méthode d’évangélisation un peu charnelle (à ne pas conseiller), mais efficace !

Pedro avait reçu une prophétie qu’un jour un étranger viendrait au Paraguay pour annoncer un message libérateur. Il est persuadé que je suis cet homme, et que ce message libérateur est le message de la croix ! Il est vrai que Pedro est lui-même complètement transformé depuis qu’il a reçu ce message. Il a confessé sa dureté de cœur à sa femme, à sa famille et à son église. Il désirait tellement marcher dans la perfection de Dieu, sans jamais avoir pu le faire ! A présent, il est un homme nouveau. Lui qui était si sévère, il est maintenant rayonnant ! Il est décidé à prêcher partout le message de la croix et de la marche par l’esprit ! Il était venu nous redemander 117 exemplaires du livre sur « La marche par l’esprit » (pas un de plus, ce qui est un bon signe de son honnêteté !) Il supervise une douzaine d’églises, et a compté un livre par famille, plus un par pasteur et par ancien ! Il veut m’emmener prêcher la croix au Chili et au Brésil. Que le Seigneur fasse encore lever des ouvriers fidèles qui vont annoncer avec puissance le plein message de la croix !

Vendredi 30 janvier

Ce matin, de très bonne heure, alors que j’étais en train de lire la Bible dans la salon du bas, Jeanne vient me trouver pour prier pour la petite bonne, Graziella. Elle souffrait beaucoup d’un gros ganglion ou abcès sous le bras droit, à l’aisselle. Je passe un long moment à lui lire des versets de l’Evangile pour fortifier sa foi, puis nous prions pour elle en l’oignant d’huile. je lui propose de la raccompagner chez elle, en empruntant l’une des voitures de Bruno, après le petit-déjeuner. Ce sera l’occasion de faire connaissance de son compagnon et de leurs enfants. Graziella et son mari sont Chrétiens, mais ils ne sont pas encore mariés. Ils voudraient se marier, mais n’ont pas l’argent nécessaire pour les formalités. Je crois que le Seigneur comprend et leur fait grâce, puisqu’Il connaît les cœurs.

Pendant le petit-déjeuner, nous avons une bonne conversation avec Martine, la femme de Michel, qui voudrait se donner complètement au Seigneur, mais qui se sent bloquée. Je lui dis que nous prions pour qu’elle passe par le baptême avant son retour en France. Elle écoute en souriant et ne dit pas non. J’ai cette confiance dans le Seigneur qu’Il touchera pleinement son cœur. Depuis quelques jours, nous la sentons beaucoup plus détendue et ouverte. Il est vrai qu’elle a fait quelques expériences vraiment négatives avec certains Chrétiens !

Nous partons raccompagner Graziella. En passant, elle va encaisser son chèque mensuel. Elle nous dit qu’il lui faut une demi-heure de bus pour venir chez Bruno, de chez elle. Avant d’arriver, elle nous prie d’excuser le désordre et la saleté de sa maison.

Nous faisons connaissance de son compagnon et de deux de ses enfants, une fille de cinq ans, et un petit garçon de 2 ans. Elle a encore un autre enfant de quatre ans chez sa mère. Comme ces petits sont beaux ! Ils nous dévorent avec leurs grands yeux noirs.

Graziella ne nous fait pas rentrer, mais sort quelques chaises au jardin. Par la porte ouverte, je peux voir que l’intérieur est sombre et assez misérable. Nous parlons avec toute la famille des choses du Seigneur, et nous prions ensemble. Graziella souffre déjà moins. Elle est toute heureuse que nous ayons pu venir dans sa maison, et exprime sa joie au Seigneur. Elle ressent notre visite comme une grande bénédiction pour toute sa famille. Je ne peux m’empêcher de penser à la manière dont vivent les Français jamais contents de leur existence, alors que nous sommes l’un des pays où l’on vit le mieux au monde.

Graziella nous explique que sans argent, on ne peut rien faire au Paraguay ? Il n’y a ni allocations familiales, ni Sécurité Sociale. Ceux qui sont malades ne sont admis à l’hôpital que s’ils peuvent payer d’avance. Heureusement que les Chrétiens peuvent se confier dans le Seigneur. Elle m’avait raconté ce matin qu’elle avait l’une de ses amies qui avait eu le même problème qu’elle. Elle était allée à l’hôpital, et le docteur lui avait dit qu’il fallait l’opérer. Comme elle n’avait pas d’argent, ils l’ont renvoyée. Revenue chez elle, elle s’était mise à pleurer, et à déverser son cœur devant le Seigneur. Brusquement, le Seigneur lui était apparu. Elle avait vu le visage du Seigneur Jésus, qui l’avait consolée, et qui l’avait complètement guérie. Graziella faisait donc confiance au Seigneur. Mais il y a un combat dans la foi, et je sens que nous devons prier pour elle.

L’après-midi, comme nous avons un peu de temps, je peux travailler sur le site de Parole de Vie et répondre au courrier des lecteurs.

Samedi 31 janvier

Nous partons à l’estancia vers 9h45 du matin. Nous devons rencontrer le matin les « peones », les ouvriers agricoles, et, l’après-midi, tout le reste du personnel de la ferme. Tous ont pris l’habitude de venir en famille écouter la Parole au bord du petit lac, sous les abris en chaume installés sur l’herbe épaisse.

Nous sommes accompagnés du Pasteur Rolando, de sa femme Maria et de leurs cinq enfants. Rolando m’accompagne à la réunion avec les peones. Bruno est occupé ailleurs. Je peux me débrouiller assez bien en espagnol à présent pour prêcher dans cette langue, et je sens que je suis puissamment aidé par , car les peones comprennent mieux cette langue.

Bruno a fait installer quatorze sièges faits d’un billot de bois posé à même le sol, sous les mandariniers, avec une vue imprenable sur toute la propriété. Voilà une belle église primitive du Nouveau Testament, quelques sièges grossiers en pleine nature, et un petit groupe de cœurs intéressés par le Seigneur. Nous passons un moment merveilleux avec ces hommes rudes et simples, qui ne sont pas habitués à entendre parler d’amour, et encore moins à en recevoir. Tous écoutent respectueusement. Il y a aussi avec nous Jorge, le jeune frère de Mirta, et l’un de ses amis, un jeune de 23 ans qui vient de se convertir, mais qui n’est pas encore baptisé.

Je leur parle de l’amour du Seigneur, de la nouvelle naissance, de la vraie repentance, du baptême… Santiago, qui s’était donné au Seigneur la semaine dernière, hésite à présent à passer par le baptême. Il me dit qu’il sent qu’il a des choses à régler dans sa vie auparavant. Je lui dis qu’il doit s’engager en prenant une décision personnelle libre, et qu’il peut attendre s’ils ne se sent pas prêt. En revanche, Ever, le jeune ami de Jorge, veut absolument passer par le baptême. Il en profiter pour nous donner son témoignage. Il a vécu une vie très difficile. Il s’est drogué pendant cinq ans. Un ami lui a parlé du Seigneur, et il a fini par se convertir. Le Seigneur l’a complètement délivré de la drogue, et il veut marcher pleinement avec Jésus.

J’invite toute la petite troupe à s’approcher de la petite rivière qui coule à quelques dizaines de mètres de là. L’un des ouvriers, Jose, un Chrétien, a déjà préparé le terrain. Il a soigneusement creusé 7 ou 8 marches dans le talus de terre, à la sueur de son front, pour que nous puissions entrer dans l’eau commodément. Ever confesse hardiment le Seigneur, et j’ai la joie de le plonger dans l’eau au nom du Seigneur. Nous nous donnons rendez-vous pour le samedi suivant.

Après le déjeuner, nous nous rendons à nouveau près du lac, sous les toits de chaume. Peu à peu, nous voyons tout le personnel de la ferme affluer par familles, tous endimanchés, les enfants les premiers. Rolando et Maria nous régalent de leurs belles voies, rejoints par leur fille aînée de douze ans, qui a aussi une très belle voix. Nous ressentons tous la présence du Seigneur, qui commence à faire fondre ces cœurs rudes au soleil de Son amour. Tous sont touchés. Il y a là la petite Aïda, qui s’est faite baptiser samedi dernier, et ses parents, qui ont manifesté aussi leur désir de suivre le Seigneur. Nous partageons la Parole, et Jeanne donne son témoignage : elle qui ne pouvait pas avoir des enfants, le Seigneur lui a miraculeusement donné un fils et une fille.

Je suis touché par tous ces petits enfants, aussi beaux les uns que les autres. Quelle joie de leur parler d’un Seigneur qui les aime et qui veut les conduire avec Lui dans Son ciel éternel.

Je leur explique ce qu’est un église selon le Nouveau Testament, non un endroit où les gens viennent se réunir, mais un Corps vivant composé de tous ceux qui ont accepté le Seigneur. Je les encourage à continuer à se réunir pour lire ensemble la Bible et prier.

Comme c’est le dernier jour du mois, le jour de la paye, Bruno craignait qu’ils partent faire les courses en ville, comme à l’habitude. Mais ils sont tous là ! Nous nous donnons rendez-vous le samedi suivant.

Nous avons le temps de rentrer nous doucher, avant d’aller dans l’église du Pasteur Angel. C’est une ancienne discothèque. Ils ont dû passer de nombreux mois à la nettoyer physiquement et spirituellement avant de s’y installer. La salle principale était entièrement peinte en noir, avec beaucoup de symboles occultes. A présent, c’est une belle salle claire et accueillante.

Je suis invité à prêcher samedi soir et dimanche soir. La salle est bien remplie. Il y a beaucoup de jeunes, et la joie est générale. Après un long moment de louanges variées, je peux donner un message sur la vie crucifiée et la marche par l’esprit. Le message est bien reçu, et les pasteurs présents sont percutés. L’un d’eux me dit que c’est la première fois qu’il entend un tel message, après 16 ans de ministère ! Seigneur, dans quel état est donc Ton Eglise, et combien il est nécessaire de restaurer la prédication de la croix ! Je suis heureux de voir ce message se répandre, et être bien reçu.

A la fin de la réunion, je vois s’approcher de moi en titubant le jeune Alcide, le petit beau-frère de Bruno (il a quatre mois de conversion, et lui et sa femme Lili ont perdu leur premier enfant deux jours après sa naissance prématurée). Il me prend à part et me dit, le visage baigné de larmes : « Henri, je viens d’avoir une vision, pendant que tu prêchais ! Je t’ai vu sur l’estrade avec Mirta, et tu étais entièrement entouré d’une grande lumière blanche ! Tu as le Saint-Esprit ! » Je lui ai répondu : « Mais tu l’as aussi, Alcide ! L’esprit que tu as reçu est le même que celui que j’ai reçu ! » Nous sommes restés un moment dans les bras l’un de l’autre.

Nous laissons une centaine d’exemplaires du livre sur la marche par l’esprit. Le pasteur Angel veut passer demain chez Bruno avec un pasteur de Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, qu’il veut me présenter. Le Seigneur conduit toutes choses ! A Lui soit toute la gloire !

Dimanche 1er février

Vers 10 heures, tout le monde part visiter les célèbres chutes d’Iguaçu, au Brésil. Je sens dans mon cœur que je dois rester seul dans la maison de Bruno. J’ai besoin de passer du temps devant le Seigneur, de mettre mon courrier en ordre, et de travailler un peu sur le site Parole de Vie. Nous passons tous une excellente journée, eux aux chutes, l’une des merveilles du monde, et moi chez Bruno !

Le soit, deuxième message dans l’église du pasteur Angel. L’église est bondée. La louange est bonne, quoique parfois un peu trop bruyante. Je donne la suite de mon message de la veille, sur la vie crucifiée et la marche par l’esprit. L’auditoire écoute avec beaucoup d’attention, et il me semble que beaucoup sont touchés. Seigneur, que cela ne soit pas un feu de paille ! Que le message de la croix puisse bouleverser la vie de ceux qui ont soif de Dieu et de Sa sainteté !

A la fin de la réunion, le pasteur fait distribuer un livre sur la marche par l’esprit par famille. En quelques jours, plus de 550 exemplaires ont été distribués !

Il est manifeste que le Saint-Esprit agit dans cette église. Mais il y a encore beaucoup de « plis religieux » à défaire. Que le Saint-Esprit puisse au moins faire Son œuvre dans la vie et le cœur de ceux qui veulent entendre Sa voix !

Lundi 2 février

Le pasteur Angel m’avait dit qu’il voulait passer aujourd’hui pour me faire rencontrer un pasteur argentin de Buenos Aires. Nous attendons donc son coup de téléphone, qui ne vient pas. Nous devons nous habituer à une gestion du temps et des rendez-vous qui est très différente de nos méthodes européennes ! Ici, personne n’est jamais pressé, et l’un des mots que j’entends le plus souvent prononcer par les Paraguayens est « Tranquillo ! » C’est bon pour crucifier la chair stressée des Européens !

Elke (mon épouse) se sent un peu fiévreuse, tout comme Jeanne. Elles demandent une onction d’huile, que nous pratiquons aussitôt. Jeanne se sent aussitôt mieux, mais Elke doit aller s’allonger un peu dans notre chambre.

Je suis heureux de revoir Graziella, la petite bonne. Elle a passé un dimanche un peu difficile, en s’attendant au Seigneur, et en souffrant beaucoup. Elle est allée se faire nettoyer son abcès dans une pharmacie, pour évacuer le pus. Mais aujourd’hui, elle est en bonne forme et fait tout son travail avec entrain. Je lui dis : « Le Seigneur ne t’abandonnera pas ! » Elle me répond : « Oui ! Jamais Il ne m’abandonnera, jamais ! »

Après le déjeuner, Martine, la femme du frère de Bruno, Michel, vient passer un moment avec nous en buvant un café. Elle a toujours hésité jusqu’ici à s’engager pleinement avec le Seigneur. Hier soit, elle était à la réunion avec Michel, et ils semblent avoir été touchés. Nous pouvons librement parler du Seigneur et du baptême. Je sens qu’elle est prête, et qu’une fois qu’elle se sera engagée, ce sera sérieux. Je lui renouvelle ma proposition de la baptiser avant son retour en France, dans moins de deux semaines. J’ai la conviction qu’elle acceptera.

En début d’après-midi, Rolando apparaît. Nous en profitons pour mettre au point avec lui notre projet de déplacement à la capitale, Asuncion, en début de semaine prochaine. Dimanche prochain, je suis invité à prêcher dans une nouvelle église d’Hernandarias. Lundi matin, nous partirons à deux voitures à Asuncion, et nous rentrerons jeudi matin. Mardi et mercredi soir, un évangéliste paraguayen qui fait une croisade de 40 jours ininterrompus à Asuncion me propose de prêcher. Je préfère aller assister à la croisade mardi, pour sentir la volonté de Dieu, et prêcher mercredi si je sens la direction du Seigneur. Je fais remarquer à Rolando que je ne suis pas un évangéliste, mais un enseignant, et que mon désir est surtout de rencontrer des petits groupes de pasteurs pour les motiver sur la croix et la marche par l’esprit. Il va organiser à Asuncion une réunion avec des pasteurs, et nous contacterons un deuxième pasteur pour une réunion avec un autre groupe de pasteurs.

Nous laissons tout cela entre les mains du Seigneur, prêts à changer de programme s’Il nous le montre, ou s’Il nous met un empêchement.

Nous allons ensuite visiter un pasteur Baptiste qui s’occupe aussi d’un foyer pour enfants de la rue, quasi abandonnés. Ces enfants sont nombreux au Paraguay. Ce foyer était financé par des Chrétiens américains, mais ceux-ci ont arrêté leur soutien financier. Le foyer allait fermer faute de fonds, quand ce pasteur a senti un appel du Seigneur pour le reprendre. Cela fait un mois qu’il l’a repris, et tout est à réorganiser. Ce foyer a une capacité d’accueil de 60 places, mais il veut recommencer avec une trentaine d’enfants, de préférence petits, entre cinq et huit ans, afin de pouvoir les instruire dans le Seigneur avant qu’ils aient pris trop de mauvaises habitudes. Il dispose d’un budget mensuel de 4.000.000 de guaranis, soit environ 4.000 francs, ou 650 euros. Que ferait-on en France avec cela ?

Ce pasteur nous donne rendez-vous dans la galerie marchande d’un supermarché proche, et nous pouvons bavarder et faire connaissance. Nous irons visiter son foyer mercredi. Il me propose de rencontrer vers la fin du mois l’association de tous les pasteurs baptistes de la région (cinq tendances), ce que j’accepte avec joie. Je lui laisse un exemplaire de mon livre, qu’il se propose de distribuer à tous les pasteurs. Merci Seigneur ! Combien Il conduit quand nous Le laissons diriger !

Nous avions invité Michel et sa femme Martine à une petite réunion familiale chez Bruno. Ils devaient venir, mais ils ne sont pas venus. Au dernier moment, Ismaël est venu les visiter, et il part vers 21h30. A un moment donné, Bruno veut envoyer Carolina pour leur rappeler que nous les attendions, mais je lui suggère de laisser conduire le Seigneur. Il a un plan, et nous devons Lui faire confiance. Nous passons un bon moment à chanter, à louer le Seigneur et à partager Sa Parole avec Bruno et sa famille, Jeanne, Elke et moi.

Nous verrons bien ce que le Seigneur tient en réserve pour nous demain !

Mardi 3 février

Le Seigneur a encore merveilleusement conduit ! Ce matin, deux rendez-vous étaient programmés chez Bruno. Il est donc parti seul faire ses affaires, pendant que j’attendais mes visiteurs sur la véranda. Mais la petite bonne a cru que j’étais parti avec Bruno, et a renvoyé les visiteurs quand ils sont arrivés. Deux autres personnes sont arrivées à l’improviste en milieu de matinée. C’était un couple, qui voulait rencontrer Bruno pour lui demander du travail. La bonne me les a présentés, croyant qu’ils avaient rendez-vous avec moi. Il s’en est suivi un petit quiproquo amusant, chacun attendant que l’autre engage la conversation. Finalement, nous nous sommes expliqués. En attendant Bruno, nous avons parlé du Seigneur. Elle était convertie, mais pas son mari. Il lisait la Bible et était bien disposé, mais n’avait jamais donné sa vie au Seigneur. Il m’expliqua qu’il attendait d’être un peu meilleur pour pouvoir le faire. Je lui ai bien expliqué ce qu’il devait faire, et il a accepté de se donner complètement au Seigneur, à la grande joie de son épouse. Ils ont six enfants de 2 à 14 ans. Lui est chauffeur-mécanicien, mais n’arrive pas à trouver du travail. La vie est dure pour cette famille, sachant qu’ils ne bénéficient d’aucune aide. Je les exhorte à faire confiance au Seigneur, qui peut pourvoir à leurs besoins, et nous passons un moment à prier ensemble.

Le Seigneur ne tarde pas à répondre, puisque quelqu’un leur fait un don de 100 dollars, avant même qu’ils partent ! Pour eux, il s’agit d’une petite fortune dans leur situation actuelle, et d’une réponse miraculeuse. Cela fait l’équivalent, en pouvoir d’achat, de 1.000 euros en France. Il fallait voir leur joie ! Ils en avaient les larmes aux yeux !

L’après-midi, nous sommes allés contacter le pasteur Leonardo, qui m’a invité à prêcher dans son église dimanche prochain. Il est rempli de bonne volonté pour le Seigneur, mais ne connaît manifestement pas la profondeur du message de la croix. Il me dit qu’il a rencontré le pasteur Angel, chez qui nous étions samedi et dimanche derniers. Celui-ci lui a dit que j’avais apporté un message très profond et très spécial dans son église, un « message secret », qu’il n’avait jamais entendu, lui non plus ! Quel triste aveu de l’état spirituel de l’Eglise, si le message de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit, si essentiel, est considéré aujourd’hui comme un « message secret » !

Leonardo nous dit que l’association régionale des pasteurs est en train de préparer un « grand événement » : la venue d’un groupe musical mexicain, qui se produira au stade de Ciudad del Este. Coût de l’opération, 25.000 dollars US, pour couvrir les cachets de groupe et les frais divers ! Il se plaint que le prix d’entrée ait été fixé à 15.000 guaranis par personne, ce qui va empêcher les familles nombreuses de venir. L’évangélisation devient réellement un « business », même dans ces pays pauvres !

Leonardo me propose d’organiser une rencontre avec tous les pasteurs de la ville, vers la fin du mois, proposition que je m’empresse d’accepter ! Le Seigneur continue à ouvrir dres portes. Combien Il désire que la prédication de la croix soit restaurée dans Son Eglise !

Marion Boast reprend contact avec nous, pour nous dire qu’elle passera nous visiter demain matin à 8 heures. C’est cette jeune missionnaire anglaise qui avait eu deux ruptures d’anévrisme au cerveau, qui était montée au ciel, et qui avait choisi de revenir sur la terre. Le Seigneur l’avait miraculeusement guérie. Nous l’avions rencontrée lors de notre premier voyage, et je me réjouis de la revoir demain !

Mercredi 4 février

Marion vient nous retrouver pendant le petit-déjeuner. Elle est toujours aussi rayonnante, et nous raconte ce qu’elle fait actuellement. Ses 35 enfants du mois d’avril sont passés à 50 ! Elle leur donne un enseignement de base, les nourrit, et, surtout, les conduit au Seigneur. Elle a aussi de bons contacts avec des adultes de son quartier, dont une demi-douzaine sont passés récemment par le baptême. Ils se réunissent avec elle en tant que groupe de maison. Elle nous reparle aussi de sa visite au Ciel, suite à ses deux ruptures d’anévrisme au cerveau. Quelle expérience ! Quand nous pensons à ce que le Seigneur nous a préparé là-haut, et à Sa présence avec nous pour l’éternité, comment pouvons-nous encore nous satisfaire de ce que ce monde nous offre ici-bas, malgré toutes les beautés de cette terre ?

Il y a huit mois, j’avais entendu Marion nous donner son témoignage. Mais, comme je n’étais pas sûr d’avoir tout bien compris, je lui avait demandé de me le donner par écrit. Elle m’avait donc apporté une diskette avec son témoignage. Je vous en donne ici la traduction :

« Le 30 août 2001, j’ai eu une hémorragie cérébrale. Pourtant, ma tension était normale et ma santé bonne. La douleur était extrême ! Sur le moment, j’ai cru que quelqu’un m’avait agressée. Rien ne m’avait laissé prévoir que cela allait m’arriver.

« On m’a transférée d’urgence à la capitale, Asuncion, pour me faire une ponction lombaire. Puis on m’a renvoyée à Ciudad del Este pour ma convalescence.

« Moins de trois semaines plus tard, j’ai eu une nouvelle hémorragie cérébrale, et deux ruptures d’anévrisme au cerveau ! Cette fois, c’était beaucoup plus sérieux ! Ils n’avaient pas détecté les anévrismes la première fois.

« Voici ce qui m’est arrivé pendant que j’étais chez moi, en train d’attendre l’ambulance, le samedi 23 septembre 2001.

« La chambre où je me trouvais commença à tournoyer. J’étais en train de perdre connaissance. Je ne pouvais plus contrôler mon corps. Pourtant, en même temps, je savais que Dieu contrôlait toutes choses. Brusquement, tout mon côté gauche se paralysa.

« J’étais allongée sur un divan dans mon appartement. Une amie qui me visitait, et qui avait une formation de secouriste, me prit le pouls, et m’encouragea à respirer profondément.

« Puis je fermai les yeux. Je perdis conscience de mon corps, et je me sentis partir, comme glisser hors de mon corps. Je me vis parcourir un long tunnel de lumière. C’était un tunnel horizontal. La lumière n’était pas violente. Je ne marchais pas, j’avais l’impression de glisser le long du tunnel. J’étais seule. J’éprouvais une grande joie, et je ne sentais plus aucune douleur.

« Puis je parvins devant un immense portail à deux battants. Ceux-ci étaient très hauts, très larges et très épais. Ils semblaient être en bronze, mais je savais que c’était de l’or, de l’or pur, brillant, et étincelant. C’était à la fois un portail et une porte, quelque chose de parfait dans son agencement.

« Les battants du portail s’ouvrirent de l’intérieur à mon arrivée, et je vis un magnifique jardin rempli de toutes sortes de plantes. Je n’ai pas de mots pour décrire ce que j’ai vu. Tout me semblait vibrer d’une vie extraordinaire. L’herbe était brillante et verte, parfaite. Plus que la beauté physique, je fus impressionnée par la paix parfaite que je ressentais dans ce jardin. C’était une paix merveilleuse, absolue, ininterrompue, éternelle…

« Je vis un courant d’eau claire comme du cristal, et des oiseaux. Je vis aussi des aigles voler. C’était tout un nouveau monde, parfait en toutes choses.

« Plus que toute cette beauté physique, ce qui m’impressionna le plus fut la sensation de le présence de Dieu. Cette présence se faisait sentir partout et à chaque instant.

« Je savais que j’étais à l’entrée du Ciel. Il me semblait que tout avait été préparé pour être comme une sorte de lieu de réception pour ceux qui arrivaient au Paradis. Comment pourrions-nous imaginer tout ce qui se trouve au-delà de ce lieu de réception ?

« Je me tenais là, observant tout ce qui m’entourait. Je savais que je devais attendre. J’était remplie de joie et de bonheur. Je n’éprouvais absolument aucune crainte, aucune nervosité.

« Sur ma droite, je sentais la présence de Dieu. Je ne pouvais Le voir, mais je sentais qu’Il était là, et que c’était Lui-même qui m’accueillait à ce portail, m’invitant à m’avancer et à aller plus loin. Je voulais entrer. Je n’avais aucune crainte, mais je savais, au-dedans de moi, que je me préparais à entrer dans l’éternité, dans une autre dimension, définitivement coupée de tout ce qu’il y avait sur la terre. Je voulais simplement être sûre que c’était bien pour moi le moment d’entrer.

« Je m’adressai donc au Seigneur, et je Lui dis : « Si j’entre maintenant dans le Ciel, j’aimerais savoir si toute ma famille va pouvoir Te connaître, si tous mes amis qui ne Te connaissent pas vont se convertir, si tous mes amis qui Te connaissent déjà vont mieux Te connaître… Par quoi seras-Tu vraiment glorifié, par mon départ de la terre, ou par mon retour ? Par quoi seras-Tu seras glorifié le plus ? »

« Il y eut un silence… Comme une conversation silencieuse entre Dieu et moi, comme si nos cœurs examinaient ensemble le problème. Je sentais que Dieu me laissait le choix, mais qu’en même temps Il parlait clairement à mon cœur. Je n’avais qu’un pas à faire, simplement et sans effort, pour entrer dans l’éternité. J’étais enthousiasmée à l’idée de tout ce qui m’attendait au-delà de ce jardin !

« Mais je compris clairement que Dieu serait bien plus glorifié si j’acceptais de revenir sur la terre. Il serait bien plus glorifié dans ma vie et par ma vie, dans ma famille et par ma famille, dans mes amis et par mes amis.

« Je regardai encore une fois ce jardin, et je fis un pas en arrière… Je me retrouvai allongée sur mon divan. Mon amie était encore en train de me prendre le pouls ! J’étais partie pendant quelques courtes secondes, et pourtant j’avais fais un pas dans l’éternité !

« A cet instant précis, je savais que j’allais vivre, quoique, médicalement, mes chances de survie étaient infimes. Je me sentais dans une paix absolue, et mon cœur chantait en moi… Je chantais ce cantique magnifique :

« Sois glorifié… ! Sois glorifié… ! Sois glorifié… !

« Sois glorifié dans les Cieux !

« Sois glorifié sur la terre !

« Sois glorifié dans Ton Temple !

« Jésus, oh Jésus ! Sois glorifié… ! »

« En voyant l’entrée du Ciel, j’ai eu l’impression de voir un magnifique lieu de vacances, le meilleur qui puisse exister ! Le simple fait de voir l’entrée m’a permis de constater que c’était bien plus beau que tout ce que vous aviez pu imaginer… Mais, une fois arrivé là, vous comprenez qu’il vaut encore mieux y revenir à un autre moment… Alors vous revenez en arrière et vous retournez à votre réalité… Je ne peux qu’imaginer ce qui nous attend au-delà de ce jardin ! Ce que je pourrais imaginer ne représente qu’une infime partie de sa réalité !

« Le Ciel est un endroit bien réel ! Un jour, je sais que je vais y retourner pour m’y installer pour toujours !

« Dieu m’y prépare une place, pour moi, mais aussi pour vous ! Nous ne sommes que des pèlerins sur cette terre, nous ne faisons que passer !

« A Asuncion, j’ai subi une opération. C’était la première fois qu’on faisait ce genre d’opération au Paraguay. Cela fut une réussite complète. Il m’a fallu un certain temps pour récupérer, car tout mon côté gauche avait été complètement paralyse. Mais ma guérison fut complète. Je suis retournée en Angleterre pour des examens de contrôle, puis je suis revenue au Paraguay pour continuer à servir le Seigneur dans ce pays, jusqu’à ce qu’Il me montre autre chose.

« Que toute la gloire et tout l’honneur reviennent à mon Dieu rempli d’amour et Tout-puissant ! »

Antonio Cuevas arrive sur ces entrefaites. C’est ce missionnaire qui a reçu un appel pour aller s’installer avec toute sa famille dans un coin perdu du Paraguay, le long du fleuve Paraguay, à 19 heures de bateau de la capitale. Il aurait pu exercer un bon ministère dans l’une des églises les plus en vogue de Ciudad del Este, mais il n’a pas résisté à l’appel du Seigneur. Il nous raconte une partie de son témoignage. Dans sa jeunesse, c’était un délinquant et un drogué. Arrêté et emprisonné, il est tombé gravement malade. Hospitalisé, il était enchaîné à son lit par un poignet et une cheville. Sa maladie s’est aggravée, et un cancer du fémur s’est déclaré, avec suppuration et début de gangrène. Il était condamné.

Une doctoresse allemande chrétienne qui travaillait à l’hôpital a commencé à lui parler du Seigneur. Il ne s’est pas converti, mais des semences ont été plantées. Toutefois, elle a prié pour lui, et il a été guéri. Ce n’est que quatre ans plus tard qu’il s’est converti.

Il nous dit qu’il a déjà reçu un témoignage très fort de vie changée, à la suite de ma prédication de samedi dernier dans l’église du Pasteur Angel. Un jeune couple s’est réconcilié. Elle se croyait plus spirituelle que son mari, et passait beaucoup de ses journées à « œuvrer pour le Seigneur » à gauche et à droite, négligeant ses enfants et son foyer. Quand elle m’a entendu dire que la chair se plaisait beaucoup à servir Dieu, à jeûner, à prier et à assister aux réunions de l’église, POURVU QU’ELLE NE MEURE PAS, elle a été touchée dans son cœur. Elle a voulu rester chez elle pour chercher le Seigneur, pour qu’Il lui montre ce qui était charnel dans sa vie. Le Seigneur lui a montré, et elle s’est repentie de sa religiosité. Elle a repris sa place au foyer, pour la plus grande joie de toute sa famille !

J’interroge Antonio, qui est Argentin, sur les réveils argentin et brésilien. Il m’affirma qu’il n’y a pas de réveils, au vrai sens biblique du terme. Certes, il y a un mouvement du Saint-Esprit, et beaucoup de gens se convertissent. La première année de leur conversion, tout va bien. La seconde année, on leur enseigne toutes sortes de doctrines et de théologies, et les nouveaux convertis commencent à « s’enfler ». La troisième année, ils deviennent peu à peu des pharisiens légalistes, prêts à jeter la pierre aux pécheurs. Tout cela, parce que la chair n’est pas crucifiée, faute de prédication de la croix ! Comme le dit le Seigneur aux pharisiens : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte ; et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous ! » (Matthieu 23 :15).

Antonio nous dit que les sujets de préoccupation les plus importants de la majorité des pasteurs en Amérique latine concernent « la croissance de l’Eglise », et les diverses manières de faire rentrer les fonds, en particulier la dîme. Il est vrai que quand l’Eglise ne marche plus par l’esprit, elle doit recourir à toutes sortes de moyens humains pour avancer ! Nous sommes vraiment dans les temps d’apostasie annoncés par le Seigneur !

C’est pour cela qu’Antonio est tellement reconnaissant au Seigneur pour la prédication de la croix. Il me dit qu’il est venu spécialement ce matin pour me dire merci. Je rends grâce à Dieu pour la grâce qu’Il m’a faite, en me chargeant de cette glorieuse prédication de le croix. Le Seigneur sait qu’il y a encore des oreilles pour entendre, même si nous entrons de plus en plus dans d’épaisses ténèbres spirituelles !

L’après-midi, vers 15 heures, nous allons visiter le foyer pour enfants de la rue d’un autre Pasteur Antonio. Leur terrain, de près de 4 hectares, est situé en pleine ville de Presidente Franco, une ville voisine de Ciudad del Este. Les bâtiments sont vastes. Ils peuvent accueillir 60 enfants et jeunes, mais Antonio, qui redémarre cette œuvre qui était fermée, veut repartir avec une trentaine. Pour le moment, ce sont les vacances, et il n’y a qu’une demi-douzaine d’adolescents. Nous visitons les locaux. Leur état de délabrement et leur vétusté fait peine à voir. Il y a le quartier des filles, et celui des garçons, séparé. Au bout du bâtiment, il y a une petite chapelle. Il fait dans tous les locaux une chaleur étouffante. Le centre dispose aussi d’une petite boulangerie, et vend son pain et ses brioches aux commerces et particuliers des alentours.

Antonio dispose d’un chèque mensuel de 4.000.000 de guaranis, versé par une mission étrangère. A cela s’ajoutent 2.000.000 de guaranis en moyenne de revenus divers, dont ceux de la boulangerie, soit au total un peu moins de 1.000 euros par mois ! Huit personnes font fonctionner le centre, dont deux seulement touchent un salaire. Que de besoins ! Je dis à Antonio que le compte-rendu que je mettrai sur notre site touchera peut-être le cœur de quelques-uns de mes compatriotes, qui vivent dans une abondance qui fait rêver ici ! Si le Seigneur le veut, bien entendu !

Antonio nous présente l’un des adolescents, Carlito. Puis il nous dit : « Vous voyez ce Carlito ? Il a 14 ans. Hier soir, je l’ai surpris en train de pleurer. Je lui ai demandé ce qui se passait. Il m’a dit qu’il aimerait retrouver sa maman, qu’il n’a jamais connue ! »

En partant, Antonio m’invite à prêcher à une convention de plusieurs églises mennonites à la fin du mois. L’orateur pressenti venait de se désister, et il avait pensé à moi. Si c’est la volonté de Dieu, j’irai leur parler de la croix !

Vers 18h30, Ismaël arrive pour me conduire à une réunion familiale dans la maison de son beau-frère, l’un des frères de sa femme Benigna. J’avais complètement oublié ce rendez-vous. Je pars seul avec Ismaël.

Avant d’aller dans sa famille, Ismaël me fait faire un petit détour pour visiter une petite église de campagne, composée surtout d’ouvriers agricoles brésiliens. Nous rencontrons le frère qui fait office de pasteur, tout fier de me faire visiter les lieux : un humble hangar en planches avec des bancs en bois. Il me montre ensuite le véhicule le plus incroyable que j’aie jamais vu : une espèce de camionnette faite de bric et de broc, qu’il fait démarrer en tournant vigoureusement une manivelle. Il m’invite à revenir partager la Parole, et je me promets de prendre quelques photos !

Le beau-frère d’Ismaël possède une grande entreprise : scierie, menuiserie, fabrique de tuiles et de briques. Tous les membres de la famille, très unis, habitent sur le même immense terrain, dans plusieurs maisons réparties dans une nature luxuriante. De nombreux étangs servent à la pisciculture.

Les membres de la famille arrivent lentement, les uns après les autres, et nous nous retrouvons à une douzaine autour de la table. Il y a là aussi un ami de la famille, un ingénieur chimiste brésilien d’origine grecque, dont le prénom est Evangelistas ! Mais il n’est pas converti. Il m’écoute toutefois avec beaucoup d’attention, et me pose beaucoup de questions. Nous passons une excellente soirée à parler du Seigneur, du salut, de la croix et de la marche par l’esprit. La famille nous sert ensuite une bonne soupe de poisson, dans la bonne humeur générale.

Jeudi 5 février

Cette matinée est tranquille. J’accompagne Bruno à Hernandarias pour quelques formalités à la mairie ; Il me présente le propriétaire d’une estancia voisine de la sienne, un Paraguayen d’origine alsacienne. C’est un Luthérien. Nous bavardons un moment. Bruno l’invite samedi prochain à l’estancia avec sa famille, en le prévenant que nous parlerions du Seigneur. Son voisin est ravi.

Nous partons à l’estancia, ou Bruno doit vérifier les préparations du début de la récolte de soja. Celle-ci s’annonce pour lundi prochain, ce qui va sans doute compromettre notre projet de déplacement à Asuncion. Mais le Seigneur doit avoir d’autres plans, nous avons appris à changer les nôtres !

Je profite de mon passage à l’estancia pour échanger quelques paroles avec divers membres du personnel. L’un des vaqueros, Sebastiano, pense sérieusement au baptême. Il me dit qu’il aimerait être baptisé avant notre retour en France. Je lui rappelle qu’il doit prendre le temps de bien réfléchir, en toute liberté.

De retour de la ferme, Bruno repasse à la mairie d’Hernadarias. Sur les marches du perron, je reste seul dans la voiture. Une petite fille s’approche pour me proposer ses beignets. Je n’ai aucune monnaie pour la lui donner, mais je commence à lui parler du Seigneur. Je lui demande : « Tu as quel âge ? » La gamine réfléchit, et me répond en hésitant : « Dix ans ! » Elle en paraît sept ou huit. « Tu connais Jésus ? » Je vois son regard s’illuminer : « C’est Celui qui est au Ciel ? » – « Oui ! Tu sais, Il t’aime beaucoup, et Il veut t’emmener au Ciel avec Lui ! » – « Oh non ! Pas maintenant ! » – « Bien sûr, plus tard ! » Bruno revient, et lui donne deux douzaines d’œufs de la ferme. Toute heureuse et fière, elle repart aussi tôt vers son lieu, serrant ses œufs sur sa poitrine. Que de besoins, rien qu’au niveau de tous ces enfants ! je ne peux m’empêcher de penser que le prix d’un seul avion militaire pourrait largement nourrir et habiller et soigner tous les enfants de ce pays pendant un an ! Quelle folie habite le cœur de l’homme, quand il ne connaît pas Dieu !

Dans la soirée, Bruno reçoit la visite d’Antonio, son informaticien. Antonio connaît Bruno depuis sept ans. Il connaît tout de l’Evangile, mais il n’a jamais donné sa vie au Seigneur. Il avoue qu’il a été souvent freiné par le comportement de nombreux Chrétiens. Je sens que c’est un homme sérieux qui n’aime pas l’hypocrisie et qui recherche la vérité. Antonio avoue qu’il a un blocage depuis longtemps, sans pouvoir le définir. Nous passons un long moment à parler des choses du Seigneur, et je lui explique en détail le plan du salut, l’œuvre de la croix et la marche par l’esprit. Antonio comprend tout. Peu à peu, nous le guidons vers le Seigneur, et nous sommes heureux de voir que la lumière du Seigneur se fait de plus en plus claire dans son cœur. Finalement, il finit par se donner complètement au Seigneur. Avant cela, il me dit encore : « Mais comment vais-je savoir qu’il va se passer quelque chose, et que le Seigneur a vraiment entendu ? » Je l’encourage à faire confiance à l’amour du Seigneur.

Nous faisons une simple prière. Je lui avais dit : « Si tu es d’accord avec cette prière, dis au Seigneur que tu es d’accord ! » A la fin de la prière, il dit : « Seigneur, je suis d’accord, j’accepte tout ! » A ce moment précis, il se met à trembler, une sueur froide l’envahit. Il se tourne vers Bruno, et lui dit : « Bruno, qu’est-ce qui se passe ? Je me sens tout drôle ! Je perds mes forces ! J’ai l’impression d’avoir reçu une tonne sur la tête ! » Manifestement, il semble très inquiet de ce qui se passe. Le Seigneur est en train de le visiter. Je le rassure, en lui rappelant que le Seigneur nous demandait toujours de ne pas craindre, quand Il Se manifeste, ou quand nous nous approchons de Lui.

Antonio se met à pleurer, et nous réjouit de quelques paroles très belles, qui nous touchent profondément. Nous passons un long moment à remercier le Seigneur ensemble, dans Sa présence solennelle. Je dis à Antonio : « Le Seigneur Se servira de toi pour annoncer la vérité à Ses enfants ! » Bruno confirme qu’il a le même sentiment. Quelle soirée ! Jusqu’où le Seigneur va-t-Il nous conduire ?

Ce soir, c’était justement l’anniversaire d’Antonio. Une fête l’attendait chez lui. A un moment donné, sa femme l’a appelé, s’inquiétant de son absence. Il l’a rassurée, lui disant qu’il fallait qu’il reste parler avec Bruno et « un frère ». Le Seigneur avait en réserve un beau cadeau d’anniversaire pour lui !

Vendredi 6 février

Ce matin à 8 heures, Ismaël a prévu une réunion de pasteurs au Collège Emmanuel, qu’il dirige. Il vient me prendre vers 7h45. Arrivés au collège, nous trouvons le pasteur Brésilien Francisco, seul. Une demi-heure plus tard, un autre pasteur arrive, puis un troisième, une heure plus tard. Nous passons un bon moment à échanger sur la croix et la marche par l’esprit. Je leur explique la situation des églises que nous connaissons en France. Les problèmes sont les mêmes au Paraguay, même si les situations économiques des deux pays diffèrent complètement. Ils reconnaissent avec moi qu’un pasteur qui n’a pas compris pour lui-même ce qu’est la marche par l’esprit ne peut l’expliquer aux Chrétiens de son assemblée. Je me rends compte que le message de la croix a du mal à passer. Non pas parce qu’il est rejeté, mais parce qu’il y a trop d’idées préconçues ou inexactes concernant la réalité de la chair, ou parce que « porter sa croix » a une signification qui ne correspond pas à celle de la Bible. Beaucoup pensent que « porter sa croix » consiste à s’imposer des sacrifices pour marcher dans l’obéissance au Seigneur. Alors que cela consiste à « renoncer à soi-même », au vieux moi, au vieil homme, par la puissance de la croix… Concrètement, bien peu savent de quoi il s’agit, même si la doctrine est connue !

Samedi 7 février

Tous les samedis que nous vivons depuis quelques semaines sont réellement extraordinaires ! Ce matin, nous partons à deux voitures à l’estancia, avec le Pasteur Rolando et sa guitare. Le Pasteur Antonio et sa famille nous accompagnent dans leur petit camion. A peine arrivés, nous trouvons Ronaldo le Brésilien qui nous attendait. Nous nous rendons aussitôt à l’endroit habituel, au-dessus du lac, sous les mandariniers, assis sur des billots de bois. Il y a là une vingtaine de personnes, les ouvriers agricoles, d’autres membres du personnel de l’estancia, et quelques membres de leurs familles.

Nous annonçons simplement l’Evangile et parlons du Seigneur. Je leur parle du plan merveilleux que le Seigneur tient en réserve pour tous ceux qui se donnent à Lui. Rolando intervient en guarani, et Antonio, qui est Argentin, parle à son tour en espagnol. Les cœurs sont toujours aussi ouverts. Nous ressentons encore une fois cette présence du Seigneur si particulière. A la fin de la réunion, Antonio nous dit : « Quelle réunion ! J’ai rarement ressenti une telle présence du Seigneur ! » Nous annonçons la réunion de l’après-midi, vers 15 heures, de l’autre côté du lac, sous les toits de chaume.

Après le déjeuner, nous partons au lieu habituel. Malgré la chaleur, il fait une douce température sous ces toits de chaume. Nous voyons peu à peu arriver le personnel de l’estancia, par familles. Le voisin que Bruno avait invité arrive aussi avec sa famille. Il est d’origine alsacienne, sa famille ayant fui l’Alsace après la guerre de 1870. Ses deux petits garçons sont blonds comme les blés ! Nous nous retrouvons bientôt à une quarantaine de personnes, tous âges confondus. Rolando chante avec entrain quelques cantiques. Je commence à parler, et Antonio intervient ensuite. L’onction du Seigneur est sur nous tous. Nombreux sont ceux qui sont touchés. Antonio fait un appel, et plusieurs se lèvent pour la prière, quelques-uns en pleurant. Nous sommes tous très émus.

Il n’y a pas de candidats au baptême. Mais, à la fin de ce moment béni, je me suis dirigé seul vers le petit débarcadère au bord du lac. Les deux « vaqueros », Sebastiano et Rey, me rejoignent aussitôt. Je les sens de plus en plus détendus. Ils engagent la conversation avec moi, et nous parlons assez longuement de la signification du baptême. Ils finissent par m’avouer qu’ils aimeraient bien s’engager dans le baptême, mais qu’ils ont encore quelques « problèmes à régler ». Ils m’avouent qu’ils fument encore tous les deux, et qu’ils voudraient régler cela avant. J’apprécie leur sérieux à vouloir s’engager, et je les assure de la bonté du Seigneur, qui va les aider à marcher selon Sa volonté. Je leur affirme qu’ils n’ont pas besoin d’être parfaits pour passer par le baptême. Il leur faut se repentir de tout leur cœur, et accepter le Seigneur comme leur Sauveur. Ils me disent tous les deux qu’ils seront prêts pour le baptême avant notre retour en France !

Revenus sous les toits de chaume, je les interroge un peu sur leur existence. L’un d’entre eux, Sebastiano, s’est retrouvé orphelin de père très jeune, et il a dû travailler pour subvenir aux besoins d’une famille nombreuse. Il s’est engagé comme « vaquero » dans une estancia du Brésil, où il est resté de nombreuses années, avant d’être engagé par Bruno. Quant à Rey, il a appris son métier sur le tas, avec son père, qui était aussi vaquero. Son rêve serait de pourvoir acquérir 4 ou 5 hectares de terre et un peu de bétail, mais ce rêve est pour le moment inaccessible, faute d’argent. Tous deux sont très contents de leur travail ici, et ils sont heureux d’avoir un patron chrétien !

Sebastiano me dit avec émotion qu’il est très heureux de ces rencontres du samedi, et de pouvoir « entendre la Parole de Dieu ». Il m’affirme qu’il ne connaît pas une seule estancia des environs où l’on fait cela, et il reconnaît qu’il s’agit d’une réelle bénédiction !

Nous laissons Bruno et Antonio en grande conversation avec le voisin Alsacien, et nous ramenons Graziella, la petite bonne (qui va très bien à présent) et Tali, la cuisinière, à l’arrêt de bus de Ciudad del Este. Dans la voiture, Graziella nous dit : « Vous allez nous manquer quand vous allez partir ! » Oui, et eux aussi vont nous manquer !

Cet après-midi, sont arrivés de France, pour quelques jours de vacances, une famille d’amis de nos voisins Marcel et Michèle. Le mari est un Gitan français qui vient de se convertir, tout feu tout flamme. Sa femme n’est pas encore au Seigneur. Nous avons hâte de faire leur connaissance, pour savoir ce que le Seigneur tient encore en réserve !

Dimanche 8 février

Dès 7h45, après le petit-déjeuner, nous partons Bruno et moi visiter Marion et « ses enfants ». Elle habite dans la cour intérieure d’une église, qui lui loue aussi une salle pour les enfants dont elle s’occupe. Auparavant, nous achetons quelques sachets de friandises et de bonbons pour les enfants.

Nous trouvons une trentaine d’enfants, de quatre à dix ans environ, occupés à dessiner et à colorier les lettres d’un verset biblique, qui sera affiché sur le mur. Le verset du jour est tiré de 1 Jean 4 : « Dieu est amour ». Marion leur fait apprendre par cœur le texte, avec les références du chapitre et du verset. Il y a 90 % de garçons ce jour-là. Marion nous explique que les filles ont plus de mal à sortir que les garçons. La plupart des enfants du groupe viennent des familles pauvres d’un bidonville voisin.

Tous nous accueillent avec de grands sourires. C’est aussi l’occasion pour Marion de faire un peu de géographie pour leur expliquer où se trouve la France. A la fin de la leçon, tous se mettent en rang pour recevoir avec reconnaissance la demi-douzaine de bonbons qui leur sont offerts. Il suffit de bien peu de chose pour rendre ces petits heureux !

Nous passons ensuite dans l’église, où se réunit un petit groupe d’une dizaine de personnes du quartier, sous la direction du Pasteur Lorenzo. Nous louons le Seigneur, et je peux partager le beau message de la croix et de la marche par l’esprit, qui est reçu avec un cœur grand ouvert. Je ne me lasse pas de prêcher ce message puissant de la croix !

Le pasteur Lorenzo s’offre de me faire rencontrer d’autres pasteurs de ses connaissances, pour partager avec eux ce message.

Le soir à 18h30, nous partons pour l’église du Pasteur Leonardo. La réunion est déjà commencée depuis 18h. Je trouve qu’il se passe trop de temps avant la prédication de la Parole, plus d’une heure et demie ! Quand on arrive au temps de la prédication, les Chrétiens sont déjà fatigués de tout ce qui a précédé.

C’est la même femme que la dernière fois qui dirige la réunion. Elle fait un appel très long et sentimental sur la nécessité de gagner des âmes. C’est vrai, mais l’état spirituel de beaucoup d’églises ne leur permet pas de donner un bon témoignage auprès de ceux qui ont besoin d’hériter du salut ! Le monde croira quand il verra l’amour dont nous nous aimons, et l’unité spirituelle que nous aurons. Si la chair est vivante, la vie de l’esprit ne peut se manifester pleinement. Si l’œuvre de la croix est bien connue et comprise, Christ pourra Se manifester dans Son Eglise, et Il en sera glorifié.

C’est le thème central de ma prédication, écoutée dans un grand silence. Cette fois, c’est Bruno qui me traduit. Nous sommes dans le même esprit. A la fin, je prie de tout mon cœur pour que le Seigneur nous ouvre pleinement les yeux sur l’œuvre de Christ, et nous apprenne à marcher réellement par l’esprit !

Lundi 9 février

Le Pasteur Antonio vient nous visiter de bon matin. Comme Bruno est déjà parti à l’estancia pour rencontrer un acheteur de bétail, je propose à Antonio de l’accompagner à la ferme, car il veut parler à Bruno. Antonio a répondu à un appel pour aller s’installer dans une région éloignée, sur le bord du fleuve Paraguay, pour évangéliser des populations indigènes encore non atteintes. Il doit déménager dans quelques jours.

Antonio, dans la voiture, me reparle du « réveil » argentin. Etant Argentin lui-même, il e travaillé pendant un temps à la Société Biblique de l’Argentine, qui distribue des Bibles dans ce pays. Il avait été fort surpris de voir que très peu de Bibles étaient distribuées dans son pays, en rapport avec la masse des convertis annoncés. Jusqu’à ce qu’il découvre que cette Société Biblique était contrôlée par des « pasteurs » Francs-Maçons, qui bloquaient en fait la distribution des Bibles !

Nous retrouvons Bruno en chemin, et rentrons à la maison. Nous passons un long moment dans la communion fraternelle, nous exhortant mutuellement et parlant de l’œuvre du Seigneur. Quelle grâce de pouvoir être unis dans le même esprit, d’une même âme et d’un même sentiment !

L’après-midi, je retourne à l’estancia avec Bruno et le Pasteur Rolando, venu nous visiter entre temps. Bruno veut surveiller le début de la moisson du soja. Tout s’est bien passé, même si la relative sécheresse a fait baisser un peu le rendement. En passant par Hernandarias, Bruno s’arrête un moment chez son vétérinaire, qui tient aussi une boutique de produits pour animaux. Assise devant sa boutique, la femme du vétérinaire est en train de livre un livre. Je constate avec surprise qu’il s’agit de la traduction en espagnol de « La marche par l’esprit » !

En partant de l’estancia, Bruno se rend à son refuge pour enfants, pour leur apporter du lait de la ferme. Nous parlons un peu avec Ruffina, la maman de Mirta. J’éprouve le besoin d’aller visiter la sœur aînée de Mirta, Alicia, la seule de la famille à n’être pas encore convertie. Elle habite non loin de là.

Bernardo, le mari d’Alicia, nous reçoit, étonné de notre visite. Le quartier est misérable, et la maison de n’est pas moins. Il n’ose même pas nous faire entrer, prétextant la chaleur, et nous reçoit à l’arrière de sa « cour ». Alicia est absente. Il nous fait installer quelques fauteuils de jardin branlants, et nous passons un long moment à bavarder. Je lance la conversation sur le Seigneur, et nous sommes étonnés de voir Bernardo s’ouvrir. C’est lui qui est demandeur ! Il nous dit qu’il lit régulièrement sa Bible, et qu’il veut s’approcher du Seigneur.

A un moment donné, sa petite fille, qui doit avoir cinq ans, se met à gémir dans la maison, en proie à un violent mal de dents. Nous la faisons venir et nous prions pour elle. Quelques minutes plus tard, elle se tait, apaisée.

Bruno me fait part ensuite de son grand étonnement devant l’attitude de Bernardo, car celui-ci était autrefois plus que résistant à l’Evangile ! En partant, je propose à Bernardo de retourner lui expliquer l’Evangile et répondre à ses questions, ce qu’il accepte aussitôt.

Quelle joie de voir une âme s’ouvrir à la grâce du Seigneur, au milieu de cette petite arrière-cour crasseuse ! Quel prix immense a une seule âme pour le Seigneur !

En rentrant chez Bruno, je demande à Graziella, la petite bonne, des nouvelles de sa santé. Elle me répond avec un grand sourire qu’elle va de mieux en mieux.

Le soir, nous faisons une réunion générale avec tous les enfants, ainsi que les petits-enfants de nos voisins. Nous chantons avec entrain, et je raconte l’histoire de David et Goliath, toujours très appréciée, malgré les interventions intempestives de certains petits très dissipés ! Peu après, les enfants vont jouer dans leur salle de jeux, et ce sont les parents qui arrivent, nos voisins et leurs amis venus les visiter de France. Lui est un jeune converti de quatre mois, mais sa femme ne l’est pas encore. Nous pouvons chanter ensemble, lire la Bible, et partager la Parole. Je leur donne rapidement mon témoignage personnel, et celui de mon père, qui avait demandé le baptême quelques semaines avant sa mort. Martine et la femme de leur ami semblent très touchées. Je sens qu’il est très possible que nous ayons deux nouveaux baptêmes avant leur retour en France !

Mardi 10 février

Ce matin, nous recevons la visite des épouses de deux membres du groupe Rocas Vivas, accompagnées de leurs enfants. Elles restent déjeuner avec nous et nous passons un bon moment dans la communion fraternelle. Elles nous donnent de bonnes nouvelles de leurs maris et du groupe, qui se trouvent en Argentine, à près de 2.000 Km de là, pour une campagne d’évangélisation.

L’après-midi, Graziella, la petite bonne, veut nous parler, à Elke, Jeanne et moi-même. Elle se demande si son baptême est valable, car elle vivait en concubinage au moment de son baptême. Elle et son compagnon ont trois enfants, et se considèrent comme mariés, mais sans avoir jamais régularisé leur situation.

Je la rassure sur la validité de son baptême. Je lui dis que le Seigneur exige de nous la repentance et la foi en Lui. Cette foi implique bien entendu le désir de Lui obéir en toutes choses, donc de mettre sa situation matrimoniale en règle. Pour se marier, au Paraguay, il faut se présenter devant un juge avec quatre témoins majeurs, et payer 150.000 guaranis pour les formalités (150 francs, ou un peu moins de 25 euros, ce qui est une somme considérable pour ce pays).

Graziella nous raconte ensuite son témoignage. Orpheline de père et de mère, elle a eu une vie très dure. Elle s’est mise en ménage il y a sept ans avec son compagnon, qui buvait, fumait beaucoup et la rudoyait. Graziella croyait en Dieu, mais ne Le connaissait pas. Nous avions eu l’occasion de lui parler lors de notre premier voyage, ainsi que Mario, le père de Bruno. Elle avait aussi eu l’occasion d’écouter de nombreuses conversations portant sur les choses de Dieu, qui l’avaient beaucoup intéressée. Elle avait alors commencé à prier et à lire la Bible, puis avait accepté le baptême.

Elle décida de prier avec foi pour son compagnon, se levant très tôt le matin, parfois à deux ou trois heures, afin de pouvoir profiter des heures calmes du petit matin. Un jour, son mari a manifesté le désir de l’accompagner à l’église. A la fin de la prédication, il s’est publiquement avancé, et a demandé au pasteur de prier pour lui. Pendant la prière, il s’est mis à pleurer et s’est profondément repenti de ses péchés.

Le lendemain, il avait complètement cessé de fumer et de boire, n’en éprouvant plus aucune envie ! Il ne savait ni lire, ni écrire, ni parler l’espagnol, étant orphelin de père et n’ayant jamais été à l’école. Il a commencé à prier pour recevoir l’aide du Seigneur, car il voulait lire la Bible. Le Seigneur l’a exaucé. A présent, il peut lire sa Bible, il comprend très bien l’espagnol, et commence à le parler ! Il s’est fait également baptiser, et toute la famille marche à présent avec le Seigneur !

Graziella manifeste sa joie devant les changements opérés par le Seigneur dans sa vie et dans son foyer. Elle est heureuse et ne se sent plus seule comme auparavant. Elle sait qu’elle a un Père merveilleux dans les cieux, qui l’aime et qui veille sur elle et sur sa maison.

Graziella nous dit que son pasteur est vraiment un homme de Dieu, qui prie et jeûne beaucoup. Il y a une dizaine de jours, un homme très maigre et très malade est venu dans l’église. Il était soutenu par les membres de sa famille, pouvant à peine marcher. Le pasteur lui a dit qu’il devait demander pardon à Dieu pour la rancune qu’il avait à l’encontre de certaines personnes qui l’avaient offensé, et que le Seigneur voulait le guérir. Il a prié pour cet homme, puis lui a demandé de se lever et de marcher, ce qu’il a fait devant tous, avec une pleine liberté de mouvements. Graziella s’est mise à pleurer, car elle se rappelait que son père avait eu une maladie semblable.

Elle nous invite à visiter un jour son église, « qui n’est pas très belle », mais dans laquelle il y a la présence du Seigneur. Nous lui promettons de nous y rendre avant de partir.

Mercredi 11 février

Comme nous n’avons aucun rendez-vous ce matin, j’en profite pour faire réviser à Carolina, l’aînée de Bruno et de Mirta, ses cours du CNED. Nous passons près de trois heures à travailler les fractions et les polygones ! Vers midi, le frère Crosta s’annonce. Il veut nous inviter dimanche prochain à une journée à la campagne avec tout un groupe de frères et sœurs et de musiciens. Je ne sais pas si nous pourrons y aller, car c’est le jour de retour de Monique et de ses enfants pour la France, et nous souhaitons rester avec eux jusqu’au dernier moment. Monique est tout près de s’engager avec le Seigneur.

Le frère Crosta est toujours aussi bavard. Je l’écoute avec patience, et je finis par lui dire : « Frère, nous vivons des temps périlleux ! C’est le moment d’écouter beaucoup et de parler peu ! » Il est tout à fait d’accord, et repart de plus belle ! Nous n’avons pas le temps d’aller plus loin. Une prochaine fois, il me faudra être plus direct, si Dieu le permet ! Bien souvent, je me suis rendu compte que ce n’est pas le fait de dire la vérité à un frère qui le change, sauf quand c’est réellement le moment du Seigneur. Mais que la prière est bien souvent plus efficace !

Vers 16 heures, nous recevons la visite de trois pasteurs : le Pasteur Antonio, qui s’occupe du foyer Bethel, et deux pasteurs argentins qui exercent leur ministère à Ciudad del Este. Ils veulent m’inviter à un séminaire d’églises mennonites, les 28 et 29 février prochains. Je leur propose le thème de la croix et de la marche par l’esprit, en leur laissant un exemplaire du livre. Bruno se joint à nous et nous passons un excellent moment de communion fraternelle.

Les amis français de Jacques et de Michèle, venus les visiter pendant quinze jours, voulaient nous inviter tous ce soit au restaurant. Nous leur avons plutôt proposé de faire une réunion générale chez Bruno, mais en leur disant que nous voulions partager la Parole de Dieu et prendre la Cène. Tous sont d’accord. Rolando nous téléphone pour nous annoncer son intention de passer nous voir avec sa femme Maria. Antonio viendra aussi avec son fils, virtuose de la guitare. Antonio est lui-même un ancien chanteur professionnel. Nous nous attendons à une bonne soirée, et passons un moment à prier pour la bénédiction du Seigneur.

Nous nous retrouvons à une vingtaine chez Bruno. Il y a là trois Français de passage, qui travaillent dans la coopération technique, et qui ne connaissent pas le Seigneur. Antonio, Rolando et sa femme nous régalent de cantiques magnifiques accompagnés à la guitare. Nous avons l’occasion de témoigner de notre foi, en comptant sur la Seigneur pour qu’Il fasse fructifier Sa Parole dans les cœurs qui sont ouverts.

Jeudi 12 février

Nous passons la matinée chez Bruno. J’en profite pour passer du temps devant le Seigneur. Il y a tant de sujets de prière ! L’après-midi, Bruno m’emmène visiter la mission catholique où doivent se retrouver les trois Français qui étaient avec nous hier soir, et qui étaient chargés de mettre en œuvre divers projets de développement économique et social.

Nous finissons par les trouver, en compagnie d’un missionnaire catholique polonais. Ils visitaient l’installation sommaire de traitement de graines de tournesol, pour extraire de l’huile destinée à une petite communauté d’Indiens dont s’occupe la mission polonaise. Nous retournons à la mission, ou nous passons un moment à bavarder de choses et d’autres. Les trois Français ne disent pas un mot sur leur soirée d’hier soir. Je suis tellement attristé par ce manque apparent de soif des choses du Seigneur que je me tais.

Les missionnaires polonais, me semble-t-il, font surtout des œuvres sociales. L’un d’entre eux, un géant barbu, fume tranquillement sa cigarette, à l’écart dans un fauteuil, sans s’occuper le moins du monde de nous. L’autre est plus avenant, mais se cantonne à des sujets de conversation insipides. Je ne sens aucun besoin de parler de Dieu. J’ai eu l’occasion de rendre témoignage hier soir à mes compatriotes, mais cela ne semble pas avoir attisé en eux la moindre soif. A moins qu’ils n’osent pas en parler… Pauvre Europe ! Les Blancs qui vivent ici affichent leur supériorité et leur science, mais leur pauvreté spirituelle est grande ! Quelle différence avec la plupart des Paraguayens que nous avons rencontrés ! Avec Bruno, nous avons vraiment l’impression de perdre notre temps. Je garde simplement la foi que le Seigneur continue à nous conduire, même dans ces moments qui me semblent si négatifs !

Vers 22 heures, le Seigneur nous réconforte. Les deux paraguayens qui étaient venus nous visiter le 3 février nous appellent au téléphone. Ils nous disent que, depuis qu’ils ont quitté la maison de Bruno ce jour-là, le Seigneur leur a accordé beaucoup de bénédictions miraculeuses, et ils voudraient nous revoir pour en témoigner. Ils reviendront nous en parler !

Vendredi 13 février

Au début de la matinée, Ismaël, le Directeur du Collège Emmanuel, vient me chercher pour rencontrer un groupe de professeurs du Collège. Je peux parler pendant deux heures avec vingt-cinq professeurs environ, dont sept ou huit Chrétiens. Nous passons rapidement des problèmes de pédagogie aux problèmes spirituels, et je peux librement leur parler du Seigneur, dans une atmosphère très détendue. Quand je leur demande à la fin quel est, selon eux, leur problème principal, ils me répondent qu’il s’agit du manque de motivation de la plupart des élèves. Beaucoup savent que l’on peut gagner facilement de l’argent, sans éducation particulière, dans un pays où la débrouille et la corruption sont reines !

Il y a là un Anglais d’un certain âge, professeur d’Anglais, qui me raconte à la fin son témoignage, très intéressant. Il vivait en Angleterre, n’étant pas encore converti, quand il a commencé à rêver régulièrement du Paraguay. Ils ont décidé avec sa femme de venir s’y installer, et ont acheté une petite ferme.

L’ambassade de Grande-Bretagne les mit en relations avec des Anglais proches de chez aux, qui étaient Chrétiens. Ils n’ont pas tardé à se convertir. Un peu plus tard, le Seigneur leur a révélé qu’Il allait leur confier des enfants, pour qu’ils s’en occupent. Peu après, une pauvre femme enceinte est venue les trouver, pour leur demander de s’occuper de son bébé quand il naîtrait. Elle était alcoolique, et n’avait pas les moyens de pourvoir aux besoins de sa famille.

A la naissance du bébé, ce n’était pas d’un bébé dont ils ont hérité, mais de deux jumeaux, dont l’un était né sans les doigts de pieds. Le couple d’Anglais avait déjà deux garçons, et n’avaient plus pu avoir d’enfants par la suite. Quelque temps après avoir accepté d’élever les deux jumeaux paraguayens, la femme du frère Anglais s’est retrouvée enceinte à son tour ! Ils ont à présent cinq garçons, dont deux adoptés !

L’après-midi, Monique, notre voisine, me demande un entretien avec elle, et avec la femme française venue la visiter avec sa famille. Nous passons près de deux heures et demie à parler des choses du Seigneur ! Le Saint-Esprit agissait puissamment dans les cœurs, et je suis certain qu’il va en résulter des engagements fermes pour le Seigneur !

Dans la soirée, comme Monique doit rentrer en France, la famille venue les visiter nous invite tous au restaurant. Je suis très réticent à m’y rendre, et je leur propose plutôt une bonne réunion ensemble à la maison. Mais comme ils insistent, et pour faire plaisir à nos amis, nous décidons tout de même de les accompagner. J’aurais mieux fait de suivre l’intuition de mon esprit !

Je pensais que nous allions nous rendre à un petit restaurant local. En fait, il s’agit d’un immense restaurant présentant aussi des spectacles folkloriques du Paraguay, de la Bolivie, du Pérou, du Chili, du Mexique et du Brésil. Au début, ces spectacles sont sains, mais, plus le temps passe, et plus ils deviennent impurs, notamment celui du Brésil. Nous sommes très mal à l’aise.

Peu après, Elke se rend compte que son sac, qu’elle avait accroché au dossier de sa chaise, a disparu. Apparemment, il a été volé. Tout le personnel du restaurant, très ennuyé, fait les formalités d’usage, et nous nous hâtons de partir avant même la fin du spectacle !

Rentrés chez Bruno, nous prions ensemble pour demander pardon au Seigneur de nous être trouvés dans un lieu qui ne convient pas à la gloire du Seigneur, et pour Le prier de nous permettre de retrouver le sac d’Elke, où se trouvaient des papiers d’identité et divers objets personnels. Certes, toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, mais nous apprenons souvent à nos dépens ! Nous aurions dû insister pour ne pas répondre cette invitation. Nous comptons à présent sur la grâce du Seigneur !

En rentrant à midi, j’avais vu la camionnette de Bruno chargée de « bicicletas » et de « camiones » ! Je me suis réjouis d’avance à la pensée de la joie de tous les enfants du personnel de l’estancia, quand ils vont voir que le Seigneur a touché le cœur de quelqu’un pour leur offrir ce qu’ils désiraient !

Samedi 14 février

Il a plu pendant la nuit, mais pas suffisamment pour bien arroser les cultures. Les plantations de soja souffrent et les premières récoltes ne sont pas très bonnes. Aujourd’hui, je me rends seul à l’estancia avec Bruno, car nous pensions qu’il avait beaucoup plu sur l’estancia, et que cela n’allait pas permettre au personnel de se rendre à la réunion habituelle. Quand il pleut ici au Paraguay, les gens ne sortent pas, car la plupart des routes sont transformées en torrents de boue.

Pourtant, une dizaine de personnes nous attendent sous les mandariniers ! Ils veulent connaître les choses de Dieu. Quelle différence avec l’attitude de nos trois Français de l’autre jour ! Même si nous ne pouvons pas juger sur l’apparence seulement, cela fait plaisir de sentir qu’il y a des gens qui s’intéressent au Seigneur !

Je leur parle longuement du péché et de la repentance, ainsi que du désir de Dieu de nous remplir de Son amour et de Sa Vie. Après la prière finale, je vois que le jeune apprenti maçon, qui s’était recueilli dans la prière, semble vivement touché. Il a les larmes aux yeux. Il a 21 ans.

Nous annonçons une réunion l’après-midi vers 15h30 près du lac, avec une surprise pour les enfants !

L’après-midi, nous retournons tous ensemble à l’estancia. les enfants du personnel arrivent les premiers, émerveillés de voir 25 bicyclettes et 5 petits camions à pédale alignés devant le lac, flambants neufs !

Nous commençons par un enseignement, et j’apprécie la sagesse de tous ces enfants, malgré leur désir de récupérer leur cadeau ! Je parle de l’Eglise, de sa nature, de son organisation, de son fonctionnement sous la direction de l’Esprit. Je parle à présent sans traducteur, ce qui m’oblige à employer un langage simple, à la portée de tous. Je parle à nouveau de la repentance et de la nouvelle naissance.

A la fin de mon message, je leur pose une question : « A présent que vous savez tout cela, êtes-vous d’accord pour accepter Jésus comme votre Sauveur et Seigneur, et pour marcher toute votre vie avec Lui ? Ceux qui sont d’accord, faites « oui » de la tête ! Ceux qui ne le sont pas, faites « non » de la tête ! » Je vois toutes les têtes s’agiter en silence de haut en bas !

Je leur reparle de la nécessité et de la signification du baptême, en leur rappelant que nous serons encore avec eux jusqu’au 8 mars, et que nous confions toutes choses entre les mains du Seigneur.

Arrive le moment tant attendu par les enfants, qui sont tous restés d’une sagesse exemplaire pendant tout ce temps. Je leur explique que tous ces cadeaux ont été achetés par un homme, sans dire lequel, mais que c’est Dieu qui a touché le cœur de cet homme.

Nous demandons aux plus petits de s’approcher, et de choisir entre un tricycle et un camion à pédales. Certains ne se font pas prier, d’autres sont tellement intimidés qu’ils sont comme paralysés, et ce sont leurs parents qui doivent choisir pour eux. Les plus grands sont plus hardis, et tous les vélos trouvent sans mal leur propriétaire. Même les nouveaux baptisés, Aïda et Emilio, peuvent avoir un vélo d’adulte, à leur grande joie. Il reste même un petit tricycle pour le bébé de la femme de Sebastiano, qui doit accoucher dans quelques jours. Tout le monde est servi.

Pour certains de ces enfants, il s’agissait sans doute du plus beau jour de leur vie ! Aucune de ces familles n’aurait été en mesure d’offrir des vélos neufs à ses enfants ! Je revois encore le regard émerveillé et reconnaissant de la petite Estella, et de sa sœur Marilena ! Je dis à Estella : « Tu vois, Estella, le souhait que tu avais fait a été exaucé ! » Elle me récompense d’un beau sourire. Seigneur, prends soin de tous ces enfants ! Entoure-les de Ton amour et de Ta protection ! Qu’ils puissent Te connaître et Te servir toute leur vie, avec leurs parents !

Toutefois, en partant, Bruno remarque que le petit Carlito, le plus jeune frère de Mirta, s’en va en pleurant. Il n’a pas eu de vélo, car il ne fait pas partie du personnel de l’estancia. Il se trouvait présent ce samedi-là, mais tous les vélos ont été distribués avant qu’il ose s’avancer pour en prendre un ! Mirta nous dit qu’elle va lui en fournir un à la première occasion. C’est la seule note de tristesse de cette belle journée !

Dimanche 15 février

Encore une journée bien remplie ! Ce matin, dès 8h30, nous partons pour l’église du Pasteur Antonio Rodriguez. C’est une église baptiste. L’assistance est très jeune et très sympathique. Nous participons à une classe d’école biblique pour adultes, puis au culte proprement dit. Je peux parler sur la vie crucifiée et la marche par l’esprit, traduit par Bruno, et le message est très bien reçu.

En début d’après-midi, Monique vient nous dire au revoir. Elle repart avec son fils et la famille de ce dernier, son mari restant encore quelques semaines au Paraguay. Nous aurions aimé qu’elle accepte le Seigneur et le baptême avant de partir, mais il faut laisser au Seigneur le temps de faire Son œuvre. Je crois que tout passe d’abord par une réelle conviction de péché. Monique nous donne en souriant rendez-vous très prochainement en France, et je lui affirme que nous n’allons pas lâcher !

L’après-midi, à 17 heures, nous nous rendons dans une autre église, celle de Graziella, la petite bonne. C’est une église pentecôtiste, de premier abord assez légaliste. L’ambiance est nettement plus « chaude » que ce matin : sono à fond, et intervenants hurlant dans le micro. Toutefois, je ressens un amour réel pour le Seigneur dans les cœurs. Le pasteur m’invite à partager la Parole, et j’ai la joie de parler du message que le Seigneur m’a demander de partager : la mort à soi et la marche par l’esprit.

Après moi, le pasteur laisse la place à un évangéliste qui était aussi invité comme orateur. C’est un jeune homme qui se lance dans une prédication hyper enflammée. Il hurle littéralement dans le micro, avec beaucoup d’effets émotionnels qui stimulent rapidement l’excitation de l’assistance. Certains commencent à se mettre à trembler convulsivement et à pousser des cris hystériques. Il n’en faut pas plus pour stimuler la chair religieuse ! J’ai l’impression que l’assemblée pense réellement que c’est là la vraie puissance de Dieu. L’évangéliste fait quelques prophéties faciles. A un moment donné, il proclame : « Oui, je suis un légaliste ! » Puis il nous invite, Bruno et moi, à nous approcher de nouveau de l’estrade. Il hurle tellement fort que j’ai du mal à le comprendre.

Bruno prend alors la parole, et s’adresse au jeune évangéliste en quelques mots très simples, pour lui demander d’abandonner son légalisme, et tout ce qui reste charnel dans sa prédication et ses méthodes. L’intervention de Bruno fait l’effet d’une douche froide, et le pasteur bondit pour empêcher que l’intervention de Bruno influence l’auditoire. Il s’efforce de « remettre la pression » et de reprendre le contrôle de la situation. Il balaye en quelques paroles assez dures les arguments de Bruno, alors que la mienne trouve grâce à ses yeux. Je peux me rendre compte, à la violence presque haineuse de certaines remarques du pasteur, qu’il n’est absolument pas dans l’esprit, et qu’il a été piqué au vif.

Manifestement, Bruno est resté incompris, et pourtant, il avait raison. A quoi bon ces hurlements insensés et tout ce bruit ? Pourquoi confondre les décibels et la vraie puissance de Dieu ? En outre, je peux comprendre que le témoignage rendu auprès des voisins ne doit pas être excellent ! Ils doivent parfois considérer ces Chrétiens comme des dérangés mentaux ! Tous les membres de l’assemblée commencent à parler en langues et à crier tous ensemble avec une excitation telle que nous préférons sortir tranquillement.

Dès que nous sommes sortis, les esprits se calment. D’ailleurs, la réunion est finie. Le jeune évangéliste s’est complètement dégonflé de son excitation. Bruno peut s’expliquer en privé avec le pasteur, qui le comprend mieux, ainsi qu’avec le jeune évangéliste, que nous raccompagnons chez lui en voiture. Il veut revenir nous voir pour nous « raconter en détail son témoignage » et nous expliquer ses projets. Que Dieu dirige toutes choses ! J’arrive quand même à lui dire qu’il est très possible de ne pas marcher dans le péché, tout en continuant à marcher dans la chair… Seigneur, combien nous avons besoin de Ta lumière et de Ta révélation !

Le soir, vers 22 heures, tous les voisins se retrouvent chez Bruno, à leur demande, pour une étude biblique ! Il y a là un couple de Français, qui vivent au Brésil, et qui sont de visite pour quelques jours chez Jacques. Ils ne sont pas convertis, bien que le mari soit très près de le faire. Ils ont récemment perdu une fille de 33 ans d’une tumeur au cerveau, et ne s’en sont pas remis. Nous pouvons parler avec eux de l’amour du Seigneur, et ils sont très touchés. Nous pouvons leur témoigner de la façon dont le Seigneur nous a nous-mêmes surnaturellement consolés de la perte de notre propre fille, à l’âge de cinq ans et demi. A la fin, le mari repart tout joyeux, en me disant : « Ce soir, j’ai compris quelque chose que je n’avais jamais compris avant : Jésus est vivant ! » Oui, Jésus est réellement vivant, et Il agit toujours aujourd’hui dans les cœurs de ceux qui s’ouvrent à Son action !

Lundi 16 février

A l’heure du petit-déjeuner, nous sommes visités par le frère Catarinas, qui était déjà venu chez Bruno partager nos études bibliques. Dans la vie, il est jardinier, mais sans travail. Il s’occupait d’une petite annexe de l’église Alpha. Cette annexe ayant fermé, il ressent le besoin de répondre à un appel pour gagner des âmes. Mais il nous explique qu’il n’a pas la liberté de répondre à cet appel dans son église, car tout doit passer par le pasteur.

Comme il vient de déménager tout près du refuge d’enfants de Bruno, ce dernier lui propose de s’occuper des familles des enfants, que personne ne suit actuellement. Il y a d’immenses besoins. Cette proposition plaît immédiatement à Catarinas, et nous nous rendons au refuge, pour rencontrer Suni, la sœur de Mirta, qui s’en occupe. Bruno explique à Catarinas dans quel esprit il souhaite travailler, et nous remettons ce projet entre les mains du Seigneur.

Carlito, le petit frère de Mirta, se trouve justement au refuge. Nous en profitons pour le consoler de son chagrin de samedi dernier. Nous lui expliquons que ce n’était pas notre intention de l’oublier, mais que sa présence n’était pas prévue ce jour-là. Il retrouve le sourire quand Bruno l’assure qu’il aura bientôt, lui aussi, son nouveau vélo !

Nous faisons un petit crochet à la ferme, où la sécheresse commence à inquiéter le personnel, mais pas Bruno. Nous constatons que tous les enfants que nous rencontrons sont très affairés à faire fonctionner leurs bicyclettes ! En rentrant chez Bruno, nous prenons le Pasteur Rolando, qui vient nous visiter. Nous passons un long moment à partager. L’église de ce pasteur (celle où nous avions fait une réunion dans l’obscurité, sous un déluge d’eau) a subi deux divisions majeures en deux ans, et il se retrouve actuellement avec une dizaine de membres, dans un bâtiment inachevé qui pourrait en contenir vingt fois plus. Seuls les murs et le toit sont en place, mais tout est à finir : portes, fenêtres, et tous les aménagements intérieurs.

Rolando et sa famille étant en permanence sur la corde raide, car il ne travaille pas, nous essayons de l’aider à résoudre son problème. Je tente de le convaincre qu’il ne doit pas s’accrocher à ce bâtiment, qui lui appartient en propre, et qu’il devrait le vendre, pour réunir son petit groupe dans sa maison personnelle, toute proche.

Ils sont tellement aux abois qu’ils sont en train d’étudier un projet qui nous semble insensé. Sa femme Maria, d’origine italienne, pourrait obtenir des papiers pour aller travailler une année en Italie, Rolando restant au Paraguay pour s’occuper de leurs enfants en bas âge. Nous lui expliquons que ce projet ne peut pas être dans la volonté de Dieu, qui ne veut pas priver cette famille de la présence indispensable de la maman. Le Seigneur a certainement autre chose en vue.

J’encourage Rolando à croire que s’il a réellement un appel de pasteur, le Seigneur va lui permettre d’exercer son ministère, tout en lui fournissant un travail ou les moyens nécessaires pour lui et sa famille. S’il a tant de problèmes depuis deux ans, c’est sans doute qu’il ne doit pas être à sa place. Il a du mal à se débarrasser de l’idée qu’une église doit nécessairement se réunir dans une bâtisse, si possible la plus grande possible ! C’est cette idée qui détourne la plupart des pasteurs que nous connaissons ici de leur mission prioritaire : perfectionner les saints. Ils ne pensent qu’à obtenir de l’argent, souvent par n’importe quel moyen, pour se construire des temples très coûteux pour un pays aussi pauvre. Nous autres Européens (ou Américains), ne pouvons-nous pas nous considérer comme en grande partie responsables de leur avoir inculqué une telle mentalité ?

Il y a de très nombreuses églises, mais la plupart ne dépassent pas 30 ou 40 personnes, et il y a un gâchis énorme d’argent consacré à la construction ou la location de bâtiments, ainsi qu’à l’achat de l’équipement, de la sonorisation, etc… Le modèle biblique primitif des petites églises de maisons a fini par être complètement perdu de vue !

Peu après le déjeuner, le jeune Alcide nous rejoint. Il est toujours aussi rempli de l’Esprit ! Il nous explique qu’il a pu témoigner récemment à la tante de son ami Ever, que j’ai baptisé il y a peu de temps. C’est une femme dont la famille a été ruinée, et qui souffrait d’une tuberculose. Suite au témoignage et à la prière d’Alcide, elle a été complètement et instantanément guérie de sa tuberculose ! Oui, il se passe des choses quand nous apprenons à être conduits par l’Esprit !

Dans l’après-midi, nous avons l’occasion de parler avec Graziella de la réunion d’hier soir dans son église. Elle nous confirme que le message que j’ai donné sur la croix avait été très bien compris et reçu par l’assemblée, et que presque personne n’avait compris ensuite ce qui s’était passé avec Bruno. Je peux expliquer encore à Graziella la différence entre une obéissance légaliste et la marche par l’esprit, et je me rends compte que le Seigneur l’éclaire.

Dans la soirée, nous nous retrouvons avec les voisins et leurs invités pour un petit lunch chez Bruno, suivi d’une étude biblique du chapitre 2 de la deuxième épître aux Thessaloniciens, décrivant ce qui doit précéder l’avènement de Jésus-Christ. Le couple de Français du Brésil écoute volontiers, malgré l’épuisement qu’ils ressentent, non encore remis de leur voyage de 18 heures en car. Nous avons un très bon contact avec eux.

Mardi 17 février

Ce matin, une bonne pluie s’annonce, alors que la météo locale avait prévu le contraire. Nous voyons là une intervention du Seigneur. Nous partons avec Bruno pour la ferme, sous un vrai déluge. La récolte est sauvée ! Mais il faudrait encore qu’il pleuve, compte tenu de la sécheresse de ces derniers temps. Nous prenons des nouvelles de la femme de Sebastiano, dont l’accouchement est imminent. Elle commence à ressentir les premières douleurs.

Alcide et sa femme Lili sont à table avec nous. A la fin du repas, Alcide reste bavarder un long moment avec moi. Il a soif des choses du Seigneur, et nous parlons longuement de la marche par l’esprit. Il veut en recevoir une pleine révélation, pour aller la prêcher à toute la famille !

Bruno me fait part de sa déception de voir que le message de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit ne soit pas reçu avec plus d’enthousiasme par les églises et les pasteurs. Certes, tous ceux qui nous ont invités ont manifesté leur intérêt, mais aucun n’a donné réellement suite, sachant que nous sommes là jusqu’au 8 mars. Je dis à Bruno que je ne me fais pas beaucoup d’illusions. Nous sommes à la fin des temps. Seul un faible reste écoutera, et c’est pour celui-là que nous devons œuvrer. Le Seigneur connaît les Siens, et sait comment leur révéler Sa Parole !

Dans la soirée, nous nous retrouvons tous en famille, avec les voisins et leurs invités français. L’ancien régisseur de Bruno, Stéphane, qui vient de rentrer de France, est aussi présent. Il n’a pas encore accepté le Seigneur, mais il connaît tout de l’Evangile. Nous passons toute la soirée à parler du salut, de la croix, de la foi en Jésus et de la Bible. Après le départ de tout le monde, le couple de Français qui vivent au Brésil, et qui ont récemment perdu leur fille, restent encore longuement avec Elke et moi. Ils sont très ouverts au Seigneur, qui fait un travail profond dans leur cœur.

Mercredi 18 février

Aujourd’hui encore, nous avons expérimenté de quelle manière merveilleuse le Seigneur dirige. Je voulais avoir depuis longtemps des nouvelles du frère Oscar, que nous étions allés visiter avec Bruno et Rolando, et qui souffrait beaucoup d’une tumeur dans les fosses nasales. Nous avions prié avec lui, mais nous n’avions plus de nouvelles.

Ce matin, nous devions aller au marché central de Ciudad del Este, Elke, Jeanne, Graziella et moi. Après avoir acheté quelques fruits et légumes, un jeune homme m’interpelle, et me demande de venir voir son père dans son échoppe. Intrigué, je m’y rends, et j’ai la bonne surprise de revoir Oscar ! Je lui demande aussitôt de ses nouvelles. Il me dit qu’il va très bien, chaque jour toujours mieux. Effectivement, il a bonne mine et l’air radieux. Je lui rappelle la parole que le Seigneur m’avait donnée pour lui, qu’Il voulait le guérir complètement. Je vois que le Seigneur est toujours le même dans Sa fidélité !

Oscar me raconte aussi de quelle manière le Seigneur l’a protégé. Il y a quelques jours, un jeune homme armé est entré dans sa maison en plein jour. Pointant son arme sur la bouche d’Oscar, le jeune homme lui a demandé son portable et son argent. Comme il n’avait rien sous la main, il n’a rien pu lui donner. Le jeune homme est parti sans rien lui faire. Peu après, Oscar apprit que l’un de ses voisins avait été cambriolé le même jour, et qu’il avait reçu une balle dans la tête !

Oscar en profite pour m’inviter à partager le culte de dimanche prochain dans son église. Comme nous n’avons aucun engagement cette matinée-là, je lui promets de venir, si Bruno peut nous amener.

Graziella était rentrée chez elle hier soir, car elle ne voulait pas manquer la réunion dans son église, après ce qui s’était passé dimanche ! Elle nous dit que la réunion s’était très bien passée, que le pasteur avait calmé les esprits, et dit à l’église qu’il priait pour que le Seigneur lui montre la vérité. Il priait aussi pour savoir si le Seigneur voulait qu’il retourne voir Bruno. En outre, il était en train de lire le livre sur la marche par l’esprit. Nous sentons Graziella très soulagée !

A la fin du déjeuner, nous recevons la visite de Jean, notre récent « jeune » baptisé de 88 ans. Il vient d’être béni par la conclusion heureuse de deux procès qui traînaient depuis des années, et se sent bien soulagé. Nous prenons rendez-vous avec lui pour une visite chez lui au début de la semaine prochaine. Il faut aussi que nous parlions au jeune couple qui vit dans sa maison, qui veulent marcher avec le Seigneur et Lui présenter leur petit bébé.

Dans l’après-midi, nous nous rendons tous au refuge pour enfants. Les amis Français de Jacques veulent offrir une petite fête et un goûter aux enfants. Le frère Catarinas est présent avec toute sa famille. Il me semble qu’il a vraiment reçu un appel, avec sa femme, pour s’occuper de ce refuge. Je fais connaissance d’Alicia, la sœur aînée de Mirta. Avec quelques membres de la famille, nous allons visiter Bernardo, le mari d’Alicia, pendant que les enfants ravis de la fête finissaient de déguster leur goûter.

Nous trouvons Bernardo le cordonnier en train de recoudre quelques chaussures. Il n’a pas beaucoup de travail, car les gens du quartier sont tellement pauvres que la plupart n’ont même pas de chaussures, seulement des nu-pieds ou des sandales bon marché.

Nous reparlons du Seigneur avec Alicia et Bernardo, et je passe un long moment à leur parler de la conversion et du vrai baptême d’eau biblique. Tous deux me confirment qu’ils ont accepté le Seigneur comme leur Sauveur. Je leur propose alors de les baptiser dès samedi prochain à l’estancia, s’ils le désirent. Ils acceptent aussitôt. Alicia me dit : « Si ! Seria muy lindo ! » (Oui ! Ce serait vraiment bien !).

Peu après, l’une de leurs voisines arrive et se joint à nous. Elle a déjà cinq enfants, et allaite le sixième, un bébé de quatre mois. Elle m’explique que ce bébé est né prématuré à six mois, et pesait un kilo et demi. Comme ils n’avaient pas d’argent pour le faire soigner, ils ont prié, et le Seigneur est intervenu. L’enfant a survécu, et se porte très bien actuellement. La maman nous explique à quel point elle est reconnaissante au Seigneur pour l’existence de ce refuge, qui l’aide beaucoup. Ce sont ses propres enfants qui l’ont évangélisée et qui lui ont appris à prier. Son témoignage encourage beaucoup Bruno, qui était arrivé sur ces entrefaites pour me chercher.

Quand Bruno apprend qu’Alicia et Bernardo veulent se faire baptiser samedi prochain à l’estancia, il n’en revient pas. Il me dit : « C’est incroyable ! Il y a quelque temps, Bernardo était prêt à tout casser quand il entendait parler du Seigneur ! » Voilà l’effet des prières persévérantes de toute la famille !

Le soir, tous nos voisins Français sont partis au restaurant. Nous restons avec Bruno et sa famille. Nous prenons la Cène ensemble. Nous avons appris que la femme de Sebastiano était entrée à l’hôpital pour y accoucher, mais que cela ne se présentait pas bien pour elle. Une césarienne était annoncée, et le médecin lui avait dit que son bébé serait trop petit et devrait être placé en couveuse. Or l’hôpital d’Hernandarias n’a pas de couveuse, et le bébé devrait être transporté à Ciudad del Este, la grande ville voisine. Nous prions tous ensemble pour que le Seigneur accorde Sa grâce et Sa bénédiction à cette famille.

Jeudi 19 février

Dès 7h30, nous recevons un coup de téléphone du frère de Mirta, pour nous annoncer que l’accouchement sous césarienne s’est bien passé. La maman et la fillette se portent bien, et le bébé ne nécessite pas n’être placé en couveuse ! Nous nous réjouissons tous ensemble de cette intervention du Seigneur, et nous décidons d’aller les visiter vers la fin de la matinée.

Vers 10 heures, nous partons en ville acheter quelques petits cadeaux pour le bébé, et nous nous rendons à l’hôpital. Il est neuf, mais les conditions d’hygiène feraient hurler le personnel médical d’un hôpital français ! Nous ne devons vraiment pas nous plaindre de la manière dont nous vivons en France !

Nous finissons par trouver la femme de Sebastiano, encore faible, mais très souriante. Elle allaitait une mignonne petite fille aux cheveux bien fournis et bien noirs. Nous ne restons que quelques minutes, heureux de constater la bénédiction du Seigneur.

Cet après-midi, le frère de Jacques, André et sa famille, sont arrivés de France pour une visite d’une quinzaine de jours. Dans la soirée, nous recevons à nouveau la visite impromptue de Walter et de toute sa famille, alors que nous nous préparions à dîner avec le Pasteur argentin Antonio et sa femme. Il faut nous habituer aux coutumes du pays ! Après un repas frugal, car il a fallu partager, Antonio nous fait une bonne étude biblique sur deux voyages en bateau décrits dans la Bible, celui de Jonas, et celui de Paul se rendant à Rome. Antonio vient de déménager sur les bords du fleuve Paraguay, pour aller évangéliser les indigènes. Il nous renouvelle son invitation à aller le visiter pendant deux ou trois jours, avant notre retour en France. Cela m’intéresserait beaucoup d’y aller, et je m’en remets à la volonté du Seigneur.

Vendredi 20 février

Au cours de notre rencontre matinale, je vois que Bruno a une mine soucieuse. Il me dit qu’hier, à l’estancia, son neveu, le jeune Emilio, que nous avons baptisé il y a quelques semaines, est venu le trouver pour lui dire qu’il aimait la fille de Valdo, le contremaître brésilien, et qu’il voulait se fiancer avec elle. Il n’a pas encore 16 ans, et elle en a 18. Bruno trouve qu’il est un peu jeune. Il craint surtout que ces deux jeunes soient allés un peu trop loin dans leurs relations, et se fait du souci.

C’est très souvent au moment du petit-déjeuner que nous recevons des visites. Nous sommes en train de faire une petite étude biblique entre nous et les voisins, quand nous voyons paraître Oscar, l’ancien militaire poète, ancien dans l’église du pasteur Francisco. Il assiste à la fin de notre étude, sur le rôle du mari dans le couple chrétien. Puis tout le monde se disperse, et Oscar reste un moment bavarder avec moi.

Finalement, Oscar reste jusqu’à midi. Nous parlons longuement des sujets qui l’intéressent, en particulier de la marche par l’esprit. Il me dit que la ville d’Hernandarias commence à être touchée par la prédication de la croix, que j’ai eu l’occasion de donner dans diverses églises, ainsi que par le livre sur « La marche par l’esprit », largement distribué. Il ajoute que les Chrétiens en parlent, et que des pasteurs commencent à prêcher sur ce thème.

Oscar m’invite à un séminaire inter-églises de trois soirées sur le couple et la famille, à partir de jeudi prochain. J’accepte bien volontiers. Ce sera une occasion d’expliquer la marche par l’esprit d’une manière pratique dans la vie du couple.

Oscar a 56 ans. Il est converti depuis 3 ans seulement. Mais il a soif des choses de Dieu. Il est Ingénieur Civil, c’est-à-dire qu’il remplit les fonctions d’un architecte et d’un maître d’ouvrage. A un moment donné, il possédait beaucoup d’argent, une belle maison, et trois voitures. Puis il a connu un revers de fortune. La banque dans lequel son argent était déposé a fait faillite, et il a tout perdu. Peu à peu, le Seigneur l’a relevé. Même s’il habite aujourd’hui une modeste maison en bois, il a pu obtenir divers marchés qui lui permettent de vivre, dont un contrat important de constructions de collèges dans le Chaco.

Il est très reconnaissant au Seigneur pour la vie nouvelle qu’Il lui a donné. Juste avant sa conversion, il était très malade du cœur, et n’avait que trois mois à vivre. Son cœur était atrophié, et ne pouvait plus alimenter ses 120 kilos et ses 185 centimètres ! Il était sur une liste d’attente pour une transplantation cardiaque. Une nuit, il a rêvé de la croix. Ce même rêve s’est reproduit chaque nuit pendant une semaine. Il s’est donc dit que Dieu le préparait à sa mort prochaine. Comme il habitait juste en face d’une église évangélique, il a été poussé à s’y rendre, et c’est là qu’il s’est converti.

A la fin d’une prédication, le pasteur a fait un appel. Oscar a levé le bras droit. Juste à ce moment-là, il a senti un coup violent sur son bras, comme si quelqu’un l’avait frappé avec une barre de fer. Il me dit : « C’était Satan qui ne voulait pas que je lève mon bras, mais j’ai pu lever le bras gauche ! Et, moi qui n’avais jamais pleuré de ma vie, je me suis mis à pleurer comme un enfant ! Je ne savais pas ce qui m’arrivait ! »

Le Seigneur l’a ensuite miraculeusement guéri. Il s’est rendu à la capitale pour y subir un scanner, et les médecins n’ont pu que constater que son cœur était redevenu parfaitement normal. Il a aussi perdu une vingtaine de kilos, ce qui lui laisse encore une belle corpulence.

Saisissant une guitare, Oscar se met à nous chanter quelques cantiques de sa composition. Il faut reconnaître qu’il est doué. Il possède une belle voix chaude. Mais il est surtout très reconnaissant au Seigneur, et ne peut s’empêcher de pleurer en chantant. C’est très émouvant de voir ce grand gaillard, ancien militaire « poseur de bombes », épancher son cœur devant son Seigneur ! Vers midi, je le ramène chez lui à Hernandarias.

A la fin du déjeuner, nous voyons Bruno revenir de l’estancia avec ses filles, qu’il avait amenées faire du cheval, et Emilio, sombre et silencieux. Tout le monde finit de déjeuner, et Bruno retient ensuite Emilio pour avoir avec lui une petite explication. Il demande à certains membres de la famille de rester, ainsi qu’à Elke et moi. Bruno se considère un peu comme un père pour ce garçon. Il lui explique avec beaucoup d’amour quels dangers il court à s’engager trop vite dans des fiançailles, et l’exhorte à être bien certain de la volonté du Seigneur.

Nous sentons qu’Emilio hésite à se livrer devant nous tous. Je lui propose d’avoir avec moi un entretien en tête-à-tête, ce qu’il accepte aussitôt. Nous passons un long moment sur la véranda, à discuter en toute franchise et en toute ouverture de cœur. Je suis très soulagé de l’entendre me dire qu’il s’est gardé pur dans ses relations avec cette jeune fille, et qu’il est entièrement décidé à rechercher la volonté du Seigneur, et à attendre de connaître cette volonté. Il est aussi d’accord pour attendre de voir si cette jeune fille va s’engager elle-même sérieusement envers le Seigneur, conscient des problèmes qui l’attendraient s’il s’engageait envers quelqu’un qui refuse le Seigneur.

Je peux prier avec confiance pour que le Seigneur le garde et le guide. Nous sommes tous décidés à soutenir Emilio dans la prière, pour qu’il reste fidèle dans sa marche avec Dieu. Le Seigneur a déjà fait un travail profond dans son cœur. Emilio m’avoue que son problème le plus profond était le sentiment de solitude qu’il avait toujours éprouvé, n’ayant jamais connu son père, et ayant été très maltraité par son beau-père. Depuis qu’il s’est donné au Seigneur, il a pu pardonner, et a senti la paix venir dans son cœur. Le Seigneur est vivant ! Lui seul peut guérir de telles blessures et donner une nouvelle vie !

Samedi 21 février

Comme d’habitude, au petit-déjeuner, nous recevons deux visites : celle, habituelle, du Pasteur Rolando, et celle du missionnaire Antonio Cuevas. Ce dernier est en cours d’installation le long du fleuve Paraguay. Comme Bruno lui avait promis divers matériels, il est revenu les chercher avec son petit camion. Nous partons tous à l’estancia.

Nous apprenons qu’Alicia, la sœur aînée de Mirta, et son mari Bernardo, ne souhaitent pas se faire baptiser aujourd’hui, mais un peu plus tard. Mirta nous dit qu’ils sont très timides et craignent la foule du samedi. Nous trouverons un autre jour, comme le Seigneur nous conduira !

Nous nous retrouvons une nouvelle fois à notre chère « Iglesia de los arboles », comme le dit Bruno (l’Eglise des arbres) : nos troncs d’arbre disposés en rond sous le bosquet de mandariniers. Peu à peu, une douzaine de personnes s’assemblent, et nous partageons la Parole de Dieu. Il y a toujours la même puissante présence du Seigneur, et la même action du Saint-Esprit dans les cœurs. Je leur fais part de ce que je ressens comme un désir du Seigneur : que cette œuvre puisse se poursuivre au milieu de tous ceux qui habitent et travaillent sur l’estancia, et qui veulent marcher avec Dieu.

Nous prions aussi pour la guérison d’Alberto, le beau-frère de Bruno, qui souffre de calculs rénaux. Bruno en profite pour témoigner de sa guérison du diabète, toute récente. Auparavant, il ne pouvait rester plus d’une heure sans aller aux toilettes, le jour comme la nuit. A présent, tout est redevenu normal.

Au déjeuner, Antonio nous parle de certaines de ses expériences de missionnaire. Il a eu l’occasion de connaître personnellement un Français qui était surnommé « le Chacal », et qui avait tenté d’assassiner le Général de Gaule. Sur la fin de sa vie, il s’était converti, et avait l’habitude de dire : « Personne n’a jamais pu mettre la main sur moi, excepté Jésus-Christ ! »

L’après-midi, nous avons notre réunion habituelle sous les paillotes, près de l’étang. Au moment où je commençais à prêcher en espagnol, voilà qu’arrivent Jacques, sa famille, et tous nos voisins Français, une douzaine de personnes ! Je reprends ma prédication en français, interprété par Mirta. Je parle sur la parabole du semeur, et sur la nécessité de bien surveiller l’état de notre cœur, ainsi que la manière dont nous écoutons la Parole de Dieu. Nous prions ensuite pour tous ceux qui vont bientôt repartir vers leurs pays d’origine, ou vers le champ de mission, comme Antonio. Ce sont des moments émouvants. Bientôt, le Seigneur reviendra, et nous introduira dans un lieu où nous ne nous séparerons plus jamais !

Nous voyons que la glace est fondue entre le personnel et nous. Au début, tous étaient méfiants et réservés. A présent, les cœurs s’ouvrent, ils nous parlent, et commencent à manifester leurs sentiments.

A la fin de la réunion, la mère d’Aïda me dit qu’elle souhaiterait se faire baptiser la semaine prochaine. Je ne serai pas là samedi prochain, étant invité à une rencontre inter-églises. Mais je lui promets de trouver un autre jour de la semaine, ou de faire ce baptême le samedi suivant, qui sera notre dernier au Paraguay.

Dimanche 22 février

Ce matin, nous avons rendez-vous avec l’autre Oscar, celui que le Seigneur a guéri de cette tumeur nasale, et que son agresseur avait épargné. Nous nous rendons à son église, et je peux à nouveau partager, sans traducteur à présent, le message de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit. C’est toujours une grande joie pour moi de voir les cœurs des enfants de Dieu s’ouvrir à ce message !

Après la réunion, comme nous disposons encore d’un peu plus d’une heure avant le déjeuner, Oscar nous invite chez lui, et il nous raconte son témoignage. C’est un homme simple et sans beaucoup d’instruction, mais pleinement engagé envers le Seigneur. Sa femme est beaucoup plus instruite que lui. Elle a beaucoup lu, suivi beaucoup de séminaires chrétiens, et n’a pas tardé à prendre l’initiative dans leur foyer.

Oscar a réussi dans les affaires, et a fini par accumuler un capital assez conséquent. Ils ont acheté un terrain, et construit une église. Ils ont ensuite engagé comme pasteur un évangéliste argentin, très connu, dont le ministère dépassait largement les frontières de son pays. Oscar a reçu cet évangéliste chez lui pendant quelque temps.

Puis cet évangéliste a séduit sa femme, et est parti avec elle. Elle a demandé une séparation de biens et de corps. Oscar a donc partagé tous ses biens en deux, et a vécu très malheureux dans une petite bicoque, avec sa fille âgée de 5 ou 6 ans, alors que sa femme restait dans la maison familiale avec son amant. Cette situation pénible a duré dix mois.

L’église a éclaté. De 90 membres, elle est passée à une vingtaine. La bénédiction du Seigneur a cessé. Finalement, la femme d’Oscar s’est repentie, et est retournée avec son mari. L’évangéliste est reparti ailleurs, et il ne semble pas s’être repenti. Il continue à être adulé, et même, selon Oscar, idolâtré. L’église est donc en train de se relever doucement, et le Seigneur panse les blessures des quelque 30 ou 40 membres actuels.

Oscar me dit : « Il y a énormément d’églises et de pasteurs ici, mais il n’y en a pas beaucoup qui sont fidèles ! Il y a beaucoup de problèmes d’adultère et de fornication ». Cela donne un mauvais témoignage, et c’est cela qui freine l’expansion de l’Evangile. Un jour, un évangéliste a dit à Oscar : « Si nous devions empêcher tous les pasteurs adultères et fornicateurs d’exercer leur ministère, il ne resterait plus grand monde ! » Quelle triste constatation !

Oscar ajoute : « Si tu venais t’installer ici au Paraguay, tu gagnerais beaucoup d’âmes, car il n’y a pas beaucoup de prédicateurs sérieux ! » Je lui réponds : « Je crois que tu en es un ! Lève-toi, et réponds à l’appel du Seigneur ! »

Oscar m’invite à nouveau vendredi prochain dans leur église. Ils reçoivent justement l’évangéliste qui avait accepté de me faire prêcher à Asuncion, la capitale, au cours de sa croisade d’évangélisation. Cela me donnera l’occasion de faire sa connaissance !

Lundi 23 février

Encore une journée mémorable, entièrement guidée par le Seigneur ! Comme personne ne se présente au petit-déjeuner, nous partons faire quelques courses, Bruno et moi, puis nous nous rendons à l’estancia. Après avoir réglé les problèmes du jour, Bruno me fait faire un nouveau tour en voiture dans les 850 hectares de sa propriété. Près d’un beau verger d’arbres fruitiers, Bruno me montre une belle parcelle arborée et clôturée, et me dit : « Tu vois, c’est là que je rêvais de construire une sorte de petit centre de séminaires et de rencontres, avec une grande salle centrale, et des petits bungalows tout autour, pour recevoir des groupes, pour des enseignements et des partages ». Le Seigneur me confirme aussitôt dans le cœur que c’est sa volonté, non seulement au Paraguay, mais aussi en France : construire dans un endroit paisible un lieu d’accueil de familles et de groupes, pour y vivre un temps d’enseignement et de communion fraternelle, tout en participant à des travaux collectifs. Cela signifie que nous devrons partager notre temps entre la France et le Paraguay, du moins jusqu’à ce que le Seigneur nous montre d’autres voies !

Bruno est rempli de joie et se sent des ailes. Il est pleinement satisfait par ce projet. Nous sommes en pleine communion d’esprit à ce sujet, et j’ai la conviction que nous sommes dans la volonté parfaite de Dieu.

Chez Bruno, Graziella, la petite bonne, nous annonce qu’elle va se marier le week-end prochain avec son compagnon, dont elle a déjà trois enfants. Ils ont décidé de régulariser leur situation et de mettre leur vie en ordre, par amour pour le Seigneur. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

Après le déjeuner, c’est Rolando qui vient nous visiter, puis tout le groupe des Rocas Vivas. Ces derniers viennent de faire une grande tournée d’évangélisation en Argentine, et en reviennent heureux. Ils ont toujours aussi soif de parler de l’œuvre de la croix et de la marche par l’esprit. Nous restons près de trois heures à partager. Puis, avec Bruno et sa famille, nous prenons tous ensemble la Cène, dans la joie de la présence du Seigneur et dans la simplicité d’une vraie communion fraternelle. Nous décidons de passer le mercredi prochain tous ensemble à l’estancia, tout le groupe Rocas Vivas, leurs épouses et enfants, et nous.

Juste avant la Cène, Marion vient à l’improviste et se joint à nous. Marion est cette jeune missionnaire anglaise qui a fait un petit voyage au Ciel après un accident cérébral. Quand nous l’avions rencontrée, il y a quelques jours, nous avions eu l’occasion de lui transmettre 200 dollars que divers amis et connaissances de France et de Guyane nous avaient donnés pour elle. Elle nous annonce, toute joyeuse, qu’avec ces 200 dollars, elle a pu avoir exactement la somme nécessaire pour acheter 45 uniformes scolaires pour les 45 enfants dont elle s’occupe, avec un beau cahier et une trousse garnie pour chacun. La plupart de ces enfants ne pouvaient pas aller à l’école publique parce qu’ils n’avaient ni uniforme ni matériel scolaire. Marion nous raconte avec émotion quelle était la joie de tous ces enfants en recevant leurs cadeaux ! Avec quelle reconnaissance ils ont prié pour remercier le Seigneur !

Nous pouvons faire ici beaucoup de choses avec relativement peu d’argent ! Tous ceux qui voudraient aider les Chrétiens du Paraguay peuvent nous contacter pour cela. Nous pouvons leur assurer que leurs dons seront bien employés, et intégralement utilisés pour l’œuvre du Seigneur !

Mardi 24 février

Aujourd’hui, nous mettons au point notre projet avec Bruno. Il s’agit de construire sur son estancia un petit centre de rencontres, de séminaires et de formation : huit chambres, dont quatre doubles, deux petits appartements, une grande salle de réunions, un réfectoire, une cuisine et un bureau. Le tout construit dans la plus grande simplicité, et harmonieusement disposé sur un terrain arboré. Voilà de quoi inviter des petits groupes de 25-30 pasteurs et Chrétiens motivés, pour des week-ends, des semaines, ou des périodes plus longues de formation, tout en participant à la vie de l’estancia.

Nous envisageons aussi de construire un centre similaire en France, et de partager notre temps entre le Paraguay et la France. Nous avons tous la conviction que nous sommes dans le plan du Seigneur, mais nous Lui remettons toutes choses, décidés à ne faire que Sa volonté. Notre seul objectif est l’édification du peuple du Seigneur, et la prédication du message de la croix.

L’après-midi, Rolando, qui avait envie de prendre l’air, vient à nouveau nous visiter avec trois de ses enfants. Il est à présent décidé à chercher un travail rémunéré, à renoncer pour un temps à son ministère de pasteur, si Dieu le lui demande, en attendant de le retrouver, comme par une résurrection. Ce frère à réellement quelque chose de touchant, malgré ses faiblesses, à vouloir entrer dans le plan parfait du Seigneur pour sa vie. Je suis sûr que Dieu le conduira dans Sa volonté.

Dans la soirée, le Pasteur Antonio Rodriguez vient parler avec Bruno de divers problèmes relatifs à son Foyer Béthel. Il me rappelle, ce que j’avais oublié, que je suis invité à prêcher dans son église vendredi soir, et qu’il a réuni à cette occasion cinq pasteurs et des Chrétiens de toutes leurs églises. En outre, il a décidé de consacrer dix réunions, dans son église, à l’étude du livre sur « La marche par l’esprit ». Beaucoup ont soif de savoir en quoi consiste le message de la vie crucifiée.

Jeudi, nous avons une autre réunion dans l’église d’Oscar, sur le thème du couple et de la famille. Nous en aurons trois en tout, réunissant les membres de trois autres églises. Samedi et dimanche, il est programmé un séminaire complet réunissant plusieurs églises mennonites, sur la croix et la marche par l’esprit. Les portes continuent à s’ouvrir, et nous en remercions le Seigneur. Nous Le prions de nous diriger vers des hommes fidèles, qui pourront à leur tour transmettre l’enseignement à d’autres !

Mercredi 25 février

Aujourd’hui, nous avons passé toute la journée avec le groupe Rocas Vivas, leurs épouses et leurs enfants, à l’estancia. Ils ont soif d’approfondir le message de la croix et de la marche par l’esprit. Nous faisons une première étude avant le déjeuner, au milieu des arbres, sur des bancs en bois.

Après le déjeuner, nous nous retrouvons à l’ombre des pins, au milieu des poules en liberté, pour continuer à échanger. Le fait d’être en petit groupe facilite grandement les échanges, dans la liberté de l’Esprit.

Nous leur parlons de notre projet d’installation d’un Centre sur l’estancia, et ils sont très intéressés. Ils auront sans doute l’occasion de participer à l’une de nos sessions futures !

Un peu plus tard, les épouses partent avec les enfants faire une promenade en carriole à cheval, pour la grande joie de tous. Nous nous sentons réellement portés par le courant de l’Esprit, et nous avons la certitude d’être dans le plan parfait de Dieu. Quelle paix et quelle joie !

Jeudi 26 février

Ce matin, le frère Oscar (l’ancien militaire) nous a téléphoné, un peu confus, pour nous annoncer que la réunion prévue ce soir dans l’église Alpha était annulée. Il nous a simplement dit que son pasteur avait déjà prévu un autre orateur. Il se peut qu’Oscar ait pris une initiative personnelle sans en référer à temps à son « autorité compétente ». Il doit nous confirmer si les deux autres réunions prévues la semaine prochaine (toujours sur le thème du couple et de la famille) seront maintenues ou pas.

Dans la matinée, le comptable de Bruno nous rend visite. Nous passons un moment à partager. Il m’avoue qu’il avait prié le Seigneur pour un travail, et que le Seigneur a pourvu. Mais, actuellement, il a trop de travail. Il n’a plus le temps de se préparer comme il le faisait auparavant, car il prêchait dans son église. Il a donc dû arrêter, et il le regrette. Il me promet qu’avant ma prochaine visite au Paraguay, il va mettre tout cela en règle, et qu’il recommencera bientôt à apporter la Parole dans son église. Il me raconte que son pasteur a invité récemment un missionnaire argentin, et qu’il a assisté à un miracle. Une femme, qui était venue dans l’église avec un cancer, a été instantanément guérie. Le missionnaire a reçu une prophétie pour elle, et, sans la connaître, lui a décrit sa maladie, en lui disant que le Seigneur voulait la guérir, ce qui s’est produit.

Aujourd’hui, j’ai eu l’occasion de faire une nouvelle visite à Alicia et à Bernardo, la sœur aînée et le beau-frère de Mirta. Ils sont encore attachés à la religion catholique, et je passe un bon moment avec eux pour leur expliquer la vraie conversion et le baptême chrétien. Je les sens en confiance, et je crois que le Seigneur les conduira dans toute la vérité. Leur fille aînée, âgée de 12 ans, veut déjà se faire baptiser.

Bruno, enthousiasmé par notre projet de Centre Chrétien, a déjà demandé à un entrepreneur brésilien de venir nous voir pour en discuter. C’est un homme ouvert, auquel nous pouvons annoncer l’Evangile librement. Il se propose de faire l’essentiel des travaux de gros œuvre d’ici deux ou trois mois, et nous fournira un avant-projet dans quelques jours.

Le soir, nous recevons la visite impromptue d’Ismaël et de sa femme Benigna. Ils disposent d’une petite heure, et sont venue spécialement pour recevoir « un peu de nourriture spirituelle ». Nous pouvons étudier ensemble le début de la première épître de Jean, sous l’angle de la croix et de la marche par l’esprit ! Ce n’est pas souvent qu’en France nous recevrions ce genre de visite !

Vendredi 27 février

Ce matin, au petit-déjeuner, comme d’habitude, nous recevons la visite du jeune évangéliste Hilario, celui que Bruno avait repris publiquement dans l’église de Graziella. Cela donne à Bruno l’occasion de s’expliquer en détail sur ce qu’il avait voulu dire. Nous passons ensuite près de deux heures à parler avec Hilario de la croix et de la marche par l’esprit. J’ai la certitude qu’il n’a pas réellement compris ce que cela signifie. Mais il est rempli du désir de servir le Seigneur et d’être conduit dans Sa volonté. Je pense que nous aurons l’occasion de nous revoir quand nous reviendrons au Paraguay, car ce sont justement des Chrétiens comme lui que nous souhaiterions recevoir dans notre futur Centre.

Nous avons ensuite rendez-vous avec le Pasteur Salinas, le missionnaire argentin qui m’a invité à prêcher dans son église demain et dimanche. Nous sommes heureux de connaître un homme sérieux dans le Seigneur, calme et équilibré. Il appartient au groupe des églises mennonites. Je crois qu’il voulait aussi savoir un peu mieux à qui il avait affaire en nous invitant, car il se méfie de certains débordements pentecôtistes, tout en étant ouvert aux dons et aux manifestations de l’Esprit. Mais il sait que le plus important dans notre vie est le fruit de l’Esprit.

Il nous confirme que les églises de la ville de Ciudad del Este, en général, sont plutôt superficielles dans leur marche avec le Seigneur. Cette ville frontière est ouverte à tous les trafics, et l’argent y est plus facile qu’ailleurs. La cupidité a gagné beaucoup d’éléments du corps pastoral. Mais, là où le péché abonde, la grâce du Seigneur surabonde, et c’est là qu’Il nous appelle à travailler !

Vers 17h30, nous rendons à nouveau visite au frère Oscar et à sa famille. Ils sont très heureux de partager avec nous, avec beaucoup d’affection et de gentillesse. Vers 20 heures, nous partons à une réunion dans leur église. J’ai l’occasion d’y retrouver l’évangéliste qui m’avait invité à prêcher à Asuncion, le dernier jour d’une campagne de 35 jours. Après une louange trop longue et trop tonitruante à mon goût, l’évangéliste passe la parole à un pasteur argentin de passage, qui doit bien peser dans les 200 kilos ! Sa corpulence nuit manifestement à son message, qui n’aurait pas été mauvais sans cela. Je n’apprécie pas l’appel final, très émotionnel. Malgré tous ces débordements charnels, je pense que le Seigneur, dans Sa miséricorde, peur tout de même bénir ceux qui ont le cœur ouvert à Son action ! On me passe la parole à la fin, et je donne une courte exhortation sur le retour imminent de Jésus, et la nécessité de Le laisser nous préparer. Désireuse de me faire plaisir, l’assemblée applaudit à tout rompre, ce que j’aurais préféré éviter !

Samedi 28 février

Ce matin, dès 8 heures, nous partons pour l’église du Pasteur Antonio Rodriguez, celui qui dirige le Centre pour enfants Bethel. Il m’a invité à prêcher devant l’association des églises baptistes du département de l’Alto Parana. Il y a là tous les pasteurs, responsables et anciens d’une dizaine d’églises. C’est exactement la situation que je désirais : pouvoir rencontrer un groupe de pasteurs et de responsables, pour leur parler de la perfection chrétienne en Christ. Je prêche sur Ephésiens 4 :1-24. Le message est très bien reçu, et certains pasteurs veulent déjà m’inviter dans leur église à notre retour. J’ai aussi l’occasion de parler au Pasteur Antonio de notre projet de construction d’un Centre chrétien, et il est très intéressé. Tout le monde nous dit qu’un tel Centre manque ici. Puis l’Assemblée entreprend ses travaux, ce qui nous permet de rentrer à temps chez Bruno pour partir tous ensemble dans l’estancia de Jacques, son voisin français, qui nous a invités à déjeuner. Quand je vois toutes les portes que le Seigneur nous ouvre, en si peu de temps, je ne peux que Lui exprimer toute ma reconnaissance !

Nous passons une excellente journée chez Jacques et sa famille. Nous pouvons, après le déjeuner, partager la Parole, et évoquer ensemble l’héritage éternel qui nous attend en Christ, quand nous serons sur la nouvelle terre, dans la Jérusalem céleste ! Il est vrai que les « légères afflictions du temps présent » ne peuvent se comparer à la gloire à venir !

Nous avons l’occasion de rencontrer Candido, le jardinier de Jacques. Il nous reconnaît aussitôt, et nous donne de bonnes nouvelles de toute sa famille. Il est lui-même très heureux, et rend grâces à Dieu pour tous ses bienfaits. Il est vrai que sa situation a bien changé depuis notre première visite, dans sa petite cahute en bois, il y a huit mois. Dieu est bon !

Le soir, à 20h, nous nous rendons à l’église mennonite du Pasteur Salinas, à Ciudad del Este. C’est une grande bâtisse en bois. L’atmosphère est simple et chaleureuse, l’accueil très fraternel. Après quelques cantiques chantés avec entrain, je peux parler pendant près d’une heure trente de l’œuvre de la croix et de la marche par l’esprit. Mirta se tient assise non loin de moi pour m’aider quand mon espagnol me fait défaut, mais le Seigneur m’aide puissamment. Nous devons revenir demain matin dans cette église.

Après la réunion, nous nous retrouvons tous dans la cour de l’église pour une petite collation et faire mieux connaissance. Il y a là d’autres pasteurs méthodistes venus m’écouter, et j’apprends que l’un d’eux veut déjà m’inviter dans son église la prochaine fois que nous viendrons au Paraguay. Il a été très touché par le message de la croix. Je glorifie le Seigneur pour l’action de Son Esprit et de Sa Parole. La prédication de la croix est réellement la puissance de Dieu pour nous qui croyons !

Dimanche 29 février

Ce matin à 9h, nous retournons visiter l’église mennonite du Pasteur Salinas. Après une demi-heure de chants et d’annonces diverses, le pasteur me laisse la parole. Pendant deux heures bien pleines, entrecoupées d’une petite pause d’un quart d’heure, j’ai toute liberté pour parler de l’œuvre de la croix et de la marche par l’esprit. Pour beaucoup, cela semble être une révélation profonde. Je sais que cette première sensibilisation, même si elle est profonde, devra s’approfondir encore, pour que chacun apprenne du Seigneur lui-même à se dépouiller du « vieil homme » et se revêtir de « l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » ! C’est déjà merveilleux de savoir que Christ a déjà accompli une œuvre parfaite, et nous a déjà donné cette perfection dans notre esprit régénéré, demeure actuelle du Saint-Esprit !

Toute l’église nous invite ensuite à une agape fraternelle, mais nous devons rentrer chez Bruno. Nous ne pouvons laisser la mère de Mirta garder les enfants toute la journée. Mais je suis certain que nous aurons d’autres contacts. En partant, le pasteur m’invite à une nouvelle rencontre quand nous reviendrons au Paraguay !

Lundi 1er mars

Toute la matinée, j’accompagne Bruno à l’estancia. C’est le début de la deuxième phase de la moisson du soja. Nous en profitons pour visiter le petit village de Santa Fe, à quelques kilomètres de l’estancia. Une rue principale avec quelques boutiques, et un habitat très dispersé. Outre l’église catholique, il y a tout de même deux églises évangéliques assez grandes. Nous visitons un boucher qui achète du bétail à Bruno. Il nous montre, sortis de son congélateur, de beaux grêlons qui sont tombés non loin, au cours d’un terrible orage qui a dévasté les champs de soja. Il nous présente un pied de soja complètement dénudé et déchiqueté. Bruno en profite pour parler du Seigneur et se Ses jugements proches. Tous sont d’accord pour reconnaître que de tels phénomènes ne sont pas normaux par ici. En outre, la sécheresse persistante inquiète beaucoup d’agriculteurs, dont certains ont tout perdu. A cette époque de l’année, il pleut normalement tous les jours. Actuellement, il n’y a qu’une maigre pluie tous les dix ou quinze jours. C’est nettement insuffisant. Il a eu des cas de suicide. Comme le prix du soja a presque doublé en deux ans, tout le monde s’est mis à cultiver du soja, ce qui ne va pas manquer de provoquer une nouvelle crise d’ici quelque temps. Combien nous devons marcher près du Seigneur pour recevoir Sa sagesse et Son conseil en toutes choses !

En fin d’après-midi, nous nous rendons chez Ruffina, la mère de Mirta. J’avais proposé une réunion de toute la famille. Nous nous retrouvons à une quinzaine dans le petit jardin. Une voisine Chrétienne s’est jointe aussi à nous. Nous pouvons nourrir de la Parole tous ces cœurs grand ouverts. Nous terminons par une dégustation des « empanadas » (sortes de chaussons à la viande et au soja) préparés par Ruffina et l’une de ses belles-filles. Nous décidons de nous revoir une nouvelle fois vendredi prochain, sachant que nous devrons rentrer en France le lundi suivant.

Mardi 2 mars

Nous recevons dans l’après-midi le Pasteur Pedro, accompagné de deux autres pasteurs. L’un dirige une œuvre missionnaire, et l’autre est évangéliste. Pedro est toujours aussi rayonnant. Il nous confirme que, depuis qu’il a été touché par la prédication de la croix, dans son église, il n’est plus le même, et son message n’est plus le même !

Il est en train de faire traduire le livre sur « La marche par l’esprit » en portugais, pour le faire distribuer dans tout le Brésil ! Il me dit avec feu : « Nous autres, pasteurs, nous avons bien que nous n’avons pas une pleine victoire sur la chair ! Sur l’estrade, oui, c’est facile de se montrer spirituel ! Mais, à la maison, en privé, avec notre épouse ou notre famille, c’est autre chose ! A présent, j’ai changé ! J’ai compris le message de la vie crucifiée ! Et je sais que c’est de ce message dont nous avons besoin ! je croyais qu’un puissant baptême de l’esprit, accompagné de prodiges et de miracles, pouvait crucifier la chair, mais je me trompais ! Seule la croix peut crucifier la chair ! »

Pedro est animé d’un enthousiasme débordant ! Le pasteur âgé, lui aussi, veut comprendre, et pose question sur question. Le jeune évangéliste se lance dans un témoignage fougueux, et rend témoignage à la puissance de l’Esprit dans sa vie. Mais lui aussi comprend que seul le message de la croix peut crucifier sa chair. Je ne peux que remercier le Seigneur, une nouvelle fois, pour la puissance de la prédication de la croix !

Je leur parle de notre intention de créer un Centre Chrétien pour accueillir tous ceux qui voudront approfondir la croix et la marche par l’esprit. Ils sont très intéressés, et veulent garder le contact. Je crois que le Seigneur est déjà en train de préparer notre prochaine venue !

Dans la soirée, Bruno est très attristé par un coup de téléphone de l’épouse d’un prophète chilien établi au Paraguay, qui vient d’être arrêté pour trafic de drogue ! Bruno le connaissait depuis longtemps, mais l’avait perdu de vue depuis près d’un an et demi. Ce prophète exerçait son ministère surtout en Argentine. Quelle tristesse de voir que des hommes peuvent apparemment manifester de véritables dons de Dieu, tout en vivant dans le péché ! Quel témoignage à la honte du Seigneur !

Mercredi 3 mars

Nous partons, Bruno et moi, visiter le prophète dans sa prison. En chemin, Bruno me raconte un peu son histoire. C’était un gangster, natif du Chili, qui s’est converti alors qu’il purgeait une peine de 37 ans de prison. Cinq ans plus tard, il a bénéficié d’une libération conditionnelle. Puis il s’est enfui en Argentine et au Paraguay, à la suite de nouveaux problèmes. Apparemment, il n’a jamais accepté de mettre sa vie pleinement en ordre devant le Seigneur. Y avait-il un manque de repentance dès le départ, ou s’est-il laissé reprendre peu à peu par la chair et la convoitise du monde ? Toujours est-il qu’il n’a jamais été libéré de l’amour de l’argent facile. A tel point que Bruno avait senti qu’il devait couper avec lui. Ce dernier continuait à exercer un ministère de prophète, surtout en Argentine. A 41 ans, il s’est marié avec une toute jeune fille de 14 ans, dont il a, sept ans après, trois jeunes enfants. Dernièrement, se sentant mal, il a cherché de l’aide auprès de plusieurs pasteurs, sans pouvoir l’obtenir. Il est tombé dans un piège. Il a accepté de participer à un trafic de drogue, et avait rendez-vous lundi dernier avec un acheteur. En fait, cet acheteur était un membre de la police, et il a été arrêté en possession de 100 kilos de marijuana.

Arrivés à la prison, nous ne pouvons pas entrer. Ce n’est pas le jour des visites. Nous allions repartir quand Bruno voit arriver la jeune épouse du prophète. Ils peuvent entrer quelques minutes, pendant que j’attends à l’extérieur. En sortant, Bruno, très attristé, me raconte qu’il a pu parler à un homme complètement abattu et désemparé. Nous sommes certains que le Seigneur lui a fait la grâce de l’arrêter sur son chemin de perdition, et qu’Il a certainement un plan de repentance et de restauration pour lui. Mais il devra peut-être passer par des moments difficiles.

Nous raccompagnons son épouse chez elle. Il se trouve qu’elle habite tout près de chez Marion, la petite missionnaire anglaise. Nous allons la présenter à Marion, et nous passons un moment à consoler cette jeune femme éplorée, dont le propre père voulait la jeter en prison et la priver de ses enfants. Nous confions cette famille aux mains du Seigneur, en Lui demandant Sa sagesse et Sa grâce.

Cette tragédie illustre parfaitement ce qui peut se passer quand l’Eglise néglige ou ignore la prédication de la croix. Si notre chair, notre vieille nature, n’est pas complètement crucifiée, et maintenue dans la mort, elle finira toujours par nous entraîner dans ses voies !

Ce soir, tous les membres du groupe Rocas Vivas sont venus nous visiter chez Bruno, avec leurs femmes et leurs enfants. Ils ont installé leur matériel, et nous avons tous loué et adoré le Seigneur dans la joie de Sa présence. J’ai eu l’occasion de partager la Parole de Dieu, Philippiens 2 et 3, ces merveilleux passages où Paul nous parle de l’humiliation volontaire de Christ, et de son élévation suprême, nous laissant un exemple. Le groupe va repartir en Argentine pour une nouvelle tournée d’une vingtaine de jours, au moment où nous allons rentrer en France. Nous avons tous été touchés par la puissante présence de Dieu tout au long de cette soirée.

Jeudi 4 mars 2004

Ce matin, Bruno et moi, nous avons fait un grand tour dans son estancia. La deuxième partie de la moisson du soja bat son plein. Mais la sécheresse anormale a déjà produit des résultats catastrophiques pour toute la région. Plusieurs suicides ont été signalés. Nombreux sont les agriculteurs qui avaient fortement investi, compte tenu de la hausse des cours du soja. Mais certains ont tout perdu. Bruno est relativement épargné. Il n’a perdu pour le moment que le quart de sa récolte. Mais il sait que le Seigneur contrôle toutes choses, et s’en remet à Lui.

L’après-midi, nous accompagnons notre voisin Jacques et une partie de sa famille à l’aéroport de Foz de Iguaçu, au Brésil. Ils rentrent en France pour un certain temps. Nous sommes heureux des moments que nous avons passé avec eux ces dernières semaines. Nous aurons l’occasion de les revoir bientôt à notre retour.

En rentrant chez Bruno, nous recevons la visite de l’entrepreneur, qui vient nous présenter les plans et les devis du futur Centre Chrétien qui doit être bâti sur l’estancia de Bruno. Ce qui nous est présenté est simple et fonctionnel, et nous plaît aussitôt. Il y aura là de quoi accueillir, pour commencer, des groupes de 25 à 30 personnes, pour des séminaires résidentiels et des séjours de formation biblique, centrés sur l’apprentissage de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit. Beaucoup de pasteurs et de Chrétiens sont déjà très intéressés, dans de nombreuses églises, et il est clair que le Seigneur nous ouvre là une grande porte. Merci de prier pour que la volonté du Seigneur s’accomplisse. Il nous a fait une grande grâce en permettant la création prochaine de ce Centre ! Qu’il puisse contribuer à ouvrir les yeux des enfants de Dieu sur l’œuvre de Christ, et aider l’Eglise à se préparer à la venue du Seigneur !

Vendredi 5 mars

Au petit-déjeuner, Walter, sa femme et sa plus petite fille nous rendent visite. Walter veut parler en privé à Bruno. Plus tard, je devais apprendre qu’il avait un projet à financer, et qu’il venait demander de l’aide à Bruno. Celui-ci sentit que tout cela venait de la chair, et a passé un bon moment à essayer de le faire comprendre à Walter. Finalement, Bruno est venu me trouver, en me disant : « J’ai fait tout ce que j’ai pu, maintenant, je te passe le relais ! Explique-lui, ainsi qu’à sa femme, ce que signifie le message de la croix et la marche par l’esprit ! »

Nous passons encore trois quarts d’heure à échanger avec Walter et son épouse. Manifestement, ils sont sur un terrain complètement vierge et inconnu. Je sens Walter s’ouvrir progressivement. Son épouse est remplie de la lettre de la Parole de Dieu, et semble plus difficile à convaincre. Je leur laisse un exemplaire de mon livre à chacun, en les encourageant à contrôler cette lecture dans la Bible, et à prier. Je leur parle aussi de notre projet de Centre, car ce sont deux candidats potentiels !

En fin d’après-midi, nous nous rendons chez Ruffina, la mère de Mirta, pour une dernière réunion familiale. Ruffina est aux anges ! Pour la première fois, sa fille aînée Alicia est venue écouter l’Evangile chez elle ! Ruffina est entourée de ses neuf enfants, de ses gendres et de ses petits-enfants. Il ne manque que Bernardo, le mari d’Alicia.

Je parle du figuier stérile que Jésus a maudit, et de la nécessité de produire le fruit de l’Esprit, en acceptant la mort de la croix. A la fin du message, Alicia est profondément touchée, et éclate en sanglots, pendant que plusieurs de ses frères et sœurs prient de tout leur cœur. Je suis moi-même très touché de les entendre remercier le Seigneur pour « ce frère venu de si loin leur apporter la Parole et leur parler de la croix » !

Zuni témoigne d’une guérison instantanée pendant à la fin du message. Elle avait une très forte douleur dans la tête et dans l’oreille droite, et ne pouvait ouvrir la bouche. Elle a été instantanément guérie, et nous le prouve avec joie.

En rentrant chez Bruno, nous nous arrêtons à une station-service pour faire réparer un pneu. Le vétérinaire de Bruno est là. Il nous dit que, selon la météo locale, cela fait plus de vingt ans que le Paraguay n’a pas connu une sécheresse pareille. Les pâturages ne poussent plus, le bétail souffre, la production de lait baisse, les récoltes sont détruites. Bruno en profite pour inviter le vétérinaire à venir demain à l’estancia, car nous y serons tous réunis. Nous attendons plus de soixante personnes, et nous attendons aussi tout ce que le Seigneur nous a préparé pour ce dernier samedi ici !

Samedi 6 mars

C’est notre dernier samedi à l’estancia. Aujourd’hui, Bruno a invité tout le personnel à un « asado » (barbecue) fraternel. Dès 10h30, nous prenons au passage Rolando et trois de ses enfants, et nous nous rendons à la ferme. Nous retournons à notre chère « Iglesia de los Arboles » (Eglise des arbres) sous les mandariniers. J’ai l’occasion d’expliquer à tous ceux qui sont présents comment vivait l’Eglise du Nouveau Testament, par plusieurs passages des Actes des Apôtres. Il y a là plusieurs Catholiques, qui ont le cœur grand ouvert à la vérité. L’une des femmes présentes me dit : « Je voudrais connaître la vérité, mais il n’y avait personne pour le l’expliquer. Les prêtres ne nous l’expliquent pas, ou je ne comprends pas ! » Une nouvelle fois, je leur explique ce qu’est la nouvelle naissance, l’entrée dans le Corps de Christ par la repentance et le baptême d’eau, le baptême biblique dans l’Esprit, et la marche pratique de l’Eglise : enseignement de la Parole, communion fraternelle, partage du pain et du vin, et prières.

En revenant de notre bosquet de mandariniers pour nous rendre à l’asado, je contemple avec émotion la file de véhicules disparates dans lesquels s’entassaient tous ceux qui avaient participé à notre réunion. Il y avait là un gros tracteur, la voiture personnelle de Valdo, le contremaître Brésilien, deux vélomoteurs, la carriole à cheval de Sebastian, et mon véhicule qui fermait la marche. Pittoresque !

Avec Elke, nous sommes allés en voiture chercher l’épouse de Sebastian et sa petite fille, née 18 jours plus tôt. Elle se remettait de sa césarienne et avait encore du mal à marcher.

L’un des frères de Mirta nous avait préparé d’excellents grillades, avec un gros plat de manioc, nourriture nationale. Nous avons tous mangé ensemble à l’ombre des pins. Il y avait là une soixantaine de personnes, dont plusieurs qui n’avaient pas encore donné leur vie au Seigneur.

Vers 14h30, nous nous sommes tous rendus sous les paillotes au bord du lac. Partant du texte des Actes qui décrit la conversion de l’eunuque éthiopien, j’ai pu annoncer l’Evangile à tout le personnel. Quelle différence avec notre premier contact avec eux tous, il y a deux mois ! La glace était à présent fondue, et nos rapports étaient devenus très amicaux.

A la fin du message, la femme du vaquero Rey me fait signe qu’elle désire se donner au Seigneur et demande le baptême. Elle confesse publiquement son désir de prendre Jésus-Christ comme son Sauveur et Seigneur, en se repentant de ses péchés et en passant par le baptême. Le Seigneur me fait encore la grâce de la plonger dans l’eau du lac au nom du Seigneur.

Je sens que beaucoup de cœurs sont travaillés. Je suis certains que d’autres auraient aimé faire comme la femme de Rey, mais n’ont pas osé, par timidité. Rien ne sert de faire pression, c’est le Saint-Esprit qui doit convaincre les cœurs.

A sa sortie de l’eau, la femme de Rey s’est approchée de son mari. Jeanne l’a entendu dire à son mari : « Toi aussi, profites-en ! Passe aussi par le baptême ! » Il lui a répondu : « En octobre, quand ils vont revenir ! Je ne me sens pas encore prêt ! »

Sebastian et son épouse désirent présenter leur fille au Seigneur. Nous prions pour cet enfant, en expliquant la différence entre le baptême chrétien et la présentation d’un enfant. J’explique aux parents que la bénédiction de Dieu pour cet enfant passera aussi par eux, et par leur pleine acceptation du Seigneur. Ils sont d’accord. Je suis certain qu’ils se sont déjà donnés au Seigneur dans leur cœur, mais qu’ils ne veulent pas s’engager publiquement tant qu’ils ne se seront pas mariés. Comme beaucoup de Paraguayens, ils se sont mis en ménage et se considèrent comme mariés, mais sans avoir fait les formalités légales. Dieu connaît les cœurs ! Il saura les conduire dans Ses voies et dans Son salut !

Nous nous disons au revoir avec beaucoup d’émotion. Personne ne veut partir. Je redonne encore un court message biblique, sur la prière de Jésus, dans Jean 17. Je leur explique notre projet de revenir en octobre, si Dieu le veut. Nous aurons beaucoup de joie à les revoir tous, et je crois que ce sera réciproque !

Dimanche 7 mars

Ce matin, dernier jour de notre deuxième séjour au Paraguay, le Seigneur nous réservait encore une surprise. Très tôt dans la matinée, j’ai accompagné Bruno qui devait aller peser quelques vaches achetées par un boucher. Comme la pesée n’a pas duré longtemps, et que nous disposions d’un peu de temps, nous décidons d’aller visiter Jean, notre « jeune baptisé » de 89 ans. Nous passons un moment à bavarder avec lui, puis à parler des choses du Seigneur. Nous lui parlons de la Cène, et il manifeste le désir de la prendre. Nous relisons ensemble le passage de 1 Corinthiens 11 où Paul explique de quelle manière nous devons prendre la Cène, puis nous partageons très simplement le pain et le vin ensemble.

Nous profitons aussi de cette visite pour prier avec le jeune couple paraguayen qui habite dans la maison de Jean. Ils veulent à présent suivre le Seigneur et prendre le baptême. Comme nous n’avons pas le temps de les baptiser aujourd’hui, le Seigneur les conduira ! Nous pouvons aussi prier pour leur bébé, comme ils le souhaitaient. Finalement, le Seigneur a permis que nous puissions faire tout ce que j’avais sur le cœur !

Conclusion

Nous sommes profondément reconnaissants au Seigneur pour toutes les portes qu’Il nous a ouvertes pendant ce second séjour au Paraguay. En nous rendant sur place en Amérique latine, et par tous les contacts que nous avons pu avoir avec de nombreux Paraguayens, Argentins, Chiliens et Brésiliens, nous avons pu constater ceci, en l’état actuel de nos connaissances :

– Nous ne pouvons pas confirmer l’existence d’un véritable réveil en Amérique latine, et au Paraguay en particulier. Tout véritable réveil se caractérise en premier lieu par une profonde conviction de péché, de justice et de jugement. Une telle conviction existe, mais elle est souvent peu profonde. Au Paraguay, nous pourrions dire que 99,9 % de la population croit en Dieu et respecte les choses de Dieu. La plupart des gens aiment parler de Dieu et de Jésus-Christ. Mais bien peu parviennent à se dépouiller de leur « vieille nature » pour entrer dans la vie de l’Esprit, et à se revêtir de « l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » ! (Ephésiens 4 :24).

– En revanche, comme l’Evangile est prêché, et il existe réellement un mouvement du Saint-Esprit, pour conduire de nombreuses âmes à la foi en Jésus-Christ et au salut.

– Toutefois, s’il est vrai que beaucoup d’âmes se convertissent au Seigneur, la connaissance biblique fait grandement défaut. Cet aspect vital de la vie de l’Eglise, l’enseignement de la vérité en profondeur, reste cruellement absent de la plupart des églises. En particulier, ce qui représente le cœur du message de l’Evangile, la prédication de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit, fait complètement défaut. La croix n’est pas prêchée dans ses aspects les plus profonds, ceux qui concernent la crucifixion du « moi » charnel.

– Les âmes qui se convertissent à Christ entrent donc dans un système charnel d’églises contrôlées plus par les hommes que par l’Esprit du Seigneur. Le témoignage personnel de beaucoup de Chrétiens et de conducteurs n’est pas à la gloire de Dieu. Beaucoup de pasteurs se préoccupent plus de l’expansion de leur propre ministère que du perfectionnement des saints. Il est vrai que nous ne pouvons donner que ce que nous avons reçu. Si je n’ai pas compris pour moi-même ce que signifie marcher par l’esprit, dans la perfection et la sainteté de Dieu, comment pourrais-je le faire comprendre aux membres de mon église ?

– C’est le constat à la fois d’un terrain propice à la réception de l’Evangile, et de la nécessité de la prédication de la croix dans tous ses aspects, ainsi que de la marche par l’esprit, qui nous a conduits à décider la création d’un Centre d’accueil résidentiel de petits groupes de Chrétiens de toutes origines et de toutes dénominations, pour leur enseigner un message qu’ils pourront à leur tour transmettre à d’autres. Nous ne pouvons que remercier le Seigneur pour cette porte largement ouverte, et implorer Sa direction sur ce projet, dans l’obéissance à Sa volonté.

Nous vous prions aussi de prier pour nous, afin que nous restions toujours dans la volonté du Seigneur. La mission qu’Il nous a confiée est simple : prêcher la croix dans tous ses aspects, et enseigner à marcher, non plus selon la chair, mais selon l’esprit ! C’est le salut des âmes et l’édification de l’Eglise que nous avons à cœur, pour la gloire de Dieu.

Qu’Il vous bénisse aussi, là où vous êtes en ce moment même, et qu’Il vous fasse la grâce d’être toujours guidés dans Sa volonté parfaite, afin de réjouir le cœur du Seigneur, et d’être prêts pour Son retour proche !

Notre 3° voyage au Paraguay

Mardi 9 novembre 2004

Le voyage a été long depuis la France ! Marseille – Foz de Iguassu, au Brésil, via Francfort. Cette fois, nous sommes accompagnés de deux jeunes Françaises de 19 et 22 ans, Dania et Lila, qui ont pu interrompre leurs études pour un mois. Cela fait 54 heures que nous avons quitté notre chalet des Cévennes ! Mais quelle joie de revoir Bruno et toute sa famille à l’aéroport ! Déjà plus de 8 mois que nous avions quitté ce pays, et il nous semble que le temps a passé comme un éclair ! Combien nous devons racheter pour le Seigneur ce temps qui passe si vite !

Après un petit détour aux « Tres Fronteras », pour montrer à Dania et Lila le point de rencontre des trois frontières entre le Paraguay, l’Argentine et le Brésil, nous rentrons au Parana Country Club, chez Bruno et son épouse Mirta. En chemin, j’interroge Bruno sur tous ceux que nous avions connus précédemment. Certains ont lâché le Seigneur, d’autres ont disparu dans la nature et n’ont plus donné de nouvelles, mais la plupart sont fidèles et continuent d’avancer. Un travail profond se fait dans la famille de Mirta, dont un jeune cousin de 19 ans, Alfredo, est venu grossir les rangs de ceux qui se sont donnés au Seigneur.

A peine douchés et rafraîchis, nous allons visiter la mère de Mirta et tous ses enfants, qui logent tous à proximité du « Refugio de Ninos » dont s’occupe Bruno, dans un quartier pauvre de la ville d’Hernandarias. Nous avons aussitôt droit à une grande réunion familiale chez Alcides et Lili, l’une des sœurs de Mirta, qui est enceinte de 4 mois de leur deuxième enfant. Rappelez-vous qu’ils avaient perdu leur premier fils peu avant sa naissance, il y a près d’un an. Alcides a retrouvé du travail chez un négociant Chinois, et doit s’y rendre dès 3 heures du matin, pour y passer 15 heures par jour !

Quelles que soient les obligations de chacun, tous prennent le temps de passer ce moment devant le Seigneur. Alfredo a pris sa guitare et nous chante quelques cantiques de tout son cœur. Lila est stupéfaite de tant de naturel : « Et ils n’ont même pas honte devant nous ! » Dania a vite fait de voir à quel point nous sommes toujours pressés en Europe, toujours pris par le temps et les rendez-vous, alors qu’ici, au Paraguay, le temps n’a nullement la même valeur ! Ce n’est pas toujours facile pour des Occidentaux stressés, mais cela apprend la patience !

Mercredi 10 novembre

Après le petit-déjeuner, nous partons ensemble pour l’estancia de Bruno. C’est une joie de revoir la plupart des membres du personnel ! Les vaqueros Rey et Sebastian sont prêts pour le baptême. Marcella, la femme de Rey, était toute rayonnante, tout comme sa fille Aïda. Il pleut des cordes, heureusement que nous sommes en 4×4 ! Dania et Lila sont enchantées par tout ce qu’elles découvrent.

Nous visitons aussi le Centre Chrétien de formation, presque achevé. Une merveille ! Le bâtiment principal abrite une magnifique salle de réunion, et un réfectoire digne d’un véritable hôtel, avec cuisine bien équipée et petit bureau prêt à recevoir les premiers participants. Les chambres individuelles sont belles et dotées de tout le confort, chacune avec leur salle de bains. Les quatre petits appartements du dernier bâtiment sont en voie de finition. Tout sera prêt pour la fin du mois, et nous aurons le temps de prendre quelques contacts d’ici là.

L’après-midi, nous allons, Elke, Bruno et moi visiter le Pasteur Antonio Rodriguez dans son Refuge pour enfants Bethel. Les bâtiments ont été repeints. Tout est propre et soigné. Il y a une trentaine d’enfants et de jeunes de 3 à 17 ans. Nous refaisons un tour du Refuge et parlons à plusieurs des petits pensionnaires. Il respire dans ce centre une atmosphère d’amour et de paix. Antonio nous présente un jeune Brésilien de 17 ans, rescapé de la rue et de la drogue, tout heureux de pouvoir discuter avec moi du contenu de ma brochure sur « La marche par l’esprit », qui l’a aidé, dit-il, à comprendre beaucoup de choses importantes.

Un autre jeune vient avec la benjamine du centre, une jolie petite fille de 3 ans, qui me regarde longtemps avec ses beaux yeux noirs, avant de me tendre brusquement les bras et de se blottir dans les miens ! On m’explique qu’elle vient de perdre sa mère, et qu’elle, ainsi que ses trois frères et sœurs, ont été recueillis par le Centre. Ils sont heureux de se retrouver ensemble, alors qu’auparavant ils étaient dispersés dans diverses familles. Pendant que nous parlons, plusieurs enfants viennent entourer Antonio, qui leur manifestait l’amour d’un vrai père.

Jeudi 11 novembre.

Dès le petit-déjeuner, les événements programmés par le Seigneur commencent à se dérouler. L’entrepreneur Gringo et son frère, deux Brésiliens qui travaillent au Paraguay, viennent présenter à Bruno le devis d’une future extension du Centre Chrétien. Nous en profitons pour parler aussitôt du Seigneur, ce qu’ils acceptent de faire avec beaucoup d’intérêt. Ils sont conscients de la nécessité d’un tel Centre, où des Chrétiens de diverses dénominations pourront venir écouter le message de la croix, poser des questions, et échanger en toute liberté. Ils nous disent qu’ils se méfient des églises organisées, qui pensent trop souvent à demander de l’argent et à imposer l’autorité des hommes. Gringo promet de venir à une prochaine session avec sa famille.

Nous allons ensuite voir avec Bruno un autre Antonio, l’informaticien, celui qui s’était converti dans le salon de Bruno, il y a 8 mois. Il était resté sur cette première expérience et ne semble pas avoir fait beaucoup de progrès, car il ne s’est pas nourri de la Parole de Dieu, et ne voit aucun Chrétien. Mais lui aussi promet de venir nous voir avec sa famille.

Je parle à Bruno d’un projet qui m’est venu à l’esprit ce matin de bonne heure : étrenner le Centre en organisant, dimanche prochain, une première journée de rencontre, réservée à la famille de Mirta et au personnel de l’estancia. Il est entièrement d’accord. Il nous faut simplement acheter tout le matériel qui reste à acheter, pour la cuisine et le réfectoire.

Vers midi trente, nous rentrons chez Bruno. Je me rends au bâtiment réservé au personnel, où je retrouve Arnaldo, le jardinier, le petit frère de Mirta, et Alfredo, un jeune cousin germain de Mirta, celui qui s’est converti il y a 4 mois, et que Bruno a recruté comme peintre.

Il y a là aussi Mabel, la nouvelle cuisinière, et Maria, la nouvelle femme de ménage. Nous passons plus de 2 heures à parler de la Parole de Dieu. Ils sont tous convertis. Maria est Catholique charismatique, mais réellement convertie. Tous ont soif des choses de Dieu et de Sa Parole, et nous passons un moment merveilleux. Maria veut parler demain avec moi de choses personnelles.

Vendredi 12 novembre

Nous allons à la grande ville voisine de Ciudad del Este prendre livraison de tout le matériel pour le Centre, avec le petit camion de Bruno. Il y en a un plein chargement. Ce qui devait être prêt à 9 heures ne l’est finalement que vers 11 heures. C’est un pays où il faut apprendre à ne pas être pressé !

Pendant qu’Arnaldo et Alfredo vont à la ferme avec le camion, nous allons chez le vétérinaire acheter des doses de vaccin contre la fièvre aphteuse. Là, nous rencontrons un Autrichien assez âgé et sa femme, au Paraguay depuis 19 ans. Elke sympathise avec la femme de l’Autrichien, qui nous invite à venir les visiter dans leur estancia. Bruno me dit que c’est, d’après ce que l’on dit, un ancien nazi réfugié au Paraguay. Il s’appelle Von Hildenburg ! Il parle un français presque parfait, avec la distinction d’un vrai noble Prussien.

Rentré chez Bruno, nous trouvons leur ancienne bonne Graziella, venue nous visiter. Elle est rayonnante. Elle a dû quitter Bruno et sa famille, car elle est enceinte de huit mois (son 4° enfant, à 20 ans !). Son mari a fini par trouver un travail. Ils vont très bien, et nous sommes très heureux de nous revoir. De la part des chrétiens français qui m’avaient demandé de le faire, je lui remets 200 euros. Pour elle, c’est une réponse à la prière, car elle avait justement de grands besoins ! Combien les œuvres du Seigneur sont merveilleuses !

Je vais m’entretenir un moment avec Maria, la femme de ménage. Elle me demande conseil au sujet d’une femme qu’elle connaît, qui lui semble possédée, et qui ne veut rien entendre du Seigneur. Je lui dis que, dans ce cas, seule la prière, et peut-être le jeûne, peuvent agir. Je me tiens à sa disposition, si cette femme accepte de nous rencontrer. J’en profite pour interroger Maria sur sa foi. Elle est bien Catholique charismatique. Elle connaît manifestement le Seigneur, et l’aime de tout son cœur. Mais je me rends compte qu’elle a des tendances mystiques, et qu’elle est assez attachée aux manifestations physiques, aux visions, etc… Je tente de lui faire comprendre que l’essentiel est la foi en la Parole de Dieu, et que le problème des Catholiques, en général, est une profonde méconnaissance de la Bible. Nous parlons aussi du baptême d’eau et du baptême de l’Esprit. Je suis persuadée qu’elle est une enfant de Dieu, et que le Seigneur la conduira dans toute la vérité !

L’après-midi, nous retournons à l’estancia avec Bruno pour qu’il puisse surveiller l’état d’avancement des travaux, donner ses consignes, et commencer à préparer les lieux pour dimanche, où nous recevrons tout le personnel de l’estancia et la famille de Mirta. Au retour, après avoir changé de l’argent, nous retournons au refuge pour enfants Béthel, pour faire un don au Pasteur Antonio, sur tous les dons que nous avons reçus en France pour le Paraguay. C’est un don important (2.000 euros, une fortune pour ici, plus de 15 millions de guaranis). Antonio, les larmes aux yeux, nous explique à quel point ce don vient au bon moment. C’est encore une réponse à la prière. Il va pouvoir régler quelques factures urgentes ! Il priait pour ne pas avoir l’électricité coupée. En passant dans la grande salle, je revois la petite Susi, la petite orpheline de 3 ans. Elle me reconnaît, me tend aussitôt les bras, et vient se serrer contre moi !

En parlant avec Antonio, Bruno reçoit un appel de Mirta, qui lui dit qu’elle est harcelée d’appels téléphoniques provenant d’un « prophète » ainsi que de sa femme. Ce prophète avait un véritable ministère de Dieu, notamment en Argentine, mais il avait été emprisonné pour trafic de drogue,. Cet homme fait pression pour obtenir de l’argent de Bruno, pour que ce dernier le fasse sortir de prison. Il use même du chantage au suicide. Bruno est profondément attristé devant une telle attitude, et une telle cupidité. Le soir, en rentrant, alors que le « prophète » l’appelait encore vers 22 heures, Bruno réussit à lui dire quelques vérités bien assénées. Mais le cœur de cet homme est resté sec et insensible. Nous nous demandons s’il ne fait pas partie de ceux qui sont allés trop loin pour se repentir, et nous le remettons à la grâce de Dieu.

Samedi 13 novembre

Nous partons au supermarché Gran Via pour faire toutes les courses pour demain. Auparavant, au petit-déjeuner, comme d’habitude, nous recevons un appel du Pasteur Antonio Cuevas, depuis Antequera, dans le Chaco oriental. C’est un frère consacré et sérieux, l’un des rares que nous connaissions, à qui nous pouvons faire entièrement confiance. Il nous invite à venir passer quelques jours dans sa brousse la semaine prochaine, pour voir ce qu’il fait, et nous frotter aux réalités du Paraguay profond. Nous irons, si Dieu le veut, avec Elke, Dania et Lila, et il viendra nous chercher sans doute mardi. Nous nous réjouissons de cette opportunité !

Après avoir fait au Gran Via d’abondantes courses pour la journée et le lendemain, nous partons avec le minibus bondé pour l’estancia. Nettoyage, déballage des centaines d’ustensiles de vaisselle et de cuisine, préparation du repas pour une quinzaine de personnes nous occupent le restant de la matinée. Nous avons la joie de faire un tout premier repas au Centre. Ruffina, la maman de Mirta, nommée responsable de la cuisine, est aux anges ! Nous sentons tous que nous sommes au commencement d’un grand moment de nos vies.

L’après-midi se passe tranquillement en balades dans l’estancia, dans le verger, les potagers, le bois de pins qui est derrière le Centre. La journée est magnifique.

En fin d’après-midi, G. et sa femme M. se joignent à nous avec leur fille Elodie. Lui est Normand de Flers, elle Guadeloupéenne. Ils ont fui la Guadeloupe en proie à l’insécurité pour venir se fixer au Paraguay. Ils ont acheté des terres à 80 km du Parana Country Club où ils habitent. Lui est Protestant et elle Catholique, mais ils sont tous les deux très ouverts au Seigneur. Nous passons un long moment à discuter ensemble des choses du Seigneur. Ils doivent dîner ce soir avec nous.

Nous passons une agréable soirée avec G. et sa famille. Nous sentons en lui un réel désir d’approfondir sa connaissance du Seigneur, mais le cadre de notre rencontre ne s’y prête guère. Nous aurons l’occasion de le revoir demain à l’estancia.

Dimanche 14 novembre

Nous avions consacré cette journée à une première réunion au Centre, réunion réservée au personnel de la ferme et à la famille de Mirta. Il s’agit de leur expliquer ce que nous avons l’intention de faire au Centre, et d’inviter tous ceux qui le désirent à participer aux activités que nous allons proposer. Une quarantaine de personnes sont réunies. Une partie du personnel est resté aux champs, car c’est le temps des semailles.

Nous partageons un bon repas préparé par Ruffina, aidée d’une partie de sa famille. Tous sont venus endimanchés et heureux de voir que l’on s’intéresse en priorité à eux. Vers 14h30, nous nous retrouvons dans la grande salle de réunion. Beaucoup sont intimidés, mais nous sentons une atmosphère de confiance et d’intérêt.

Bruno commence à parler, et leur explique brièvement nos intentions : ouvrir ce Centre à toutes les personnes, et à tous les Chrétiens, qui veulent approfondir leur connaissance du Seigneur et de Sa Parole. Je prends ensuite le relais, pour expliquer ce que je compte enseigner dans ce Centre : le plan de Dieu pour les hommes, le message de l’Evangile, centré sur la personne et l’œuvre de Jésus-Christ, notamment sur Son sacrifice à la croix. Les réactions me semblent positives. Je crois que tous ont compris que nous ne voulions qu’une seule chose : partager la vérité et aider chacun à trouver et mieux connaître la vérité. Cela implique une condition de la part de tous : rechercher et aimer la vérité. Chacun se décidera en toute liberté, nous ne voulons faire aucune pression sur personne.

Il y a là une demi-douzaine de jeunes, qui manifestent une belle faim et soif de Jésus. Ils terminent notre réunion en chantant de tout leur cœur quelques cantiques en s’accompagnant de leurs guitares. Quelle joie de voir ces jeunes enflammés pour le Seigneur ! Certes, je ne suis pas certain que tous les membres du personnel présents soient vraiment intéressés par nos propositions, mais Dieu connaît ceux qui Lui appartiennent, et nous les connaîtrons aussi par la suite ! Notre désir est que tous puissent entendre l’Evangile et accepter Jésus-Christ !

Après la réunion, je vais saluer G. et M., qui viennent d’arriver pour chercher leur fille Elodie, qui avait passé la journée avec nous. G. se retrouve seul avec moi, et nous passons plus d’une heure et demie ensemble, à parler très franchement de sa vie et des choses de Dieu. Je l’invite à revenir en famille au Centre quand il le pourra, ce qu’il accepte très volontiers.

Le soir, nous terminons la journée par une réunion familiale avec Bruno et tous les siens, ainsi que Lila, Dania et nous-mêmes. Les filles de Bruno me demandent une histoire, comme d’habitude, et je leur raconte celle de Gédéon, qui les captive. Lila et Dania nous demandent de prier pour leur avenir et leur orientation future. Nous sommes heureux de pouvoir faire de telles réunions informelles dans la simplicité, la décontraction et la liberté de l’Esprit !

Bruno nous a apporté un journal qui annonce des manifestations de campesinos et des barrages de routes, justement sur la route qui doit nous conduire à la mission d’Antonio Cuevas. Nous verrons donc ce que nous réserve le Seigneur !

Lundi 15 novembre

Ce matin, nous décidons d’aller voir la jeune missionnaire Anglaise Marion chez elle. C’est cette jeune femme qui avait « visité » le Ciel après deux ruptures d’anévrisme presque mortelles, et à qui le Seigneur avait permis de revenir sur la terre. Marion ne répond pas au téléphone, mais nous décidons d’aller quand même la voir. Le pasteur qui la loge près de son église nous informe qu’elle n’est pas encore rentrée d’Angleterre, et qu’elle ne rentrera que vers Noël. Déception de Lila et de Dania, qui voulaient tellement faire sa connaissance ! Le pasteur Lorenzo nous invite au culte du dimanche matin, et me demande de partager la Parole.

L’après-midi, Bruno se rend au Collège Français pour prendre avec lui J., un jeune Français venu avec son amie au Paraguay. Celle-ci enseigne au Collège Français, et lui est ébéniste. Bruno veut le conduire à l’estancia pour divers travaux dans le centre. Alors que Bruno s’arrête pour régler quelques affaires dans un garage, je peux témoigner à J. et lui parler du Seigneur. Je sens qu’il est interpellé, mais il ne manifeste pas la même soif que celle des Paraguayens auxquels nous pouvons parler ! Toutefois, le Seigneur peut seul juger ce qui se passe dans un cœur. Notre travail est de semer, et c’est le Seigneur qui fera croître.

Le soir, nous faisons à nouveau un culte de famille chez Bruno, et je raconte l’histoire des trois amis de Daniel jetés dans la fournaise ardente. Les filles de Bruno suivent avec une attention passionnée, et acceptent joyeusement la morale de l’histoire : il est bon de rester fidèle au Seigneur, même quand le prix à payer est très fort. Dieu nous accordera toujours Sa délivrance, même si nous devons passer par des épreuves terribles !

Antonio Cuevas ne nous a pas rappelés, et nous n’irons sans doute pas à Antequera demain. D’ailleurs, les paysans barrent les routes, et même le pont international vers le Brésil était aujourd’hui fermé à la circulation. Nos plans ne sont pas ceux du Seigneur, et les Siens sont infiniment meilleurs ! Il vaut mieux pour nous qu’Il nous guide dans Sa volonté !

Mardi 16 novembre

Aujourd’hui, le temps est à la pluie, une forte pluie tropicale. Au Paraguay, quand il pleut ainsi, presque toute activité économique cesse. J’en profite pour aller trouver les deux jeunes Alfredo et Arnaldo, et nous passons deux heures à partager et à prier dans la petite remise où ils ont l’habitude d’aller se reposer.

L’après-midi, c’est avec Lila, Dania, Mirta et Elke que nous pouvons partager, sur le thème de la marche chrétienne et de l’œuvre de Jésus-Christ dans notre vie. Bruno a dû accompagner T., un Français qui vit au Paraguay, à Hernandarias pour préparer la visite de l’ambassadeur de France dans cette région.

A son retour, Bruno ravi me dit qu’il a eu l’occasion de partager avec T. d’une manière profonde, comme il ne l’avait pas fait depuis longtemps. A la fin, T. a dû le quitter en disant ; « Arrête ! Bientôt tu vas me convaincre de croire ! » Cela me rappelle la phrase du roi Agrippa, touché par les paroles de Paul : « Arrête, car bientôt tu vas me convaincre de devenir Chrétien ! »

Mercredi 17 novembre

Ce matin, nous nous retrouvons à quelques-uns dès 7 heures pour partager la Parole et prier ensemble. Un peu plus tard, Alcides vient nous rejoindre. Il ne travaille pas, son magasin est fermé, car il y a des troubles à Ciudad del Este, et le pont international est fermé.

Vers 10h30, je pars avec Bruno rencontrer le président de l’Association des pasteurs de Ciudad del Este (près de 350 églises évangéliques), pour l’informer de notre projet de Centre Chrétien sur l’estancia. Bruno ne lui mâche pas ses mots pour lui décrire la situation lamentable de beaucoup d’églises, et pour lui lancer un vibrant appel à un retour à la Parole de Dieu et au message de la croix. Nous lui expliquons que ce Centre sera librement ouvert à tous ceux qui désirent approfondir ensemble leur connaissance du Seigneur, de Son œuvre et de Sa Parole. Il nous écoute avec intérêt, nous dit qu’il en parlera aux pasteurs à leur prochaine réunion plénière, et nous contactera.

Nous pensons qu’il était important de ne pas travailler en cachette des pasteurs, de tout mettre à la lumière, et de laisser ensuite chacun se décider devant le Seigneur.

En attendant de recevoir les pasteurs, j’ai vraiment à cœur de commencer à travailler avec la famille de Mirta et le personnel de l’estancia. Il y a là tout un groupe qui désire réellement avancer avec le Seigneur, notamment tout un groupe de jeunes : Alfredo, Arnaldo et sa jeune épouse Nilsa, Jorge, Alcides et son épouse Lili, sans compter d’autres qu’ils comptent inviter, et qui ont soif d’apprendre.

L’après-midi, je conduis Lila et Dania au refuge pour enfants que Bruno avait créé, et dont s’occupent les membres de la famille de Mirta. Il y a là 65 enfants de tous âges, entre 3 et 13 ans. Nous passons un après-midi merveilleux à parler avec tous ces enfants, à jouer et à prier avec eux. Je suis vite entouré de tout un groupe de ces petits, qui m’assaillent de questions sur la France, et veulent tous m’apprendre leur langue nationale, le guarani ! Ils reçoivent un bon goûter, des bonbons et des sucettes.

Nous terminons la soirée par une réunion avec Ruffina, la maman de Mirta, et une partie de ses enfants et petits-enfants. Je leur chante quelques cantiques en français, à leur grande joie. Alfredo et Arnaldo en font autant en espagnol, et nous étudions ensemble un passage de l’Ecriture. Je suis heureux de partager la Parole avec tous ces cœurs assoiffés ! Ils m’invitent à venir passer quelques jours au milieu d’eux, et je les invite à mon tour à venir passer quelques jours au Centre, en invitant quelques-uns de leurs amis qui ont la même soif qu’eux.

Jeudi 18 novembre 2004

Nous allons à l’estancia avec Bruno. En visitant les champs, il apprend de Valdo, le contremaître brésilien, qu’Alberto, l’un des frères de Mirta, a passé la nuit dehors, et est rentré ivre. Il n’a même pas pu conduire les enfants de la ferme à l’école. Bruno est placé devant un grave problème. Celui qui devrait donner l’exemple ne le donne pas. Nous allons voir l’épouse d’Alberto, la petite Gladys, qui est effondrée. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, et Bruno sait que le moment de sévir est venu. Mais quelle responsabilité ! Bruno préfère laisser passer un peu de temps.

Un nouveau problème se présente. La femme et la fille de Valdo parlent à Bruno du comportement abominable d’une voisine, qui accuse injustement la fille de Valdo des pires méfaits. La pauvre petite en pleure de toutes ses larmes. C’est l’occasion pour Bruno de les exhorter dans le Seigneur, et de leur faire l’une de ses « petites prédications » dont il a le secret, en toute franchise.

Pendant ce temps, arrive Santiago. C’est un campesino, un ouvrier agricole, qui s’était converti en mars dernier, lors de l’une de nos réunions sous les mandariniers. Il vient chercher du travail. Mais il est accusé par certains de s’enivrer et de provoquer des bagarres. Bruno me le laisse pour que je lui parle. Santiago finit par m’avouer qu’il boit, mais « un peu », et il affirme qu’il n’a jamais manqué à ses obligations dans le travail. Je le place devant ses responsabilités. Bruno lui donnera sans doute du travail, mais s’il s’aperçoit qu’il boit, il ne le gardera pas. Je lui dis que nous viendrons vivre ici sur la ferme, et je lui offre mon aide, s’il veut vraiment s’en sortir.

Bruno le fait approcher de l’endroit où il parlait à Valdo et sa famille, et lui offre clairement le marché. Il lui offrira du travail tant qu’il pourra le payer. Mais Santiago devra lui prouver qu’il sait vivre en paix avec les autres. Et c’est auprès du Prince de la paix qu’il pourra seul trouver cette paix dont il a besoin.

Dans la voiture, au retour de la ferme, Bruno s’ouvre à moi pour me faire partager son grand sentiment de solitude dans ce pays. Malgré l’ouverture des cœurs à l’Evangile, les résultats lui paraissent trop superficiels, et les cœurs ne sont pas travaillés en profondeur. La cupidité est omniprésente. Bruno est fatigué de devoir constamment « boucher des trous » et reprendre ceux qui doivent l’être. Il se demande même parfois s’il peut continuer à rester plus longtemps dans ce pays. Toutefois, le fait d’avoir pu exhorter certaines âmes ce matin lui a rendu le moral. C’est encore la preuve que, dans la vie chrétienne, c’est en donnant que l’on peut recevoir !

L’après-midi, nous allons visiter deux sœurs, qui s’occupent toutes deux d’une école chrétienne. Elles nous exposent en bonne place, parmi leurs soucis actuels, leurs soucis financiers. Bruno repart écœuré de voir que l’argent est toujours au centre des préoccupations de l’Eglise, et que les soucis réellement spirituels ne sont pas à la première place !

Vendredi 19 novembre

Nous nous retrouvons comme d’habitude avant le petit-déjeuner pour lire la Bible et prier un moment, avec Alfredo et Arnaldo. Ceux-ci nous annoncent une bonne nouvelle : à leur réunion d’hier soir, la sœur aînée de Mirta, Alicia, s’est donnée au Seigneur. Cela faisait longtemps qu’elle restait accrochée à sa religion Catholique. Mais, dès notre arrivée, nous avions senti que le Seigneur avait travaillé dans son cœur pour lui révéler la vérité, et qu’elle était prête à se tourner réellement vers Lui.

Les nouvelles du matin ne sont pas très bonnes : les campesinos en colère bloquent les routes principales du pays, et le pont international, frontière avec le Brésil, est encore fermé. Des manifestations sont en cours. Le nouveau président du Brésil, Lula, veut contrôler la contrebande qui prospère par ce pont.

Bruno part à la ferme avec Elke, Dania et Lila, pour une séance de vaccination d’un troupeau de vaches. Je préfère rester à la maison pour prier et lire la Bible tranquillement.

Vers midi, j’entends de ma chambre une longue fusillade provenant de Ciudad del Este, suivie du hurlement d’une sirène de police. Je me demande si une révolution n’est pas en cours ! A son retour, Bruno me rassure : le pont international vient d’être réouvert, et c’est la foule qui manifestait sa joie. Chacun a sorti son arme pour tirer en l’air des coups de feu. Il arrive souvent qu’il y ait des accidents. C’est ainsi que la petite fille de la précédente bonne de Bruno, Graziella, avait reçu une balle perdue dans le cuir chevelu !

Plus tard, j’apprends aussi que les policiers sont intervenus hier pour disperser les campesinos en colère. Il y a eu trois morts et de nombreux blessés, vers l’endroit où G. et M. ont leur ferme.

A l’heure du déjeuner, je descends dans le bâtiment réservé au personnel pour parler avec Arnaldo et Alfredo, qui étaient en train de manger un bon plat de riz et de « carne ». Vers 13h30, M., la jeune Française qui fait l’école aux filles de Bruno vient se joindre à nous. Je commence aussitôt à lui parler du Seigneur et du monde spirituel, en lui donnant une partie de mon témoignage. Je vois qu’elle est très intéressée, et elle me promet de continuer à une prochaine occasion. Cela fait deux ou trois jours qu’elle commence à s’ouvrir au Seigneur, et j’ai bon espoir qu’elle va bientôt le connaître !

Un peu plus tard, c’est Mabel, la cuisinière, qui veut un entretien avec moi, sur la grande terrasse. Nous parlons une bonne heure. Elle me demande conseil sur sa situation personnelle, et me propose de venir parler avec son ami dans la demeure des parents de ce dernier, ce que je lui promets de faire. Ce sont des Chrétiens évangéliques qui se sont écartés du Seigneur. Mabel était Catholique, et s’est convertie en même temps que ses deux sœurs, malgré l’opposition de ses parents. Elle voudrait marcher plus près du Seigneur, mais manque manifestement d’enseignement !

Un peu plus tard, c’est G. qui téléphone à Bruno. Il voudrait lui aussi avoir un entretien avec moi. Nous parlons plus d’une heure trente. Il est sincère et cherche la vérité, mais lui aussi n’a qu’une connaissance superficielle de la Bible, ce qui nuit à sa connaissance de Dieu et à la communion qu’il peut avoir avec le Seigneur. Il a bien réussi dans tout ce qu’il a voulu entreprendre, mais a laissé le Seigneur au second plan de sa vie. Ayant toujours rêvé de faire de l’agriculture, il a choisi d’accomplir son rêve ici, au Paraguay. Mais il est anxieux d’avoir tant investi dans ce pays, se demandant s’il va pouvoir rentrer dans ses fonds, avec tous les aléas actuels. Il est aussi inquiet des troubles politiques auxquels il ne s’attendait pas. Son personnel ne voulait plus travailler aux champs à cause des campesinos. Il a finalement accepté de le faire, grâce à la présence de policiers : un policier sur le tracteur, un autre sur le camion de distribution de semences et d’engrais, et une équipe de policiers chargés de faire en permanence une ronde en voiture autour de l’estancia !

En partant, G. me promet d’étudier la Bible avec moi, soit chez lui, soit au Centre, ou chez Bruno. Il reconnaît qu’il en a besoin. Manifestement, il est venu au Paraguay pour y rencontrer le Seigneur !

Samedi 20 novembre

Nous retrouvons nos anciennes habitudes d’il y a huit mois : passer le samedi à l’estancia avec la famille et le personnel. Arrivés à midi, nous y retrouvons G. et sa famille, désireux de passer la journée avec nous. Nous commençons par déjeuner ensemble au Centre, toujours aussi agréable. Puis, vers 15 heures, nous nous retrouvons sous les paillotes près du lac. J’ai le bonheur de revoir une bonne partie du personnel, certains hommes étant restés aux champs, car nous sommes en pleine époque des semailles.

J’ai l’occasion de parler de la fin du Livre de l’Apocalypse, ce merveilleux passage où l’apôtre Jean décrit la nouvelle création de Dieu, dans laquelle il n’y aura plus « ni larmes ni deuil, car les premières choses ont disparu… » Je termine en rappelant Jean 3 :16. Je reparle aussi au personnel de ce que nous comptons faire au milieu d’eux, pendant les mois prochains, en les invitant à se joindre à nous.

Alfredo prend ensuite sa guitare et chante quelques cantiques. Tous sont profondément émus par ces paroles simples, et surtout par la manière de chanter de ce jeune garçon de 19 ans. Il chante avec tout son cœur, en entremêlant ses chants de prières qui arrachent des larmes à plusieurs. G. est profondément impressionné, et touché par la simplicité de cette réunion. Il promet de nous inviter chez lui bientôt pour poursuivre ces échanges.

Alberto, le frère aîné de Mirta, n’est pas présent. Il est honteux d’avoir passé une nuit, au cours de cette semaine, à s’enivrer à la suite d’un match de foot. Il s’était converti il y a quelques années et avait accepté le baptême, mais, manifestement, les fruits d’une repentance profonde ne sont pas encore manifestes. Arnaldo et Alfredo prient et jeûnent pour lui depuis quelques jours, et tous intercèdent pour qu’Alberto se repente et revienne au Seigneur. Nous sommes confiants que le Seigneur va le toucher.

Dimanche 21 novembre

Ce matin, à 9h00, nous nous rendons, Elke et moi, à l’église du Pasteur Lorenzo, qui m’a invité à prêcher. J’y étais déjà allé il y a huit mois. C’est aussi l’église que fréquente Marion Boast, la petite missionnaire anglaise que Dieu avait ramenée du ciel.

J’ai l’occasion de parler en profondeur de la mort de Jésus-Christ sur la croix, et de la signification concrète de cette mort pour nous : quand Il est mort, nous sommes morts avec Lui, afin d’avoir part à Sa vie de résurrection.

A la fin de la réunion, le Pasteur Lorenzo nous informe que si Marion n’est pas encore rentrée d’Angleterre, c’est qu’on lui a diagnostiqué un cancer de l’utérus, et qu’elle doit subir une opération assez grave. Nous prions tous pour elle. Si Dieu l’a ramenée de la mort il y a peu de temps, ne pourrait-Il pas à nouveau la guérir de cette maladie ? S’Il lui a permis de revenir sur la terre, serait-ce pour si peu de temps ? Nous nous confions dans la miséricorde du Seigneur.

L’après-midi, étant donné que le pont international était réouvert, nous pouvons nous rendre au Brésil pour visiter le merveilleux Parc aux Oiseaux de la ville de Foz de Iguassu. D’immenses volières abritent toutes sortes d’oiseaux aussi magnifiques les uns que les autres. Nous pouvons contempler un aperçu de la gloire de la création. Comment ne pas voir la main d’un Créateur dans toutes ces merveilles ? Bruno en conçoit aussitôt le plan de faire un parc semblable dans la petite forêt qu’il possède sur son estancia !

Lundi 22 novembre

Ce matin, nous sommes allés, Bruno et moi, chercher M., le frère de Bruno, à l’aéroport de Foz. En passant, comme nous étions en avance, Bruno s’arrête dans une animalerie pour acheter un beau petit perroquet à ses filles. Le petit animal est très familier et nous grimpe dessus sans aucune crainte.

Rentrés à la maison, Bruno laisse à ses filles des consignes très strictes, à cause des chats toujours à l’affût, et enferme l’oiseau dans une cage installée dans la salle de jeux des enfants.

En milieu d’après-midi, alors que nous étions dans notre chambre, nous entendons de grands cris. L’une des filles de Bruno s’était échappée de la salle de classe, où une maîtresse lui faisait ses cours, pour aller jouer en cachette avec l’oiseau. Puis elle était retournée à son travail en laissant les portes ouvertes. Evidemment, l’un des chats est venu, et n’a fait qu’une bouchée du pauvre animal ! Bruno a fermement grondé et puni sa fille, en leur expliquant comment la désobéissance laisse toujours entrer la mort, sous une forme ou une autre. Une heure plus tard, Bruno, encore bouleversé d’avoir dû corriger sa fille, retourne l’embrasser et prier avec elle. La petite est traumatisée par ce qui s’est passé, mais a appris la leçon !

Un peu plus tard, arrive T., ce Français qui possède lui aussi une grande estancia dans la région, et qui a été chargé d’accueillir l’ambassadeur de France en tournée dans la région. Ils doivent visiter avec Bruno le refuge pour enfants du Pasteur Antonio, une Mission Catholique polonaise, la ferme de Bruno et notre Centre, et finir par un dîner officiel dans le meilleur restaurant de la ville. En parlant, Bruno demande à T. si je peux me joindre au cortège, ce qu’il accepte sans problème. Je demande à toute la maisonnée de prier pour que nous puissions témoigner à l’ambassadeur et à son épouse.

Nous nous rendons à la Mairie de Ciudad del Este, où nous attendons pendant près d’une heure, avec un groupe de journalistes de la presse et de la télévision. Après avoir attendu, on vient nous prévenir en catastrophe que l’ambassadeur est déjà sorti par une autre porte ! Nous le rejoignons tous à la sortie du parc de la Mairie. Il répond rapidement à quelques questions des journalistes, et nous partons en trombe pour notre tournée.

Nous sommes bloqués un peu plus loin par des manifestations de campesinos, encadrés de policiers à cheval. Cela commence bien ! Nous finissons par arriver au Refuge. J’y retrouve avec joie ma petite Suzy, qui se blottit à nouveau dans mes bras, et je fais avec elle toute la visite, avec l’ambassadeur et sa suite !

Nous avons juste le temps de parcourir au pas de course le Refuge, et d’échanger quelques paroles avec Antonio, que c’est déjà le temps de nous rendre à la Mission Catholique. Là, c’est le même scénario : visite rapide des installations, quelques paroles aimables à gauche et à droite. Bruno, qui avait accompagné l’ambassadeur dans un hangar, revient me dire tout content que l’ambassadeur lui avait fait la remarque suivante : « Auparavant, les Indiens vivaient de la chasse et de la pêche. A présent, ils ne peuvent plus le faire ! Satan a complètement perturbé le bel ordre que Dieu avait établi ! » Bien entendu, Bruno avait saisi la perche pour commencer à engager la conversation sur le terrain spirituel.

Quand nous arrivons à la ferme de Bruno, il fait déjà presque nuit. Nous avons juste le temps de faire, en voiture, le tour des installations principales, et nous nous arrêtons un moment assez long devant le Centre en cours de finition. Là, Bruno explique à l’ambassadeur notre projet, et me donne brièvement la parole. Je dispose d’une minute pour dire : « Monsieur l’ambassadeur, vous connaissez les besoins économiques de ce pays. Mais il y a aussi d’énormes besoins spirituels. Avec nos faibles moyens, je m’efforce d’apporter ici un peu de l’amour du Seigneur… » L’ambassadeur me regarde étonné, mais intéressé, il me semble. Puis les agriculteurs Français présents (trois ou quatre), embrayent aussitôt pour parler brièvement de leurs problèmes. Nous restons tous debout, en cercle. Pendant que la conversation traîne un peu sur le soja transgénique, je repère, devant l’une des portes des chambres du Centre, un minuscule oisillon recroquevillé dans la fraîcheur du soir. Je le prends délicatement dans mes mains, je le réchauffe, et je rejoins le groupe. A un moment donné, l’oiseau se met à piailler, attirant l’attention de Madame l’Ambassadrice à côté de moi. Elle s’émeut un moment sur le sort de cette petite créature, apparemment heureuse de se distraire un peu de cette fort sérieuse conversation !

Bruno invite l’ambassadeur et son épouse à revenir passer un week-end à l’estancia, quand ils le pourront, ce qu’il accepte volontiers. Que le Seigneur puisse ouvrir la porte de leur cœur !

Nous quittons bientôt l’ambassadeur, qui doit se rendre au repas officiel. Comme je n’y suis pas invité, je prends congé ici de lui et de son épouse. En lui serrant la main, je lui dis : « Monsieur l’ambassadeur, que Dieu vous bénisse ! » Il me serre chaleureusement la main, et me répond, droit dans les yeux, un grand « Merci ! » Je ne sais pas s’il doit souvent avoir l’occasion d’entendre un tel langage, dans son existence de diplomate. Mais c’est un homme que le Seigneur aime, et auquel Il veut Se révéler ! La suite appartient à notre Dieu !

Mardi 23 novembre

Ce matin, j’ai conduit Elke au petit centre commercial qui se trouve dans le Parana Country Club, pour y faire quelques courses. Parlant avec la patronne d’une boutique, elle découvre que c’est une Chrétienne, et peut parler avec elle un bon moment. Elle ne fréquente aucune église, mais elle aime le Seigneur, lit sa Bible et prie. Elle veut avoir d’autres contacts avec nous.

Vers 17 heures, nous devons retrouver Maria, la femme de ménage, qui nous a invités à une réunion de quelques Catholiques Charismatiques. Il n’y avait que des femmes présentes. J’ai pu constater qu’elles avaient vraiment la vie de Christ en elles. Elles avaient toutes leur Bible, et désiraient vraiment partager la Parole et prier, surtout prier. J’ai l’impression que ces Catholiques charismatiques aiment surtout la prière. Je leur ai proposé de lire un passage dans Apocalypse 3, où Jésus S’adresse aux églises de Philadelphie et de Laodicée. Puis nous avons prié. Elles ont adressé au Seigneur des prières qui venaient véritablement du cœur. Je suis reparti certain que le Seigneur pouvait faire dans leur vie une œuvre de révélation de la vérité, si elles s’attachaient à Sa Parole. Ces Catholiques étaient très différents de la plupart de ceux que j’ai connus en France. Il est bien vrai que c’est la vraie connaissance spirituelle de la Bible qui leur permettra de discerner les fausses doctrines du Catholicisme, pour être conduites par l’Esprit de Vérité dans toute la vérité !

Vers 19 heures, nous retournons au Refuge des Enfants pour une réunion avec la famille de Mirta. Tous ont toujours soif de recevoir un enseignement. C’est ce qui peut arriver de mieux à celui qui enseigne : avoir en face de lui des personnes motivées à recevoir son enseignement ! Nous pouvons partager en toute liberté, répondre aux questions, et passer un moment à prier. Lila et Dania sont présentes. Elles ont voulu passer la nuit au refuge, pour pouvoir s’occuper des enfants dès le lendemain matin, avec Zuni, la sœur de Mirta. Jorge et Alfredo, qui sont de leur âge, se sont affairés à leur installer des lits dans une chambre. Nous les quittons vers 22h30. Le lendemain, nous devions apprendre que plusieurs sont restés jusqu’à deux heures du matin à discuter et à prier.

Mercredi 24 novembre

Le matin, nous nous rendons, Bruno et moi, avec J., le jeune ébéniste Français que Bruno fait travailler, à un Collège Chrétien d’Hernandarias. Avant de nous rendre au Collège, Bruno doit faire quelques courses et démarches, et j’ai le temps de témoigner en profondeur à J.

Nous apprenons en arrivant au Collège que le Directeur et l’ensemble des professeurs sont en train d’écouter une « étude biblique » donnée par le pasteur attitré du Collège. Nous trouvons cela très intéressant, et nous nous joignons au groupe. Ce fut très instructif pour moi, qui ai enseigné la Psychologie, car le pasteur nous a fait un très bon cours de Psychologie et de pédagogie éducative ! Mais, hélas, il n’avait même pas sa Bible, et n’a pas prononcé une seule fois le nom du Seigneur ! Son objectif déclaré était de « transmettre des valeurs chrétiennes » aux professeurs et aux étudiants ! Comment des « valeurs chrétiennes » peuvent-elles transmettre la vie de Jésus ? De telles valeurs ne sont pas mauvaises en soi, mais elles ne peuvent pas changer le cœur, ni faire passer ceux qui les reçoivent par une nouvelle naissance spirituelle en Christ !

J’avais une forte envie d’intervenir, mais, ne voulant pas provoquer de remous, j’ai prié le Seigneur que quelqu’un puisse me donner la parole, pour que je comprenne qu’Il voulait que je m’exprime. Personne ne m’a invité à donner mon opinion, et je me suis donc tu. Mais, après la fin de la réunion, le Directeur et le pasteur sont restés un moment avec nous. Le Directeur s’est adressé à Bruno pour lui demander sa réaction, et Bruno n’a pas manqué cette occasion pour dire clairement ce qu’il pensait ! Il a regretté que cette « étude biblique » n’en soit pas une, et exhorté le pasteur à prêcher l’Evangile, au lieu de parler seulement des valeurs chrétiennes.

Le premier moment de surprise passé, le pasteur a tenté de se justifier, mais bien faiblement. Puis, devant l’ardeur spirituelle de Bruno, il a fini par se lever et par battre en retraite. Le Directeur a accusé le coup, mais, connaissant Bruno depuis longtemps, il est resté silencieux. Il a seulement reproché à Bruno de vouloir toujours « critiquer », ce qui manifestement n’était pas le cas. Bruno n’avait fait que dire avec amour la vérité, dans son style direct, mais il n’avait été ni compris ni accepté.

Quelle confusion dans le Corps de Christ ! Comment s’étonner de l’apostasie grandissante, quand les valeurs subtiles du monde pénètrent profondément dans l’Eglise, et quand on commence à remplacer l’onction du Saint-Esprit par la formation humaniste et la culture de « valeurs chrétiennes » !

Je me demande si nous allons vraiment pouvoir recevoir dans notre Centre Chrétien beaucoup de responsables et de pasteurs qui veulent se remettre en question, et qui veulent avancer avec nous dans la connaissance de la Vérité et du Seigneur Jésus, et de l’œuvre de la croix ! Je crois que c’est le Seigneur lui-même qui nous enverra ceux qu’Il connaît !

A 17 heures, nous sommes retournés au Refuge, où nous avons encore eu l’occasion de partager la Parole avec tous ceux qui étaient présents. Ils sont insatiables ! Et comme je ne me lasse jamais de partager la Parole, je suis comblé !

En revenant du Refuge, nous trouvons le Pasteur Antonio Rodriguez, du Refuge Bethel, qui nous attend devant la grille. Il apporte à Bruno un duplicateur de cassettes Telex, qui sera utilisé pour notre Centre. Nous passons la soirée ensemble, dans la paix du Seigneur.

Jeudi 25 novembre

Le courrier électronique s’accumule, mais les problèmes de ligne téléphonique aussi ! Je peux recevoir du courrier (plus de 120 lettres à répondre !), mais je ne peux pas les envoyer en ce moment. Impossible de savoir d’où vient le problème. Le Seigneur aura bien une solution ! Je peux toutefois préparer les réponses et les stocker avant de pouvoir les envoyer.

Dans l’après-midi, une Brésilienne vient visiter Mirta pour préparer la confection des rideaux du Centre. Après quelque temps, nous apprenons que son mari attend dehors dans la voiture. Bruno le fait chercher. Pendant que Bruno et Mirta se rendent à la ferme pour prendre les mesures des rideaux, le mari reste avec moi, et nous passons plus de deux heures à parler sur la terrasse. Il est justement pasteur d’une église de Foz. Il est jeune (28 ans), mais déjà depuis 5 ans dans le ministère. Je l’interroge abondamment sur sa vie, son ministère, et la vie des églises de la région.

Il appartient à une dénomination pentecôtiste du Brésil. Il me confirme qu’il y a près de 15 % de Chrétiens évangéliques au Brésil, répartis en plus de 80 dénominations différentes. Dans sa ville, Foz, il y a plus de 85 églises, sans compter les groupes informels. Quand je l’interroge sur les relations entre ces églises, et notamment entre leurs pasteurs ; il me répond aussitôt, l’air attristé : « C’est la concurrence et la compétition ! » Dans tout ce qu’il me dit, je peux discerner un vrai cœur de pasteur, soucieux de l’état spirituel des brebis de son église.

Lui-même m’interroge sur l’état des églises en France. Il est étonné de savoir qu’il y a si peu de Chrétiens évangéliques chez nous.

Nous prions ensuite un bon moment, dans une réelle communion de l’Esprit. Cette réalité universelle du Corps de Christ est merveilleuse, malgré les différences qui peuvent exister. Quand il y a la vie de Christ qui nous unit, on peut progresser dans l’unité de la foi et de la connaissance de Jésus, pourvu qu’il y ait un amour sincère de la vérité !

Le soir, nous nous retrouvons tous réunis chez Bruno pour une étude de la Parole de Dieu en famille, avec Dania, Lila, et la répétitrice Argentine Georgelina. Nous parlons de la manière de connaître la volonté de Dieu pour notre vie, sujet qui intéresse fortement Dania et Lila, qui ont des décisions importantes à prendre pour leur vie ! Nous sommes tous d’accord sur le fait que, si nous désirons sincèrement faire la volonté de Dieu, le Seigneur nous la révèlera toujours, par Sa Parole et Son Esprit, et nous dirigera dans Ses plans, en nous arrêtant si nous nous trompons de chemin.

Vendredi 26 novembre

Nous décidons d’aller passer le week-end au Refuge des Enfants, à Hernandarias, au milieu de la famille de Mirta. Jorge a bien voulu nous laisser sa chambre. Ce n’est pas le confort du Parana Country Club, mais nous sommes plus proches de la manière de vivre de la population locale. Le quartier du Refuge est un quartier pauvre, à la limite de bidonvilles encore plus pauvres, occupés par des campesinos. Il s’agit d’un immense ensemble de 800 maisonnettes toutes semblables, comportant un petit séjour, une chambre minuscule, une cuisine et une salle d’eau à l’avenant. Sur le terrain de la maison qu’il a achetée, Bruno a fait aussi construire un deuxième bâtiment beaucoup plus grand, comportant un dortoir de filles et un de garçons, ainsi qu’un autre bâtiment faisant fonction d’atelier d’apprentissage de la mécanique, inutilisé faute de formateur mécanicien compétent.

Quand nous arrivons, Elke, Lila, Dania et moi, en milieu d’après-midi, il y a encore beaucoup d’enfants, et nous passons un bon moment avec eux, à parler et à jouer au volley-ball. Il y a là en particulier le petit Ariel, 9 ans, enfant abandonné par ses parents, fils d’une prostituée, recueilli par une voisine qui l’a « adopté » officieusement. Comme il habite près du refuge, il y est tout le temps. C’est un petit garçon vif et très attachant, qui ne nous lâche pas. Il est très intéressé par la France et les détails de notre voyage, très étonné de savoir que nous avons dû prendre 3 avions et deux voitures pour nous rendre au Paraguay !

Le soir, nous faisons une réunion sous le préau du Refuge, avec la famille de Mirta, sa mère, ses frères et sœurs, et deux Chrétiennes de l’Argentine qui vivent au Refuge. L’une d’entre elles participe à l’enseignement des filles de Bruno. J’ai l’occasion de parler longuement des dons de l’esprit, sujet dont ils ignoraient presque tout, en insistant sur la nécessité de porter avant tout le fruit de l’esprit. Je sens que tous apprécient le fait que nous soyons venus au milieu d’eux, pour avoir le temps de partager et de vivre avec eux.

Samedi 27 novembre

Le temps est mauvais, et il pleut fortement toute la journée. Heureusement que tout le monde habite dans les environs, car ici, quand il pleut, les gens ne bougent pas. Les routes en terre sont transformées en torrents de boue. Nous passons la journée à partager avec les uns et les autres, ceux qui sont présents. L’après-midi, profitant d’une accalmie, nous partons au centre ville faire quelques courses. Nous emmenons avec nous Ariel, toujours à nos côtés. Lila et Dania veulent absolument trouver du chocolat noir pour faire un gâteau au chocolat pour ce soir. Ici, c’est tout un problème de trouver une tablette de chocolat ! Je pense aux rayons de nos supermarchés français ! Finalement, l’un des deux « supermarchés » (très couleur locale) d’Hernandarias nous permet d’en trouver, soigneusement dissimulés dans une petite armoire frigorifique, en raison de la chaleur permanente. Nous en profitons pour offrir un ballon en plastique à Ariel, qui est aux anges !

Je passe faire un tour chez Bernardo le cordonnier et Alicia, la sœur aînée de Mirta, qui habitent au bout de la rue. Bernardo me reçoit sur le pas de sa porte entrebâillée. Je sens qu’il est gêné de me faire entrer dans sa maison. Il préfère que je revienne plus tard, sans doute quand il fera beau. Il pourra alors me recevoir dans son « jardin » !

En milieu d’après-midi, nous prenons la voiture pour aller visiter, Elke et moi, la famille du petit ami de Mabel, la femme de ménage de Bruno. Mabel vit avec son ami dans la maison des parents de ce dernier. La maman est de type nettement européen. C’est une Allemande d’origine, ses grands-parents ayant émigré en Chine, puis au Brésil, après la première guerre mondiale. Elle s’appelle Gertrud, et est tout heureuse de parler Allemand avec Elke. Le papa est absent, il travaille à Ciudad del Este.

Peu à peu, le reste de la famille arrive : les fils Marcos et son frère Josué, qui est l’ami de Mabel, puis leur sœur, et une petite nièce du papa. Marcos et Josué ont nettement le type germanique, grands aux yeux clairs. Nous leur expliquons tout de suite ce que nous faisons ici au Paraguay, et nous rendons témoignage du Seigneur. Ils nous disent qu’ils sont tous Chrétiens. Pourtant, il est facile de voir qu’il y a quelques problèmes graves dans cette maison : tous les enfants vivent en concubinage dans la maison des parents, et la télévision est restée allumée pendant presque tout notre entretien, sauf vers la fin, où quelqu’un a fini par l’éteindre ! Nous savons que nous ne devons pas juger selon les apparences, et que Dieu connaît les cœurs. Mais nous retrouvons toujours ici ce même problème de sanctification et de manque d’enseignement biblique.

Nous les invitons à venir au Refuge le lendemain matin vers 10 heures, pour participer à une réunion autour de la Parole de Dieu.

Le soir, nous nous retrouvons sous le préau du Refuge, pour une réunion d’étude des prières de Paul. Ces prières nous révèlent ce qu’il y avait au fond du cœur de l’apôtre, qui avait reçu la pensée de Dieu. Ce soir, Alcides, le mari de Lili, la sœur de Mirta, est présent avec son épouse. Il doit se lever tous les matins à deux heures du matin, pour être à trois heures à l’ouverture du bazar tenu par un Chinois, dans lequel il travaille. Il travaille 15 heures par jour, pour un salaire de 130 euros par mois ! Il n’a que quelques jours de congé par an. Il est conscient qu’un tel travail le handicape sur le plan de sa vie spirituelle, et prie le Seigneur de lui en procurer un autre plus commode et moins loin de chez lui. Demain, dimanche, il ne travaille pas.

A la fin de l’enseignement, nous passons un bon moment à prier, et je suis heureux de constater que de plus en plus de langues se délient. Nous finissons par une Sainte Cène très simple, prise par tous avec le plus grand sérieux.

Puis nous partageons le gâteau au chocolat de Dania et Lila, assez inhabituel pour eux ! Je crois que s’il y avait eu deux ou trois gâteaux semblables, ils auraient été avalés aussi rapidement que le premier !

Nous allons nous coucher assez tard, au milieu des bruits du quartier, et de la sono de certains voisins qui faisaient la fête. Le soir, ce sont les chiens qui hurlent un peu partout. Dès 1 heure du matin, les coqs du quartier se mettent à chanter, reprenant leur concert vers 4/5 heures. Mais nous parvenons tout de même à dormir par intermittence !

Dimanche 28 novembre

La pluie était annoncée, mais le ciel est bien dégagé, et les nombreux nuages ne sont pas menaçants. Nous avions donné rendez-vous à tout le monde à 10 heures. Les premiers arrivent lentement un peu avant 10h30. Puis nous voyons venir Mabel et son ami Josué, accompagné de ses parents.

La réunion commence de manière très détendue et très informelle. Nous nous présentons mutuellement. Je m’attendais à trouver dans le papa de Josué un Chrétien rétrograde qu’il fallait encourager à revenir au Seigneur. Mais il a tout de suite pris l’une des guitares présentes, et s’est mis à chanter des cantiques de tout son cœur, accompagné par Gertrud. Puis il nous a donné son témoignage. Converti très jeune, il a reçu très tôt une prophétie dans des circonstances assez particulières. Un pasteur lui a donné une prophétie l’appelant à servir Dieu, et lui annonçant que le Seigneur ferait de grandes choses en lui et par lui. A ce moment-là, l’Esprit de Dieu l’avait soulevé de terre à une hauteur d’une vingtaine de centimètres.

La prophétie s’était accomplie, et il a servi le Seigneur en divers endroits avec puissance, gagnant beaucoup d’âmes à Jésus-Christ. Mais il avait fini par quitter le « système » des églises (selon ses termes) pour rester dans sa maison, ne supportant plus le dirigisme des pasteurs qui étaient au-dessus de lui, et voulant travailler seulement pour le Seigneur et Son Eglise. Il attendait actuellement que le Seigneur lui ouvre de nouvelles portes.

Puis Alfredo donne son propre témoignage de jeune adolescent rejeté par sa famille, perdu dans la drogue et l’alcool, avant de rencontrer le Seigneur et de faire une conversion profonde.

Lila donne à son tour son témoignage. Elle avait soigneusement préparé un texte écrit en espagnol. Mais je lui conseille de parler en français directement, et je m’efforcerai de la traduire en espagnol. Elle s’en sort très bien, et se met même à parler elle-même en espagnol après quelque temps. Ses paroles simples touchent les cœurs. A un moment donné, le papa de Josué reçoit une prophétie pour elle, avec beaucoup d’émotion. Il la donne en pleurant.

Pour ma part, je ne peux m’empêcher de rester prudent devant les grandes manifestations sentimentales, commençant à connaître les problèmes des églises de ce pays. Les conversions sont nombreuses, mais la vie chrétienne souvent superficielle. La prédication de la croix est quasi-inconnue, et le laisser-aller spirituel assez généralisé. Car ce sont les fruits de notre vie qui prouvent la réalité de notre repentance et de notre nouvelle naissance. Il peut y avoir de véritables donc spirituels, des prophéties et des miracles. Mais ce qui compte réellement, notamment aux yeux d’un monde impitoyable, c’est un réel changement de vie qui va refléter la nature et le caractère de Jésus !

Nous partageons ensuite la Parole et nous finissons par la prière. Les parents de Josué nous assurent qu’ils désirent nous revoir et poursuivre nos contacts. Nous mettons tout cela entre les mains du Seigneur, Lui demandant de tout diriger.

L’après-midi, nous faisons une nouvelle réunion avec tous ceux qui sont présents. Nous parlons de la « mort de Jésus qui agit en nous », pour produire la vie chez les autres. Josué et Mabel sont venus inviter Dania et Lila aller se promener en famille dans un parc d’Hernandarias. En revenant, vers 18h30, elles nous avouent qu’elles ont regretté de les avoir accompagnés ! Elles étaient entourées d’une quinzaine de personnes de la famille, et ont eu honte de voir le comportement très « libre » (pour ne pas dire plus) de tous ces jeunes « Chrétiens » vivant en concubinage qui les accompagnaient. Elles aussi, elles ont pu voir de près certaines réalités, qui valent mieux que tous les discours !

Nous décidons de rentrer chez Bruno vers 19h. Ils se préparaient à partir dans l’une des grandes églises de la région, qui recevait justement le frère Victor, l’un des proches collaborateurs de Carlos Annacondia, le fameux évangéliste Argentin, mondialement connu. Bruno avait connu et apprécié Victor il y a quelques années, lors d’une campagne d’Annacondia à Ciudad del Este.

Parvenus à l’église, nous avons du mal à trouver de la place. L’église, assez grande, est bondée. Des jeunes femmes revêtues de belles robes longues et maniant le tambourin dansent gracieusement devant l’estrade, au rythme d’une musique épouvantablement forte. Il me faut hurler dans l’oreille d’Elke pour lui faire comprendre quelque chose !

La prédication du frère Victor fut un bon message d’évangélisation sur la résurrection de Lazare. C’est un homme assez calme qui parle avec beaucoup d’autorité et d’amour. Jusque-là, tout allait bien. Mais les choses ont pris une tournure qui me plaisait moins, à la fin du message, qui fut assez court, à peine une demi-heure. Manifestement, tout le monde attendait la suite avec impatience, sachant ce qui allait se passer !

Lorsque Victor fit l’appel final, toute l’assemblée de leva d’un bond et d’approcha de l’estrade. C’était assez comique de voir que nous restions pratiquement les seuls, toute notre rangée, à ne pas bouger, Bruno, Mirta et leurs filles, Elke et moi ! Toute une troupe d’huissiers se mirent à empiler les chaises et à les ranger, pour laisser de la place à la foule. Victor fit une prière de repentance pour le pardon de tous les péchés, puis commença à chasser collectivement les démons, imitant en tout point la style et la manière de Carlos Annacondia ! Il nommait divers types de démons et les chassait en hurlant. Les personnes qui commençaient à manifester des réactions plus ou moins violentes étaient aussitôt conduites dans une salle annexe, où un autre collaborateur d’Annacondia continuait à les délivrer de leurs démons. Quant à lui, le pasteur de l’église arpentait comme un lion en cage l’estrade, en criant toutes sortes de commandements qu’il répétait sans cesse d’une voix sourde.

J’éprouvais dans mon cœur une certaine tristesse de voir de quelle manière les problèmes spirituels de tous ces Chrétiens en quête de délivrance étaient traités. Il y a longtemps que je suis persuadé que la délivrance des démons n’est pas la solution radicale de Dieu pour les Chrétiens. La seule solution divine radicale est la prédication de la croix ! Certes, beaucoup de démons ont pu être chassés ce soir-là au nom de Jésus, mais je reste convaincu que, si la porte de la chair reste grande ouverte, et si ces Chrétiens ne sont pas solidement établis sur le fondement de la croix, ces démons peuvent toujours trouver une porte ouverte pour revenir, parfois plus nombreux encore ! Je crois que l’état spirituel de beaucoup d’églises ne leur permet pas de voir l’importance cruciale du message de la croix. Comme il fallait bien proposer des solutions aux problèmes qu’elles rencontrent, elles préfèrent avoir recours à la délivrance des démons, pensant qu’il s’agit là de la vraie puissance de Dieu. L’assistance était composée à 95 % de Chrétiens, qui, manifestement, aimaient le Seigneur de tout leur cœur !

Je ne veux pas juger la valeur d’un ministère selon l’apparence. Chacun tient du Seigneur un appel particulier. Tous les ministères se complètent et doivent travailler ensemble à l’édification du Corps de Christ. Mais je continue à croire que la prédication de la croix, dans l’ensemble, fait cruellement défaut dans beaucoup d’églises, si ce n’est la plupart.

Victor descendit ensuite de l’estrade, pour imposer les mains à chacun. Certains ont commencé à tomber, au milieu d’une excitation palpable. Bruno finit par me demander si je voulais partir, ce que j’acceptai aussitôt. L’air navré, Bruno me glissa : « Eh oui, Henri, là voilà, cette fameuse église Argentine ! Mais je t’assure que ce frère Victor est un bon frère qui aime vraiment le Seigneur ! Nous le recevrons à déjeuner mardi, et j’espère que tu pourras passer un long moment avec lui ! » Honnêtement, il me tarde de le rencontrer !

Lundi 29 novembre

Nous allons chercher Victor à Ciudad del Este de bon matin, et nous le conduisons aussitôt à l’estancia. Bruno ayant des problèmes à régler, je peux rester près de deux heures à parler et prier avec Victor. Ce fut une réelle bénédiction pour moi, et, je le crois, pour lui aussi. Nous avons pu parler en profondeur des problèmes de l’Eglise, de nos appels respectifs, et aussi prier ensemble. Victor est un frère rempli d’amour qui a réellement à cœur l’œuvre du Seigneur et le salut des âmes.

Je l’interroge sur le fameux réveil argentin. Il admet aussitôt qu’il ne s’agit pas d’un véritable réveil, mais d’une croissance rapide des églises. Il dut pourtant admettre que cette croissance d’un certain nombre de grandes églises se faisait au détriment des petites églises, qui avaient tendance à se vider. Il reconnut aussi que l’enseignement des Chrétiens, en ce qui concerne le problème fondamental du « perfectionnement des saints », comportait de graves lacunes. Mais cette question ne le concernait pas directement, en tant qu’évangéliste. Son ministère était de conduire des âmes à la conversion, pas de les enseigner dans la marche chrétienne.

Comme il me demande si j’avais écrit quelque chose sur la marche par l’esprit, je peux lui donner un exemplaire de la brochure qui avait été traduite en espagnol au cours de notre dernier voyage. Je lui fais ensuite visiter le Centre, en lui expliquant notre projet.

Au retour de Bruno, nous ramenons Victor chez Bruno pour déjeuner en sa compagnie, et passer l’après-midi ensemble. Nous sommes réellement dans la communion de l’esprit, même si, sur la question de la délivrance des Chrétiens, j’ai l’occasion de lui exprimer mes réserves sérieuses, et même ma conviction que ce n’était pas la volonté de Dieu de procéder de cette manière en ce qui concerne l’Eglise. Je m’efforce de lui montrer que la voie biblique de la libération des Chrétiens est la prédication de la croix, et la marche par l’esprit

Victor m’écoute calmement, mais se contente de répondre que chacun tient de Dieu un appel et un ministère particulier. Cela ne nous empêche pas de passer un excellent moment dans la communion fraternelle, et dans l’amour de Jésus. Dans le fond, c’est le Seigneur qui dirige Son Eglise, et c’est Lui qui aura le dernier mot en toutes choses. La réforme de Son Eglise est Son œuvre et non la nôtre. La nôtre est de connaître Sa volonté et de Lui obéir, de prêcher l’Evangile en esprit et en vérité, et de laisser le Saint-Esprit faire Son œuvre en nous ! Je reconnais en Victor un vrai frère en Christ, rempli d’amour et du désir de servir le Seigneur. Mais je dois constater que le message de la croix, dans son aspect libérateur de la puissance du péché dans notre vie, ainsi que le message de la marche par l’esprit, lui sont pratiquement inconnus. En tant qu’évangéliste, sa préoccupation est de conduire des âmes au Seigneur. Mais son ministère gagnerait en efficacité et en puissance, s’il savait qu’il gagne des âmes pour les conduire à la perfection de Christ !

3° voyage au Paraguay (suite)

Mardi 30 novembre – Mercredi 1er décembre

Nous préparons notre installation au Centre. Les travaux de notre petit appartement ne sont pas encore achevés, mais nous pouvons commencer à nous installer dans l’une des chambres qui sont terminées, même si l’eau n’est pas encore branchée. Dania et Lila nous accompagnent. Elles désiraient depuis longtemps passer quelques jours à l’estancia. Nous désirions aussi nous rapprocher du personnel de l’estancia, car plusieurs se sont déjà donnés au Seigneur, et nécessitent un suivi spirituel, et d’autres sont intéressés.

Avant de partir, Maria, la femme de ménage Catholique charismatique, nous demande de prier pour son mari et deux de ses garçons (elle a huit enfants) qui ne sont pas convertis et qui la persécutent violemment pour sa foi. Je l’encourage à s’appuyer sur les promesses de la Bible et à faire confiance au Seigneur, en lui promettant de prier pour eux. Nous prions aussi pour qu’elle renonce à toute fausse doctrine du Catholicisme, car l’erreur doctrinale est toujours une porte ouverte à l’ennemi !

Jeudi 2 décembre

Bruno et sa famille nous rejoignent au centre pour la journée. Ils ont emmené avec eux les deux institutrices de leurs filles, M. la Française et Georgelina l’Argentine. Cette dernière est déjà convertie depuis longtemps et a fait beaucoup d’expériences avec le Seigneur, notamment comme missionnaire en Guinée espagnole. Elle a eu l’occasion de nous donner quelques témoignages percutants. Notamment celui-ci : elle s’occupait d’enfants, et l’un d’eux, converti, avait été l’objet d’attaques de sorciers. Pleinement confiant dans la protection du Seigneur Jésus, cet enfant n’avait tenu aucun compte des menaces de l’un de ces sorciers, qui lui avait annoncé qu’il mourrait un certain jour, à une heure précise. Le jour et l’heure venus, l’enfant jouait tranquillement, quand Georgelina entendit de grands cris venant de la maison du sorcier : ce dernier venait de mourir ! Il avait été frappé par la malédiction qu’il voulait faire tomber sur l’enfant. La protection du sang de Jésus n’est pas vaine !

Après une journée fort occupée en travaux divers, nous prévenons le personnel présent que nous organiserons une petite réunion dans la salle principale du Centre. Vers 20 heures, nous voyons le personnel arriver par familles, certains de l’autre bout de l’estancia. Je leur explique que, tant que nous serons présents sur le Centre, nous organiserons, sauf imprévus, une réunion chaque soir, à l’intention de ceux qui sont déjà convertis. Le but de ces réunions sera d’étudier dans leurs grandes lignes les épîtres de Paul, pour approfondir le message de la croix et de la marche par l’esprit. Nous tiendrons d’autres réunions d’évangélisation à l’intention de ceux qui ne sont pas encore convertis, mais qui s’intéressent à l’Evangile.

Nous nous retrouvons à une quinzaine. Beaucoup sont encore très intimidés. Certains se disent Chrétiens quand je les interroge, mais je m’aperçois qu’ils sont Catholiques, et qu’ils n’ont strictement aucune connaissance de la Bible, à part quelques principes très généraux. Certains ne savent même pas lire. Je me rends compte, à certaines de leurs questions ou de leurs réponses à mes questions, qu’il est nécessaire de leur expliquer certains mots pourtant très simples, ou certaines doctrines que j’aurais pu tenir pour acquises. C’est pour moi un excellent entraînement à compter sur le Seigneur pour qu’Il me donne de faire passer le plus simplement possible Sa Parole dans ces cœurs ouverts. Les enfants présents sont remarquablement sages pendant toute la réunion, qui n’excède pas une heure. J’ai l’occasion de raccompagner certains d’entre eux à l’autre extrémité de l’estancia. Je leur demande comment ils font pour se diriger sur les chemins par une nuit aussi noire, et ils me répondent : « Mais nous sommes habitués à faire cela ! Et aussi à marcher pendant des kilomètres ! » J’ai l’impression que certains des tout petits ne devaient pas avoir l’habitude de monter souvent dans une voiture !

Vendredi 3 décembre

C’est la dernière journée pleine de Dania et Lila au Paraguay. Dimanche matin, dès 7 heures, elles reprennent l’avion pour la France ! Elles veulent profiter au maximum de cette dernière journée, et ont l’occasion de chevaucher de longs moments dans les grands espaces de l’estancia ! Elles auraient souhaité une dernière réunion avec tous les jeunes de la famille de Mirta, mais tous sont trop occupés à leurs travaux divers.

Notre appartement étant à présent terminé, nous nous y installons, Elke et moi. Nous remercions le Seigneur pour cette opportunité de pouvoir vivre directement sur le Centre, et de pouvoir partager la vie de tous ceux que le Seigneur nous enverra dans les trois mois qui nous restent à passer ici !

Le soir, à la réunion, ce sont les vachers qui, cette fois, se déplacent en famille. L’un d’eux, Sebastian, est prêt pour le baptême, ainsi que sa femme. Ils sont venus avec leur petite dernière, un beau bébé de 8 mois, que nous avions vu naître lors de notre dernier séjour. Sebastian me dit qu’il est très intéressé par l’Evangile. Il ne connaissait rien aux choses du Seigneur, ayant été élevé dans une estancia brésilienne avant de venir ici. Il me confie que beaucoup de choses ont changé dans leur vie et dans leur foyer depuis notre dernier passage. Ils lisent la Bible en famille. S’il a voulu retarder son baptême, c’est pour pouvoir régulariser sa situation matrimoniale : il veut se marier légalement devant le juge. Cela démontre son sérieux ! L’autre vaquero, Rey, est plus sur la réserve, mais sa femme et sa fille aînée Aïda sont déjà converties et baptisées. Rey est présent et écoute attentivement le message.

Samedi 4 décembre

Bruno et sa famille reviennent passer la journée avec nous, et nous devons repartir ensemble pour conduire Lila et Dania à l’avion.

Vers 11 heures, je retourne à mon cher bosquet de mandariniers, de l’autre côté du lac, pour faire une première réunion avec les ouvriers agricoles. Nous nous retrouvons à une dizaine. Je revois Santiago, qui s’était converti il y a 8 mois, mais qui n’a pas été tellement « nourri » depuis.

Mon désir est de leur présenter la personne de Jésus au travers des Evangiles, afin qu’ils comprennent l’amour du Seigneur pour eux. Cela fait de siècles que ces ouvriers agricoles ont été opprimés par divers maîtres, et ils se considèrent eux-mêmes comme des « balayures du monde ». Ils semblent étonnés qu’on leur dise que quelqu’un comme le Seigneur les aime d’un amour éternel, au point d’avoir donné Sa vie pour eux, comme pour nous tous. Ils écoutent tous le message en silence. Santiago prend la parole pour demander une prière pour sa femme et ses six enfants, ce que nous faisons de tout cœur.

L’après-midi, je me dirige seul vers les paillotes, près du lac, pour prier un moment. Peu à peu, je suis rejoint par la plupart de ceux qui sont présents sur la ferme, à part quelques familles. Je leur commente à nouveau deux autres passages de l’Evangile, celui où Jésus guérit le paralytique, et ressuscite la fille de Jaïrus. L’amour de Jésus est vraiment puissant !

A peine la réunion terminée, de grosses gouttes commencent à tomber, et une pluie tropicale nous oblige à partir rapidement. Rentrés chez Bruno, nous aidons Lila et Dania à faire leurs derniers préparatifs. Dans sa générosité, Bruno veut nous conduire dans un hôtel au Brésil, proche de l’aéroport, pour éviter de nous lever dès trois heures du matin. Les hôtels sont nombreux et variés dans cette région, en raison de la proximité des célèbres chutes d’Iguassu, mondialement connues, et sans doute les plus belles du monde. Nous faisons dans les magnifiques jardins de l’hôtel une prière ensemble. Bruno et sa famille, très émus, se séparent de Lila et Dania, non moins émues. J’ai le sentiment que ce voyage paraguayen a représenté une étape importante dans leur vie ! Elles repartent, surtout Lila, chargées de nombreux sacs et de paquets, un peu inquiètes d’être aussi chargées, mais les souvenirs qu’elles ont accumulé dans la tête et le cœur (et dans leurs sacs !) valaient bien la peine de faire cet effort !

Dimanche 5 décembre

A cinq heures du matin, je laisse Elke dormir dans notre chambre d’hôtel, pour emmener Dania et Lila à l’aéroport tout proche. Le jour se lève à peine. Le lever du soleil est aussi magnifique ici que son coucher !

C’est à mon tour de quitter ces deux petites sœurs avec émotion ! Je suis convaincu que le Seigneur accomplira Son plan dans leur vie, car elles le désirent. Je suis également certain que leur séjour ici a été pour elles l’occasion d’affermir et de développer leur marche avec le Seigneur, et de commencer à voir se profiler la réponse à certaines questions importantes qu’elles se posaient pour leur vie !

Nous profitons de notre présence au Brésil pour faire quelques courses pour notre installation au Centre, puis nous rentrons chez Bruno. Comme nous n’avons pas encore de téléphone au Centre, j’en profite pour répondre à de nombreux e-mails qui s’accumulent.

En début de soirée, nous décidons de nous rendre, Bruno, Elke et moi, à la dernière réunion du groupe Rocas Vivas, qui fait une campagne d’évangélisation à Don Bosco, une banlieue populaire de Ciudad del Este. Nous mettons un long moment à retrouver le lieu de la campagne. A notre arrivée, le pasteur de l’église nous accueille chaleureusement et nous fait installer quelques fauteuils de jardin à même le sol herbeux de la place. Il y a là 150 à 200 personnes, en majorité des femmes, la plupart des Chrétiens, comme je m’en suis rapidement rendu compte.

Le groupe vient d’achever de chanter. Dany, le chanteur et guitariste du groupe, stimule l’assistance à participer généreusement à l’offrande qu’il l’invite à faire. Juste après l’offrande, survient une panne de courant, fréquente ici. On fait prier pour que le courant revienne. Quelques minutes plus tard, le courant est rétabli, à la grande joie de tous. Puis on laisse la place au prédicateur de la soirée.

L’homme est grand et fort, et se promène en long et en large de l’estrade dans une attitude qui me semble laisser paraître une certaine vulgarité. Il commence sa prédication par un long moment d’exercice des dons de prophétie et de connaissance, dans le plus pur style pentecôtiste. Lui aussi semble confondre vraie puissance du Saint-Esprit et décibels ! Après avoir annoncé toute une série de guérisons de diverses maladies et infirmités, impossibles à vérifier, et fait une belle prophétie à l’attention du groupe Rocas Vivas, il se calme et commence à nous parler sur le thème qu’il a choisi : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ».

Le message est rempli de bons sentiments, avec un appel accentué à ne pas endurcir notre cœur et à avoir foi en Dieu et en Sa Parole. Bien entendu, l’assistance ne peut qu’être d’accord. Regardant autour de moi, je peux voir de nombreux Chrétiens respirant l’amour pour leur Dieu, et le désir de Lui plaire. Mais ce message, bon sur le plan de l’exhortation, ne donne pas à cette foule affamée la clef dont elle a besoin pour entrer dans les riches provisions du Seigneur. Le message de la croix est complètement laissé de côté, la personne et l’œuvre de Jésus-Christ ne sont pas mises en avant.

Le message se termine par un appel à l’intention de « ceux dont le cœur a été touché par le message ». Une cinquantaine de personnes s’approchent. Dany demande à ceux qui assistent pour la première fois à une réunion comme celle-ci de lever la main, et six personnes se manifestent. Il leur demande de s’approcher, et leur fait répéter à haute voix une prière de repentance et d’acceptation du Seigneur comme Sauveur. Je ne peux qu’espérer que leur cœur soit en accord avec les paroles de leurs lèvres, mais je n’en ai aucune assurance. Je ne peux m’empêcher de ressentir une impression générale d’insatisfaction, comme si quelque chose sonnait faux quelque part, comme si l’on voulait associer le Saint-Esprit à une œuvre en grande partie humaine. Certes, le Seigneur dirige Lui-même Son Eglise, et peut œuvrer dans les cœurs en dépit de nos insuffisances humaines et de nos manquements. Mais il est urgent de restaurer la puissance de la prédication de la croix, aussi bien à l’intention de ceux qui ne connaissent pas le Seigneur, qu’à l’intention de Son Eglise !

Lundi 6 décembre

Les trois quarts du Centre sont terminés. Seul un bâtiment de chambres reste à achever, ce qui sera fait dans une dizaine de jours. Mais le Centre est opérationnel pour de petits groupes, que nous pourrons bientôt commencer à recevoir. Je sais que les portes vont commencer à s’ouvrir.

Avant le petit-déjeuner, chez Bruno, encore très tôt, notre frère Oscar se présente sur la terrasse, où je me trouve seul en train de lire la Bible. Oscar est ce militaire-poète-entrepreneur avec qui nous avions beaucoup été en contact lors de notre précédent voyage. Depuis lors, il s’était séparé de l’église du Pasteur Francisco, qui était lui-même parti au Pérou. Oscar avait acheté un terrain non loin du centre d’Hernandarias, sur lequel il voulait bâtir une église. Pour le moment, il est en train de bâtir un petit local provisoire, où se réunissent 20 à 25 personnes habitant le quartier. Ce quartier est très pauvre, habité en majorité de « campesinos », ces paysans sans terre qui sont au niveau le plus bas de la société.

Comme nous devons nous rendre à l’estancia pour y déposer nos courses de la veille, Oscar nous accompagne. En tant qu’ingénieur civil, il avait dessiné quelques plans pour Bruno avant la construction du Centre, mais Bruno avait dû se séparer de lui, essentiellement pour certaines raisons pratiques. Pourtant, Oscar est un homme généreux qui n’hésite pas à partager aves les autres ce que Seigneur lui donne. Il est désireux d’apprendre. En outre, il est franc et dépourvu d’hypocrisie, ce qui est précieux ici !

Avant de nous rendre au Centre, nous allons visiter le chantier d’Oscar. Au milieu d’un terrain marécageux qu’il est en train de combler de gravats, se dresse une misérable construction de briques mal jointées, devant laquelle est disposée une grande pancarte où l’on peut lire : « Iglesa Missionera Nuevo Camino » (Eglise Missionnaire du Chemin Neuf). Pour nous y rendre, nous devons traverser une méchante planche posée en travers d’un caniveau rempli d’eau boueuse

Tout autour, nous apercevons les cabanes en bois des campesinos. Cet endroit, humainement parlant, semble complètement abandonné, mais le Seigneur y possède un troupeau qui a besoin de Lui ! Samedi prochain, nous y reviendrons pour rencontrer les membres de l’église et prendre un premier contact. Puis nous nous rendons au Centre.

Oscar est admiratif devant la beauté et la fonctionnalité du Centre. Il est déjà prêt à y envoyer une dizaine d’hommes de son église. Je lui demande s’il connaît à Hernandarias des hommes fidèles, capables de recevoir le message de la croix et de le transmettre à d’autres. Il me répond que sa franchise ne lui a pas permis de se faire beaucoup d’amis, mais qu’il peut réunir sans peine cinq à six pasteurs ou anciens, auxquels il fait confiance.

Comme nous disposons d’un peu de temps avant de rentrer chez Bruno, je lui demande de me faire rencontrer l’un de ces pasteurs. Nous rentrons aussitôt à Hernandarias, où Oscar nous conduit à la maison du Pasteur Léonidas, d’origine Brésilienne, marié à une Paraguayenne.

Nous voyons s’approcher l’un des êtres les plus difformes et infirmes que j’aie pu rencontrer dans mon existence : bossu, malingre, les membres déformés. Mais un visage aux beaux yeux bleus, qui rayonnaient de la bonté et de l’amour du Seigneur ! Cet homme était une illustration parfaite du fait que le Seigneur aime Se servir des « balayures du monde » pour Se glorifier ! Le Seigneur lui a donné une épouse et six beaux enfants.

Le pasteur Léonidas nous fait ouvrir son « église », attenante à sa maison. Il s’agit d’une sorte de hangar en planches, sans fenêtres, comportant une double porte d’entrée et une porte latérale. Une cinquantaine de chaises grossièrement faites en bois massif sont disposées autour d’un pupitre. Il y a tout de même une sono dans un coin.

Nous nous disposons en rond et nous partageons pendant une petite heure. Le Pasteur Léonidas semble très intéressé par notre projet. Lui aussi pourrait venir avec un petit groupe de personnes fidèles.

Je charge Oscar de réunir un petit groupe pour la semaine prochaine, dès mardi, afin de les conduire au Centre pour une petite retraite de deux ou trois jours. Le Seigneur continue à dérouler Ses plans !

Mardi 7 décembre

Aujourd’hui, nous avons la visite surprise du Pasteur Antonio Cuevas et de sa famille. Ils arrivent d’Antequera, petit village sur le bord du fleuve Paraguay, à six heures de voiture, où ils se sont installés comme missionnaires il y a huit mois, à notre précédent départ du Paraguay. C’est une région vierge à tout point de vue, où le péché abonde, mais où la grâce peut aussi surabonder !

Ils ont beaucoup de combats au milieu de cette population arriérée et enténébrée, soumise en outre à la domination de l’occultisme et de l’Eglise Catholique. Celle-ci se contente de faire entrer le maximum de personnes dans son système, en baptisant un maximum d’enfants, puis en les abandonnant à eux-mêmes.

Outre la prédication de la Parole et leur témoignage personnel, Antonio et sa famille tentent d’améliorer la condition sociale, économique et sanitaire de ces populations, sur les plans les plus élémentaires : comment construire des sanitaires propres, comment améliorer le rendement de certaines cultures, comment débarrasser les enfants de leurs tiques et de leurs poux, etc… A ce sujet, il nous raconte une anecdote significative. Ayant construit une fosse septique à la mode locale (un simple trou recouvert d’une plaque de ciment armé), et branché un W.C. sur cette fosse, les indigènes étaient effrayés de voir le contenu des W.C. disparaître sous leurs yeux, et ne voulaient pas se servir de la cuvette, de peur de disparaître eux aussi dans le trou !

Quelques convertis sont venus se joindre à l’Eglise naissante, et il faut tout leur apprendre des rudiments de la vie chrétienne. Antonio préfère travailler sur ce terrain vierge, où les âmes peuvent recevoir dès le départ le solide fondement de Christ et une saine doctrine. Antonio est un vrai serviteur de Dieu, qui ne compte que sur son Seigneur, et qui a voulu se détacher d’un système d’églises et de dénominations qui lui pesait, pour reprendre une pleine liberté spirituelle en Christ en tant que missionnaire en terre non évangélisée.

Nous passons une belle journée à échanger dans la communion fraternelle. Antonio m’invite à venir passer quelques jours chez lui, ce que je ferai en janvier ou février prochain, si Dieu le veut. Nous irons avec son vieux bateau visiter les villages de pêcheurs qu’il a déjà contactés le long du fleuve.

Antonio fait cadeau à Bruno de deux magnifiques perroquets parleurs de l’Amazonie, à peine âgés de deux mois. Bruno me les confie, et nous les installerons au Centre. Je vais tâcher de leur apprendre à dire : « Crucifica tu carne ! » (« Crucifie ta chair ! »)

Mercredi 8 décembre

Nous partons tous à l’estancia pour y passer la journée et continuer nos préparatifs d’installation. La mère de Mirta, Ruffina, vient aussi s’installer au Centre avec ses deux plus jeunes enfants, ainsi qu’Alfredo, le jeune cousin de Mirta.

Nous passons une très agréable journée dans la communion fraternelle. Bruno convoque dans son bureau deux jeunes filles appartenant à deux familles de son personnel, Aïda et Solange, pour leur proposer de venir travailler au Centre. Elles acceptent avec empressement ! Il en profite pour dire à Valdo, son contremaître Brésilien, le père de Solange, de rappeler à tout le personnel que ce Centre est ouvert à tout le personnel, qui pourra venir y manger gratuitement, s’y reposer, écouter des enseignements bibliques, ou tout simplement échanger avec ceux qui s’y trouvent, en toute simplicité. Il faut que ce Centre soit un lieu de vie et d’échanges où Christ règne et travaille dans le cœur de tous. Notre objectif est que tout le personnel de l’estancia se convertisse, et que tous ceux qui viendront de l’extérieur puissent mieux connaître Christ et Sa Parole !

Nous décidons, Elke et moi, de venir nous installer définitivement au Centre dès demain.

Jeudi 9 décembre

Au petit-déjeuner, Antonio nous raconte certains détails intéressants de sa vie. Il vient d’une famille très pauvre d’Argentine, et n’a plus aucune famille. Il nous raconte comment un lointain grand-oncle de sa femme fut l’un des premiers à évangéliser les régions reculées de l’Argentine. Petit, il avait toujours eu le désir de lire ce qu’il appelait la « Sainte Bible ». Un jour, il put récupérer une Bible que quelqu’un avait jetée dans une poubelle. Il la nettoya, et commença à la lire, tout seul. Il se convertit, et commença à évangéliser tous les endroits où il passait. Il se déplaçait avec une petite charrette tirée par un âne, et subsistait en faisant de petits travaux et en vendant quelques produits de première nécessité. Aujourd’hui, âgé de plus de 90 ans, il ne désire qu’une chose : rejoindre son Seigneur, en soupirant de devoir continuer à rester sur cette terre. Dernièrement, il disait à Antonio : « Le Seigneur m’a oublié ! Je ne suis plus bon à rien sur cette terre ! » Et Antonio lui a répondu : « Qu’en sais-tu ? Si le Seigneur te garde vivant, c’est qu’Il a encore un plan pour toi ici-bas ! »

Antonio me parle aussi d’un autre frère Argentin, qui fut son compagnon d’œuvre dans le Seigneur pendant des années. Ce frère avait hérité d’une grande fortune, mais n’avait aucun attachement pour l’argent, qu’il avait entièrement consacré au Seigneur. Il avait acheté une grande estancia, mais ne pensait qu’à une chose ; gagner des âmes pour le Seigneur. Il avait une compassion particulière pour les malades. Quand il apprenait qu’un « grand évangéliste » passait près de chez lui, il louait un bus entier et le remplissait de malades, d’aveugles et de paralytiques, pour les conduire à la campagne d’évangélisation. Quelle déception pour lui de voir qu’ils n’étaient pas guéris et repartaient avec leur fardeau ! A l’âge de 54 ans, il se blessa à un rein, et dut s’aliter dans de grandes souffrances. Il avait aussi un souffle au cœur. Il dit à Antonio : « Le Seigneur m’a montré que je devais souffrir pendant trois jours, puis qu’après, tout irait bien pour moi ! » Effectivement, il souffrit pendant trois jours, puis il mourut ! Antonio ne voulait pas le croire. Il nous parle encore de cet ami disparu avec beaucoup d’affection, les larmes dans les yeux !

Vers 8h30, nous recevons la visite de Gustavo Chimeles et de son épouse Cristina. C’est un Juif Argentin de 38 ans, converti au Seigneur depuis 18 ans. Sa femme est d’origine paraguayenne, elle est un peu plus jeune que lui. Ils sont venus s’installer depuis 4 ans au Paraguay, et vivent près de la capitale, Asunción. Il a un ministère d’enseignement un peu particulier. Il explique en détail la signification spirituelle, pour nous Chrétiens, de tous les éléments du culte israélite, depuis la constitution du Temple et de tout ce qu’il contenait, en passant par les habits du Souverain Sacrificateur, jusqu’aux couleurs des ornements et des différents voiles qui fermaient les portes. Tout son enseignement met l’accent sur la sainteté de Dieu, et la nécessité de marcher dans la sanctification.

Il nous avoue qu’il vient de passer par des moments très difficiles, car son enseignement passe difficilement auprès des pasteurs paraguayens. Dans leur majorité, ces derniers vivent une vie qui est fort loin d’être sanctifiée : adultères, malversations, trafics illégaux, et toutes sortes d’autres péchés, sont monnaie courante. Certains disent à Gustavo : « Ton ministère n’est pas pour nous ! Tu viens trop tôt ! Il nous faut encore du petit-lait, tu nous sers une nourriture trop riche ! » Gustavo interprète cette attitude comme un refus de changer de vie. Il me dit : « Celui qui a travaillé comme nous quatre ans au Paraguay est capable d’aller travailler n’importe où ! » Nous pouvons avoir un aperçu un peu plus clair de la situation des Chrétiens de ce pays : les cœurs sont très ouverts à l’Evangile, mais les conversions sont souvent superficielles, et les conducteurs souvent incapables de bien diriger le troupeau et de les enseigner en profondeur. Le problème est sérieux et, nous semble-t-il, assez général dans toute l’Amérique latine.

Tout en étant associés à une Mission Chrétienne Argentine, Gustavo et son épouse ne reçoivent aucun subside de sa mission, et doivent compter entièrement sur le Seigneur. Ils n’ont pas encore d’enfants, après 4 ans de mariage, ce qui leur permet de se déplacer assez librement, mais ils ne disposent d’aucun moyen de déplacement, et voyagent la plupart du temps en bus.

Nous passons presque toute la journée à partager dans la communion fraternelle. Pour Gustavo et sa femme, notre rencontre est, selon son expression, comme un peu d’eau fraîche dans le désert. Ils sont en permanence à contre-courant de la marche de la plupart des églises, et sont ravis de rencontrer avec nous une communion fraternelle aussi rapide et aussi profonde. Sachant que je suis un ancien professeur d’université en Psychologie appliquée, Cristina me pose beaucoup de questions sur l’utilité de cette discipline dans la vie chrétienne. Je lui affirme ma conviction : la Psychologie n’est pas une science exacte. Elle n’a aucune utilité sur le plan spirituel, car elle est centrée sur le développement de l’ego humain, alors que le message de la croix prône la crucifixion de cet ego. En outre, elle est de plus en plus infiltrée par les méthodes du Nouvel Age et de l’occultisme, sous un déguisement pseudo-scientifique.

Je suis heureux de constater que Gustavo, bien que Juif d’origine, a parfaitement compris l’enseignement de l’apôtre Paul, et qu’il n’y a dans son enseignement, dans son discours et ses pratiques, aucune trace de légalisme judaïque, contrairement à un grand nombre de Juifs Messianiques que je connais.

Vers 16 heures, nous recevons une nouvelle visite : trois pasteurs Argentins, qui font aux aussi partie de l’équipe de Carlos Annacondia, le célèbre évangéliste Argentin, et qui sont ici pour continuer la mission du frère Victor, que nous avons rencontré la semaine dernière. L’un de ces pasteurs est même président de l’organisation qui s’occupe du ministère d’Annacondia, qui est en train de s’étendre dans le monde entier. Pendant que Bruno s’engage dans une conversation très animée avec les deux pasteurs les plus âgés, je discute avec le plus jeune. Il me dit qu’il étudie dans un Institut Biblique Baptiste, et qu’il fait justement des études de Psychologie ! Je ne peux que le mettre en garde contre les dangers de la Psychologie, et de son inutilité pour un Chrétien rempli du Saint-Esprit. Elle n’est (relativement !) utile que pour ceux qui sont dans le monde, et qui ne connaissent pas la puissance du Seigneur, le seul vrai Grand Psychologue dont nous ayons besoin !

Ce jeune frère me décrit ensuite la situation des églises en Argentine. Il y a beaucoup de conversions, beaucoup de grandes églises, mais un cruel défaut d’enseignement et d’approfondissement de la vie chrétienne. On est loin du « grand réveil argentin » dont on entend parfois parler en Europe !

Il me parle aussi de la situation économique catastrophique de son pays. La crise a ruiné l’Argentine. A Buenos Aires, la capitale, près de 50 % de la population active est sans travail et survit péniblement. Les autres se contentent de subsister, à part une minorité de très riches qui se sont encore enrichis. La situation de beaucoup d’enfants est terrible. Ils traînent dans les rues, se droguent, s’adonnent à l’alcool et se prostituent.

Nous allons raccompagner Gustavo et Cristina chez le frère qui les héberge, à Hernandarias. Nous devons les retrouver samedi matin, et les emmener à l’estancia pour y passer la journée avec nous.

De retour, nous trouvons Bruno très réjoui. Les frères Argentins sont repartis. Bruno nous dit qu’il a eu avec eux une excellente conversation. Il nous dit : « Je sens que le Seigneur est en train de nous préparer des choses excellentes, qui seront peut-être entièrement différentes de celles que nous avions prévues ! Si un homme comme Annacondia, mondialement connu, peut être gagné à certaines choses qu’il ne voit pas encore, tous ceux qui ont le regard fixé sur lui pourront également être motivés à changer de direction ! » Je pense que Bruno fait allusion à la nécessité de recevoir et de prêcher l’intégralité du message de la croix et de la marche par l’esprit, seul moyen pour les Chrétiens de produire pleinement le fruit de l’Esprit et de marcher dans la perfection de Christ !

En fin d’après-midi, nous déménageons dans notre petit appartement de l’estancia, et nous passons la soirée à échanger avec Ruffina et A1fredo dans la grande salle de réunion. Nous prions aussi pour tout le personnel de l’estancia, et pour l’œuvre que le Seigneur nous a préparée ici.

Vendredi 10 décembre

Par la fenêtre, nous voyons Aïda et Solange s’activer au nettoyage du Centre. En passant, je les salue. Elles sont ravies de ce travail qui leur fournit un revenu précieux, et leur permet de sortir de leur inactivité.

Je fais le point de la distribution des dons que nous avons ramenés de France pour le Paraguay. Nous avions reçu au total 6.425 euros, de sources diverses. Certains dons étaient spécifiques, d’autres sans affectation. Nous avons préféré concentrer ces dons sur un petit nombre de personnes ou d’œuvres que nous connaissions, afin d’être plus efficaces et d’éviter le saupoudrage. Voici de quelle manière nous avons utilisé ces dons :

–  Soutien au missionnaire Antonio Cuevas et à sa famille : 2.250 euros

– Soutien à Antonio Rodriguez et à son refuge Bethel : 2.001 euros

– Soutien à la missionnaire Marion Boast : 1.120 euros

– Remboursement à Bruno de sommes avancées par lui : 600 euros

(soit 100 euros donnés à Graziella, et 500 à Marion Boast)

– Don à Graziella : 200 euros

– TOTAL : 6.171 euros

Il nous reste 254 euros. Nous nous mettons d’accord avec Elke pour les offrir à Gustavo Chimeles et à son épouse. Nous souhaiterions pouvoir continuer à les aider, car nous l’avons à cœur, et leur ministère mérite d’être soutenu.

Nous remercions une nouvelle fois tous ceux et celles qui ont bien voulu nous adresser ces sommes de la part du Seigneur. Nous pouvons les assurer que ces sommes ont été fidèlement distribuées, et qu’aucun centime n’a été gaspillé pour des frais administratifs, ni consacré à nos besoins personnels. Le Seigneur en est témoin !

Pendant le déjeuner, je demande à Aïda de me préparer la liste des noms de tous les membres du personnel de l’estancia et de leurs familles, car nous voulons prier pour chacun d’eux individuellement. Elle promet de me donner cette liste pour demain.

Nilsa, la jeune femme d’Arnaldo, le frère de Mirta, est venue passer la journée au Centre avec sa petite fille de 4 mois. Elle ne se sentait pas très bien physiquement chez elle, et nous avons pu prier avec elle pour que le Seigneur la bénisse et la guérisse. Elle avait eu à cœur de participer avec son mari à un jeûne qu’il avait fait en faveur du frère d’Arnaldo, Alberto, qui passait par un moment spirituel difficile, et qui avait besoin d’être délivré d’un penchant pour la boisson. Comme elle allaite son bébé, ce jeûne l’avait affaiblie.

Ces dernières semaines, Alberto s’était enivré à deux reprises. A la suite des prières et des jeûnes de plusieurs membres de la famille, il venait de se repentir profondément, et avait demandé pardon publiquement pour ses chutes et ses péchés. Il m’avait aussi demandé un entretien. Nous avons tous glorifié le Seigneur pour cette victoire ! Le Saint-Esprit est à l’œuvre !

Le soir, nous faisons, avec quelques membres du personnel présents, une nouvelle réunion. Nous sommes une dizaine. Je sens que l’essentiel est de parler des fondements de la vie chrétienne, de la personne de Jésus et de Son œuvre. Je sens aussi que c’est dans la prière que les choses vont avancer. La maman de Mirta, Ruffina, est une femme de prière, et elle a l’occasion de donner son témoignage aux femmes présentes. Nous pouvons compter sur l’aide puissante du Seigneur !

Samedi 11 décembre

Vers 9h00, nous partons prendre à Hernandarias Gustavo Chimeles et son épouse. Ils nous présentent leur hôte, un frère ancien dans une église de Pentecôte, très doux et aimable. Puis nous rentrons à l’estancia et passons la matinée à partager avec Gustavo et Cristina son épouse. Nous sommes dans le même esprit, et nous avons le même désir de travailler à l’édification du peuple du Seigneur. Nous parlons abondamment de la croix et de la marche par l’esprit. Notre seul point de désaccord concerne ce qui se passera après l’enlèvement de l’Eglise. Gustavo croit qu’après l’enlèvement, ce sera un temps de jugement pour toutes les nations, et que tous seront perdus, sauf les Juifs qui auront accepté le Seigneur. Sur ce point, je ne suis pas d’accord avec lui, car il est bien écrit dans l’Apocalypse qu’il y aura de très nombreux martyrs qui viendront de la Tribulation, et qui proviendront « de toutes les nations et de tous les peuples ». Il ne peut donc s’agir seulement de Juifs. Il est vrai que les interprétations concernant les événements de la fin diffèrent souvent beaucoup, et que nous devons éviter des discussions inutiles sur ces points.

Vers 11 heures, nous nous rendons sous les mandariniers, sur la colline qui surplombe le lac, et nous avons une belle réunion avec quelques ouvriers agricoles et leurs familles. Je parle de la femme adultère et de l’amour de Jésus, Gustavo apporte une brève exhortation, et nous passons un moment à prier pour ceux qui sont présents et leurs besoins. Le Seigneur nous honore de Sa présence.

Vers midi, nous retournons dans notre petit appartement et continuons à échanger dans un esprit très fraternel. Nous parlons tellement que nous dépassons largement l’heure du déjeuner. Quand nous allons enfin au restaurant du Centre, vers 14h00, tous ont déjà presque fini ! Je suis heureux de voir que des jardiniers et ouvriers de Bruno ont profité de son invitation, et partagent le repas avec nous. Ruffina, comme d’habitude, nous a préparé une excellente nourriture. Qu’il est agréable de ressentir cette paix dans la communion fraternelle entre tous !

A 14h30, nous nous rendons à nouveau sous les paillotes, près du lac. Quelques familles sont déjà là. Nous commençons la réunion avec elles, et je leur parle de Jean 10, la parabole du Bon Berger, qui donne sa vie pour Ses brebis. Puis nous recommençons une deuxième réunion quand un nouveau groupe arrive, en compagnie de Bruno, d’Antonio Cuevas et leurs familles. Antonio nous apporte une courte prédication, puis plusieurs participent en apportant des chants ou cantiques qu’ils ont à cœur de chanter à la gloire de Dieu. Nous ressentons très fortement la présence du Seigneur, et les cœurs sont manifestement touchés. La chaleur du Saint-Esprit fait fondre tout ce qui est dur, et l’amour de Jésus pénètre dans les vies.

Nous raccompagnons Gustavo et Cristina chez leurs hôtes. Ils veulent se préparer avant de se rendre dans une église pentecôtiste du quartier populaire de Don Bosco. Nous décidons de les y accompagner. L’église, assez grande, est toujours en construction. Il y a une soixantaine de personnes. Comme souvent, la sono est tournée à fond, et la louange tonitruante !

On me demande de prendre la parole, et j’ai l’occasion de faire une courte prédication sur Ephésiens 4 :17-24. Tous m’applaudissent chaleureusement, mais je renvoie les applaudissements au Seigneur ! Puis le prédicateur remercie Dieu de tout son cœur d’envoyer « de si loin » des missionnaires au Paraguay, pour leur enseigner Sa Parole.

Gustavo fait ensuite, de sa voix de stentor, une bonne prédication sur la signification spirituelle des vêtements du Souverain Sacrificateur, prédication centrée sur une exhortation à la sanctification et à l’engagement de chacun dans l’œuvre du Seigneur.

Pour ma part, je ressens toujours ce besoin d’expliquer aussi COMMENT parvenir à satisfaire les exigences absolues du Seigneur, par la foi en l’œuvre de Christ sur la croix et en nous, en apprenant à marcher par l’esprit et plus par la chair. Mais il faut sans doute être d’abord être confronté aux exigences du Seigneur, avant de se rendre compte de notre impossibilité à les satisfaire par nos propres forces ! Pour apprendre ensuite à laisser Christ Se manifester en nous et au travers de nous, et à marcher véritablement par l’esprit !

Dimanche 12 décembre

Nous passons une paisible journée en compagnie d’Antonio Cuevas et de sa famille, ainsi que de Ruffina et d’une partie de sa famille. Le matin, vers 9 heures, nous nous retrouvons dans la grande salle de réunions pour un culte très simple en commun. Plusieurs apportent librement ce que le Seigneur leur avait mis sur le cœur. Combien j’apprécie cette liberté et cette simplicité dans l’Esprit ! Lui seul dirige vraiment cette réunion, et c’est tellement mieux ainsi !

L’après-midi, nous allons, Elke et moi, nous promener près de l’étang. Elke en profite pour s’y baigner tranquillement, tandis que j’étudie ma Bible sous les toits de chaume. A notre retour, en passant devant la maison de Valdo, le contremaître Brésilien, nous nous arrêtons pour discuter un moment avec sa femme et sa voisine, également Brésilienne. Elles parlent un mélange d’espagnol et de brésilien difficile à comprendre, mais nous parvenons à communiquer. Elles ont le cœur ouvert au Seigneur et à la Bible, et nous pouvons échanger avec elles en toute liberté. Ce sont des femmes au cœur humble et honnête, qui reçoivent avec joie ce que nous leur apportons. Elles sont à présent tout à fait en confiance.

Le soir, Elke et moi nous préparons le repas, pour permettre à Ruffina de se reposer. Comme nous sommes un peu en retard, quand arrivent les premiers participants à notre réunion du soir, nous sommes encore à table, et nous les invitons à terminer le repas avec nous. Ils acceptent sans se faire prier, et se régalent avec notre omelette au fromage bien française !

Nous passons ensuite une excellente réunion à une dizaine, autour de la Parole de Dieu. Je leur apporte une exhortation sur le Sermon sur la Montagne, puis plusieurs apportent aussi ce qu’ils avaient sur le cœur. Nous finissons par la prière. Le jeune Alfredo fait monter vers Dieu une ardente prière qui touche profondément tous les cœurs. Je suis certain que ce jeune a un appel du Seigneur sur sa vie. Si tous les jeunes pouvaient comme lui répondre ainsi à l’appel de Dieu !

Lundi 13 décembre

Nous passons chercher Gustavo et Cristina chez leurs hôtes, pour les conduire au Centre. Ils vont y rester jusqu’à demain après-midi, avant de rentrer à Asunción. Antonio et sa famille sont partis dès 3 heures du matin faire leurs courses à Ciudad del Este. Ici, les commerces et les magasins ouvrent dès 4 heures du matin !

Nous passons une excellente journée dans la communion fraternelle avec Gustavo et sa femme. Nous pouvons échanger en profondeur sur de nombreux thèmes. Nous sommes d’accord sur tout, sauf sur son interprétation des événements de la fin. Il nous répète qu’il croit qu’il n’y aura plus aucun sauvé sur la terre après l’enlèvement de l’Eglise, à l’exception de Juifs, et jusqu’à la fin du Millénium. Je tente de le persuader de son erreur, mais en vain, bien qu’il soit un peu secoué dans ses convictions par les versets que je lui présente. Malgré cette divergence, nous restons dans une excellente communion, et je suis convaincu qu’il s’agit d’un frère qui aime profondément la vérité et la justice de Dieu.

Dans le courant de l’après-midi, Antonio et sa famille se joignent à nous. Nous avions demandé à Dieu qu’Il nous fasse rencontrer des hommes fidèles, et nous en avons deux avec nous ici aujourd’hui ! C’est pour nous tous un grand rafraîchissement spirituel.

Le soir, nous partons, Gustavo et moi, pour une réunion de frères dans l’église de Carlos, le comptable de Bruno. Nous l’attendons plus d’une heure et demie devant la maison de Bruno, où il nous avait donné rendez-vous, mais il n’est pas venu. Nous en profitons pour continuer à échanger, Gustavo et moi, et à prier ensemble. C’était sans doute le plan du Seigneur pour nous ce soir. J’ai la joie d’entendre Gustavo me dire : « J’ai compris des choses que je n’avais pas comprises avant. Je sais que ma prédication, notamment sur le Lieu Très Saint, ne sera plus la même qu’avant ! »

Nous avions prié que le Seigneur nous fasse rencontrer des hommes fidèles, capables de faire passer eux aussi le message de la croix à d’autres hommes fidèles, et Il nous exauce ! Même si ces hommes fidèles ne sont pas très nombreux, nous continuerons à en rencontrer, j’en suis certain !

De retour au Centre, Antonio ne manifeste aucune surprise devant ce contretemps. Connaissant bien la mentalité des pasteurs du Paraguay, il nous explique ce qui a pu se passer : Carlos n’étant qu’ancien dans son église, et ayant pris lui-même l’initiative de me demander de prêcher devant les frères de son église, il a dû rencontrer des difficultés de la part de son pasteur. Nous saurons plus tard ce qui s’est passé. En fait, le pasteur avait un autre programme !

Mardi 14 décembre

Je me rends vers 9h30 à Hernandarias pour aller chercher le pasteur Leonidas et quelques frères de son église et les conduire au Centre. Ils veulent recevoir la prédication de la croix et de la marche par l’esprit. Je retrouve avec eux le frère Oscar, qui m’avait invité il y a quelques jours dans son petit groupe de campesinos, mais qui avait annulé notre rencontre au dernier moment. Il m’explique la raison de cette annulation : pendant la nuit, ils avaient été cambriolés, et l’on avait volé un certain nombre de chaises de son église. Il avait eu honte de me recevoir dans un local où une partie des participants auraient été assis par terre !

Nous passons la journée avec ces frères, assoiffés de partager la Bible et les vérités que je leur expose. Ils sont en outre enchantés de l’accueil qui leur a été réservé au Centre. Ils m’invitent aussitôt à venir prêcher le soir même dans leur église, pour continuer de leur exposer ces thèmes si fondamentaux de la croix et de la marche par l’esprit.

En revenant à Hernandarias pour les reconduire, nous sommes arrêtés par l’un des nombreux contrôles routiers que nous subissons. Cette fois, ce sont les douanes. Le jeune douanier me demande tous mes papiers, ainsi que les papiers de la voiture. Tout est en règle, sauf que je n’ai pas mon passeport. Il commence à me chercher des histoires, et je me doute qu’il veut sans doute un billet pour me laisser partir. Il me demande ce que je fais au Paraguay. J’en profite pour lui dire que je sers le Seigneur comme missionnaire, en enseignant dans diverses églises. Pour vérifier si je dis la vérité, il me dit : « Quels sont les deux plus grands commandements de l’Evangile ? » Je lui réponds : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes pensées et de toutes tes forces… » Il m’interrompt : « Et le second, qui lui est égal ? » – « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » – « Et que dit Jean 3 :16 ? » – « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné Son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle ! » Convaincu, le douanier me dit : « C’est bon, ma femme est chrétienne, vous pouvez continuer ! » Apparemment, il connaissait bien ces passages de l’Evangile, mais n’avait pas encore donné sa vie au Seigneur. Toutefois, il n’était pas loin du Royaume de Dieu ! Je ne pus m’empêcher de penser que ce n’était pas en France qu’un douanier m’aurait interrogé de la sorte !

Le soir, dans la petite église de bois qui me semblait toute branlante, nous sommes reçus, Elke et moi, avec une grande effusion de joie par ces gens très simples. Nous sentons aussitôt l’amour de Dieu dans ce lieu. Toute l’assemblée écoute avec attention la prédication que je donne sur Ephésiens 4, en ponctuant pratiquement chaque phrase de vibrants « Amen ! »

La Parole rentre dans des cœurs grands ouverts. Le pasteur est ravi, et m’invite aussitôt pour une nouvelle réunion demain soir, dans un autre quartier de la ville. A la fin de la prédication, le pasteur demande à tous ceux qui veulent recevoir une bénédiction de s’approcher, pour que je puisse prier pour eux. Toute l’église se lève d’un bloc, petits et grands ! C’est avec joie que je prie pour chacun.

La réunion se termine par de grandes embrassades qui laissent réellement éclater une joie réelle. Notre joie n’est pas moindre. Quoi de plus réjouissant pour un enseignant de la Bible que de voir la Parole de Dieu reçue avec empressement ? Que le Seigneur fasse descendre profondément Sa Parole dans les cœurs, pour qu’elle y produise un fruit abondant à Sa gloire !

Mercredi 15 décembre

Vers 9h00, je retourne à Hernandarias pour ramener au Centre le Pasteur Leonidas, un ancien de son église, et l’un des fils du pasteur, pour leur exposer plus en détail la prédication de la croix. Nous passons un long moment très béni à partager la Parole. Ils sont avides de recevoir le message.

Nous étudions en détail Romains 6, 7 et 8. Beaucoup d’aspects sont nouveaux pour eux, et ils captent très bien l’importance de ce message pour la vie crucifiée et la marche par l’esprit. C’est une joie pour moi de voir cette ouverture d’esprit et ces cœurs bien disposés ! Le pasteur avoue à la fin de notre rencontre : « C’est un message qu’il va falloir que je prêche ! » L’ancien est ravi et n’arrête pas de s’exclamer : « Gloire à Dieu ! Merci Seigneur ! » Le Saint-Esprit les fait pénétrer avec aisance dans ces choses profondes de l’œuvre de Christ, parce qu’ils ont l’amour de la vérité et le désir de la recevoir. Encore quelques hommes fidèles que le Seigneur met sur notre route !

Le soir, nous finissons la journée par une réunion dans une annexe de leur église, dans le même quartier que celui du « Refuge des Enfants » de Bruno. Devant une trentaine de personnes, je prêche sur l’amour de la vérité et la sanctification. L’assistance manifeste constamment son approbation, et même applaudit de bon cœur aux passages qui la touchent le plus. Je dois avouer que cette vie qui se manifeste au cours de la prédication encourage fortement l’orateur, car elle vient manifestement du Seigneur, et dénote un amour réel pour Jésus et pour Sa Parole ! Le pasteur m’invite à nouveau pour vendredi, mais il m’aurait invité tous les soirs si je n’avais pas eu autre chose à faire !

Jeudi 16 décembre

Je parle un peu avec Jose, le jardinier, qui est entrain d’installer des carrés de pelouse prédécoupés devant notre bâtiment. Il me demande quand je vais venir prêcher dans son église. Je lui réponds : « Quand ton pasteur m’invitera ! » – « Et lui aussi peut venir ici, pour écouter la Parole ? » – « Bien sûr ! Invite-le de ma part, et je viendrai le chercher avec quelques autres frères de ton église ! » Il promet de le faire.

Nous passons le reste de la journée au Centre, dans notre petit appartement. Je peux tranquillement répondre au courrier Internet en attente (111 lettres !) Mais il faudra attendre de pouvoir me brancher sur un téléphone pour pouvoir les expédier ! Nous n’avons pas encore de ligne ici.

Une très forte pluie bienfaisante, mais courte, vient abreuver la terre un peu desséchée depuis plus de dix jours. Nous faisons avec Elke une promenade dans le joli parc arboré qui se trouve derrière le Centre. Ce parc grouille d’animaux en tout genre : poules, cailles, dindons, perdrix, canards et canetons, paons, perroquets et perruches, sans compter les singes en liberté dans les frondaisons des arbres. Cette nature est vraiment magnifique et respire la paix de Dieu !

Ce soir, nous faisons notre réunion avec les membres du personnel du Centre présents. Je peux leur parler à nouveau des événements de la fin, de l’enlèvement auquel nous devons nous préparer, et du baptême du Saint-Esprit. Je prends rendez-vous avec Sebastian pour demain matin chez lui, car il veut me parler.

Vendredi 17 décembre

Je passe la plus grande partie de la matinée chez Sebastian et sa famille. Alfredo est aussi présent, car il travaille à repeindre toute leur maison. Sebastian et sa femme Silvana ont soif d’apprendre les choses du Seigneur. Sebastian sait tout juste lire, mais il me confesse que le Seigneur l’aide énormément à comprendre la Bible. Leurs quatre enfants sont vifs et intelligents. Toute cette famille est très touchante dans son désir de s’approcher de Dieu, car ce désir est sincère et sans hypocrisie. A la fin de notre entretien, nous passons un moment à prier. Sebastian a du mal à prier en espagnol, mais il prie de tout son cœur en guarani. Je retourne au Centre pour aller lui chercher un Nouveau Testament guarani-espagnol, qui va les aider tous à progresser. J’en profite pour offrir un petit Nouveau Testament en espagnol aux enfants, qui savent tous lire plus ou moins bien. J’ai le sentiment que cette famille va être utilisée par le Seigneur pour témoigner aux autres familles de l’estancia, et aussi pour s’occuper de ceux qui voudront avancer avec le Seigneur.

Le soir, nous nous rendons une nouvelle fois dans une autre annexe de l’église du Pasteur Leonidas, située dans un quartier très pauvre d’Hernandarias. Avant de nous y rendre, le pasteur Leonidas ressent le besoin d’aller visiter notre frère Oscar. Notre visite est pour Oscar déjà un miracle ! Car il avait passé une très mauvaise journée, cloué au lit par une sorte d’attaque cardiaque, avec tachycardie, et très fortes douleurs dans la poitrine. Il avait tenté de nous prévenir, mais en vain. Sa femme, ne sachant que faire, lui avait administré un simple jus de citron, seul « médicament » dont ils pouvaient disposer. Et ils ont prié. Notre venue est déjà une réponse à leur prière ! Nous prenons le temps de prier de tout notre cœur pour Oscar, en lui imposant les mains au nom du Seigneur, et en lisant Matthieu 8 :17. Puis nous nous rendons à la réunion.

La maison qui nous reçoit est une simple cahute en bois. Une méchante ampoule nue éclaire la cour, dans laquelle sont disposées une trentaine de chaises et de bancs en bois, en plein air. Tout autour, d’autres maisons en bois très simples. Près de la porte, trône l’inévitable sono, toujours à fond. Tout le quartier en profite ! Après tout le cérémonial habituel, qui ne me dérange pas, je donne un message sur Matthieu 16 :21, lorsque Jésus annonce Sa mort à Ses disciples, et nous demande nous aussi de nous charger de notre croix, c’est-à-dire de renoncer à nous-mêmes. Elke a aussi l’occasion de donner une courte exhortation, vivement applaudie. C’est manifestement un honneur pour eux tous de recevoir ce couple de Français au milieu d’eux. Mais c’est aussi un honneur pour nous de venir partager la Parole de Dieu au milieu de ces hommes et femmes simples au cœur ouvert. Le petit Pasteur Leonidas rayonne de joie, et nous étreint de ses faibles forces. Mais son regard bleu a des reflets célestes, quand il loue le Seigneur de tout son cœur ! Il prend rendez-vous avec moi pour mardi prochain, pour une nouvelle journée de partage au Centre avec quelques frères.

Il me dit que le « grand Président » de leur dénomination, un Brésilien, sera de visite chez eux demain, et qu’il pourrait lui demander de me faire prêcher dans son église de mille membres, au Brésil. Honnêtement, cette perspective ne m’enchante pas, sauf si c’était la volonté du Seigneur. Pour le moment, j’ai toujours préféré l’atmosphère de ces petits groupes, dans lesquels nous avons toujours ressenti un amour véritable qui ne trompe pas !

Samedi 18 décembre

Trois réunions sont prévues aujourd’hui à l’estancia : deux réunions d’évangélisation du personnel, et une réunion d’enseignement, le soir à 20h00. Alcides, le beau-frère de Mirta, et mari de Lili, est venu passer la journée avec nous. Il souffre de devoir travailler 15 heures par jour dans un bazar tenu par un Chinois, dès 4 heures du matin. Il me confie qu’il ne s’y sent pas à sa place et qu’il prie le Seigneur pour connaître Sa volonté. Je me rends avec lui à la première de nos réunions, sous les mandariniers, à 11h00.

Ce matin, nous avons à notre réunion Santiago, l’ouvrier agricole, (que l’on appelle encore campesino), ainsi que Cledemir, le Brésilien, autre ouvrier agricole, qui habite une maisonnette en bois non loin des mandariniers, avec son épouse et ses quatre filles en bas âge. Nous avons tous les cinq une merveilleuse réunion, où nous pouvons parler en toute franchise de la vie chrétienne. Alcides donne son témoignage. Cledemir s’intéresse au Seigneur, mais il ne sait pas lire. Il lui faudrait la Bible enregistrée sur cassettes, car il a un lecteur de cassettes. Toute sa famille est déjà convertie, et doit sans doute prier pour lui !

Il se trouve que Santiago habite à Hernandarias, non loin de la maison d’Alcides et de Lili. Alcides pourra s’occuper de lui et le voir de temps en temps, car il en a grand besoin.

De retour au Centre, nous rencontrons Bruno et toute sa famille. Ses parents sont arrivés de France pour une quinzaine de jours, ainsi que son frère D. et sa famille. Nous sommes nombreux à la cantine, et Ruffina s’est surpassée. Ce Centre commence à fourmiller de vie, mais pas de n’importe quelle vie, de la vie du Seigneur ! La joie est sur tous les visages, et l’amour du Seigneur nous touche tous.

L’après-midi, nous commençons notre réunion sous les paillotes, mais un vent très violent se met à souffler. De gros nuages noirs s’accumulent. Nous devons tous nous réfugier dans la grande maison de Bruno, et nous continuons notre réunion sous la spacieuse véranda. Nous passons un bon moment dans la simplicité et la liberté de l’Esprit. Autour de nous, les jeunes enfants jouent dans l’espace qui leur est réservé, au milieu de cris joyeux. Le père de Bruno nous dit en souriant : « Ce n’est qu’un avant-goût du Ciel ! Qu’est-ce que ça sera là-haut ! » Il est vrai qu’il est bien doux pour des frères d’être réunis dans l’amour de leur Père !

Bruno et sa famille repartent au Parana Country Club. Nous dînons en tête à tête avec Elke dans notre petit appartement, puis nous nous retrouvons à une dizaine dans la salle de réunions. Je leur donne un message sur l’organisation et le fonctionnement de l’Eglise des premiers temps, telle qu’elle est décrite au début du livre des Actes. Combien nous avons besoin de revenir à ce modèle biblique de la vie de l’Eglise !

Dimanche 19 décembre

Ce matin, à 10h00, nous avons notre premier culte au Centre. Nous sommes une dizaine d’adultes. Sebastian et son épouse Silvana se sont joints à nous. Comme ils seront baptisés samedi prochain, ils pourront prendre la Cène avec nous. Hier, Bruno et Mirta ont accepté d’être leurs témoins de mariage. Comme il faut quatre témoins, Elke et moi nous serons ceux qui manquent. Leurs quatre enfants sont venus avec eux, propres et endimanchés.

Je leur explique la signification de la Cène, en commentant le passage de 1 Corinthiens 11 qui en parle. Tous reçoivent le message avec un grand sérieux, et prennent conscience de l’importance de ce moment : commémorer la mort de Jésus, mais aussi le fait que cette mort nous a permis de bénéficier de toutes les dispositions du Testament Divin, et de tout notre héritage en Christ. Alfredo prend sa guitare et chante quelques cantiques avec ferveur. Elke et moi lui emboîtons le pas en chantant des cantiques en français. Combien nous apprécions la simplicité des choses de Dieu ! Pourquoi compliquer les choses, comme on le voit parfois dans tellement d’églises ? Ici, point d’estrade, de liturgie, ni de cérémonial particulier, mais la foi agissante par l’amour !

Nous partageons ensuite un repas en commun. Je leur fais déguster au dessert un fromage blanc français de ma fabrication, bien apprécié. Silvana insiste pour faire la vaisselle. Nous jouons avec les enfants, qui s’exercent à la guitare et à la batterie. Puis nous raccompagnons Sebastian et sa famille en voiture, jusqu’à leur petite maison à l’entrée de l’estancia, à moins de deux kilomètres du Centre.

Le soir, nous avons notre réunion habituelle avec le personnel présent. C’est, une nouvelle fois, l’occasion d’approfondir la connaissance du Seigneur et de Sa Parole.

Notre 3° voyage au Paraguay (suite)

Lundi 20 décembre

Nous partons, Elke et moi, faire quelques courses à Hernandarias. J’emporte mon ordinateur portable pour tenter de me connecter chez Bruno. J’ai près de 120 lettres à expédier, et près d’une centaine à recevoir ! Nous avons en ce moment d’énormes difficultés pour nous connecter sur Internet. Les communications sont mauvaises et constamment interrompues. En deux heures, je parviens à expédier une dizaine de lettres, mais je ne peux en recevoir aucune. On est loin de la grande vitesse des autoroutes de l’information ! Nous nous retrouvons à l’heure du déjeuner sans avoir pu faire grand-chose. C’est l’occasion de partager le déjeuner avec Bruno et sa famille, ainsi que ses parents. Bruno me parle d’un problème spirituel à régler dans la maison que son frère D. vient d’acheter : leur femme de ménage vient de leur affirmer qu’elle a entendu « des voix » dans la cuisine, et elle a pris peur. Il se peut que ce soit elle qui ait des problèmes, mais il se peut aussi que les précédents propriétaires aient laissé dans cette maison quelques « hôtes spirituels » indésirables ! Nous décidons d’aller prier ensemble dans la maison vers la fin de l’après-midi.

Nous nous y rendons vers 18 heures, après avoir réussi à envoyer et à recevoir la plupart de mes lettres. C’est l’occasion de partager un bon moment avec D., et de parler avec lui de certaines réalités spirituelles qu’il connaissait mal. Puis nous nous installons dans le grand séjour, pour prier ensemble. Nous demandons simplement au Seigneur de purifier cette maison de tout esprit méchant, et de la remplir de sa présence, tant que D. et sa famille en seront les propriétaires. Nous croyons que cette simple prière de foi a été exaucée par le Seigneur. Nous restons dîner avec D., Bruno et leur famille, et nous regagnons le Centre à une heure avancée de la nuit.

Mardi 21 décembre

En me levant, je ressens fortement le besoin d’organiser, entre Noël et Nouvel An, un séminaire d’une semaine à l’intention des jeunes de l’estancia et de la famille de Mirta, ainsi que de tous ceux qui pourront se libérer parmi le personnel de la ferme. J’en parle à Elke, puis à Ruffina et à tous ceux qui sont présents. Tous sont enchantés, et nous décidons d’organiser aussitôt ce séminaire. J’irai dès cet après-midi en parler à Bruno, pour voir s’il peut libérer un maximum de membres de son personnel. Cela ne devrait poser aucun problème, car cela fait plusieurs semaines qu’il dit à tout son personnel que tous ceux qui veulent profiter de notre présence pour étudier la Parole sont libres de le faire.

Ce matin, je devais aller chercher à nouveau le Pasteur Leonidas et quelques anciens de son église. Mais, en arrivant devant chez lui, il m’informe, d’un air gêné, qu’il n’a pas réussi à réunir tous les frères. Lui-même ne peut venir, mais il m’invite à venir enseigner dans son église le soir même. Etant donné que nous avons quelques problèmes pour transporter les gens au Centre, puisque nous ne pouvons pas encore conduire le minibus de Bruno, il est plus commode pour moi, pour le moment, de me déplacer pour aller donner un enseignement à l’extérieur. Je rentre donc au Centre avec le seul frère Cabral, un Mexicain de 38 ans naturalisé Paraguayen, converti depuis 20 ans, et qui enseigne dans l’église du Pasteur Leonidas.

Avant de regagner le Centre, j’en profite pour aller visiter tous les membres de la famille de Mirta présents dans le quartier du Refuge des enfants, afin de les inviter au séminaire.

Nous passons le reste de la matinée ensemble, à parler avec le frère Cabral de l’œuvre de la croix et de la marche par l’esprit. Je me rends compte que Cabral est en train d’apprendre certaines choses dont il n’avait jamais entendu parler !

Pour moi, c’est toujours une surprise et une grande tristesse de voir que ce puissant message de la Croix, dans son aspect qui concerne la crucifixion de notre chair, reste en grande partie ignoré du peuple de Dieu ! Quoi d’étonnant à ce que l’on puisse voir à quel point la vie de la chair contrôle une bonne partie de l’Eglise !

Le frère Cabral aperçoit dans notre salle de réunion toute une série de Bibles neuves disposées dans une armoire vitrée. Il m’avoue que cela fait 20 ans qu’il a la même Bible, qui commence à être bien usée. Il rêve d’avoir une Bible avec concordance, pour faciliter ses études bibliques. Je me fais une joie de lui en offrir une. Ses yeux brillaient d’allégresse et de reconnaissance !

En début d’après-midi, je raccompagne Cabral à son église. J’ai emmené mon ordinateur portable pour aller travailler un peu chez Bruno. De gros nuages noirs s’accumulent à l’horizon. Le pasteur Leonidas m’informe que, s’il pleut, personne ne viendra à la réunion du soir, selon la coutume du pays : quand il pleut, presque personne ne sort, puisque ceux qui possèdent un véhicule sont très rares. Mais il me dit que nous pourrons toujours nous réunir avec sa famille pour partager la Parole.

J’arrive chez Bruno sous une pluie battante ! Le temps de courir vers l’entrée, je suis bien mouillé ! Je retrouve toute la famille de Bruno, ses parents, son frère D. et son épouse, réunis au salon ! Belle occasion, sous l’impulsion de Bruno, de commencer à partager un moment ensemble la Parole !

Je commente les chapitres 8, 9 et 10 de l’épître aux Hébreux, qui nous rappellent cette merveilleuse nouvelle alliance dont nous avons hérité par le sacrifice de Christ, qui, non seulement, nous a racheté par Son sang de nos péchés, mais nous a conduits à la perfection, une fois pour toutes, par Son sacrifice tout suffisant ! Combien ce message est nécessaire à toute l’Eglise, pour ôter ce voile d’incrédulité qui l’empêche d’entrer pleinement dans le plan du Seigneur !

Nous passons ensuite une bonne heure à prier ensemble, M. (le père de Bruno), et moi. M. est réellement un homme de prière qui passerait sa vie à prier s’il le pouvait. Il prie avec une compassion qui vient vraiment du cœur.

Vers 17h15, je me rends chez le Pasteur Leonidas pour l’enseignement du soir. Contrairement à son attente, la pluie n’a pas empêché un bon petit groupe d’être présent. Notre frère Oscar est aussi venu. Le Seigneur l’a parfaitement guéri de son attaque cardiaque de l’autre jour.

Le Seigneur me donne un message très puissant sur l’épître aux Hébreux, et sur la fonction de Souverain Sacrificateur de Jésus-Christ notre Seigneur. Tous les cœurs reçoivent le message avec empressement.

Au moment de la prière finale, je vois s’approcher tout un groupe de petits enfants, qui veulent tous recevoir une bénédiction. Je ressens tout l’amour que le Seigneur éprouve pour ces petits enfants, comme l’amour qu’Il éprouve pour chacun de nous !

Mercredi 22 décembre

Ce matin, j’ai passé une petite heure dans le bureau du Centre pour préparer et mettre au point le programme du séminaire que nous aurons la semaine prochaine. Je l’ai présenté à Elke, qui m’a suggéré quelques modifications, puis nous en avons parlé avec Ruffina et ceux qui étaient présents au Centre.

Ensuite, nous sommes allés, Elke, Sebastian et moi, au village de Santa Fe, pour y faire quelques courses et y rencontrer la juge, afin de préparer le mariage de Sebastian et de Silvana. Rendez-vous est pris pour vendredi prochain à 11 heures. Sebastian est ravi de mettre sa vie en règle, car il sera baptisé avec sa femme dès le lendemain !

L’après-midi, je vais passer presque deux heures chez Sebastian et sa famille, pour les enseigner et répondre à leurs questions. Leurs trois aînés assistent attentivement à notre conversation. A la fin, je raconte aux enfants l’histoire de David et de Goliath, qu’ils ne connaissaient pas, en mimant la scène pour la rendre plus vivante. Le petit Freddy, 6 ans, était ravi d’apprendre que le jeune David avait terrassé le géant avec sa fronde, mais surtout avec l’aide de l’Eternel !

Le soir, au cours de notre réunion, nous avons lu et commenté la magnifique prophétie d’Ezéchiel 36, qui annonçait les dispositions de la nouvelle alliance dans le sang de Jésus, selon laquelle Dieu nous donnerait un esprit nouveau, et mettrait aussi Son Esprit en nous, afin que nous Le connaissions tous. Nous avons aussi passé un bon moment avec Alfredo à traduire en espagnol et à lui apprendre le célèbre cantique : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu ».

Jeudi 23 décembre

Le matin, je me rends chez Bruno pour taper le programme du séminaire et le faire photocopier.

Voici le détail de ce programme :

Séminaire : Du samedi 25 Décembre au Dimanche 2 Janvier

Samedi 25  Déc: Installation des participants, Baptême de Sebastian et de son épouse, Réunion d’information.

Dim. 26: Le plan de Dieu, Temps et Eternité, Temps de la fin, enlèvement et Tribulation.

Lun. 27: Plan du salut, La nature humaine, La chute, La chair, Péchés et péché.

Mar. 28: Nouvelle Naissance, L’Eglise de JC, Le Nouveau Pacte dans le sang de Jésus.

Mer. 29: L’Eglise, Ministères, Réunions, La Sainte Cène.

Jeu. 30: L’oeuvre de JC : Sa mort Sa résurrection, Ce que nous sommes en Christ.

Ven. 31: Le baptême d’eau, Le baptême du Saint-Esprit, Fruit et Dons de l’Esprit.

Sam. 1r: La marche par l’esprit, Notre position en Christ, Se dépouiller du Vieil Homme, Se revêtir de l’Homme Nouveau.

Dim. 2: Témoignages, culte final.

En arrivant chez Bruno, j’ai la surprise d’y rencontrer notre ami le Pasteur Pedro, que nous n’avions pas encore revu. Il m’étreint en pleurant ! Il a beaucoup travaillé à répandre le message de la croix ces derniers mois. Il a même tapé un petit compte-rendu : 103 églises et 9 familles visitées dans tout le pays, et même en Argentine, sans compter tous les exemplaires du livre « La marche par l’esprit » distribuées à un grand nombre de familles.

Mais il nous dit aussi qu’il a rencontré de l’opposition, et que ce message de la croix n’avait pas été bien reçu partout. Cela ne fait que confirmer la triste situation dans laquelle se trouvent beaucoup d’églises. Bruno propose à Pedro de constituer des petits groupes de pasteurs ou de Chrétiens, pour venir partager la Parole au Centre.

Pedro a un témoignage touchant à nous donner : avant d’avoir compris le message de la vie crucifiée, ses enfants le fuyaient quand il rentrait à la maison, car c’était un homme très dur et très légaliste. A présent, quand il rentre, ses enfants lui sautent sur les genoux ! C’est tout dire !

Rentré au Centre, je constate que les travaux sont terminés. Il reste juste la buanderie à finir. Alberto, l’électricien, attend de se faire payer par Bruno. J’en profite pour passer un moment avec lui. Comme je vois qu’il marche difficilement, et qu’il me semble avoir une jambe artificielle, je lui demande ce qui s’est passé. Il me dit qu’il a eu un accident de moto il y a 12 ans (il doit en avoir 32). Son tibia avait été gravement fracturé au-dessus de la cheville. Il avait été mal soigné. Les médecins n’avaient pas remarqué qu’une veine principale avait été sectionnée. La gangrène s’était mise dans sa jambe, qu’il avait fallu amputer.

Je lui parle du Seigneur, et je lui demande s’il le connaît. Il me répond : « Pas beaucoup ! » Je lui parle de l’amour de Jésus, et lui expose le plan du salut, qu’il accepte aussitôt. Il m’avoue qu’il aimerait avoir une Bible. Il en avait eu une au lycée, mais l’avait perdue. Je me fais une joie de lui en offrir une, avec une petite concordance à la fin. Il est reparti tout joyeux.

Bruno vient passer un moment à l’estancia, et nous avons le temps de partager un moment. Nous avons eu nos activités chacun de notre côté depuis quelques jours, et nous échangeons nos nouvelles. Bruno m’avoue qu’il avait eu, lui aussi, sa part d’attaques. Il est vrai qu’il a son franc-parler, et qu’il ne mâche pas ses mots pour dénoncer les erreurs et les péchés. Ensemble, nous ne nous faisons pas d’illusions : les foules ne répondront pas en masse au message de la croix dans ces derniers temps, mais notre devoir est de répandre ce message comme si elles devaient y répondre !

Bruno a l’occasion de me dire qu’il avait reçu un courrier électronique de Victor, le frère Argentin collaborateur de Carlos Annacondia. Dans ce mail, Victor dit à Bruno que la conversation qu’il avait eue avec moi au Centre, avait été une grande bénédiction pour lui, quand je lui avais parlé de l’œuvre de la croix pour la crucifixion du « moi », et de la marche par l’esprit. Je dois dire que cette conversation avait aussi été une grande bénédiction pour moi. Si des hommes comme lui et Annacondia peuvent comprendre l’importance cruciale de ce message, beaucoup de choses pourraient peut-être changer dans beaucoup d’églises !

Vendredi 24 décembre

Ce matin, c’est un grand jour pour Sebastian et Silvana : ils se marient, après 12 ans de vie commune et quatre enfants ! Nous attendons Bruno et Mirta, les deux autres témoins, puis nous nous rendons au village de Santa Fe pour y rencontrer le juge de paix. C’est une femme dans sa quarantaine, imposante, mais très aimable et ouverte. J’ai l’occasion de lui dire que je suis « missionnaire de l’Evangile ». Au début, elle me prit pour un Mormon ! Puis elle comprit que j’étais un Chrétien évangélique. Elle avait un jour reçu deux Mormons chez elle, et avait compris qu’ils parlaient entre eux, en Anglais, d’une image du Christ qu’elle avait sur un mur. Cela lui avait déplu, et elle n’avait plus jamais voulu avoir affaire à des Mormons. Elle nous expliqua qu’elle était Catholique, et qu’elle avait commencé à lire la Bible il y a trois mois seulement. Mais elle avait besoin de quelqu’un pour la lui expliquer ! Je ne me suis pas fait prier pour lui proposer mon aide ! Nous irons la voir dans son bureau, et elle viendra aussi au Centre !

Une fois les formalités officielles accomplies, elle fait un vrai petit « sermon » aux deux mariés, les exhortant à se respecter et à se soutenir mutuellement, parce qu’ils étaient tous deux « enfants de notre Père qui est aux Cieux » ! Verrait-on un juge parler ainsi en France ?

Ce soir, nous avons été invités à dîner avec Alfredo chez Alberto et Gladys, dans leur jolie petite maison en bordure du lac. Dans la paix de ce soir tranquille, nous avons partagé la Parole, ainsi qu’un bon repas. Comme notre France et notre Lozère nous paraissaient loin ! Alberto est manifestement changé, et son épouse Gladys avoue que c’est la première fois qu’elle passait ainsi une soirée de Noël avec son mari dans une telle paix et une telle joie !

Samedi 25 décembre

Dans le courant de la matinée, toute la famille de Ruffina vient s’installer dans le Centre. Ruffina est ravie de voir que tous ses enfants ont répondu à l’appel ! Ils sont tous là : Lili et Alcides, qui a obtenu trois jours de congé pour Noël, Alicia, la sœur aînée, avec ses trois enfants, Jorge, qui vient de terminer ses examens, Arnaldo et son épouse Nilsa, avec leur petite Micaela, et tous les autres.

A 11 heures, nous nous rendons, Elke et moi, de l’autre côté du lac, sous nos mandariniers. Aujourd’hui, il n’y a que deux personnes présentes : Ramona, la femme de Marcos, et l’épouse de Cledemir. Ce dernier est parti la veille à Hernandarias, et n’est pas encore revenu. Nous passons un moment béni avec ces deux femmes. La jeune épouse de Cledemir nous apprend qu’elle a déjà été baptisée dans une église au Brésil, car elle est Brésilienne. Mais elle ne sait presque pas lire, et ne peut donc pas étudier la Bible, ce qu’elle aimerait faire. Quant à Ramona, elle nous dit qu’elle est Catholique. Elle va à la messe tous les dimanches à Santa Fe, mais elle avoue qu’il y a des choses qui ne lui plaisent pas. Elle a commencé à lire la Bible que nous lui avions donnée, et elle s’aperçoit qu’il y a des différences importantes entre les enseignements de la Bible, et ceux qu’elle reçoit dans l’Eglise Catholique. Mais, surtout, elle est choquée du manque d’amour de certains prêtres de la paroisse, et de leur dureté dans leurs rapports avec les Indiens. Je lui explique la signification du vrai baptême chrétien. Elle est manifestement travaillée par la vérité !

L’après-midi, vers 15h15, tous commencent à s’assembler sous les paillotes, près du lac. Peu après, Bruno arrive avec sa famille, ses parents, son frère D. et toute sa famille. Avec les membres du personnel de l’estancia présents, nous nous retrouvons à une quarantaine.

Je commence par un message très court tiré d’Ephésiens 5, sur les relations au sein du couple, selon la volonté de Dieu, et nous prions pour que Dieu bénisse le mariage de Sebastian et de Silvana. Je donne ensuite un message sur Actes 8, l’histoire de l’eunuque Ethiopien et de son baptême. Puis nous nous mettons tous les trois à l’eau, Sebastian, Silvana et moi, et je les baptise par immersion au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ils sont tous deux très émus, et Silvana est en larmes. Elle est heureuse d’avoir rencontré l’amour de Jésus, elle qui a été abandonnée par sa mère à sa naissance, et recueillie par sa grand-mère qui l’a élevée. Quelle joie de voir ce couple s’avancer ensemble de cette manière pour servir le Seigneur ! Ils avaient tenu à se marier avant d’être baptisés. Leur quatre beaux enfants assistent avec émotion au baptême de leurs parents.

A peine sortis de l’eau, nous prions, M., le père de Bruno, et moi, pour qu’ils reçoivent le baptême du Saint-Esprit, selon la promesse du Seigneur dans Actes 1. Silvana peut donner un court témoignage en guarani, traduite par Mirta : elle a découvert l’amour de Jésus, et veut le suivre et le servir toute sa vie. Sebastian est trop ému pour parler. Je le serre dans mes bras comme mon frère.

D., le frère de Bruno, est visiblement ému lui aussi. Il nous dira par la suite qu’il a beaucoup apprécié la simplicité de ces moments, et que la vie normale de l’Eglise devrait toujours être aussi simple. Il est vrai que j’ai senti une forte présence du Seigneur tout au long de cet après-midi, comme une douce approbation de notre Père Céleste, et la joie de tous les habitants du Ciel devant ces âmes qui sont passées par la repentance et l’obéissance de cœur !

Le soir, nous faisons la première réunion de notre semaine d’enseignement, réunion d’explication et d’introduction. Je commente la parabole du semeur dans Luc 8, en insistant sur l’importance d’avoir un cœur honnête et bon pour permettre à la Parole de Dieu de porter beaucoup de fruit dans notre vie. Ce fruit, c’est le caractère de Jésus en nous, dont l’aspect principal est l’amour !

Dimanche 26 décembre

Vers 6h30, nous nous retrouvons un petit groupe pour la prière matinale. La petite Nilsa prie de tout son cœur, avec larmes, pour ceux qui n’appartiennent pas encore au Seigneur, notamment dans sa famille. Nous demandons au Seigneur Sa bénédiction sur nous tous tout au long de cette journée. Ruffina prie particulièrement pour que le Seigneur attire Lui-même en ce lieu ceux qui ont soif de Sa Parole.

A 8h30, nous commençons notre première réunion, sur le plan de Dieu pour l’humanité. Je leur explique en détail quel était le plan de Dieu dès le commencement : créer un homme et une femme parfaits et sans péché, qui pourraient constituer un Corps et une Epouse pour Son Fils Jésus. Ce plan fut perturbé par le péché et la désobéissance d’Adam et d’Eve. Mais le Seigneur tenait en réserve Son merveilleux plan de salut et de restauration en Jésus-Christ !

Au début de la réunion, nous voyons se joindre à nous une famille de cinq personnes, que je ne connaissais pas : la famille de l’un des membres du personnel de l’estancia de M., l’autre frère de Bruno. Ils sont venus, je ne sais comment.

Le père de famille nous explique que trois de ses dix enfants désiraient se faire baptiser, et venaient ici dans ce but ! Mais il leur fallait encore retourner dans leur estancia aujourd’hui, avant de revenir ici pour le baptême. Je demande à Alberto s’il peut les y conduire et les ramener avant le déjeuner, ce qu’il fait aussitôt.

Plus tard, à son retour, cet homme m’explique qu’il avait payé un taxi pour venir écouter les enseignements, et pour faire baptiser ses enfants. Je lui dis que nous pourrions venir de temps en temps à l’estancia de M., pour y faire aussi des enseignements. Car il y a de nombreux Chrétiens qui vivent dans les environs de cette estancia, et qui ne reçoivent aucun enseignement, n’ayant pas de pasteur.

A 15h30, nous tenons notre seconde réunion de la journée, sur le thème des temps et de l’éternité, depuis la création d’Adam jusqu’au jugement du grand trône blanc, avant le commencement de la création de la nouvelle terre et du nouveau ciel.

Je leur montre à quel moment du calendrier de Dieu nous sommes : très peu de temps avant l’enlèvement de l’Eglise et la Grande Tribulation. Nous sommes encore dans le temps de la grâce, mais la porte va bientôt se fermer ! Que ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent !

Après la réunion, nous retournons près du lac pour baptiser les trois enfants du mécanicien de M. : un garçon de 15 ans, et deux filles de 16 et 18 ans. Ils donnent un court témoignage, et j’ai la grande joie de les baptiser. Le Seigneur nous a fait la grâce d’assister à cinq baptêmes en deux jours, et d’autres se préparent ! Que le Seigneur accorde aussi Sa grâce à ces jeunes baptisés, pour qu’ils puissent persévérer jusqu’au bout avec Lui !

Nous retournons ensuite au Centre pour prier pour les nouveaux baptisés, afin que le Seigneur les remplisse de Son Esprit.

Notre réunion du soir a été consacrée à un examen plus attentif des temps de la fin : enlèvement de l’Eglise, Tribulation, Millénium et Eternité. Manifestement, nous abordons là des thèmes que bien peu connaissent, et je dois aller lentement, afin que tous comprennent l’essentiel : nous devons nous tenir prêts au grand départ, puisque nous ne savons ni le jour ni l’heure, et utiliser le temps qui nous reste pour gagner des âmes et édifier l’Eglise !

Lundi 27 décembre

Ce matin, nous consacrons la première réunion à parler en détail du plan du salut. Comment le péché est entré dans le monde par la désobéissance d’Adam et d’Eve, qui ont transmis leur nature de péché à tous leurs descendants. Comment Dieu nous a envoyé Son Fils pour mourir sur la croix, afin de recevoir à notre place la condamnation de nos péchés, c’est-à-dire la mort. Comment Sa mort nous a aussi libérés du pouvoir de notre nature de péché, crucifiée par la foi en Lui et en Son œuvre. Comment, par Sa résurrection, nous recevons une nouvelle nature spirituelle créée à Sa ressemblance, afin de pouvoir marcher dans Sa sainteté sur cette terre. Pour la première fois, Solange, la fille de Valdo, le contremaître brésilien, est présente. Je suis heureux de la voir écouter attentivement l’enseignement, et incliner la tête à la fin de la réunion pour prier avec nous. Le Seigneur est à l’œuvre !

Après la réunion, nous allons chercher Silvana dans sa maison, pour aller rencontrer à nouveau la juge, à Santa Fe. Celle-ci nous reçoit encore avec beaucoup d’amabilité. Cette fois, elle a apporté sa grosse Bible Catholique. Elle nous montre aussi le texte imprimé à l’occasion de la messe d’hier, où sont reproduits quelques passages de l’Ecriture.

En feuilletant sa Bible, je remarque l’introduction. Il y est affirmé que la Bible est bien la Parole de Dieu, mais il y figure aussi un paragraphe bien en vue, qui annule la puissance de la Parole de Dieu ! Il y est dit que « nous devons bien faire attention à ne pas accepter n’importe quelle interprétation de la Bible, et que la seule interprétation valable est celle qu’en fait l’Eglise Catholique » ! Il est aussi conseillé de « ne pas écouter n’importe quel prédicateur, qui vous annoncerait une autre interprétation que celle de l’Eglise Catholique, seule habilitée à interpréter la Vérité » ! Enfin, il y est affirmé que la Tradition de l’Eglise est tout aussi importante que la Bible. Comment, avec de tels conseils, un lecteur Catholique peut-il avoir confiance en la direction du Saint-Esprit, pour comprendre lui-même la Vérité dans la Parole de Dieu ?

A la fin des formalités, je propose à la juge de lui lire un passage de l’Evangile de Jean (Jean 3 :15-21). Elle écoute attentivement. Puis je lui propose de prier pour elle et toute sa famille. Elle accepte avec joie. Après la prière, elle m’invite à repasser la voir à son bureau, pour l’aider à mieux comprendre la Bible. Elle ne doit pas avoir bien lu l’introduction ! En partant, elle nous dit avec effusion : « C’est Dieu qui vous a mis sur ma route ! » J’aimerais qu’en France tous les juges puissent nous parler de cette manière !

La réunion de l’après-midi est consacrée à l’étude de la nature humaine, dans ses trois composantes : esprit, âme et corps, ainsi qu’à l’étude de ce qui se passe à la nouvelle naissance : seul notre esprit passe par une régénération. Notre âme doit passer par un processus de sanctification et de renouvellement. Notre corps reste soumis à la mort, jusqu’à la résurrection de notre corps. Mais il est possible, par la puissance de l’œuvre de la croix, de pouvoir être libéré de la loi du péché et de la mort qui habite encore dans nos membres, pour vivre sous le contrôle de la loi de l’esprit de vie, qui habite dans notre esprit, grâce à la nouvelle naissance et la présence de l’Esprit de Dieu en nous. Merci, Seigneur, pour cette immense grâce !

Tous écoutent attentivement. Certains n’ont jamais entendu ce message libérateur, dont la révélation est si simple à recevoir par un cœur honnête et bon ! Faut-il venir au Paraguay pour trouver autant de cœurs ouverts au message de la Croix ? Les cœurs des Français sont-ils à ce point endurcis par l’attrait des richesses et les soucis de la vie ? Mais Dieu connaît les Siens !

Nous consacrons la réunion du soir à étudier en détail les conséquences de la chute, notamment sur le plan de la chair et du monde. Au moment précis où, à la fin de mon message, j’insistais beaucoup sur la nécessité d’être la lumière de Dieu dans ce monde de ténèbres, voilà qu’une panne générale nous prive de lumière ! Ce n’était sans doute qu’un clin d’œil du Seigneur pour nous montrer combien il est important que nous puissions toujours briller de la lumière de Christ !

Mardi 28 décembre

Ce matin, nous étudions en détail en quoi consiste la nouvelle naissance, ses conditions, et ses conséquences. J’insiste beaucoup sur la véritable repentance selon Dieu, telle qu’elle est décrite par l’apôtre Paul dans 2 Cor. 7. Puis je parle des effets visibles de la nouvelle naissance : amour pour le Seigneur, amour pour Sa Parole, amour pour l’Eglise, et amour pour tous les hommes.

Après la réunion du matin, nous allons chez Bruno pour tenter de nous connecter sur Internet. Plus de 200 messages m’attendent ! Je réussis à en faire rentrer une cinquantaine, mais impossible de recevoir les autres. La ligne se coupe tout le temps. Elke tente de téléphoner à notre fille Sophie, sans pouvoir l’atteindre, mais nous laissons un message sur sa boîte vocale. Elle saura tout au moins que nous allons bien ! C’est parfois difficile d’être complètement coupé de tous les siens, mais je pense toutefois que nous avons bien plus de facilités que du temps de Paul et des apôtres !

La réunion de l’après-midi est consacrée à une première étude de l’Eglise, en tant que Corps de Christ : Eglise universelle, et églises locales, selon le plan de Dieu dans la Bible. Ces choses sont complètement nouvelles pour beaucoup. A la fin de la réunion, Zuni, l’une des sœurs de Mirta, fait une belle confession, avouant que son cœur était desséché et triste ces derniers temps, mais qu’elle se sent revivre à l’écoute de la Parole de Dieu. Elle a manifestement de profondes blessures de son passé, et je peux ensuite passer un long moment avec elle, en présence de son frère Jorge, pour l’exhorter à regarder à la nouvelle vie que Jésus lui a donnée, et à laisser son passé dans la tombe. Mais c’est un processus douloureux par lequel nous devons passer, celui de la mort à soi !

Après la réunion, Bruno passe nous voir avec toute sa famille. Il nous apprend le terrible tremblement de terre qui vient de se passer en Asie du Sud-Est, avec déjà plus de 40.000 morts annoncés ! Encore un des signes de la fin, qui ne font que s’accélérer ces derniers temps ! Combien nous devons être prêts à la rencontre du Seigneur ! Qu’Il puisse parler par Son esprit à tous ceux qui sont encore arrêtés au bord du chemin, afin de prendre, ou de reprendre la route avec Lui !

Le soir, nous étudions le Nouveau Pacte conclu dans le sang de Jésus, et toutes les dispositions de ce merveilleux pacte que le Seigneur nous a offert par Son Fils Jésus : nous donner un esprit nouveau, inscrire Ses lois dans notre cœur, et venir habiter par Son Esprit dans notre esprit régénéré ! Tout cela, garanti éternellement par notre Souverain Sacrificateur selon l’Ordre de Melchisédek, Jésus-Christ ! Combien de Chrétiens ignorent ces dispositions intangibles, et ne peuvent donc en bénéficier par la foi ! Que Dieu nous fasse grâce !

Mercredi 29 décembre

Ce matin, nous abordons au cours de notre séminaire le fonctionnement pratique de l’Eglise, en ce qui concerne l’exercice des ministères. Je présente les deux seuls types de ministères qui existent dans l’Eglise de Jésus-Christ : celui des anciens (ou évêques), et celui des diacres et diaconesses. Les ministères d’anciens sont réservés aux hommes, alors que celui des diacres est ouvert à tous.

Les conditions pour être reconnu ancien dans l’Eglise sont très précises (dans 1 Timothée 3 et Tite 1). J’explique aussi les cinq ministères d’anciens, tels qu’ils sont décrits dans Ephésiens 4, ainsi que leur fonction unique : « le perfectionnement des saints, jusqu’à ce que nous parvenions tous à la mesure de la stature parfaite de Christ ».

Vers 10h30, nous retournons chez Bruno. Cette fois, je peux établir une « bonne » connexion Internet, pour faire rentrer les 160 lettres qui m’attendent ! Il a fallu quand même plus d’une heure pour le faire !

J’en profite pour prendre quelques nouvelles du monde, et de la terrible catastrophe survenue en Asie du Sud-Est. On parle maintenant de plus de 100.000 morts. J’apprends aussi qu’il y a plus de 500 morts à Pondichéry, en Inde du Sud-Est, où j’avais vécu plus de trois ans dans mon enfance. Comment les hommes ne peuvent-ils comprendre que la fin approche ? Mais nous devons nous attendre à bien d’autres catastrophes, hélas !

Bruno nous apprend aussi que le Pasteur Pedro est revenu le voir. Bruno lui a donné le programme de notre séminaire d’enseignement. Pedro est en train de constituer des groupes, pour les amener au Centre dans le courant du mois de Janvier.

Nous revenons au Centre pour la réunion de l’après-midi, au cours de laquelle nous étudions la vie concrète de l’Eglise des premiers temps, telle que nous la présente le début du Livre des Actes. Si nous réunissons les mêmes conditions de vérité et de foi, le Seigneur est le même, Il agira de nouveau comme Il agissait au début !

Ce soir, nous sommes plus nombreux que d’habitude. Une nouvelle famille de l’estancia est venue se joindre à nous, celle de José, le jardinier, avec sa femme et sa fille. José est déjà converti, mais il n’avait apparemment jamais osé se joindre à nous. Nous parlons de la Sainte Cène, qui commémore la mort de Jésus. Cela me permet d’expliquer la signification spirituelle de l’arche du témoignage, dans le Temple de Jérusalem. Cette arche, symbole de Jésus-Christ, contenait les tables de la Loi, un vase rempli de manne (le pain du Ciel), et la verge d’Aaron, qui avait fleuri et porté du fruit en une nuit, symbole de la résurrection. C’est tout cela que nous rappellent le pain et le vin, qui représentent le corps et le sang de Jésus-Christ, et qui sont la source d’une grande bénédiction, quand ils sont pris dignement. Cette fois encore, exactement au moment où je prononçais la dernière phrase de mon message, nous avons eu droit à une panne de courant !

Jeudi 30 décembre

Le matin de bonne heure, je me rends à Hernandarias, pour aller chercher Bernardo le cordonnier, le mari d’Alicia, la sœur aînée de Mirta. Bernardo avait manifesté le désir de venir au Centre. Mais, aujourd’hui, malgré son désir manifeste, il ne peut venir, il a trop de travail. Mais nous prenons rendez-vous pour samedi prochain, le dernier jour de notre séminaire.

Aujourd’hui, nous étudions l’œuvre de Jésus-Christ : Sa mort, Sa résurrection, et ce que nous sommes en Lui. Thèmes profonds qui contiennent toutes les richesses de Dieu et de l’œuvre de la croix ! Par le sang de Jésus, nous obtenons un plein pardon de nos péchés, mais, par Sa mort, nous obtenons une pleine délivrance de notre nature de péché. Car nous sommes morts en Lui et avec Lui !

L’après-midi, Marcelle, la femme de Rey le vaquero, vient avec l’une de ses sœurs. Nous étudions la résurrection de Jésus-Christ, et ses conséquences pratiques et futures pour notre vie. Nouvelle occasion de sonder toutes les merveilles de la Parole, et de l’œuvre splendide de Jésus-Christ en notre faveur. Plusieurs confessent qu’ils sont en train d’apprendre des choses qu’ils n’avaient jamais apprises, et qui leur ouvrent des perspectives immenses ! C’est aussi pour nous le moment de remercier le Seigneur, pour l’occasion qu’Il nous a offerte de pouvoir disposer d’un tel Centre d’enseignement, doté de toutes les facilités, et dans un cadre aussi splendide !

Notre réunion du soir est consacrée à « ce que nous sommes en Christ ». Je commence en présentant un résumé de toutes les bénédictions qui nous ont déjà été acquises en Christ, et en parlant de l’amour de notre Père Céleste. Je sens les cœurs touchés par la description de cet amour si grand. Puis je commente en détail les deux premiers chapitres de l’épître aux Ephésiens, qui nous exposent une impressionnante série de bénédictions que nous possédons déjà en Christ. Notre intelligence humaine est trop limitée pour les saisir, nous avons besoin d’une profonde révélation du Saint-Esprit, pour avoir la foi et nous emparer de notre héritage ! Par Sa grâce, Dieu nous y aidera, car Il veut glorifier l’œuvre de Son Fils dans la vie de tous Ses enfants !

Certains prient ensuite avec larmes devant autant de grâce, et tous sont profondément touchés par l’amour de Jésus. Après la réunion, je vois la femme de Sebastian, Silvana, pleurer à chaudes larmes dans les bras de Ruffina, qui l’entourait comme une mère. L’amour de Jésus est bien une réalité !

Vendredi 31 décembre

Notre réunion du matin est consacrée au baptême d’eau chrétien. Nous constatons que ce baptême est une image de notre mort et de notre résurrection en Christ, et qu’il doit donc se faire par immersion. En outre, les premiers Chrétiens pratiquaient un baptême immédiat, après la conversion à Christ. Pourquoi changer la Parole de Dieu, et la remplacer par nos traditions sentimentales ? Nous devons revenir au modèle biblique, par amour pour notre Seigneur. Il est clair que le baptême seul ne signifie rien en soi, s’il n’est pas précédé de la repentance et de la foi en Jésus-Christ, mais nous devons baptiser comme le Seigneur nous l’a demandé, afin de Lui prouver que nous avons un cœur obéissant !

Pendant le déjeuner, nous voyons Arnaldo, le jeune frère de Mirta, arriver avec un missionnaire Péruvien, qui voulait assister à notre séminaire. Pendant le repas, nous commençons à parler. C’est un homme droit et sincère, mais franchement légaliste dans son désir d’obéir au Seigneur sans faille. C’est ainsi qu’il se lance dans un long discours pour nous persuader que la seule manière biblique de prendre la Sainte Cène est de la prendre une seule fois par semaine, le premier jour de la semaine, le dimanche. Je lui fais remarquer que la Bible ne donne aucun enseignement, ni obligation, ni interdiction dans ce domaine, et que je me sens libre de prendre la Cène n’importe quel jour de la semaine, y compris tous les jours si le Seigneur m’en donnait le désir. Je préfère toutefois couper court à une discussion qui commençait à s’échauffer inutilement.

Lors de la réunion de l’après-midi, nous parlons du baptême dans le Saint-Esprit. Je passe en revue toutes les mentions de ce baptême, depuis Actes 1, jusqu’à Actes 19, afin de montrer quelle est la volonté de Dieu dans ce domaine : tous nous remplir de Son Esprit par la foi, comme les disciples au premier jour de la Pentecôte, afin d’être des témoins puissants jusqu’aux extrémités de la terre. J’insiste beaucoup sur le fait que la vraie puissance de Dieu réside dans l’œuvre de la croix, et que l’on ne peut séparer les dons de l’Esprit du fruit indispensable de l’Esprit.

Bruno arrive sur ces entrefaites. Il exhorte son ami le missionnaire Bolivien à rester quelques jours au Centre, afin « d’apprendre ce que c’est que réellement marcher par l’Esprit », par ce que, selon les paroles de Bruno, « il ne sait pas ce que c’est ». Ce dernier promet de revenir !

Un peu plus tard, vers 18h30, notre ami Pedro vient nous visiter. Depuis qu’il a pleinement reçu le message de la croix, il s’est fait un messager infatigable de la prédication de la croix et de la crucifixion de la chair. Manifestement, ce message a bouleversé sa vie, au point qu’il se demande s’il était réellement né de nouveau avant de l’avoir compris, tellement le changement a été grand dans sa vie ! Il nous avoue humblement que, malgré son ministère de foi accompagné de prodiges et de miracles, il n’avait jamais eu la victoire, dans sa maison, sur son tempérament très coléreux et très légaliste. Mais, depuis qu’il a compris comment crucifier la chair, il peut hardiment confesser qu’il a la victoire sur sa chair, et qu’il peut vraiment manifester l’amour de Christ, en commençant par son foyer. Ses enfants et sa femme baignent à présent dans une atmosphère d’amour, et n’ont plus peur de lui comme auparavant ! Son église, très légaliste auparavant, peut aujourd’hui se développer dans l’amour du Seigneur. Pedro a visité plus de 100 églises en quelques mois pour répandre le message de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit ! Gloire à Dieu !

A ce sujet, il nous raconte un témoignage qui vaut la peine d’être rapporté. Un jour qu’il prêchait devant une convention de pasteurs et d’anciens, à laquelle assistait aussi un groupe de jeunes, au cours d’une pause, la femme du pasteur principal chuta, se fractura la clavicule, et se démit l’épaule, souffrant terriblement. Devant la gravité évidente de la blessure, un pasteur s’approcha de Pedro, lui demandant un service. Comme Pedro était le seul à disposer d’un véhicule, le pasteur lui demanda de transporter d’urgence cette femme au Brésil, à Foz de Iguazu, chez un spécialiste que lui avait indiqué le pasteur principal, afin de lui remettre ses os en place et de la soigner.

Pedro réagit vivement, en apostrophant toute la foule de pasteurs et d’anciens : « Comment ? Nous sommes l’Eglise du Seigneur, nous avons toutes les promesses de Dieu, et il n’y en pas un ici, parmi vous, qui n’aie même pas eu la pensée de prier pour demander à Dieu de guérir cette femme ? Qui est donc celui qui a eu l’idée de la conduire à un spécialiste ? Il mériterait qu’on lui attache une pierre autour du cou et qu’on le jette au fond de l’eau, car il est un sujet de scandale pour tous ! Que tous ceux qui ont la foi restent avec moi pour prier pour cette femme ! »

Tous les pasteurs, et tous les anciens, près de 200, quittèrent la salle en bloc. Il ne resta plus avec Pedro que le groupe de jeunes, et la femme blessée. Pedro lui dit : « As-tu la foi, pour que le Seigneur te guérisse ? » – « Oui, j’ai la foi » – « Alors, nous allons prier ». Pedro pria, et Dieu guérit instantanément la femme. Les os brisés se remirent en place sur le champ, devant tous ceux qui étaient présents !

Plus tard, Pedro fut convoqué par un pasteur, qui l’apostropha violemment : « Qui es-tu, toi, pour venir injurier publiquement des serviteurs de Dieu, et pour oser dire devant tous que celui qui avait eu l’idée de mener cette femme à un spécialiste méritait d’être jeté à l’eau avec une pierre au cou ? » – « Je ne retire pas ce que j’ai dit, il le mérite ! » – « Mais cet homme, c’est moi ! »

Pedro a laissé passer l’orage, et est resté tranquille. Apparemment, cet homme avait le cœur trop dur pour louer et remercier le Seigneur d’avoir guéri sa femme. Mais il avait laissé son ego blessé prendre le dessus, au lieu de se réjouir et de s’humilier devant Dieu. Pedro m’avait aussi dit : « Ils m’ont expulsé de leur dénomination ! »

Il est actuellement en train de préparer des groupes de pasteurs et de Chrétiens pour venir suivre des enseignements au Centre. Je crois que nous avons trouvé en Pedro, par la grâce de Dieu, un vrai messager de la croix !

Le soir, nous parlons de tous les dons de l’Esprit selon Romains 12, et 1 Corinthiens 12 et 14. Je prends soin de faire remarquer la présence de Romains 13 entre les chapitres 12 et 14, et l’importance qu’il y a à rechercher l’amour avant les dons, tout en priant pour recevoir aussi ces derniers.

A la fin de notre réunion, nous prions ensemble un moment, et Arnaldo et Zuni se mettent à parler librement en langues, dans une joie, et même une allégresse, qui font plaisir à voir ! Le Seigneur nous a encore manifesté Sa bonté ! J’exhorte tous les autres à s’attendre également à la même grâce du Seigneur. C’est à peine si nous remarquons que nous sommes le 31 décembre, comme si ce moment n’avait plus aucune signification pour nous.

Samedi 1er janvier

Aujourd’hui, c’est le dernier jour d’enseignement de notre séminaire. Tôt le matin, je me rends à Hernandarias pour aller chercher Bernardo, le mari d’Alicia, qui avait manifesté le désir de passer la journée avec nous. En arrivant au Centre, je vois de nombreux visiteurs assemblés, qui ne s’étaient pas annoncés. Le mécanicien de l’estancia du frère de Bruno était revenu, avec toute sa famille. Il avait aussi invité le Directeur d’une radio locale chrétienne. D’autres Chrétiens s’étaient donné le mot pour se rendre au Centre, dont l’un des responsables d’une autre radio chrétienne. Après le début de la réunion, je vois encore entrer dans la salle de nouvelles personnes. Nous nous retrouvons à plus d’une quarantaine pour la réunion du matin, et il fallut rajouter des chaises. Je parle de la marche concrète par l’esprit, mais, compte tenu du grand nombre de nouveaux, il me fallut faire une petite révision de ce que nous avions vu auparavant avec les autres, au cours de la semaine.

Au moment du déjeuner, nous voyons encore arriver les nombreux membres de toute une famille, qui s’invitent sans aucune gêne à notre repas. Heureusement que Ruffina avait prévu suffisamment de nourriture ! Il est clair que nous devrons à l’avenir imposer des règles plus strictes, pour ne recevoir au Centre que ceux qui se sont fait préalablement inscrire pour des sessions d’enseignement. Sinon, nous serons vite envahis par les touristes en tout genre ! Il y a pourtant visiblement, parmi toutes ces personnes, des Chrétiens qui ont soif d’entendre la Parole.

A la fin du déjeuner, je reste parler pendant plus d’une heure avec le petit missionnaire Bolivien, qui me semble comprendre des choses importantes sur la marche par l’esprit, et la différence entre cette marche par l’esprit et l’obéissance légaliste à la Bible. Je suis certain qu’il va pouvoir prêcher différemment l’Evangile.

L’après-midi, nous continuons notre étude de la marche concrète par l’esprit. La chaleur assez étouffante, la défaillance de l’un des ventilateurs, et le repas abondant ont raison de la concentration de certains. La plupart, en revanche, écoutent avec beaucoup d’attention.

Nous ramenons Bernardo et le missionnaire Bolivien à Hernandarias et à Ciudad del Este. A notre retour, nous croisons Bruno et sa famille, qui regagnent leur maison du Country Club. Bruno est un peu fâché de voir le sans-gêne dont certains Chrétiens venus de l’extérieur ont fait preuve aujourd’hui.

Il est certain qu’un tel Centre, où l’on reçoit gratuitement ceux qui veulent approfondir leur connaissance de la Bible et du Seigneur, va vite être très connu, et que des profiteurs vont tenter de s’y infiltrer. Nous devrons continuer à prier, et aussi à faire preuve de fermeté pour écarter ceux qui ne désirent pas vraiment entendre parler de la croix ! Toutefois, aujourd’hui, beaucoup en ont entendu parler. Puisse ce message porter du fruit dans les cœurs sincères !

Ce soir, le Seigneur m’a donné un message très clair sur la marche par l’esprit, avec beaucoup d’exemples pratiques. Il ne nous reste plus qu’à permettre au Seigneur Lui-même de nous révéler plus profondément ces choses, et de nous aider à y entrer pleinement par la foi. C’est Lui qui le fera, et qui saura aussi nous conserver irréprochables pour le jour de Sa venue !

Dimanche 2 janvier

Ce matin, dernier jour de notre séminaire, nous avons un culte final à 9h00. Tous sont heureux de cette bonne semaine d’enseignement. Je leur commente le chapitre 22 de la Genèse, celui du sacrifice d’Abraham, sur le mont Moriah, là même où devait être construit le Temple de Jérusalem par Salomon ! Zuni et Nilsa débordent de joie, appelant Dieu « Papito ! (Petit Papa !) » et « Papa ! » Tous nous prenons le pain et le vin avec reconnaissance, toujours dans la simplicité de l’Evangile.

Au cours du culte, nous entendons Alberto rentrer en voiture, avec tous les membres de sa famille, tous ceux qui étaient allés à Villarica, à 4 heures de trajet. Eux aussi vont avoir des choses à nous raconter cet après-midi !

Notre réunion de l’après-midi fut assez extraordinaire ! Ce fut une réunion de témoignages. Pendant plus de deux heures, presque tous se sont exprimés, et ont librement raconté ce que le Seigneur avait fait dans leur vie. J’ai vivement ressenti un appel de Dieu pour eux tous, et je le leur ai dit.

Ruffina, la première, nous a dit avec un grand sérieux à quel point elle était heureuse d’avoir passé cette semaine bénie au milieu de ses enfants. Elle avait appris beaucoup de choses nouvelles et continuait à prier pour que tous ceux qui vivent ici soient touchés par le Seigneur. Zuni a témoigné avec allégresse qu’elle avait été délivrée de toute crainte et de toute tristesse, en recevant le don des langues. Arnaldo nous a raconté avec beaucoup d’assurance qu’il se sentait un appel pour aller parler du Seigneur là où Il n’avait pas encore été annoncé. Sa femme Nilsa, en larmes, a manifesté un cœur rempli d’amour sincère pour le Seigneur et pour tous.

Alcides a ensuite donné son témoignage personnel, et nous a rappelé le travail que le Seigneur avait fait dans sa vie après la mort de son premier enfant, peu après sa naissance prématurée. Au cours de ce séminaire, il avait enfin compris clairement le plan de Dieu pour l’humanité. Alfredo nous a fait une vibrante exhortation à aller partout prêcher la Parole, parce que les temps étaient courts. Sebastian le vaquero, auparavant si timide et réservé, a donné un témoignage très touchant. Peu avant son baptême, il avait rêvé que quelqu’un venait le baptiser dans une piscine bleue. Ce n’était pas moi qui le baptisais. Mais, après son baptême, dans son rêve, il avait levé les yeux, et avait vu que c’était Jésus Lui-même qui le baptisait. Peu après, je le baptisai dans le lac avec son épouse.

Alberto lui-même, qui d’habitude ne dit rien, a ouvert la bouche pour donner un beau témoignage. Le Seigneur lui a donné une complète victoire sur la boisson. A Villarica, dans sa famille, au milieu de beaucoup de gens qui voulaient le faire boire pour le Nouvel An, il n’a pas pris une seule goutte. Gladys, sa femme, était trop émue pour parler, mais elle s’est couvert la tête pour pouvoir pleurer librement. Pour nous aussi, Elke et moi, ce fut très émouvant, et nous avons pu manifester ce que nous avions sur le cœur, tout simplement notre amour et notre reconnaissance.

Tout ce séminaire a été enregistré en espagnol, et nous disposons déjà de 22 cassettes d’une heure, qui pourront servir à d’autres. Combien la Parole de Dieu est puissante, et le Seigneur merveilleux ! Il est Vivant ! Combien nous désirons Le servir pleinement jusqu’au bout !

Notre 3° voyage au Paraguay (suite)

Lundi 3 janvier – Mardi 4 Janvier 2005

Nous avons passé ces deux jours chez Bruno. Sa famille est repartie lundi en France, et nous avons profité de ces deux jours pour passer un peu plus de temps avec eux tous, dans la communion fraternelle. Car nous ne nous étions pas vus souvent ces derniers temps.

Mercredi 5 janvier

Nous avons commencé cette journée par un bon moment de communion fraternelle avec Bruno et Mirta, occasion de partager la Parole, et aussi de parler de questions plus personnelles que nous avions besoin de dire dans l’amour. Le reste de cette journée a été consacré en grande partie à des démarches pratiques.

Vers 16 heures, nous sommes retournés au Refuge pour enfants de notre ami Antonio Rodriguez. Il n’était pas là, mais nous avons pu voir sa femme et son fils. Bruno avait des problèmes pratiques à régler avec eux. L’épouse d’Antonio nous a rappelés que nous étions invités à enseigner dimanche prochain dans une annexe de leur église. Par ailleurs, leur groupe de jeunes est en train de préparer une rencontre dans notre Centre pour le début du mois de février.

L’épouse d’Antonio nous parle ensuite de l’un de leurs nouveaux pensionnaires, le petit Alexandre, qui vient d’avoir 9 ans, et qu’ils hébergent depuis une dizaine de jours. Il avait été récupéré dans les rues par les autorités, qui l’avaient conduit au Refuge. Cela faisait plus de sept mois qu’il avait quitté sa famille et sa maison, et qu’il subsistait dans les rues. Il était parti parce que son père le maltraitait. En outre, il refusait obstinément toute nourriture, se nourrissant de bonbons. Avec beaucoup de patience et de fermeté, l’épouse d’Antonio avait réussi à le faire manger, et il recommençait à s’alimenter.

Nous avons demandé à voir ce petit garçon. Il s’est planté devant nous, l’air triste, et a commencé à répondre à nos questions par quelques hochements de tête. Il avait la stature d’un enfant de six ou sept ans, maigre, les yeux vifs. Manifestement, il avait été traumatisé par quelque chose, et son refus de se nourrir n’était qu’un symptôme d’autre chose de plus profond. Bruno l’a pris dans ses bras et a commencé à le détendre. Puis je lui ai demandé de s’approcher, ce qu’il a fait volontiers, et nous avons prié pour lui, en l’entourant de notre affection. Je lui ai demandé s’il connaissait Jésus. Il a fait oui de la tête. Puis je lui ai dit : « Tu sais où est le Seigneur ? » – « Oui ! » – « Où est-Il ? » – « Dans mon cœur ! » – « Tu as des frères et sœurs ? » – « Oui, huit ! » – « Et pourquoi tu es parti de chez toi ? » – « Mon papa me faisait mal… »

Combien d’enfants sont comme ce petit garçon dans ce pays ! Apparemment, il avait pu subsister sept mois dans les rues, sans que sa famille ni personne ne s’occupe de lui, sans l’amour et la douceur d’un foyer, sans des parents pour l’embrasser le soir ou lui manifester l’amour dont il avait besoin ! En mars prochain, il sera inscrit dans une école proche du Refuge. L’épouse d’Antonio lui dit : « Et si tout va bien, tu pourras peut-être retourner voir ta maman et ta famille ! » L’enfant ne réagit pas… Quelle tristesse devant tant de détresse humaine ! Il est déjà difficile de voir un adulte souffrir, mais un enfant comme celui-ci ! Quelles perspectives peut-il avoir pour sa vie, si le Seigneur n’intervient pas pour en prendre soin ? Ici, au Refuge, il peut trouver plus qu’un lit et à manger. Il peut recevoir un peu de cet amour qui lui manque, et qui est si précieux pour lui permettre de remonter la pente, avec toute l’assistance du Seigneur !

Peu après notre retour chez Bruno, le frère Mario nous rend visite avec sa famille. C’est le comptable qui dirige une station de radio chrétienne, et qui était venu nous visiter au Centre samedi dernier. Il me propose de venir parler de la croix et de la marche par l’esprit, dans les locaux de sa radio, à un groupe de pasteurs et d’anciens qu’il veut inviter. Nous prenons rendez-vous pour dimanche 23 janvier, et nous irons visiter sa radio auparavant. Ils ont eu beaucoup de combats depuis la création de cette radio, mais aussi beaucoup de joies devant tous les témoignages qui leur parviennent. L’épouse de Mario se relève juste de dix jours d’une maladie anormale. Elle s’est vue mourir, mais le Seigneur l’a relevée, après qu’elle eut confessé certains péchés que le Seigneur lui avait montrés. Nous passons ensuite un moment à chanter et à louer ensemble le Seigneur, en remettant nos projets entre Ses mains. Cette famille, qui dispose de quelques moyens financiers, est touchante dans son ardeur de servir le Seigneur et d’évangéliser ! Que Dieu la garde des rapaces infiltrés dans l’Eglise !

Jeudi 6 janvier

Nous restons encore une bonne partie de la journée avec Bruno et Mirta. Le matin, j’en profite pour répondre à notre abondant courrier sur Internet. En fin de matinée, le pasteur Antonio Rodriguez, directeur du Refuge Béthel, vient déjeuner avec nous. Il nous parle de tous les problèmes qu’il rencontre avec ses enfants, qui ont très souvent des parcours difficiles. Mais Antonio est un homme calme, un homme de foi, qui avance tranquillement sur le chemin que lui a tracé le Seigneur.

Bruno en profite pour lui dire qu’il sent, depuis quelque temps, le besoin de mettre (peut-être provisoirement) fin aux activités de son propre Refuge pour enfants. Pour diverses raisons, mais essentiellement par manque de personnel compétent. Une œuvre chrétienne se développe toujours sous l’impulsion de celui, ou de ceux, qui ont reçu l’appel de Dieu pour s’en occuper. Si le Seigneur n’envoie personne pour s’occuper de cette œuvre, c’est peut-être qu’Il a maintenant un autre plan. Bruno pense qu’il est inutile de s’accrocher à une œuvre chrétienne, quand le Seigneur semble S’en retirer. Une décision se prépare donc sous peu.

En allant chercher la voiture de Bruno qui était en révision dans un garage, nous écoutons la Radio Tupy, la radio de notre frère Mario. Il est justement au micro. Il passe un long moment à parler du séminaire auquel il a assisté samedi dernier au Centre, et commence déjà à faire des appels pour le prochain séminaire que nous devons faire le 23 dans les locaux de sa radio, sur la vie crucifiée et la marche par l’esprit. Il invite tous les pasteurs, responsables, anciens, à le contacter. Déjà le téléphone sonne, dit-il, pour des inscriptions… Il a déjà lu intégralement à la radio mon livre sur « La marche par l’esprit ». Dans son ardeur, il en rajoute manifestement, me présentant comme un « prédicateur Français international » ! Malgré tout, c’est quand même un exaucement du Seigneur à nos prières, puisque nous allons sans doute réunir un bon petit groupe de responsables d’églises, qui pourront à leur tour répercuter ce message dans leurs assemblées !

L’après-midi, nous allons visiter avec Bruno l’estancia de son frère M., pour demander à l’organisateur de la réunion prévue samedi prochain de prévenir tous ses invités que cette réunion se ferait dans notre Centre, et non pas chez M., comme prévu précédemment. Comme ce dernier est en France actuellement, nous voulons éviter tout débordement éventuel, comme cela s’était produit chez Bruno samedi dernier. Il vaut mieux prévenir ! On annonce un week-end pluvieux, nous verrons donc ce que le Seigneur aura prévu !

Le soir, nous nous retrouvons à deux, Elke et moi, dans la salle de réunion du Centre. Nous commençons à partager la Parole ensemble. Peu à peu, les uns et les autres arrivent, et nous nous retrouvons à sept ou huit. A partir de la première épître de Jean, je passe en revue tous les attributs de Dieu qui y sont présentés : Dieu est Amour, Vie, Lumière, Sainteté, Vérité, Justice. En revanche, Satan est exactement le contraire de tout cela, et le centre de sa nature est la haine, comme le centre de la nature divine est l’Amour. Ces deux contraires se retrouvent dans notre nature humaine, après notre conversion à Christ. Nous avons reçu de Dieu, par la foi en Jésus-Christ, une nouvelle nature spirituelle faite à l’image de Dieu. Mais, dans notre corps, habite aussi la chair, une loi de péché et de mort, dont les caractéristiques sont les mêmes que celles de Satan. Les œuvres de la chair sont aussi les œuvres de Satan, comme le fruit de l’esprit est aussi le fruit de l’Esprit de Dieu en nous. Par la croix, Dieu a établi une séparation totale entre la chair et l’esprit, ce qui nous permet de ne plus être contrôlés par la loi de péché et de mort qui contrôle la chair, pourvu que nous apprenions à marcher par l’esprit !

Après la fin de la réunion, le jeune Alfredo s’approche de moi pour me parler. Il était retourné quelques jours à Villarica, sa ville natale, à cinq heures de route d’ici, pour y revoir sa famille. Il était retourné dans l’église où il s’était converti, et n’avait pas eu un bon contact avec son pasteur. Celui-ci se méfiait manifestement de notre Centre et des enseignements qui y étaient donnés, sans les connaître. Il avait interdit à Alfredo de retourner au Centre, sous peine d’être « discipliné ». Il n’avait même pas voulu prier avec Alfredo, pour connaître la volonté de Dieu à ce sujet. Il lui avait dit : « Tu dois m’obéir ! » Alfredo avait prié, et avait eu la conviction qu’il devait revenir ici. Mais il était troublé par ces circonstances adverses. Je l’ai encouragé à faire confiance au Seigneur, et à n’obéir aux hommes que dans la mesure où lui-même ne désobéissait pas à Dieu. Le Seigneur veut diriger Ses enfants directement, par Son Esprit et Sa Parole. Un vrai serviteur de Dieu n’imposera jamais rien aux brebis du Seigneur. Il peut leur parler avec fermeté, leur donner sa pensée, les exhorter et les conseiller, mais sans jamais les obliger à lui obéir aveuglément ! Alfredo commençait à être à l’école de la vie chrétienne ! Nous avons prié, et il est allé se coucher en paix.

C’est un vrai problème dans ce pays, mais je crois que nous avons le même problème en France ! Beaucoup de pasteurs, pour ne pas dire la grande majorité de ceux que je connais, ont tendance à diriger le troupeau de Dieu sans admettre la moindre contradiction ni la moindre désobéissance. Une telle attitude ne peut favoriser un développement harmonieux des brebis du Seigneur dans la liberté spirituelle de leur salut, ni les aider à dépendre de plus en plus directement du Seigneur, pour atteindre une pleine maturité. De tels excès d’autorité de la part des pasteurs me semblent traduire un manque de confiance évident en l’action souveraine du Saint-Esprit. Si tous les Chrétiens forment en Christ un peuple de sacrificateurs et de rois, ce n’est pas en obéissant aveuglément à leurs conducteurs qu’ils vont pouvoir exercer leur ministère ! Que va-t-il se passer si jamais ce conducteur se trompe, ou s’il est lui-même aveuglé ? Jésus a bien dit, à propos des pharisiens : « Laissez-les : ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles ; si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse » (Matthieu 15 :14). Que le Seigneur nous donne un plein discernement, pour n’obéir qu’aux conducteurs qui nous transmettent réellement la pensée et la parole du Seigneur pour nous !

Vendredi 7 janvier

Je passe la matinée à travailler sur notre site Parole de Vie, et à traduire un nouvel article de Jacob Prasch sur la persécution. L’après-midi, nous recevons la visite de Bruno, Mirta et leurs enfants. Nouveau moment de partage dans la communion fraternelle. Bruno fait installer quelques belles plantes et fleurs tout autour du Centre. Je vais jouer avec les perroquets parleurs et les petits kwatis dans leur cage. Ces kwatis sont extraordinaires. Ce sont des petits mammifères à la longue queue annelée, très intelligents, agiles comme des singes, qui nous grimpent partout dessus en poussant de petits cris suraigus. Ils font bon ménage avec les perroquets, et mangent dans le même plat. Que la création du Seigneur est belle !

Le soir, nous nous rendons tous, pour la première fois, dans la maison de Valdo, le contremaître Brésilien. Toute sa famille est là, ainsi que sa voisine Lori, autre Brésilienne. Avec les voisins et amis de l’estancia, qui arrivent peu à peu, nous nous retrouvons à plus d’une quinzaine. Nous avons deux guitares, et nous passons un moment à chanter, en espagnol et en français. Je leur demande ensuite s’ils savent comment entrer au Ciel. Plusieurs avouent ne rien en savoir. C’est l’occasion, une nouvelle fois, de leur expliquer en détail le plan du salut et de l’amour de Dieu pour nous. Il y a là plusieurs Catholiques, qui ne savent manifestement rien de ce plan de salut, ni de la Bible. Quelle tristesse de voir cette fausse religion tenir ainsi ses membres dans l’ignorance ! Après la prière, nous continuons à bavarder d’une manière très amicale. Valdo nous fait servir des rafraîchissements. A notre départ, Valdo et sa famille nous demandent de repasser les voir quand nous voudrons. Ils voient que nous sommes proches d’eux et sont de plus en plus en confiance. Que le Seigneur touche vraiment leurs cœurs et Se révèle pleinement à chacun !

Samedi 8 janvier

Après le petit-déjeuner, je me promène un moment avec Elke dans le parc, derrière notre bâtiment. Nous aimons beaucoup ce parc où vivent une quantité d’animaux. En passant près d’une volière, nous rencontrons Arturo, l’un des jardiniers, en charge des poulaillers et des potagers. Il a 56 ans, il est Brésilien, mais toute sa famille vit au Brésil. Il est toujours joyeux et s’exprime dans un affreux mélange d’espagnol et de brésilien, que nous parvenons quand même à comprendre.

Il nous explique qu’il a très mal à l’une de ses hanches, jusqu’à son genou, gravement blessé autrefois par une tronçonneuse. Un chirurgien lui avait réclamé 5 millions de guaranis pour l’opérer (900 euros), somme qu’il n’avait pas. Il s’était donc remis comme il avait pu, mais gardait des séquelles.

Nous lui avons proposé de prier pour lui. Aussitôt, il jeta à terre son grand chapeau de paille, et commença à prier avec nous avec un grand respect. Nous avons demandé au Seigneur de toucher son corps et de le bénir. Arturo nous avait dit qu’il avait été, au Brésil, dans diverses églises évangéliques, mais nous ne savions pas trop où il en était dans sa vie spirituelle. J’espère pouvoir converser davantage avec lui par la suite.

Nous allons ensuite au village de Santa Fe faire quelques courses, et nous achetons des bonbons et des sucettes pour les enfants de l’estancia. En passant devant la maison de Sebastian, nous en laissons un paquet pour ses quatre petits. A 11 heures, nous nous rendons, comme d’habitude, sous les mandariniers. Clédémir le Brésilien et Santiago le Paraguayen, les deux ouvriers agricoles, sont fidèles au rendez-vous, avec leurs épouses, ainsi que la femme de José, le jardinier. Ramona, la femme de Marcos, qui habite non loin, vient aussi se joindre à nous avec son petit Cristian. Tous les enfants ont droit à leur distribution de sucreries !

Je leur demande s’ils ont entendu parler de l’enlèvement. A part l’épouse de José, convertie depuis plus longtemps, personne n’est au courant. C’est donc l’occasion de lire en détail ce que la Bible dit à propos de cet événement si important.

Tous écoutent attentivement mon exhortation à nous tenir prêts, car nous ne savons ni le jour ni l’heure. Mais l’Esprit de Dieu nous confirme que nous sommes bien dans les derniers temps. L’iniquité grandit, l’amour du plus grand nombre se refroidit, et l’apostasie est dans l’Eglise.

Tous écoutent attentivement. Clédémir veut mettre sa vie en ordre. Il nous dit que ses parents sont tous deux convertis. Ils doivent sans doute prier pour lui ! Ramona aussi est très travaillée. Je leur propose de venir les visiter avec Elke dans leur maison, certains soirs où nous serons libres. Tous acceptent aussitôt, et je peux discerner que leur acceptation n’est pas forcée !

Nous raccompagnons Santiago au bâtiment où sont logés les ouvriers agricoles. Il nous dit dans la voiture : « Je veux être enseigné ! Tous les soirs, je suis seul dans ma chambre, et je lis la Bible. Mais j’ai besoin que quelqu’un m’explique. Est-ce que je pourrais être baptisé samedi prochain ? » Bien entendu, je lui promets de venir lui parler d’ici là pour répondre à toutes les questions qu’il se pose encore.

Pendant le déjeuner, à la cantine du Centre, Zuni, l’une des sœurs aînées de Mirta, nous donne son témoignage. Elle avait eu une vie très dure, maltraitée par un père ivrogne, qui battait sa mère sous ses yeux. Les enfants devaient souvent se cacher dans le four à pain pour éviter les colères paternelles. Par la suite, Zuni reconnut que le Seigneur l’avait souvent protégée ou délivrée de la mort (par deux fois), de la drogue, de la prostitution, de l’alcoolisme, et de bien d’autres choses. Mais le plus dur pour elle avait été, au début de sa vie chrétienne, de ne jamais rencontrer de Chrétien réellement authentique, qui puisse lui prouver, par son témoignage, que le message de l’Evangile pouvait réellement transformer une vie ! Combien notre témoignage de vie peut être important pour ceux qui nous observent ! Par la suite, elle fut aidée par Bruno et Mirta, mais sa vie spirituelle connaissait toujours des hauts et des bas. Puis elle nous avoua que notre témoignage personnel lui avait redonné l’espoir. Ce n’est que tout dernièrement, au cours de notre séminaire, qu’elle sentit se débloquer quelque chose en elle, et que le Seigneur put faire une percée dans sa vie. A présent, le Refuge pour Enfants dont elle s’occupait allait fermer, tout au moins pour un temps, et elle allait prendre un nouveau départ. Elle regrettait de devoir se séparer de tous ces enfants qu’elle aimait, mais sentait aussi que c’était la volonté de Dieu pour elle. Ce que lui avait dit Bruno à ce sujet n’était qu’une confirmation de ce qu’elle ressentait déjà dans son cœur. Le Seigneur sait nous guider jour après jour !

Vers 15 heures, nous voyons arriver une petite foule compacte, entassée dans deux camionnettes. Près d’une quarantaine de personnes viennent se joindre à nous, venues de divers lieux ! Il y avait là aussi un Argentin d’un certain âge, qui avait perdu ses deux jambes, il y a deux ans, dans un accident de la route. Tous se retrouvèrent dans la salle de réunions du Centre, et j’ai pu prêcher pendant plus d’une heure sur la vie crucifiée et la marche par l’esprit. L’Argentin me posait parfois des questions en pleurant, manifestement bouleversé.

A la fin de la réunion, il me raconta un peu sa vie, et me dit qu’il ressentait une puissante impulsion intérieure qui le poussait à se faire baptiser. Il connaissait l’Evangile depuis peu, lisait la Bible, et avait déjà accepté le Seigneur Jésus comme son Sauveur. Il désirait à présent se faire baptiser. Pouvait-on refuser l’eau du baptême à celui qui le désirait tellement ? Nous décidâmes de le conduire aussitôt auprès du lac, pour le baptiser. Certes, il y avait sans doute bien des choses à mettre en ordre dans sa vie, mais la Bible ne nous montre-t-elle pas que ceux qui avaient le cœur vivement touché, et qui acceptaient la Seigneurie de Jésus-Christ, étaient baptisés sur l’heure ? Un « mort en Christ » ne peut pas rester longtemps sans être enterré !

Ce ne fut pas chose facile ! C’était la première fois que je baptisais un homme sans jambes. Il fallut le descendre doucement dans l’eau dans sa chaise roulante. Puis il se laissa tomber dans l’eau, et je pus le baptiser, à sa grande joie. Quand il ressortit de l’eau, son visage rayonnait, et il regardait le ciel en souriant. Merci, Seigneur, pour cette immense bonne surprise que Tu nous avais réservée pour aujourd’hui ! Nous les avons tous vus repartir, entassés dans leur deux camionnettes, nous saluant avec de grands sourires. Ce sont des expériences que nous n’avons pas souvent vécues en France !

Ce soir, presque tous les membres du personnel de l’estancia sont absents. Nous décidons d’aller passer la soirée avec Sebastian et sa famille, à l’entrée de l’estancia. Ils ont une panne d’électricité, et nous reçoivent à la lumière de deux bougies. Dans cette nuit chaude, nous nous installons avec eux sous leur véranda, et nous parlons des choses du Seigneur sous le ciel étoilé. Les trois aînés sont avec nous. Ils ont très vite appris quelques cantiques, et je les accompagne à la guitare. Nous parlons du Ciel, de la vie chrétienne, des relations entre églises.

Sebastian n’arrive pas à comprendre pourquoi les Chrétiens de différentes dénominations ont tant de mal à se réunir pour prier ensemble et étudier ensemble la Bible. Il nous raconte aussi un beau témoignage. Un soir que j’avais prêché sur le Ciel et la Nouvelle Jérusalem, au cours de la même nuit, il avait rêvé qu’il montait au Ciel. On lui avait montré la végétation du Ciel, les courants d’eau cristallins qui le parcouraient, la végétation, etc… Les couleurs étaient magnifiques. Tous étaient vêtus de longues robes blanches. Lui seul portait simplement autour des reins une longue serviette blanche. Il voulut entrer à un moment donné dans un grand bâtiment, mais la porte était fermée. Il savait, dans son rêve, qu’il ne pourrait entrer dans ce lieu sans passer par la mort. Aussi s’en retourna-t-il, et il se réveilla dans son lit !

Silvana nous a aussi dit à quel point son mari avait changé depuis sa conversion. Auparavant, il partait souvent au village avec sa moto pour s’enivrer. A présent, le Seigneur l’a complètement délivré, même de l’envie de boire. Leur vie a complètement changé, ils sont heureux et ont la paix du Seigneur dans leur cœur. Silvana ajoute : « Maintenant, nous voulons suivre le Seigneur complètement, jusqu’à la fin, et tous en famille ! »

Voilà les résultats tangibles de l’action d’un Seigneur Vivant et Ressuscité ! Un tel changement de vie ne pourrait jamais être produit par une simple suggestion mentale ! Avant de partir, Sebastian nous dit : « Quand vous repartirez en France, nous avons déjà décidé, avec Alfredo et ceux qui sont convertis, de continuer à nous réunir, à prier et à lire la Bible ensemble ! » Voilà une cellule de l’Eglise du Seigneur qui va continuer à fonctionner, dirigée par le Saint-Esprit ! Gloire à Dieu ! Prions pour eux !

Dimanche 9 janvier

Ce matin, le Centre est désert. Tous sont allés passer la journée ailleurs ou en famille. En me promenant dans le parc, je rencontre Arturo le jardinier, toujours aussi souriant. Il me dit, avec un sourire encore plus large : « Tu sais, « Enrique », après ta prière, l’autre jour, j’ai senti une fraîcheur dans mon corps, tout mon mal est parti, et j’ai pu bien dormir ! » Je lui ai répondu : « N’oublie pas de dire merci au Seigneur Jésus ! » – « Si ! Si ! » Moi aussi, j’ai loué le Seigneur pour Sa bonté et Sa fidélité. Que ne peut-Il faire dans la vie de ceux qui ont le cœur simple !

L’après-midi, nous restons au Centre. Nous nous préparons à la réunion du soir. Je suis invité à prêcher dans une église baptiste de Ciudad del Este. La réunion est prévue à 17h30, mais commence en réalité une bonne heure plus tard ! Je donne un message sur Apocalypse 12 et 1 Thessaloniciens 5 :23. Je développe toujours le thème de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit. Le message est bien reçu. Nous faisons la connaissance d’un couple de jeunes missionnaires américains, Steve et Cindy, d’une trentaine d’années, et de leurs deux petits enfants. Après leur arrivée au Paraguay, ils ont courageusement commencé par apprendre la langue locale, le guarani. Steve seconde le pasteur de cette église en apportant des enseignements suivis. Nous prenons leurs coordonnées pour pouvoir les revoir. Nous rentrons à l’estancia sous une bonne pluie.

Lundi 10 janvier.

Ce matin, nous allons chez Bruno pour travailler un peu sur Internet et relever notre courrier. Ils partaient à l’aéroport pour rechercher l’institutrice française de leurs filles, de retour de congés. Une heure après, nous allons chercher Gustavo Chimeles et sa femme Cristina à Hernandarias. Rappelez-vous, c’est ce frère Argentin d’origine juive. Ils viennent d’achever une mission de trois jours à Ciudad del Este, et voulaient passer deux jours avec nous au Centre. Nous sommes heureux de cette occasion d’approfondir notre communion fraternelle avec eux.

Ils nous disent que la lecture de la brochure sur « La marche par l’esprit » les a beaucoup bénis. Gustavo peut recentrer sa prédication sur des éléments nouveaux, qui touchent à la marche dans la sanctification, thème qui lui tient à cœur. Pour nous, de tels témoignages sont réellement une réponse à la prière ! Nous voulions rencontrer ici quelques hommes fidèles, qui pourraient recevoir le message de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit, et le passer à leur tout à d’autres hommes fidèles ! Il suffit parfois d’un seul homme pour bouleverser un pays entier !

Nous passons l’après-midi à échanger sur tous les thèmes qui nous intéressent : l’œuvre de Dieu dans ce pays, la situation des églises, la croix et la marche par l’esprit… Le soit, après le dîner, nous retrouvons un petit groupe de membres du personnel de l’estancia dans la salle de réunions. Nous parlons sur la foi, et sur l’exemple d’Abraham, le père de la foi. Sur l’épreuve de la foi, et la victoire de la foi, grâce à la fidélité d’un Dieu qui tient toujours Sa Parole !

Mardi 11 janvier

Nous continuons à échanger au cours de la matinée. Nous recevons la visite surprise de Bruno et d’Antonio Cuevas, rentré d’Antequera parce qu’il avait cassé sa boîte de vitesses. Antonio nous confirme qu’il est en train de réunir un groupe de pasteurs dans sa région. Nous irons le visiter au début du mois de février, si Dieu le veut.

Après le déjeuner, nous voyons arriver un ancien d’une église où nous étions déjà allés, accompagné d’un autre Chrétien, Luis. Le dimanche précédent, Gustavo et son épouse étaient justement allés visiter Luis pour le ramener au Seigneur.

Au cours de l’après-midi, nous recevons la visite du Pasteur Pedro, alors que Gustavo et son épouse se reposent dans leur chambre. Je conduis Pedro au Centre. Il continue à prêcher la croix et la marche par l’esprit. Comme la première édition du livre sur « La marche par l’esprit » est épuisée, il fait des photocopies pour les distribuer. Il me dit que sa vie en a été changée par la compréhension de la Croix. J’écoute avec intérêt, mais je sais que ce qui compte, en plus des paroles, c’est le fruit concret de la vie. Pour le moment, je fais confiance à Pedro, je vois des fruits manifestes dans sa vie, mais je demande au Seigneur son discernement ! Que Dieu fasse Son œuvre jusqu’au bout ! Pedro me dit qu’il s’est donné encore deux ans pour parcourir systématiquement tout le Paraguay et prêcher le message de la croix dans toutes les églises qui le recevront.

Pedro me dit aussi, les larmes aux yeux : « Frère Henri, cette année 2004, depuis ta venue dans notre église, a été une année de victoire ! Je peux témoigner qu’il n’y a pas eu UNE SEULE DISPUTE dans mon foyer ! Alors qu’avant, je faisais régner la terreur par mon légalisme et mon intransigeance ! » Il est vrai qu’il était connu pour son légalisme et son intransigeance. La croix a brisé ce légalisme. Mais la route la compréhension d’une doctrine doit toujours être suivie par une conformité concrète et complète de notre vie de tous les jours à cette doctrine ! Nous devenons devenir concrètement conformes à la mort et à la résurrection de Christ ! Une chose est de connaître une doctrine et de la prêcher, autre chose est de la vivre réellement ! Ma prière est que cette œuvre de Christ à la croix puisse vraiment passer dans la vie de Ses enfants fidèles !

Nous avons cependant trouvé quelques-uns de ces hommes fidèles, des hommes qui travaillent dans des conditions difficiles, souvent précaires. Nous sommes décidés à aider certains d’entre eux, après notre retour en France, car nous les connaissons bien à présent. Si certains de nos lecteurs sont également touchés dans leur cœur par le Seigneur pour décider de les aider, il leur suffit de nous contacter, par l’intermédiaire de notre site Parole de Vie. Je puis vous assurer que cette aide sera fidèlement distribuée, en mains propres, sans qu’un seul centime en soit retranché pour couvrir nos besoins personnels ou d’autres besoins !

Je crois aussi que nous rencontrerons d’autres hommes semblables avant de partir, en mars prochain ! Même s’ils ne sont pas nombreux, ils peuvent faire un travail de fond, car Dieu travaillera avec eux ! Ce message de la croix et de la marche par l’esprit doit continuer à être prêché dans ce pays, au milieu de ce peuple souvent méprisé et rejeté. Combien les plans de Dieu sont merveilleux ! Nous ne prétendons pas être les seuls à prêcher ce message, ici ou ailleurs. Le seul problème du Seigneur est vraiment de trouver des cœurs ouverts au message de la croix, qui est vraiment LA PUISSANCE DE DIEU ! L’unique puissance de Dieu, pour le plein salut de quiconque croit !

Je présente ensuite Pedro à Gustavo et à son épouse. Ils établissent immédiatement un bon contact spirituel. Pedro invite Gustavo à enseigner ce soir même dans son église, et ils repartent tous les trois ! Elke et moi, nous préférons rester au Centre pour nous occuper du petit groupe de fidèles qui est en train de se former dans l’estancia. Dieu va pourvoir à tous les besoins !

Le soir, au cours de notre réunion habituelle, José le jardinier vient avec sa femme et sa fille, ainsi que son beau-père, récemment converti. D’autres se joignent à nous en silence. José veut parler de la Sainte Cène et de la manière de la prendre. C’est encore l’occasion de parler de la mort du Seigneur et de Sa résurrection, sources de toutes les bénédictions divines !

Mercredi 12 janvier

Partis de bonne heure chez Bruno, nous ne le rencontrons pas. Il est parti de son côté pour l’estancia ! Nous nous sommes croisés en chemin. La ligne téléphonique ne fonctionne pas, sans doute une conséquence de la violente pluie tropicale d’hier. Nous en profitons pour faire une petite visite aux membres de la famille de Mirta qui sont présents à CONAVI et au Refuge des Enfants. Nous trouvons Zuni, Lila, et Georgeline, rentrée d’Argentine. Zuni pleure souvent en pensant aux enfants du Refuge, à présent fermé, du moins pour un temps. Nous pensons visiter rapidement Bernardo le cordonnier et Alicia sa femme. Celle-ci, auparavant fermée et triste, est à présent rayonnante. Bernardo veut retourner au Centre dimanche pour le Culte, si quelqu’un peut le conduire. Les choses avancent !

Au centre, nous retrouvons Bruno et Antonio Cuevas. Ce dernier me demande de me tenir prêt à baptiser ce soir même une femme de plus de 75 ans, paralysée, mais qui désire ardemment passer par le baptême. Elle ne se laisse pas décourager par son état ! Nous serons prêts s’il le faut !

Effectivement, vers 14h00, nous voyons arriver toute la famille, accompagnée de Bruno et d’Antonio. Nous nous rendons au lac. Bruno a arrêté le travail de tous ses ouvriers pour leur demander de venir assister au baptême. J’explique brièvement la signification du baptême, et je peux interroger cette sœur sur sa foi. Elle me répond clairement, ayant retrouvé toute sa lucidité, après les prières de ses enfants. Puis Antonio nous donne une belle exhortation, mettant en avant la foi de cette dame qui, malgré son âge et son état, a voulu obéir au commandement du Seigneur. Quelle leçon pour tous ceux qui sont jeunes et en bonne santé, mais qui n’ont pas encore voulu se donner pleinement à Jésus-Christ !

Nous la portons dans un fauteuil jusqu’à un endroit suffisamment profond, et nous la baptisons, à la grande joie de toute la famille ! En bon évangéliste, Antonio fait un appel au baptême à l’intention de tous ceux qui ne le sont pas encore. Aucun ne répond, mais il est visible que tous sont touchés !

Peu après le baptême, Bruno remarque le museau d’un petit crocodile sortir tranquillement de l’eau, à deux mètres à peine de l’endroit où nous nous trouvions quelques minutes auparavant ! Le crocodile se trouvait à l’endroit même où Elke a l’habitude de venir se baigner ! Elle a eu une bonne émotion, n’en croyant pas ses yeux ! Il paraît qu’ici, les crocodiles ne s’intéressent pas à la chair humaine, et ne mangent que des charognes ! Mais nous avons quand même remercié le Seigneur pour Sa protection !

Le soir, nous allons dans la maison de Marcos et Ramona, de l’autre côté du lac, avec Ruffina et Alfredo. Ils sont Catholiques, mais cherchent la vérité. Marcos nous explique qu’il ne veut pas se moquer des choses de Dieu, contrairement à certains autres membres du personnel, qui font semblant d’écouter devant leur patron, mais qui, derrière son dos, se moquent de lui. Je lui explique que le plus important, devant la multitude d’églises et de doctrines chrétiennes, est d’aimer et de rechercher la vérité.

Brusquement, Marcos s’effondre en pleurant. Le Seigneur est en train de le travailler. Nous prions pour lui, puis nous continuons à échanger en toute liberté. Sebastian et son épouse viennent se joindre à nous. Alfredo chante quelques cantiques avec une profonde onction. J’ai la certitude dans le cœur que le Seigneur va continuer à se révéler à eux. J’explique à Marcos comment lire sa Bible.

En partant, nous remarquons que Sebastian et sa femme sont restés parler avec Marcos et Ramona. Que le Seigneur continue à Se révéler !

Jeudi 12 janvier

Ce matin est tranquille, et je peux passer un moment à traduire quelques articles nouveaux pour le site Parole de Vie. En fin de matinée, Bruno arrive pour son travail sur l’estancia, accompagné d’Antonio Cuevas. Je passe un long moment avec Antonio, qui me raconte certaines expériences de sa vie d’évangéliste. C’est réellement un homme qui aime son Seigneur de tout son cœur, et qui ne dépend que de Lui. Toute sa famille travaille avec lui dans cette terre de mission où il se trouve, et c’est pour lui une grande bénédiction que d’avoir tous ses enfants engagés avec lui et son épouse. Il me confirme qu’il nous attend début février près de son fleuve Paraguay, en pleine « brousse ». Nous irons avec lui visiter les villages de pécheurs qu’il évangélise, et rencontrer les pasteurs qu’il aura réunis.

L’après-midi, je travaille un peu à la préparation de notre prochain séminaire, le week-end prochain. Le Pasteur Pedro doit arriver avec un groupe de 25 ou 30 personnes. Je prie le Seigneur qu’Il ne fasse venir que ceux qui seront réellement invités par Lui, et qu’Il empêche les autres de venir, en particulier les loups ravisseurs qui voudraient s’infiltrer dans le troupeau ! Lui seul connaît les cœurs !

Vers 18h30, je me rends de l’autre côté du lac, dans la maisonnette en bois où habitent cinq campesinos (ouvriers agricoles engagés jusqu’à la moisson pour désherber et sarcler certains champs). Ils viennent de terminer leur journée, et sont assis à l’ombre, épuisés. Ce sont des hommes très pauvres, qui vivent avec peu, et qui doivent souvent entretenir une nombreuse famille. Santiago est au milieu d’eux.

Nous passons ensemble un moment merveilleux. Trois d’entre eux sont déjà convertis et baptisés. Santiago est converti, et s’intéresse au baptême. Le cinquième, un jeune, me répond, un peu gêné, qu’il « n’est pas encore converti ». Le plus ancien me raconte à quel point il est heureux de connaître Dieu. Je regarde cet homme, pieds nus, vêtu de méchants habits salis par une dure journée, dont le regard brille de bonheur en me parlant de Jésus. Quelle leçon pour tant de Chrétiens occidentaux qui se plaignent de tant de choses, et qui pourtant possèdent bien plus que ces pauvres gens ! L’ancien avait écouté une émission de Radio Tupy qui parlait de moi et qui annonçait certaines réunions prochaines. Il avait l’air étonné de me voir ici simplement, assis sur une bûche au milieu d’eux ! Je leur ai donné une partie de mon témoignage, et nous avons parlé des choses du Seigneur, en toute simplicité, dans la fraîcheur du soir qui tombait paisiblement. Je leur ai distribué deux petits Nouveaux Testaments que j’avais pris avec moi. Tous les autres en voulaient aussi. L’ancien me dit : « Aurais-tu aussi des Bibles ? J’en ai une, mais elle est un usée ! » –  » Oui, nous en avons ici, au Centre. » – « A quel prix sont-elles ? » – « Elles sont gratuites ! » Son regard s’illumine : « Je peux en avoir une ? » – « Bien sûr ! Je viendrai te l’apporter ! » – « Merci beaucoup ! »

Nous finissons la soirée par la prière, dans la présence manifeste du Seigneur. Voilà les réunions que j’aime ! Ils sont manifestement heureux de cette visite, heureux d’avoir partagé un moment avec un frère venu de loin, d’un pays où beaucoup de cœurs ne sont pas aussi ouverts à l’amour merveilleux de notre Seigneur !

Je rentre en vitesse au Centre, et je reviens aussitôt leur porter une Bible et trois petits Nouveaux Testaments de poche. Quelle joie ont-ils manifesté ! L’ancien me remercie avec chaleur, et me dit : « Merci, frère, je prierai pour toi ! »

J’ai juste le temps de retourner avec Elke au Centre, pour la réunion de 20h00. Ce soir, il n’y a que le jeune Alfredo, toujours aussi bouillant pour le Seigneur. Ce moment était conduit par Dieu ! Ce fut une splendide réunion ! Nous avons parlé de ce grand principe biblique et divin, de « la vie au travers de la mort » : « Si le grand de blé tombé en terre ne meurt, il ne peut produire du fruit… » Alfredo a bien compris la leçon. Plus que cela, il désire ardemment produire une belle récolte pour le Seigneur dans sa vie, et sait que cette récolte doit passer par la mort de la chair, de cette enveloppe extérieure qui, sinon, maintiendrait la vie de Christ enfermée dans sa coquille, sans pouvoir produire du fruit ! Nous prions l’un pour l’autre de tout notre cœur, enveloppés de l’amour de notre Père. En partant, Alfredo me lance : « Ce soir, j’ai beaucoup appris ! » Merci, Seigneur, pour cette magnifique journée !

Vendredi 13 janvier

Ce matin, nous retournons chez Bruno, à Hernandarias. Cette fois, nous réussissons à nous connecter sur Internet. Mais nous avons dû aller dans la maison voisine du frère de Bruno, car la ligne de Bruno était toujours coupée. Je peux envoyer une trentaine de lettres et recevoir tout mon courrier en attente. Après avoir fait quelques courses en ville, nous retournons au Centre.

Nous préparons le séminaire de demain. En fin d’après-midi, c’est Bruno et sa famille qui viennent nous rejoindre pour partager deux heures avec nous.

Le soir, le groupe habituel est plus nombreux ! Nous ne savons jamais combien nous allons être, et il faut continuellement nous adapter. Cela nous évite de tomber dans une routine ! Ce soir, je parle d’une autre grande règle de la Bible : apprendre à supporter un traitement injuste, de même que notre Seigneur a été injustement traité.

Samedi 14 janvier.

Dès 7h00 du matin, je suis devant le Parana Country Club, pour rencontrer le Pasteur Pedro. Nous devons aller chercher ensemble les participants du séminaire. Pedro est à l’heure. Il faut le signaler, car c’est quelque chose de rare ici ! Il faut dire qu’il dispose d’un véhicule.

Nous allons chez lui, et je prends un premier groupe dans ma voiture. Pedro nous rejoindra plus tard avec deux autres groupes. Il connaît le chemin.

Finalement, nous nous retrouvons à une quinzaine pour ce premier séminaire. Pedro nous avertit que d’autres viendront cet après-midi, et d’autres demain matin, dimanche. Mais je crois que le Seigneur Lui-même a opéré un tri !

De 9h00 à 11h00, de 14h30 à 16h30, puis le soir encore, de 16h30 à 22h30, nous passons toute la journée à étudier l’œuvre de Christ, Sa mort, Son ensevelissement et Sa résurrection, et tout ce que cette œuvre nous a déjà acquis. Ce thème est inépuisable, car, en un seul acte de justice, le Seigneur nous a crucifiés à tout ce qui est inclus dans le monde ancien (Satan, les péchés, la nature de péché, la chair, le monde, les maladies, les infirmités, et même la mort…), pour nous ressusciter avec Lui, et nous faire entrer dans le Royaume des Cieux et tout ce qu’il comporte !

Je parle aussi de la nécessité, pour chaque Chrétien, d’accepter de passer concrètement par cette mort à soi-même, sans laquelle l’œuvre de la Croix resterait une simple doctrine. C’est un appel solennel à la mort que le Seigneur nous adresse, avant de nous garantir une entrée dans Sa vie de résurrection !

Il y a là, au milieu de nous, trois jeunes qui viennent de se convertir, et qui ne sont pas encore baptisés. L’un d’eux nous explique qu’il n’a jamais voulu se faire baptiser, par crainte d’abandonner ensuite le Seigneur, comme tant d’autres l’ont fait autour de lui. C’est encore une ruse de la chair pour le bloquer sur son chemin spirituel !

Deux des fils de Pedro nous entraînent ensuite dans un moment de louange. Ils jouent tous les deux très bien, l’un de la batterie, l’autre de la guitare électrique, et le guitariste chante aussi, avec une belle voix. Quand nous nous quittons, à une heure déjà avancée, les cœurs sont réjouis. Le Seigneur était manifestement à l’œuvre !

Dimanche 16 janvier

Dès 6h30 du matin, je me rends au village de Santa Fe pour acheter du pain. Mais le pompiste me dit que les commerces ne sont ouverts qu’à 8h00. je passe un moment dans les champs de maïs et de soja, à contempler la magnifique nature s’éveiller dans la lumière d’un soleil déjà chaud, à lire la Bible et à prier.

Puis je rentre au Centre déjeuner ave Elke. Vers 7h50, je retourne au village, accompagné de trois jeunes de notre groupe, qui veulent aussi faire quelques courses. Cette fois, nous trouvons tout ce que nous voulions.

Tout notre groupe est réuni dans la salle à manger, mangeant et bavardant gaîment. Quelle grâce de pouvoir disposer d’un tel lieu pour recevoir des petits groupes ! J’avais acheté du « pan dulce » (genre de brioche sucrée), et de « dulce de leche » (confiture de lait, très appréciée ici), qui ont fait la joie de plusieurs !

A 9h15, nous commençons notre culte par un moment de louange. Vers 9h45, je recommence à parler… de la croix et la marche par l’esprit ! A chaque fois, le message, vu sous des angles différents, et avec différents passages bibliques, descend un peu plus profondément dans les cœurs !

Pedro et son épouse arrivent pendant le message. Ils sont seuls. Pedro nous expliqua un peu plus tard qu’il avait utilisé une ruse enfantine pour écarter les « intrus et les touristes » : il leur avait dit que notre Centre était très fruste et sans confort. Ainsi, seuls qui voulaient vraiment écouter la Parole de Dieu, sans se préoccuper des commodités, sont venus ! Pardonne-lui, Seigneur, ce petit mensonge ! Toutefois, à présent, je lui dis que les participants vont faire de la publicité, et que les futurs arrivants risquent de ne pas avoir des motivations aussi pures ! Mais je crois qu’il nous suffit de continuer à prier pour que le Seigneur ne fasse venir ici que ceux qu’Il aura Lui-même invités ! Et Il le fera !

Nous terminons le message par un nouveau moment de louange et d’adoration, conduit par les fils de Pedro. Puis nous prenons ensemble la Sainte Cène, en toute simplicité. C’est alors que trois jeunes garçons du groupe manifestent le désir de recevoir le baptême ! Ils le recevront cet après-midi même, dans le lac aux crocodiles ! Ils devront s’engager dans l’eau dans la foi !

Ruffina nous avait préparé un excellent déjeuner. Il est visible que tous sont réjouis de se retrouver ici, dans cette atmosphère d’amour et de liberté de l’Esprit !

A 15h00, nous nous rendons tous près du lac, sous les paillotes, pour procéder au baptême des trois jeunes. Le temps de rappeler la signification du baptême par immersion, c’est-à-dire une mort et une résurrection en Christ, et tous trois descendaient dans les eaux du lac ! Point de crocodiles à l’horizon…

Après le baptême, nous avons prié pour qu’ils reçoivent le baptême dans le Saint-Esprit, puis chanté les louanges du Seigneur, en français et en espagnol, au milieu de l’allégresse générale. La joie sincère du Seigneur remplissait tous les cœurs ! Tous voulaient prolonger leur séjour ici jusqu’à ce soir 22h00, pour que nous puissions encore avoir une réunion après le dîner.

Jusqu’au dîner, nous partageons la communion fraternelle entre petits groupes. Je discute un moment dehors avec Pedro et quelques frères. La conversation roule bon train sur des problèmes comme celui du divorce et du remariage, de la dîme ou de l’organisation de l’église. A un moment donné, je dis que nous sommes allés deux fois visiter le président de l’Association des Pasteurs des églises évangéliques de Ciudad del Este (350 églises), pour l’informer de notre projet et lui demander d’inviter tous les pasteurs à s’approcher de nous. D’après mes informations, il n’a même pas transmis notre invitation aux pasteurs. Pedro ne s’en étonne pas. Il nous dit que, comme la plupart des églises ici fonctionnent d’une manière charnelle, leurs pasteurs ne vont surtout pas s’intéresser à un message dont l’unique objectif est de crucifier la chair ! Il nous dit que dans l’église du Président de l’Association, ce dernier a organisé une véritable discothèque chrétienne, avec boule de miroirs tournante, bar où l’on sert de la bière sans alcool, où les jeunes peuvent fumer (des cigarettes sans nicotine !), et où ils dansent sur de la « musique chrétienne », qui n’est que de la musique du monde christianisée ! Pedro me dit : « Si tu vas prêcher la croix chez lui, il sait que c’en est fini de sa discothèque chrétienne, de son club de foot chrétien, et de ses multiples activités conçues uniquement pour occuper et distraire les Chrétiens ! »

Pedro nous raconte aussi ses combats, après avoir lu pour la première fois mon livre sur « La marche par l’esprit ». Ce livre l’avait profondément impacté, mais il se disait : « Ce n’est pas possible qu’il n’y ait pas une seule erreur dans ce livre ! Seigneur, montre-moi ! Ce frère n’a pas pu écrire cette brochure sans faire une seule erreur ! Il y a tellement de nouvelles doctrines et de fausses doctrines aujourd’hui ! » Et il se mit à chercher, avec l’aide de plusieurs versions de la Bible. Il a lu et relu la brochure (quinze fois !). Il a même jeûné et prié tout un jour pour recevoir une réponse de Dieu !

Le soir, il s’est endormi profondément, et a eu un songe très clair. Il a vu dans son songe un être vêtu de blanc s’approcher de lui, et lui demander : « Que fais-tu, Pedro ? » – « Je lis une brochure sur « La marche par l’esprit », et je veux absolument découvrir s’il elle contient une erreur ! » – « Mais pourquoi veux-tu absolument y découvrir une erreur ? » – « Parce que ce n’est pas possible qu’il n’y en ait pas ! » – « Prête-moi cette brochure, je veux la lire », lui dit l’être vêtu de blanc – « Prends-la, si tu veux la lire ! » L’être vêtu de blanc répéta : « Mais pourquoi cherches-tu tellement à y découvrir une erreur ? » – « Comment sais-tu s’il n’y en a pas ? As-tu lu cette brochure toi-même ? » – « Non, mais je connais celui qui l’a écrite, et je sais ce qu’il prêche ! Et ce qu’il prêche est conforme à la Parole de Dieu ! » Sur ces paroles, Pedro s’est réveillé !

Le soir, nous avons commencé la réunion par un moment de louange, entraînés par les fils de Pedro. Puis presque tous les participants du groupe eurent l’occasion de donner leur témoignage. La plupart de ces témoignages furent bouleversants. Nous pouvons vraiment témoigner que le message de la croix, de la vie crucifiée et de la marche par l’esprit, est réellement LA PUISSANCE DE DIEU pour le salut de ceux qui croient ! Tous ont compris ce message, son importance et ses effets. Plusieurs vies ont déjà été complètement changées. Un couple qui était sur le point de se séparer, pour des problèmes d’incompatibilité de caractères, a été restauré. Le mari nous dit qu’il n’a entendu jusque-là dans les églises que des messages superficiels. Son épouse ajouta qu’elle n’avait même plus envie de retourner dans les églises. Pendant les réunions, elle allait un peu mieux, mais, après, tout redevenait toujours comme avant. Quelle émotion de les voir confesser publiquement leurs problèmes, et dire qu’ils avaient compris à présent quelle était la solution ! Je vois l’un de leurs enfants, un beau petit garçon de dix ans, s’approcher de moi et me dire à l’oreille que c’était justement aujourd’hui l’anniversaire du mariage de ses parents. Il me demandait de prier pour eux. Nous avons prié pour les parents qui se tenaient debout devant tous, la main dans la main. Les trois jeunes baptisés ont aussi donné leur témoignage. Deux d’entre eux étaient des jeunes de la rue, issus de familles très pauvres. Ils nous ont expliqué quelles avaient pu être leurs difficultés, et comment le Seigneur leur avait à présent changé la vie, les avait libérés du péché, de la drogue ou de l’alcool, pour leur donner la paix du cœur et la joie, ainsi qu’un travail.

Les témoignages les plus émouvants furent ceux de Pedro et de sa famille. Son épouse, Chilienne elle aussi, nous a dit à quel point son foyer avait été changé depuis notre dernière visite. La paix et la joie étaient entrés dans la famille, depuis le changement survenu radicalement dans le caractère de Pedro. L’un de ses fils aînés nous a raconté à quel point il avait souffert de l’intransigeance de son père. En pleurant, il nous a dit que ses camarades ne pouvaient croire que cet homme était son père, tellement il traitait ses enfants durement, dans sa volonté d’obéir au Seigneur sans faille. A présent, son père est un ami, ils travaillent pour le Seigneur ensemble, ils rient, ils plaisantent avec lui, tout est changé. Il en fut de même pour leurs autres enfants.

Nous leur avons à notre tour exprimé notre amour, et notre joie de voir la Parole reçue dans ces cœurs ouverts. Nous sommes certains à présent que le message de la croix et de la marche par l’esprit est bien implanté ici, et que les semences plantées vont porter du fruit. Ce peuple paraguayen, l’un des plus méprisés de la terre, l’un des plus rejetés de l’Amérique latine, l’un de ceux qui ont souffert le plus, des guerres, des persécutions, d’oppressions diverses, de colonisation et de toutes sortes de méfaits, peut devenir un peuple d’évangélistes de la croix, car notre Dieu aime appeler ceux qui ne sont rien, les balayures de la terre, pour confondre les sages de ce monde ! En tout cas, Pedro est décidé à parcourir tout ce pays en deux ans, et à l’inonder du message de la croix !

En fin de réunion, je fus assailli par de nombreux jeunes et enfants qui me demandèrent si je pouvais leur donner des Bibles qui se trouvaient sur un présentoir. Aucun d’eux n’en avait, et tous voulaient la lire ! Je n’ai pu résister, et le présentoir a été quasi dévalisé. J’irai un peu plus tard en acheter d’autres, et les payer personnellement ! La Parole de Dieu ne doit-elle pas être distribuée largement ? J’ai dû ensuite passer un long moment à leur signer leurs Bibles, avec un mot de dédicace ! Vraiment, la joie de tous était une bénédiction ! Je n’ai jamais vu, en France, des enfants et des jeunes s’intéresser autant à la Parole de Dieu ! Chaque fois que je disais : « Oui, tu peux en avoir une ! », les yeux s’illuminaient comme si je leur avais donné un trésor précieux !

Juste près la réunion, après le départ du groupe, nous avons constaté que l’ennemi était aussi à l’œuvre. On m’a informé d’un problème grave survenu dans le Centre même, entre deux jeunes membres du personnel du centre, qui se sont permis de faire, juste avant la dernière réunion, des choses que le Seigneur ne permet pas. Il ne s’agissait pas d’un problème d’ordre sexuel. Mais ce qui s’était passé était suffisamment grave pour donner l’impression qu’il s’agissait de cela. Tout le témoignage chrétien de notre Centre risquait d’en être affecté, et les calomnies allaient certainement se répandre. Par la grâce de Dieu, et par un concours de circonstances extraordinaire qui nous a montré que le Seigneur nous gardait, tout fut dévoilé et mis en lumière immédiatement, avant que le diable ait pu faire son œuvre de destruction. Combien il est important que toutes choses viennent toujours à la lumière !

Lundi 17 janvier

Je passe la matinée à réunir le personnel et les familles pour régler le problème de la veille et prendre les premières mesures qui s’imposaient. Puis nous sommes allés immédiatement chez Bruno et Mirta pour les mettre au courant. Ils furent très attristés, mais je crois qu’ils se sont aussi rendu compte de la grâce du Seigneur, qui a dévoilé les choses sans tarder, et nous a permis d’intervenir immédiatement. Bruno m’avoue qu’il passe son temps à régler des problèmes de ce genre, et qu’il commence à en être fatigué !

L’après-midi, nous pouvons avoir une longue conversation téléphonique avec notre fille Sophie. Puis nous recevons la visite du Pasteur Pedro et de son épouse. Nous passons un long moment avec eux dans notre appartement. Pedro venait pour mettre au point le programme des séminaires qu’il veut organiser au Centre d’ici notre départ. Ils nous redisent à quel point le week-end dernier a été riche en bénédictions. Pedro nous raconte aussi quelques témoignages puissants de guérisons et de miracles réalisés par le Seigneur au cours de son ministère. Dieu lui a donné une foi inébranlable, et il a obtenu beaucoup de guérisons de cancers, de paralysies et de toutes sortes de maladies. Nous nous réjouissons d’entendre ces témoignages, qui nous prouvent une fois de plus que le Seigneur est vivant, et qu’Il est toujours le même !

Uns fois, Pedro fut appelé par un homme pour prier pour sa femme, qui se mourait d’une tumeur au cerveau. Pedro a demandé à l’homme s’il était converti : « Non, répondit-il, mais je me convertirai quand tu auras prié, si ma femme guérit ! » Pedro lui répondit immédiatement, avec son énergie habituelle : « Mais qui es-tu, pour donner des ordres à Celui qui est assis sur Son trône dans les Cieux ? Qui es-tu, homme orgueilleux, pour oser poser des conditions à Dieu ? » Puis Pedro passa 45 minutes à lui parler du Seigneur. L’homme finit par se convertir en pleurant. « A présent, lui dit Pedro, je vais prier pour ta femme ! Mais que vas-tu faire si Dieu ne la guérit pas ? » – « Je continuerai à marcher avec Dieu ! »

Voyant cela, Pedro a prié. Dans sa prière, il a demandé au Seigneur de guérir cette femme, non pas par un miracle instantané, mais par une guérison progressive, pour que la guérison de cette femme accompagne la croissance spirituelle de son mari. Dieu a exaucé cette prière. Cette femme se remit progressivement, à mesure que son mari se fortifiait dans le Seigneur. Aujourd’hui, un an après, elle est complètement guérie ! « Nous autres, Chiliens, dit Pedro, nous sommes comme ça ! Quand il y a une guérison à obtenir, il nous la faut ! » Il sait bien qu’on ne peut pas forcer la main à Dieu. Mais Il croit que Jésus est toujours le même, et que ce qu’Il faisait dans les Evangiles, Il veut toujours le faire aujourd’hui. Et Dieu honore sa foi. Ce qui manquait seulement à Pedro, c’était un plein fruit de l’esprit dans toute sa vie, A présent, il le produit, et sait comment continuer à le produire !

Pedro me reparle de cette prophétie qu’il avait entendue, il y a des années, selon laquelle un étranger viendrait au Paraguay pour y prêcher un message qui bouleverserait tout le pays, puis le monde entier. Je lui réponds : « Mais, Pedro, je ne suis pas le seul au monde à prêcher le message de la croix ! » – « Oui, mais c’est toi que le Seigneur a « importé » (sic !) ici ! Maintenant, je comprends que, grâce au message de la Croix, cette prophétie est en train de se réaliser ici ! D’ailleurs, tu es tout à fait celui qu’il fallait pour les Paraguayens ! Tu prêches lentement, calmement, pour que les gens comprennent bien (NB : et aussi parce que la qualité encore sommaire de mon espagnol l’exige !), tu n’es pas comme nous autres Chiliens, ou Brésiliens, qui sont de purs Pentecôtistes quand ils prêchent ! Les Paraguayens sont des gens qui ont besoin de ton style ! »

Quoi qu’il en soit, que la volonté du Seigneur soit faite ! Priez pour Pedro, pour qu’il reste humble et bouillant, pour qu’il ne se laisse jamais gagner par la cupidité, comme c’est malheureusement souvent le cas ici, et que Dieu puisse vraiment l’utiliser comme un puissant messager de la Croix !

Je sais aussi que nous sommes à la fin des temps, et que ni le monde, ni l’Eglise dans son ensemble, ne vont accepter le message de la Croix. L’iniquité grandira, et l’amour du plus grand nombre se refroidira, comme la Bible nous l’annonce. Mais, dans la grâce de Dieu, ce message de la Croix peut encore être prêché dans le monde entier, et les brebis du Seigneur l’entendront ! Car l’Eglise qui sera enlevée « sera sans tache, ni ride, ni rien de semblable ».

 Et elle ne peut parvenir à cet état de perfection concrète que par la foi en Celui qui a tout accompli pour elle, qui a crucifié en Lui notre vieille nature charnelle, et qui nous a, par Sa résurrection, donné dans notre esprit régénéré une nature nouvelle déjà parfaite, créée à Sa ressemblance, « dans une justice et une sainteté que produit la vérité » ! (Ephésiens 4 :24). Celui qui nous a appelés est fidèle, et c’est Lui qui le fera, si nous croyons ! (1 Thessaloniciens 5 :24).

27 Responses to B186-Nos voyages au Paraguay (1).

  1. Olivier dit :

    Cher Henri,
    Merci pour vos enseignements sur ce blog, qui continue d’être une bénédiction et m’aide énormément dans la compréhension de la Bible. Merci également aux personnes responsables du site sourcedevie, de ne pas l’avoir fermé. Pour ma part, les enseignements audio sont complémentaires des écrits. Durant les nombreuses heures passées dans les bus ou trains ces dernières années en Inde, j’étais vraiment heureux de pouvoir les écouter dans mon walkman. Je suis en train de lire le compte rendu de vos voyages au Paraguay, des questions me se vont venu à propos de notre relation avec les animaux. En effet, d’après ce que vous décrivez, au Paraguay, le bétail à l’air de vivre en totale liberté, dans des conditions normale d’élevage, dans le respect de l’animal…
    Mais quand nous avons connaissance d’un élevage qui n’occasionne que torture et souffrance tout au long de la vie de l’animal, n’est ce pas pécher que d’y participer en achetant de la viande venant de ce type de production ? Apparemment ça représenterait environ 90 % ! Dans votre témoignage, j’ai été interpellé lorsque Bruno achète un perroquet, et également lorsque le pasteur en offre deux au centre. Cela suit mon premier questionnement du paragraphe ci-dessus.
    Nous savons que les animaux sont des êtres doués d’une sensibilité, intelligence, pensent, éprouvent des émotions, comme être heureux ou contraire être dépressifs et peuvent même se laisser mourir de faim quand leur chagrin est trop grand. Le perroquet n’est pas un animal solitaire. Il a besoin d’une vie de couple pour son équilibre. Dans la nature, les couples se forment, n’hésitent pas à se montrer beaucoup d’affection, et son unis pour la vie. En enfermant un perroquet dans une cage, on le mets tout simplement en prison. En le privant de sa liberté, lui imposons une vie solitaire qui est à l’opposé des ses besoins. Les conséquences bien entendu sont très négatives. L’oiseau perd tout ce qui faisait sa beauté, tout ce qui l’avait de « divin » en lui, l’étincelle dans son regard, pour devenir un « légume », sans plus aucune vivacité, empreint à des tas de troubles du comportement, comme par exemple s’arracher les plumes qui sont les conséquences de son état dépressif. Spécialement en Amérique du Sud, depuis fort longtemps, les perroquets sont capturés dans la nature, pour être vendus. L’espèce est devenu rare à l’état sauvage, ce qui les place en danger d’extinction. Qui d’entre nous aimerait vivre seul dans une cage de un mètre sur deux toute sa vie ? Sans aucune raison, si ce n’est pour le plaisir égoïste, purement charnel d’autres créatures ! En tant que Chrétiens, ne devons-nous pas faire attention à ces choses-là ? N’y voyez aucun jugement, ce sont simplement des questions que je me pose dans la recherche de la vérité et de la sainteté.
    Soyez béni Henri, vos proches, ainsi que les frères et soeurs présents sur ce blog.

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Cher Olivier, Depuis le déluge, Dieu nous a permis de manger de la viande. Mais il est clair que cela ne doit pas nous autoriser à élever et à traiter cruellement les animaux. Dans le Temple de Jérusalem, il y avait des milliers d’animaux qui étaient régulièrement sacrifiés et égorgés, sur l’ordre de Dieu. Mais cela devait représenter le sacrifice sanglant de Christ, qui a été traité d’une manière affreuse, bien plus affreuse que la manière dont les hommes traitent certains animaux.
      Je crois que des animaux, même en captivité, s’ils sont traités avec amour, le ressentent et l’apprécient. Les deux perroquets offerts à Bruno étaient dans d’immenses volières, en couple, et ils me semblaient très heureux, choyés et bien nourris. Et les perroquets sauvages qui étaient dans les alentours étaient nombreux.
      Bien entendu, un Chrétien doit être respectueux des animaux et bien les traiter, même ceux qu’il va ensuite manger. Mais Christ est d’abord mort pour racheter des êtres humains, qui ont été créés à la ressemblance de Dieu, ce qui n’est pas le cas des animaux, et Il est venu sauver des hommes qui ont chuté dans la mort spirituelle. Ce sont ces humains qui doivent être sauvés. Les animaux ont été soumis à la mort à cause du péché de l’homme, mais, contrairement aux hommes, ils n’ont pas besoin d’être rachetés de leurs péchés, car ils ne pèchent pas. La Jérusalem Céleste, le nouveau ciel et la nouvelle terre seront peuplés de toutes sortes d’animaux, j’en suis convaincu, mais ils seront surtout peuplés des rachetés du Seigneur! Ce sont donc les hommes qui doivent être l’objet de tous nos efforts, pour les conduire au salut!

  2. Lumor dit :

    Merci beaucoup pour ta proposition – je t’écrirai dès que possible. En union !

  3. Lumor dit :

    Merci beaucoup frère pour ton aide précieuse. Je suis un peu isolé dans une région hyper catho des Alpes, à une centaine de km de Lausanne. Je ne manquerai pas de venir te rencontrer lorsque tu viendras en CH. Pour le moment, je lis tes enseignements et essaie, autant que possible, de les mettre en pratique (surtout la démarche de la Croix et vivre par l’Esprit). Connais-tu peut-être quelqu’un en Suisse qui pense comme toi et avec qui je pourrai partager car je ne peux pas attendre le mois de septembre ou bien puis-je t’envoyer un e-mail hors forum. Je sais aussi que tu es fort occupé et je ne voudrais pas non plus trop te déranger en profitant de ta bonté. Jésus est vivant !

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Cher frère Lumor, Tu peux contacter de ma part le pasteur Reto Arcioni, de l’Eglise Elim de St-Prex. C’est lui qui a conçu le diaporama sur la marche par l’esprit, que j’ai déjà signalé à l’adresse suivante: http://www.egliseelim.ch/MpE.htm Je t’écris aussi sur ton adresse mail.

  4. Lumor dit :

    Frère, Je voulais te dire que j’ai reçu la Grâce de n’avoir aucun ressentiment pour les trois personnes (de soit-disant amis) qui ont eu une attitude déplacée et des paroles équivoques à mon égard. Je prie aussi pour ces personnes, car je sais que c’est contre les esprits méchants qui sont dans les lieux célestes qu’il faut lutter, avec l’aide de notre Seigneur Jésus. Avec cette épreuve, ces crève-coeur, je peux aussi te dire que je m’accroche à notre Dieu trois fois Saint. Je ne veux plus lâcher Sa main. Comment laver maintenant ce que j’ai peut-être, involontairement, laissé entrer dans mon coeur ? J’essaierai aussi régulièrement de voir sur Google si je vois un flyer qui annoncerait ta venue en CH. Merci pour ta prière. Je ne manquerai pas non plus d’intercéder pour toi. Fraternel salut.

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Cher frère Lumor, Tu peux toujours laver ton coeur en décidant d’en enlever ce que tu y avais laissé entrer, pour le remplir de tout ce qui vient du Seigneur! Et le sang de Jésus nous purifie toujours! Nous devrions sans doute revenir dans la région de Lausanne au début du mois de septembre.

  5. Lumor dit :

    Merci frère pour ton message d’encouragement. Ton enseignement m’a fait découvrir ce que c’est que la NOUVELLE NAISSANCE. Pour fortifier mon être intérieur, je mets surtout en pratique Ephésiens 3:14-20. Viendras-tu une fois en Suisse pour m’aider à aller à la racine afin de vraiment progresser ? Fraternel salut – Lu

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Cher frère Lumor, Chaque année, je vais deux ou trois fois en Suisse. Je pense qu’il en sera de même cette année, si Dieu le veut!

  6. Lumor dit :

    Merci frère Henri. Depuis quelques temps, je lis tes enseignements sur la Croix et sur la marche par l’Esprit. Cela m’aide beaucoup car je traverse une période de tourments. De très mauvaises paroles m’ont été adressées alors que je ne m’attendais pas et j’ai besoin d’être protégé par Jésus car ces personnes sont capables de me mêler à un véritable scandale. Il n’y a que Jésus qui peut m’en sortir ! Merci pour ta prière car j’ai un grand besoin de Sagesse et de Discernement.

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Cher frère Lumor, Aucune mauvaise parole ne peut t’atteindre, si tu ne la laisses pas entrer dans ton coeur. C’est le Seigneur qui te garde et qui finit toujours par te justifier!

  7. Sile dit :

    Frère Henri, en quoi le baptême des Témoins de Jéhovah n’en est-il pas un ? Une soeur qui suit Jésus aujourd’hui a été baptisée par eux à l’époque. Elle ne voit donc pas la nécessité de se faire (re)baptiser, puisqu’elle l’avait fait de tout son coeur pour Jésus à cette époque, et non pour la secte.

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Chère Soeur Sile, Ce n’est pas seulement l’intention de cette soeur qui compte, mais la doctrine qui sous-tend le baptême qui lui a été proposé. La doctrine des TJ concernant Christ et le Saint-Esprit est fausse. Ils ne croient pas à la divinité de Jésus, ni à la Personne du Saint-Esprit. Ils ne baptisent donc pas en la Personne du véritable Jésus, ni par le bon Esprit. Dans toute la Bible, c’est la doctrine de Christ qui est la plus importante (2 Jean 8-10). Ce baptême n’est donc pas valable. Le vrai baptême chrétien n’a pas été accompli, et doit être donc non pas refait, mais fait. Tandis que la doctrine de Christ des Adventistes est correcte, et ils croient aussi en la Personne du Saint-Esprit.

  8. Marcial K. du Cameroun dit :

    Merci pour ta réponse frère Henri, je suis satisfait !
    Dans la Paix du Seigneur bien-aimé !

  9. Marcial K. du Cameroun dit :

    Je te salue dans le nom précieux du Seigneur Jésus, frère Henri. Je suis en train de lire actuellement le compte-rendu de vos voyages au Paraguay. Je veux rendre grâce au Seigneur qui t’a inspiré afin que tu partages cette merveilleuse « aventure » avec nous ! C’est vraiment pratique et je suis assez béni par cette lecture ! Gloire au Seigneur Jésus ! Bien-aimé j’ai une préoccupation concernant la partie ou la femme du frère Alcide a été selon tes propres termes « saisie d’une sorte de crise démoniaque» ! En lisant je crois comprendre que Lili était déjà passé par une Nouvelle Naissance, que s’est-il passé pour qu’elle soit je ne sais si je dirais « possédée » par un mauvais esprit et qu’il est fallu qu’elle en soit libérée par le Seigneur au travers de toi : « En arrivant au refuge, nous trouvons Lili allongée, et en prise à des crises alternées de rires et de larmes. Elle ne nous reconnaît pas. Il est évident qu’elle est sous une emprise démoniaque. Nous commençons à prier. Je m’assois sur le bord du lit, et je lui prends la main. Je demande de l’huile, et je lui fais une onction au nom du Seigneur. A voix basse, j’ordonne à cet esprit de la laisser tranquille et de partir. Nous continuons à prier tranquillement. Quelques minutes plus tard, elle se calme, ouvre les yeux et nous reconnaît. » « Je prends un moment Lili à part. Elle me dit qu’elle sait qu’elle a été libérée. Je l’encourage à ne pas se laisser impressionner par les manœuvres d’intimidation et les mensonges de Satan, et de rester attachée à la vérité de la Parole. » Est-ce possible pour quelqu’un réellement né de nouveau d’être possédé par un mauvais esprit ou alors ce n’était pas une possession ? Si ce n’était pas une possession comment qualifié ce qu’elle subissait ? Est-ce la perte de son bébé qui a pu ouvrir la porte pour cette « possession » si s’en était une ? Mais selon la portion ci-dessous de ton rapport elle aurait « bien » géré la douleur de ce drame ! « Lili et Alcide venaient de perdre leur enfant, un fils né prématurément et mort trois jours après la naissance. Ils avaient été très affectés par ce drame, mais le Seigneur était glorieusement intervenu pour leur apporter Sa consolation et Son soutien. Le soir même de la mort de son fils, Alcide chantait des cantiques de louange au Seigneur. Dans les larmes, mais dans la paix de l’Esprit. Notre Dieu est puissant ! » En bref, frère, mon souci est au niveau ou je crois qu’il n’est pas possible qu’un Né de Nouveau puisse être possédé ou habité par un mauvais esprit (mais il peut être influencé par eux s’il ouvre une porte par un péché non confessé par exemple), mais en lisant cette portion du compte-rendu je veux être au clair STP ! Merci de m’éclairer selon la lumière présente que le Seigneur te donne !
    Dans la paix et l’amour de Jésus !
    Marcial du Cameroun !

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Cher frère Martial, Il faut être pratique, et ne pas nous encombrer de principes religieux rigides. Je ne crois pas qu’un Chrétien né de nouveau puisse être « possédé » par Satan, puisqu’il est la possession du Seigneur Jésus. Et je refuse la délivrance des démons, telle qu’elle est souvent pratiquée, comme moyen ordinaire ou constant de progression spirituelle du Chrétien. La vraie délivrance des Chrétiens, c’est la connaissance de la Vérité. Mais quand je suis confronté à une manifestation démoniaque, je ne me pose pas de questions, et je chasse l’esprit. Seul notre esprit régénéré a complètement échappé à la domination de Satan. Mais notre âme et notre corps peuvent encore être sous une influence démoniaque. Un Chrétien peut avoir ses pensées ou ses sentiments, à certains moments, complètement contrôlés par des démons. Mais il devrait savoir qu’il a toujours une pleine autorité sur tous les démons, au Nom de Jésus! S’il est trop faible pour exercer lui-même cette autorité, il faut l’aider et l’exercer en sa faveur!

  10. Charly et Véronique A. dit :

    Merci, chère sœur Josette, Nous ne pouvons oublier Haïti. Nous sommes en relation avec un cher frère de ton pays, dont nous avons eu la grande joie de l’inviter chez nous l’été dernier. Nous ne t’oublierons pas dans nos prières, toi et ta famille. Que le Seigneur exauce tes prières, et qu’un jour nos chers Henri et Elke puissent venir en Haïti.

  11. Charly et Véronique A. dit :

    Chère sœur Josette, Tes commentaires nous touchent! Haïti est dans nos cœurs! Nous savons que les besoins sont grands! Nous aimons et nous prions fidèlement pour le peuple haïtien.
    Depuis la Suisse

    • Josette dit :

      Merci beaucoup, chers frère et soeur Charly et Veronique, pour vos prières. Que Le Seigneur conserve votre être entier irrépréhensible jusqu’à Son retour.

  12. BIONGO dit :

    Que Dieu vous bénisse, Frère Henri, pour ce témoignage. J’aimerais savoir quelle est la différence entre le discernement et l’interprétation des langues? Comment peut-on faire la différence entre notre voix intérieure et celle de Dieu, c’est à dire ne pas confondre la voix de Dieu et ce qui vient de nous, la conscience.
    Cordialement, Mlle BIONGO, merci.

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Chère Soeur Biongo, C’est simple, tant qu’une voix intérieure est parfaitement confirmée par la Parole de Dieu, elle vient de Dieu, en passant par notre esprit. C’est toujours la qualité du message entendu qui doit nous intéresser, et pas la voix elle-même!

  13. Josette dit :

    Je te remercie, mon frère Henri, pour ce témoignage qui, encore une fois, m’a édifiée. En lisant le récit, je ne cesse de penser à une visite de toi en Haïti. Je serais vraiment contente, et je pense que ni moi ni mon mari, qui a le même nom que toi, et l’église que nous fréquentons, ne manqueront pas d’apprécier cette visite. Il est vrai qu’en Haïti beaucoup d’eglises prêchent ce message, mais je pense qu’il y reste beaucoup à faire. De toute façon, l’invitation est lancée, mais, chacun de son côté, on va prier le Seigneur pour connaître Sa volonté.
    J’ai une situation à t’expliquer. Moi-même, j’étais Catholique depuis toute petite, car mon père etait « sacristain » à l’église de notre communauté. On participait à toutes les activités de l’église. Mais, en grandissant, je ressentais un vide, de jour en jour, je cherchais quelque chose, un message que je ne trouvais pas. Mon père et ma mère sont partis pour les Etats-Unis, je venais de rentrer à l’école d’infirmières. Mon père, arrivé là-bas, s’est converti, puis s’est fait baptiser dans une église baptiste, et ma mère lui a emboîté le pas quelque temps plus tard. Je ressentais toujours le vide, les messages ne me convenaient pas et, un beau jour, j’ai décidé de me rendre dans une église baptiste, et j’ai accepté Christ. Par la suite, et je me suis fait baptiser, il y a 9 ans de cela. Presque toute la famille est chrétienne. Je me suis mariée a quelqu’un, Mr. H., mais je dois te dire que j’avais prié Dieu, mais je n’avais pas reçu un message direct de Lui avant de m’engager avec lui. Dieu soit loué, il y a une très bonne harmonie entre nous, on a deux enfants et nous essayons de les élever dans la crainte et la connaissance de la Parole de Dieu. Apres le séisme, j’ai commencé à fréquenter une autre congregation baptiste, et je me sens bien, car je trouve de bons messages, sur la croix surtout, et un peu aussi sur la marche par l’esprit. Mais la situation est celle-ci. Mon mari était adventiste et s’est fait baptiser par immersion mais, depuis notre rencontre, il a laissé sa congrégation pour me rejoindre. Il aimerait intégrer notre congrégation pour pouvoir prendre part aux activités, participer à la sainte cène, etc. J’en ai fait la demande au pasteur titulaire, et il m’a dit que mon mari doit se faire baptiser à nouveau, en dépit du fait que je lui avais expliqué que mon mari s’etait fait baptiser par immersion. Qu’en penses-tu?
    Je dois aussi te dire que, dans la premiere congrégation que je frequentais, dans ma classe de baptême, il y avait des adventistes qui s’étaient fait déjà baptiser, et le pasteur leur a seulement fait suivre les enseignements sur la croix, etc. et leur a donné la main d’association. Car le pasteur a dit qu’on ne peut pas baptiser quelqu’un par immersion deux fois.
    J’aimerais bien avoir ton point de vue là-dessus, car tu es pour moi vraiment une référence en matière d’enseignement. Que Dieu continue à Se servir de toi. Ma priere devant Dieu, c’est qu’Il Se serve de moi, qu’Il me forme et qu’Il m’utilise. Je suis à Sa disposition. Que Sa volonté s’accomplisse dans ma vie et celle de ma famille.
    Nous comptons sur tes prières, cher frère Henri. A bientôt, que Le Seigneur te bénisse!

    • Henri Viaud-Murat dit :

      Merci, chère Soeur Josette, pour ton commentaire. Concernant le baptême de ton mari, s’il a été baptisé par immersion au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, après s’être repenti de ses péchés et avoir reçu le Seigneur Jésus comme Sauveur, son baptême me semble valable. Mais c’est d’abord à ton mari d’en avoir la conviction devant Dieu. Je sais bien qu’il y a dans la doctrine adventiste des choses qui ne sont pas justes par rapport à la Bible, notamment par rapport à la Loi, mais, au moins, ils enseignement bien que Jésus est le Fils de Dieu, qu’Il est de nature divine, et qu’Il est mort sur la croix pour expier nos péchés. L’Eglise Adventiste est malgré tout considérée comme une église chrétienne par les églises évangéliques. Si ce baptême adventiste n’a pas été considéré comme un baptême pour marquer d’abord l’appartenance à l’Eglise Adventiste, mais pour marquer la conversion à Christ, il n’a pas besoin d’être refait. Ce n’est pas comme le baptême des Témoins de Jéhovah ou des Mormons. Mais si les responsables de ton église exigent de refaire la baptême de ton mari, c’est à lui de voir, après avoir prié le Seigneur, ce qu’il décide de faire, en accord avec toi. Il n’y a que deux solutions: ou bien se plier aux exigences des responsables, ou changer d’église! Mais commencez déjà par prier pour que les responsables soient eux-mêmes convaincus par le Seigneur qu’il n’est pas nécessaire de refaire ce baptême!

      • Josette dit :

        Merci beaucoup mon frère, et je prends à coeur tes commentaires, que je vais partager avec mon mari. Autre chose, tu ne m’as pas repondu concernant la visite en Haïti. C’est un pays où il y a tellement de dénominations, mais je veux croire que Le Seigneur va faire quelque chose, parce que je n’aime pas voir les gens s’enliser dans des fausses doctrines. Que Le Seigneur écoute ma prière!

      • Henri Viaud-Murat dit :

        Chère Soeur Josette, Aucun problème pour venir en Haïti! Le Seigneur nous a bien demandé d’aller dans le monde entier! Mais comme il ne nous est pas possible d’aller partout à la fois, nous devons agir selon la conviction que nous avons dans le coeur! Mais nous sommes déjà en relation avec de chers frères Haïtiens.

  14. Florent dit :

    Béni soit le Seigneur, car j’ai été renouvelé juste en lisant la moitié de ce témoignage, mais je le terminerai ce week-end, ayant du aller dormir hier soir tard. Gloire à Son nom.

  15. seraphinjosue dit :

    Que le Seigneur bénisse notre frère Henri, qui a tout quitté pour l’œuvre de l’Évangile.